CHAPITRE XXXV
BATAILLES DECISIVES. — LASSITUDE DES OPINIONS. — PAIX DE SAINT-GERMAIN.
Position des partis. — Plaintes des huguenots. — Retraite du parti modéré. — Correspondance de Pie V. — Première ligue. — >'ouvelie prise d'armes. — Mœurs des batailles. — Correspondance arec l'Espagne. — Prérogatives du conseil municipal de Paris. — Baîailles de Jarnac et de Moncontour. — Mort du prince de Condé. — Le jeune prince de Béarn chef de la gentilhommerie provinciale. — Tendance à la paix. — Murmure des partis extrêmes. — Paix de Saint-Germain.
Quand on examine la position des partis en armes, la violence des opinions , on s'explique très-bien ces trêves de si courte durée, ces moyens tantôt dissimulés, tantôt extrêmes par lesquels les uns et les autres marchent à leur complète destruction. Il faut le répéter, il n'y avait nul moyen de conciliation et de rapprochement. La société, toute fervente encore dans les idées religieuses, voyait deux grands partis en division, non pas sur des idées spéculatives et philosophiques, mais sur des intérêts et des croyances qui se rattachaient à tous les sentiments de la vie. Le catholicisme étant alors le fondement de la société, les hommes qui partageaient toute la chaleur de cette foi, pouvaient bien considérer comme des fauteurs de guerre civile et des rebelles ceux qui se séparaient de l'unité religieuse, alors entièrement confondue avec l'organisation politique. De là sans doute celte conviction que tout moyen de se délivrer de ce danger menaçant était bon et justifiable aux yeux de Dieu et des hommes. On a fait trop de part aux caractères dans les horribles tableaux de cette époque ; comme dans toutes les révolutions , on a attribué à l'action individuelle, à l'induence de ces divers caractères les événements qui ré-
sultaient d'une forco de choses passionnée qui fait l'homme, et que l'homme ne fait pas. Quand une tête humaine est lancée dans les orages d'un parti, elle les subit: elle en exagère même la tendance par je ne sais quelle attraction : les monstres sont si rares dans l'ordre des idées morales et politiques ; on ne verse pas le sang à plaisir et par caprice ; il y a au fond des crises sociales une nécessité puissante.
J'effacerai donc avec hardiesse quelques-uns des jugements portés sur Catherine de Médicis et Charles IX dans les terribles scènes qui se préparent. Il faut faire la part des opinions contemporaines , des mœurs cruelles de l'époque, des ressentiments populaires et des frénésies de guerre civile qui signalaient chaque année, pour ainsi dire, l'existence de deux systèmes, de deux croyances incompatibles dans l'ordre social. Si des hommes de modération et de cabinet pouvaient rêver dans la solitude de leurs conseils les grands principes de la liberté religieuse, le peuple des rues devait voir avec indignation de nouveaux autels s'élever en face des vieux autels de la patrie. De ces idées exaltées à la persécution, à la guerre ouverte, aux massacres, il n'y a qu'un pas; et nous qui avons vécu au temps de grandes agitations publiques, nous qui avons vu les caractères les plus doux, les plus timides, lancés par la main des factions dans les plus violents excès, ne pouvons-nous pas expliquer, sinon justifier, les sanglants tableaux d'une autre époque et préparés seulement par un autre mobile?
La petite paix, la paix fourrée, comme on l'appelait alors, ne fut qu'une transition pour arriver à une prise d'armes plus acharnée. Le parti politique outre-passé par les événements, n'étant plus à la hauteur des faits qu'il ne pouvait dominer , s'était complètement retiré du mouvement des affaires ; le chancelier de L'Hospital avait donné démission de ses emplois du conseil. Puisque toute transaction était impossible, les hommes qui s'étaient fortement rattachés à cette idée n'étaient plus et ne pouvaient plus être que des embarras. On levait le masque; on ne faisait plus de caresses aux chefs des calvinistes ; tout retentissait des maximes perverses. « On ne doit pas garder la foi aux hérétiques, » disaient les nouveaux conseillers dans la confiance de la reine ; c'était , selon les autres , une action juste , et belle de les massacrer. Pendant cette petite paix on fit la guerre aux huguenots, un à un , d'une manière secrète et silencieuse ; on suivait les conseils du due d'Albe, à savoir : qu'il fallait en écraser dix mille par le poison et le poignard. « Nous avons fait la folie de la paix , disait La Noue ,
ne trouvons pas étrange que nous la buvions. Il y a toute apparence que le breuvage sera amer. » On recueille dans toutes les archives des plaintes multipliées sur les excès que commettaient les catholiques contre les calvinistes '. L'amiral Coligny donnait avis au roi des désordres et insolences qui se manifestaient en divers endroits de ce royaume ; ce qui ne pouvait amener qu'un grand mécontentement et trouble entre les sujets. Il ajoutait « que plusieurs de ses gens, qui étoient chargés d'aller payer les reistres pour sortir de France, avoient été pillés et outragés à Auxerre ; s'il y a faute pour ledit payement, il ne nous devra point être imputé. Il me semble , continue l'amiral , que nos personnes méritent d'être autrement traitées et respectées que nous ne l'avons été depuis longtemps^. » Les fervents huguenots prévoyaient que la persécution allait se montrer encore : le ministre M. d'Espina écrivait à la duchesse de Ferrare « qu'il exerçoit sa charge paisiblement. Nous voyons beaucoup de menées de divers endroits, mais nous espérons que Dieu les dispersera et détournera les conseils de ceux qui nous voudraient empêcher de servir à sa gloire et à notre vocation. Les affaires de la religion ont jusqu'ici heureusement succédé au Pays-Bas, et crois que Dieu nous donnera plus grande liberté si nous continuons à l'invoquer ; il est à désirer <îu'il modère la fureur et colère de nos princes, les inclinant à suivre plutôt la raison en leur conseil et délibération que leur cupidité et passions désordonnées '. »
' Voyez le pamphlet sous ce titre : Lettres et remontrances an roy, par le prince de Condé, sur la contravention de la pais jurée en lo08. (Brochure.)
2 Lettre de M. l'admirai au roy ; 21 mai 1368. jMSS de Bélhune, vol. cot. 8702, fol. 29. — Voyez dans les MSS de Colbert, vol. XXIV, in-fol,, n» 161, la Lettre du i2 juillet lo68, par laquelle l'amiral de Chàlillon mande à la reine le meurtre d'un gentilhomme qu'il avait envoyé à Auxerre chercher le lieutenant général, pour avoir conseil de lui dans ses affaires particulières. Il lui représente les violemens, volerips et meurtres journaliers qui se commettent contre ceux de la religion, desquels on ne fait point de justice; et quoiqu'il ne soit ni prophète, ni prêcheur, néanmoins il l'assure que c'est un présage de Ig ruine du royaume. Que la dame de Prye, étant morte subitement à Auxerre, le jour qu'on a assassiné son gentilhomme, il l'attribue à une punition divine.
* 24 juin 1368. MSS de Béthune, vol. cot. 8708, fol. 54. — Charles IX soupçonnait M""' de Ferrare d'être de connivence avec les huguenots ; il fit occuper Chartres, qui était de son apanage, et voici ce qu'il lui écrivait :
« Ma tante, étant averti de tous les endroits de mon royaume que la plupart de mes sujets de la religion prétendue réformée sont en armes en plusieurs et divers endroits d'icelui, et qu'il est à craindre qu'il n'y ait quelques desseins sur aucune
Il existe un monument de la plus haute curiosité historique : la correspondance du pape Pie V au milieu de ces tourmentes sociales ; et l'on s'explique tout un siècle en lisant les cruelles maximes qu'uu homme doux de mœurs et de caractère expose et veut mettre en pratique *. Quand Charles IX se fut décidé à la guerre, Pie V écrivit à tous les princes catholiques pour les inviter à soutenir ce flls zélé de l'Eglise qui entreprenait l'entière extermination des misérables huguenots. Ses lettres à Philippe II et à Louis de Gonzague, duc de Nevers, au doge de Venise, à Philibert , duc de Savoie , ont toutes pour but d'obtenir des secours d'hommes et d'argent ; lui-même accordait dix mille onces d'or pour soutenir la sainte bataille ^. Dans ses épîtres à Charles IX, à Catherine de Médicis, il ne parle que de la profondeur du crime d'hérésie et de la vengeance qu'on doit en tirer , soit pour satisfaire la juste colère du ciel, soit pour rappeler à l'obéissance des sujets rebelles , deux idées qui se tenaient alors intimement l'une et l'autre. Ses lettres exposent nettement les tristes maximes de l'époque sur la révolte envers l'Église : « Ne laissez plus aux ennemis communs, disait le pape, la possibilité de se soulever contre les catholiques; nous vous y exhortons avec toute la force, toute l'ardeur dont nous sommes capable. Vous y parviendrez si aucun respect humain en faveur des personnes et des choses ne peut vous induire à épargner les ennemis de Dieu, qui n'ont jamais épargné Dieu, qui ne vous out jamais épargné vous-même ^. Que votre majesté continue , comme elle a fait constamment , dans la rectitude de son àme et dans la
de nos bonnes villes, il me semble, pour la conservation de Cliarlres, qu'il était bien à propos et nécessaire de faire entrer dedans quelque vaillant homme qui la pust conserver et garder en mon obéissance ; à cette cause j'écris au sieur Dciiuiy, chevalier de mon ordre, qu'il ait à cheminer incontinent, la conserver en mon obéissance et y commander pour mon service, estimant que je n'y saurois commettre ua homme qui vous soit plus agréable, tant parce qu'il est personnage pour s'en bien et fidèlement acquitter, que pour être aimé et désiré en telle occasion de tous les habitans de ladite ville, dont je vous ai bien voulu avertir, afin que vous entendiez l'ordre que j'ai donné à la sûreté d'icelle. » MSS de Béthuue, n" S708, fol. oo.
' La première de ces lettres, adressée à Philippe II, est datée de Rome, 13 octobre lofjT.
* Lettre à Philibert, duc de Savoie, 16 novembre 1S67.
^ « Nullo modo, nullisque de causis, hostibus Dei parcendum est; scd severè tum iilis agendum, qui neque Dec neque filiis luis unquam peperccruiil ; l.uc aulcm faciès, si nullarum personarum reruraque humanarum respectus te in eaui nuiitem adducere po'.erit, ut Dei hostibus parcas, qui Dec neque libi unquam pepercerunt. » (Epist. Pii Y. 28 mars 1569.)
simplicité de son cœur, à re chercher que l'honneur du Dieu loutpuissant et à combattre ouvertement et ardemment les ennemis de la religion catholique, jusqu'à leur mort '. Ce n'est que par l'extermination entière des hérétiques que le roi pourra rendre à ce noble royaume l'ancien culte et sa vieille religion , pour la gloire de son propre nom et pour votre gloire éternelle. Que ces hommes exécrables soient livrés à de justes supplices ^. »
Lorsque le père commun, le type, la personnification du catholicisme exposait et développait de telles idées, doit-on s'étonner du zèle, de l'ardeur frénétique qui animaient les populations dans la guerre contre les huguenots? Ces populations mécontentes s'organisaient elles-mêmes; et comme les trêves récentes préparées par la reine excitaient de grandes méfiances contre le conseil , les catholiques prenaient leurs précautions. Le premier modèle de la ligue est échappé à l'érudition laborieuse. Bien antérieur à tous les autres, ce vaste projet «e trouve en manuscrit et offre encore une vive curiosité, parce qu'il indique les causes et les motifs de l'association provinciale des intérêts et des croyances.
« Nous soussignés , désirant pour notre devoir et vocation chrétienne maintenir la vraie église de Dieu , catholique et romaine, en laquelle nous avons été baptisés selon les traditions advenues depuis les apôtres jusqu'à présent ; désirant aussi, selon la fidélité que nous avons à la couronne de France, maintenir icelle couronne à la maison de Valois , pour les obligations que nous et nos prédécesseurs avons et tenons de ladite maison ; pareillement qu'en toute sûreté et liberté nous puissions faire accomplir le dû de nos charges en ce qui concerne le service de Dieu et de son Église, tant en l'administration de sa parole, saints sacrements, prières, qu'autres fonctions èsquelles nous sommes appelés et tenus, ainsi qu'il a plu à monseigneur le lieutenant pour la majesté du roi et des pays de Champagne et Brie ; nous soussignés déclarons nous associer à la société et ligue royale de la noblesse et étals pour en jouir selon sa forme et teneur, par laquelle ledit sieur lieutenant nous enverra secours de la noblesse de ce gouvernement et autres associés, promettant eux employer leurs personnes, vie et biens pour la manutention de ladite Église et canons , tant
' Ad internecionem usqiw. (Epist. Pii V.28 m;irs io69.)
' « Atque homincs sccleratissimi juslis alTîciaiUiir suppliciis. « (i3 avril lofiO.)
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et si longuement qu'il plaira à Dieu que nous soyons par eux régis en notre religion catliolique et romaine ; de noas secourir et aider tant de conseil, personne et force que de leur pouvoir, pour la conservation et manutention de nos vie , libertés et biens , contre toute personne sans nulle exception , fors la personne dudit sieur roi , MM. ses enfans et frères, la reine leur mère, et ce, sans acception d'aucun parentage ou alliance, quelque prochaine qu'elle puisse être, pour lesquels parentages ou alliances , renonçons à nous aider et secourir contre les autres alliés et compris en cette société, de quelque état et conditions qu'ils soient en toutes nos affaires et plaintes ; procédant pour raison de ladite association aux entreprises qui pourraient être faites sur nous et nos biens par les contraires ennemis et adversaires de la présente société de notredite religion catholique, romaine ; et ce incessamment et sans demeure , nous avons juré et promis, jurons et promettons par le très-saint et incompréhensible nom de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, auquel nom nous avons été baptisés, que pour aider à l'entretien et manutention de la présente ligue, société et fraternité, nous cotiser chacun selon nos puissances, pour aider à ladite compagnie et société de nos biens, armes, personnes et fiefs toutefois et quantes qu'entreprise sera faite pour la manutention de la présente alliance et société, et en ce faisant, nous sera promise et entretenue la société, fraternité et amitié de tous les dénommés en la sainte ligue présente , tant de la noblesse qu'autre , pour aider et défendre contre tous ceux du parti contraire qui nous voudraient faire tort, à nous et à nos biens , et en toutes affaires où nous pourrions tomber, lequel aide et secours se fera aux dépens de ceux de la présente société pui portent les armes pour ordonnemens et commandemens dudit sieur lieutenant. Le tout sous le bon plaisir dudit sieur roi, notre souverain seigneur et MM. ses lieutenants. En fei de quoi nous avons signé cette de nos seings manuels, le 25*^ jour de juin, l'an 1568. (Suivent les signatures ' . »
Cette ligue, toute de précautions, ne s'organisait pas indépen-
' Jai trouvé celle pièce dans les MSS de M. de Mesnics, n» '^''/a- Ce MSS de II. de Mesmes cite ceux de M. Dupuy, vol. LXXXVI; et en effet j'y ai trouve la pièce écrite en entier de la main de ce savant homme, ce qui vaut presque un original. La copie de la raain d'un érudit tel que M. Dupuy écarte tout soupçon d'erreur dans la date, et si la date est fidèle, la pièce est de la plus grande importance pour l'histoire de la ligue.
damment de la royauté ; le parti catholique n'en était point à cette nécessité, parce que la couronne marchait encore dans ses intérêts. La reine venait de prescrire des formules d'obéissance religieuse et politique que les huguenots ne pouvaient souscrire , car elles les liaient dans un système de désarmement et d'abandon. Ils devaient jurer et attester « qu'ils étaient prêts à obéir en tout à Charles IX, leur prince souverain ; qu'ils ne prendraient les armes sans ses ordres, et qu'ils ne favoriseraient en aucune manière ceux qui avaient armé contre lui ; ils ne s'engageraient jamais dans aucune entreprise secrète ni traités. S'il arrivait qu'ils eussent connaissance de pareilles ligues, ils avertiraient sincèrement le roi et ses gouverneurs. Ils devaient également jurer qu'ils voulaient être exposés à la rigueur des supplices, s'il survenait quelques troubles par leur faute dans la ville où ils demeureraient ; ils entretiendraient enfln une amitié véritable et sincère avec les catholiques '. » Un édit sur les fonctions de magistrature enjoignait à tous ceux de la religion réformée qui étaient en possession de ces charges de s'en démettre ainsi que de tout emploi public. En vérifiant ces lettres royales, le parlement de Paris, encore plus avancé dans le mouvement catholique, ajouta « que tous ceux qui à l'avenir seroient reçus ez offices royaux, jureroient de vivre et de mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine-. » Comme complément à toutes ces prescriptious , et quand on se crut prêt, le roi défendit tout exercice de religion autre que le catholicisme ^.
' De Thou, liv. XLIV, n" 6.
^ Le 23 juin 13!)9, arrêt de la cour de parlement portant interdiction à tous officiers du roi accusés de la prétendue nouvelle religion de s'enlremellre de leurs offices, jusqu'à ce qu'il ait été entièrement discuté du fait dont ils sont prévenus et rliargcs, et qu'ils aient obtenu arrêt de la même cour à leur profit par lequel il leur soit permis de rentrer en leur exercice. — Du o juillet; il en était de même pour les offices de conseiller de ville. — Registre de l'hôtel de ville, 3" folio, 170 ; idem, '.'•^ folio, 1T2. — Arrêt du parlement qui fait défense de recevoir à son service des domestiques huguenots. — 10 septembre iM^. — Regist. de la Tournelle, MSS de Saint-Yictor, tome XLIV, folio 565, verso. — Fontanon, tome IV, page 299. — Même ceux qui en avaient, devaient les chasser dans trois jours, sous peine d'être €ti\-mêines tenus et rcjutés huguenots. La cour défendait également de recevoir en aucun état, offices royaux des seigneurs subalternes ou autres charges publiques, personne ayant leur femme ou enfants, famille et serviteur de la huguenotcrie. Avant d'admettre quelqu'un dans un de ces offices, on informerait sur sa vie, ses mœurs et religion, comme sur celles de sa femme, enfants, famille et serviteurs.
' Voici un de ces édits particuliers pour chatiuc province : « Déclaration portant,
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Catherine suivait avec sollicitude toutes les agitations calvinistes ; elle écrivait au maréchal de Montmorency : « Mon cousin , comme il est besoin que nous soyons promptement avertis de ce qui est survenu ès-lieux et endroits de votre charge, je vous prie ne faillir à nous écrire bien au long en quel état sont les affaires, ce que font ceux de la religion prétendue réformée ; s'ils s'assemblent , quels tiesseins ils ont, s'ils s'arment, ce qu'ils négocient, et l'ordre que vous y avez donné pour y obvier, ainsi que les moyens que vous avez pour empêcher leurs dess^eins, afin que selon, monsieur mon fils pourvoira à ce qui sera besoin pour conserver sou autorité '. »
C'était la guerre déclarée en des circonstances difficiles pour les calvinistes ; car, dispersés dans les provinces, ce ne fut qu'avec des peiîses infinies qu'ils purent se réunir sous un étendard commun pour combattre. Catherine avait fait garder toutes les routes, tous les ponts par où ils pouvaient se rassembler. Après des périls et des aventures merveilleuses, les deux chefs de la genlilhommerie provinciale, Condé et l'amiral Coligny, pénétrèrent jusqu'à La Rochelle, ville forte, place de sûreté et de refuge dans les crises du calvinisme. C'est de là que Condé écrivit au maréchal de Vieilleville : a J'ai tant fui que j'ai pu, et que terre m'a duré ; mais étant à La Rochelle, j'ai trouvé la mer ; et d'autant que je ne sais nager, j'ai été contraint de tourner la tête et de regagner la terre, non avec les pieds, mais avec les mains, et me défendre de mes ennemis *. » Le cardinal de Cliàtiiion s'était sauvé déguisé en matelot, de son évêché de Beauvais à la cour d'Angleterre, où il négociait des secours de la reine Elisabeth^. Ainsi le projet de Catherine et du conseil ne réussit pas. On se trouva tlans la même position de guerre civile; on n'eut pas un ennemi désarmé, mais un adversaire puissant et tout disposé pour les batailles *.
délense de loul exercice dautre religion dans 3Ielz et dans le pays messiti. » MSS de Brlhune, voi. col. 8697, fol. 38. — ' MSS de Béihune, n" 8716, fol. 37= - Mémoires de VieillcviUe, in-12, ann. 1368.
* Le 3 septembre 1368, lettre par laquelle le cardinal de Chàlillon mande à la reine mère « «{u'&yant eu a\ii des conspirations que font ses ennemis sur sa personne, il Cit obligé de se retirer de sa maison et du royaume pour conserver sa vie <>t se garantir de leur oppression ; espérant que sa majesté, nonobstant sa retraite, lui conservera toujours ses bonnes grâces, sachant bien qu'elle ne participe point a la passion de ses ennemi-^, qui ne veulent que sa perte et celle de sa famille. » A la suite de celte lettre il y en a une autre sur le même objet, adressée au roi. >JSS d« €oll:ert, vol. XXIV. in-fol.. n'ISl.
* Lellre du 31 août Jo'58, de Charles IX ua duc de Memours : viioa cousin.
Ces batailles arrivèrent avec tout le cortège des désolations ; spectacles horribles et monotones de cruautés qui n'apprennent rien que les sanglantes folies des opinions. C'était toujours la rage du parti calviniste contre les prêtres et les signes visibles du catholicisme ; la fureur des catholiques contre les prêches de la gentilhommerie provinciale. Dirai-je les bons carrés de lances et d'arquebuses de Jacques de Crussol, baron d'Acier, qui menait sous lui plus de vingt mille huguenots ? Il avait pour enseigne une cornette de taffetas vert, sur laquelle on voyait une hydre, dont toutes les têtes étaient diversement coiffées en cardinaux, en évoques et en moines, qu'il exterminait sous la figure d'un Hercule.
II y avait non moins de cruautés , mais des mœurs moins sévères et plus libertines sous l'étendard de !a gente noblesse de cour. Chez les huguenots c'était un fanatisme sombre et puritain ; et au milieu des tentes catholiques on mêlait les femmes au culte , toutes les licences des camps h toutes les adorations des autels. Faut-il vous dire aussi l'histoire de M. de Montpensier ? quand on lui amenait un prisonnier, si c'était un homme, il lui disait de plein abord simplement : « Vous êtes huguenot , mon ami , je vous recommande à M. Babelot. C'étoit un cordelier , savant homme, auquel on menoit aussitôt le prisonnier, et lui , un peu interrogé , étoit aussitôt condamné à mort et exécuté. Si c'étoit une belle femme et fille, il ne leur disoit non plus autre chose, sinon : Je vous recommande à M. mon guidon ; qu'on la lui mène. Ce guidon étoit M. de Montoiran , de l'ancienne maison de l'archevêque Turpin , très-bon gentilhomme, grand et de haute taille '. » Je ne puis suivre le récit du vieux courtisan qui se plaît tant à conter « les belles histoires de galanterie et esforcement de pucelles. »
Dans ces crises de guerre civile, la correspondance active avec l'Espagne se continuait. Le cardinal de Lorraine, placé à la tête du mouvement catholique, écrivait sans cesse au roi Philippe II. Dès le
élant préspntement averti que les principaux chefs de la religion prétendue reformée 5?e sont tous de nouveau élevés en armes, découverts avec grande trappe, chose que j estime aller à mauvoi;e fin, je déL-ire grandement rester le plus fort. » ( Il lui doiiiie des ordres afin de rés-islcr dans son gouvernement aux cnirepiises dfs revoltés. I.e duc de Nemours était gouverneur et lieutenant général au pays de Lyonnais.) MSS de Béthune, vol. 8708, fol. 73. ' Brantôme, tome VI If, pnge 3!;{,
13 janvier 1568, une dépêche du cardinal annonçait à sa majesté t:athoIique « que tous les princes d'Allemagne armoient; sans la révolte du peuple des Pays-Bas, la France seroit venue à bout de ses hérétiques ; mais les rebelles, ayant prêté main-forte à ceux de France, elle ne l'avoit pu. Sa majesté catholique devoit faire attention à ces causes ; si le royaume de France périssoit, il y auroit de sa faute, ce qui seroit un grand malheur, car c'étoit le pays le plus orthodoxe. Le duc d'Albe n'avoit pu donner des secours; les arquebusiers qu'il avoit étoient nécessaires pour la sûreté des places des Pays-Bas ; le cardinal prioit donc Philippe II d'envoyer des bons soldats d'Espagne: c'était de toute urgence, vu que le roy et sa mère avoient le courage de prendre telle résolution qu'il en seroit content *. »
Dans le mois de septembre de cette année , Catherine envoya le sieur de SigneroUes auprès du roi d'Espagne pour lui faire entendre (à lui-même) « l'état des négociations présentes de France, et lui dire entre autres choses que leurs majestés très-chrétiennes avoient arrêté qu'il n'y auroit dans le royaume d'autre religion en exercice que la catholique ; on ne permettroit à aucun officier d'exercer sa charge sans une ample confession de foi. SigneroUes devoit ajouter qu'au cas où le prince d'Orange dirigeroit ses troupes vers la France, leurs majestés trouveroient nécessaire d'appeler le duc d'Albe ; c'est pourquoi le roi catholique étoit prié de lui ordonner de s'employer pour elles ^ès qu'il en seroit requis, comme de leur côté leurs majestés très-chrétiennes donneroient ordre au duc d'Aumale, qui avoit ses troupes en Bourgogne et en Champagne, d'assister le duc d'Albe en toutes les occasions qu'il sera nécessaire ^. »
Le 13 novembre, nouvelle dépèche du cardinal de Lorraine; il exposait au roi d'Espagne la situation exacte de la France et de ses armées. « M. d'Anjou en avoit une fort belle , M. d'Aumale aussi : mais celle des huguenots étoit bien considérable. Quoique sous les ordres des princes de Navarre et de Condé, on pouvoit considérer l'amiral comme son chef; déplus, elle attendoit des secours du prince d'Orange et du duc des Deux-Ponts, qui se disposoient à entrer dans le royaume. On tàchoit d'empêcher leur projet ; cela seroit bien dilfi- <jle si Philippe il ii'envoyoit du secours. Le duc d'Albe venoit de
• Archives de Simancas ; cot. B, 23 ^ '.
- Ibid., cot. B, 23 "♦. -;
remporter une victoire sur les gueux; mais cette victoire est pour le royaume de France un triste présage, puisque le prince d'Orange se réfugie chez nous, et se joindra à ceux de son parti. Il falloit donc l'en empêcher '. »
Dans une autre dépêche du cardinal , datée du camp près de Limoges, il donnait à Philippe II le détail de la situation des armées; d'après toutes les espérances, les rebelles hérétiques devaient ^{vq châtiés pourvu qu'il ne vînt aucune nouvelle force d'Allemagne. « Deux choses, continuait-il , étoient grandement nécessaires au bien de Dieu et du roi, et pour la défense d'une si sainte et bonne querelle, sans lesquelles choses le royaume seroit affligé et désolé, et on n'auroit aucun moyen de s'y opposer. C'étoient d'abord bon nombre d'arquebusiers espagnols qui pénétreroient par Fontarabie , et après leur service fait, ils pourroient aller servir en Flandre ; la seconde seroit de prier le duc d'Albe de s'opposer à l'entrée du prince Casimir en France, qui marchoit à la tête des troupes du comte palatin son frère. Ces deux mesures étoient très-urgentes ^. »
Le parti catholique ne se fortifiait pas seulement par ses relations à l'extérieur ; la grande municipalité de Paris prenait une part active à la crise religieuse. Dès le mois d'avril, une ordonnance porta « qu'il seroit fait élection en chacun quartier de certains personnages de qualité de la religion catholique, lesquels auroient la superintendance des capitaines sous l'autorité des prévôt des marchands et échevins, et seront seize personnes chefs "'. »
Le 26 avril 15GS, lettres missives du roi par lesquelles il veut «que l'on mande en l'hôtel de ville vingt personnes de chaque quartier des plus notable.', chacun quartier l'un après l'autre, pour procéder à l'élection du chef du quartier *. »
' Archive? de Simancas, col. B, 23 ^^
^ Ihid., cot. B, 26 *. Le 3 septembre l.'ifiO, M. de Fourqtievaux, ambassadeur h. Madrid, écrivait entre autres choses au roi d'Espagne : v Je vous supplie trèshurablementde vouloir faire solliciter le secours qui se lève pour France, afin qu'il marche promptemoiit, car il est grandcincnt iiécessaire par delà, et le roi vôtre frère y met grande espémnce pour plusieurs misons. M'ét^nt d'avis, sire, qu'il sera fort bon que des 4,000 liommes , .",000 soient arquebusiers, car les guerres d'aujourd hui se font plu*; avec ces armes que avec la pique, et l'Espagnol s'en sert mieux, que soldat du monde. » B. 24 "».
=■ Begist. tie l'hAtel de ville, HI, fol. 85. ' * Ihid., fol. 84.
Un arrêt du parlement du 28 septembre 1568 attribue la juridiction militaire aux capitaines de ville, qui devront en prévenir les prévôt des marchands et échevins, lesquels, selon l'exigence des cas, pourront condamner à l'amende n'excédant pas huit liv. parisis. « Si le délit requéroit punition corporelle, ils devroient remettre les accusés au prévôt de Paris ou à son lieutenant. Pour les crimes et délits non militaires, la capture, rapport, correction et punition appartiendra à la justice régulière; cependant, les capitaines et chefs devront prêter main-forte à la justice ordinaire, et faire même emprisonner les délinquants en l'absence du juge. Quant aux captures de ceux qui délinqueroient la nuit, les examinateurs du Chàtelet ne s'en entremettront , mais le fait et charge demeurera au guet royal '. »
Ces concessions au conseil municipal disent assez la force de la bonne villede Paris, dont on agrandissait la juridiction. Toutefois, au milieu de celte ardeur catholique, il existait encore des partisans secrets des huguenots et du prince de Condé; on correspondait avec l'amiral de Chàtiilon pour lui donner des renseignements sur la cour, les opinions, leurs forces respectives. Une charte de nouvelles à la main est adressée par un médecin à l'amiral ; elle est daîée de Paris. L'espion mande « que les calvinistes sont persécutés, privés de charges et de biens ; que le maréchal de Montmorency, gouverneur de Paris, a été contraint de se retirer à Chantilly par l'arrivée du cardinal de Lorraine, qui gouverne avec le duc d'Anjou et l'archevêque de Sens; qu'ils se servent du président Hennequin, du procureur du roi du Drac et Voisie, conseiller, et autres partisans d'Espagne, et de Kauchou, pré\ôtdes marchands; que la reine d'Angleterre a fait toucher au duc des Deux-Ponts vingt raille écus ; que le prince d'Orange, qui était sorti du royaume, revient avec le duc des Deux-Ponts; qu'ils ont quatorze raille chevaux, dix-huit raille hommes de pied, et trente pièces d'artillerie. Le duc d'Aumale a commandement de leur livrer bataille. Le roi part de Joinville pour Toul : les ducs de Vaudemont et de Lorraine exhortent le roi à la paix ; maïs la reine, !e cardinal et leurs sectateurs n'en veulent ouïr parler. Le roi a reçu quatre mille Suisses et trois mille cinq cents reistres d'Allemagne. Le cardinal de Lorraine est malade -. »
' Regist. de rhôlel de ville, III, fol. 117.
» JiSS Coibert; vol. XXIV. in-fol., n" IST. Celle iclîre fut trouvée dans les poches.
Le chef qui prenait alors en main les batailles catholiques, était un jeune homme de dix-huit ans, brillant en guerre, plein de courage, dont l'aigrette flottante éclatait au loin dans les plus épais carrés de lances. Le duc d'Anjou, élevé enfant dans les guerres civiles, était le fils chéri de Catherine de Médicis, l'ami de son cœur, celui pour qui elle appelait une couronne. A la mort du vieux connétable, elle le plaça avec le titre de lieutenant général à la tète de ses armées, qu'elle dirigeait elle-même par Strozzi, général expérimenté des bandes italiennes.
A Jarnac il y eut rudes arquebuSades ; le sang des gentilshommes fut répandu à grands flots. Là mourut de la main du vicomte Montesquiou ie prince de Condé, chef de la noblesse provinciale ; et tandis que les huguenots célébraient ses vertus et disaient : « que si le prince de Condé avoit été tué, M. l'amiral restoit à cheval avec La Rochefoucauld pour achever tous les papaux * » ; les catholiques le comparaient « au serpent venimeux , à Satan furieux , qui se disoit de France le roy, et vouloit changer Dieu et la religion pour mieux piller les églises et les calices ; on ne devoit même pas prier le Seigneur de pardonner ses fautes, car en enfer il n'y avoit nulle rédemption ^. 0 Le prince de Condé était considéré par les catholiques
du i)riiice de Cor.dé lorsqu'il fut lue douze jours après à Jarnac. La forme en est singulière ; c'est une bande de papier de deux pouces de Isrge, longue d'un pied ou environ, écrite recto et verso d'une écriture si petite, que sans le secours de la loupe on ne pourrait la lire.
' Le prince de Condé
Il a été tué; Mais monsieur l'amiral Est encore à cheval Avec La Rochefoucauld Pour achever tous ces papaux, papaux, papaux.
(Brantôme, tome IIF, page 231.)
* Epitaphe du prince de Condé en vers français. MSS de Bélhune, volume 8732, fol. 44 :
Cy-gît le serpent venimeux. Pour mieux piller églises et calices
Second Satan ténébreux, furieux, S'abandonnoil à tous mallicureux vices.
Et se disoit, par orgueilleux arroy,
Etre de France le vrai monarque et roy
Qui prieroit Dieu ses fautes pardonner,
On lui feroit plus grand tourment donner,
par vaine opinion Car en enfer n'y a nulle rédemption.
Avait changé Dieu et religion. Laissons cela sans autre mention.
comme l'implacable ennemi de la messe*, et la messe était alors un symbole, un signe de parti, comme plus tard on adopta une idée politique, une couleur, un drapeau.
La fraction genevoise sous l'amiral Coligny aurait pris la direction du mouvement, si Jeanne d'Albret, reine de Navarre, n'avait offert à la noblesse des camps le prince de Béarn son fils. J'ai besoin de bien expliquer ici comment cette maison de Bourbon se trouvait toujours là pour fournir un chef à la gentilhommerie huguenote. A toutes les époques, les cadets de race apanagée s'étaient placés à la tête d'un mouvement d'opposition à la branche de leur famille qui portait couronne; l'esprit turbulent et féodal de la gentilhommerie de province, l'austérité de ses manières, la vie de charrue et de montagne, si différente des dissipations de la cour, donnaient des auxiliaires à cette ardeur batailleuse des puînés ; on se liguait pour différents motifs, tantôt de bien public, tantôt de religion, mais toujours par impatience d'un joug qui pesait. L'existence du gentilhomme provincial était dure, laborieuse. 11 vivait au milieu des vassaux, à la chasse, grimpant couvert de fer sur les hauts rochers des Cévennes, des Pyrénées ou des Alpes, pour de là se lancer sur la molle noblesse de cour.
La race royale de Béarn avait habitué ses ûls à ces fatigues des braves châtelains. Henri, héritier du royaume de Navarre, était né à Pau en 1553, au sein d'une famille tout entière dévouée à la réforme, quoique la timidité d'Antoine de Bourbon ne lui permît pas toujours d'en faire une profession publique. L'enfance laborieuse du Béarnais est trop connue pour que je répète les vieilles traditions de la gousse d'ail, du vin de Jurançon, et de la chanson que 31"^ d'Albret chanta au milieu des douleurs, aGn de ne pas en faire un pleureur ou un enfant rechigné. Son éducation avait été sévère, comme les calvinistes en donnaient alors à leur fils, en sorte « qu'il étoit duit au labeur et mangeoit souvent du pain commun, et a été vu, à la mode du pays, parmi les autres enfans du village , quelquefois pieds déchaux et nu-tête, tant en hiver qu'en été. » Henri avait quinze ans lorsqu'il vint à l'armée huguenote ; il y avait été conduit par sa mère,
•* L'an raille cinq cent soixante-neuf,
Entre Jarnac et Cbâteauneuf, Fut porté mort sur une ànesse Le grand ennemi de la messe.
femme de courage et de fanatisme. Elle présenta Henri comme un gage à la gentilhommerie, et le jeune prince, d'un air de résolution et de fierté, prononça ces paroles, engagement de foi et d'opinion : « Je jure de défendre la religion et de persévérer dans la cause com- » mune, jusqu'à ce que la mort ou la victoire nous ait rendu à tous » la liberté que nous désirons. » Le parti de Genève n'était pas assez fort pour agir seul, et l'amiral Coligny , vieilli sous les armes, se plaça de lui-même sous les ordres du noble et valeureux enfant '.
Si les bourgeois fortement catholiques, si les huguenots puritains, dans leur sombre et sévère réformation, étaient alors irréconciliables ennemis, il n'en était pas de même des deux partis de la gentilhommerie. Placés dans des camps opposés, ils se mêlaient fortement et lièrement aux batailles ; mais de vives sympathies, des traits de chevalerie, de famille, ou de blason, les unissaient entre eux. Ils en venaient aux mains à regret; ils s'entre-choquaient comme dans un grand tournois et aux lices ou dans un duel ; il y avait bien également entre eux de petites jalousies de cour ou de faveur ; toutefois il semblait que la châtellenie avait le besoin d'en finir avec tout ce sang versé ; on s'échangeait d'un camp à un autre des avis, des conseils. La veille de la triste défaite de Moncontour, les gentilshommes calvinistes furent prévenus par la noblesse catholique du danger qu'ils allaient avoir à courir dans cette bataille : « Messieurs, leur dirent-ils, nous portons marques d'ennemis, mais nous ne vous haïssons nullement, ni votre parti. Avertissez M. l'amiral ^ qu'il se donne bien garde de combattre ; car notre armée est merveilleusement puissante, pour les renforts qui y sont survenus, et est avec cela bien délibérée ; mais qu'il temporise un mois seulement, car toute la noblesse a juré et dit qu'elle ne demeurera pas davantage , et qu'il les emploie dans ce temps-là, et qu'ils feront leur devoir '. »
L'armée catholique, comme l'armée huguenote, se divisait en deux partis : le duc d'Anjou, sous la direction de Strozzi, nouveau colonel
' Mémoires de La Noue, ann. 1369, chap. 23.
^ Coligny venait d'èlre condamné à mort par le parlement de Paris. Voici, le titre de l'arrêt : « Arrêt de la cour de parlement contre Gaspard de Coligny, qui fut admirai de France, mis en huit langues; à savoir; français, latin , italien , espagnol, allemand, flamand, anglais et écossais. » 27 septembre iMd. Bibl. de M. de Fontanieu, rec. de pièces in-8° parch. coté P, 368, pièce 60 bis. — «f Arrêt du parlement contenant interprétation du premier, donné contre Gaspard de Coligny. »
' Mémoires de La Noue, ann. 1369, chap. 26.
de l'infanterie , conduisait précisément la haute genlilhomnaerie de cour; les enfants de Guise, sous la tutelle du cardinal de Lorraine, avaient été adoptés par les fervents catholiques saluant la noble lignée. Cette séparation jetait de la jalousie ; la pensée du cardinal était de pousser à bout les hérétiques, de ne leur laisser ni places de sûreté, ni un pouce de terrain. On voyait sous la tente 31. de Lorraine cherchant à diriger l'armée; si bien que M. de Tavannes lui dit un jour de mauvaise humeur : « A chacun son métier, ce n'est pas trop ; il est impossible d'être bon prêtre et bon gendarme *. »
La bataille de Moncontour fut décisive ^. Le duc d'Anjou remporta une victoire complète sur les huguenots dispersés dans la plaine; jamais joie semblable à Rome, en Espagne surtout ^. Philippe II envoya don Kenriquez, gentilhomme de sa bouche, pour féliciter le roi de France sur ce triomphe signalé. Dans les instructions qu'il lui donna, le roi lui prescrit : « de multiplier les congratulations à adresser au roi, à la reine mère, admirer le duc d'Anjou, le complimenter sur sa valeur. Dire au roi de France tout le plaisir que sa majesté catholique éprouvoit; lui conseiller de poursuivre les rebelles à outrance; Charles IX obtiendroit ainsi la paix. Henriquez avoit ordre de visiter tous les princes, les ducs d'Alençon, de Montpensier, M""' Marguerite, et les assurer des bonnes intentions de sa majesté*. »
En réponse le duc d'Anjou écrivit au roi d'Espagne pour le remer-
' Mémoires de Tavannes, ann, 13G9, page 338.
* « Le vrai discours de la bataille et victoire obtenues par le roy sur ses ennemis et rebelles ; sous la conduite de mon.^eigneur le duc d'Anjou , son frère, auprès de Sloncoiilour, le Iroisièmo jour d'octobre 1369, avec le rôle des morts et les régimens qui ont clé défaits. » A Tours, psr Pierre Regnard, imprimeur et libraire, demeurant au coin de la rue du Bocnssin, près Sainl-Martin.
' Après la bataille de Moncontour, la cour de France expédia auprès de Philippe II le sieur Jérôme Gondi , porteur de plusieurs lettres de Cliai !e- IX. Archives de Simancas ( B 24 *"), de la reine mère (B 2i "-), du duc d'Anjou (2i "'1; elles étaient remplies d'actions de grâce à Dieu et de félicitations sur cet heureux événement: « Les ennemis de Dieu étuient donc terrassés ; il y avoit de grands complimens sur Il conduite qu'avoit tenue le comte de Jiansfeld qui avait été blosï^é. » Le cardinal de Lorraine écrivit austi (B 2i "), « qu'il avoit bon espoir qu'on useroit bien de celte victoire , et qu'on en recueilleroit les fruits; M. de Guise y avoit été blessé, mais il avoit croyance que Dieu le conserveroit, car il prenoit trop bien la suite des actions de son bon père ; le comte de Mansfeld s'étoit vaillamment conduit, et mériioil toute récompense et cioge, ainsi que les troupes ; or, Dieu en soit loué et fasse la grâce à leurs majestés que la sainte religion soit définitivement bien rétablie. — - Octobre 1369.
* Archives de Simancas, cot. B, 28 •".
VAIS. DE SAliNT-GEU.MAIN. 141
cier « de toutes les condoléances et démonstrations qu'il lui avait fait faire par ledit Henriquez * . » On trouve encore trois dépêches écrites de la main de Philippe II; savoir, aux cardinaux de Lorraine, de Guise et de Bourbon : c'était toujours pour leur dire « qu'il ne pouvoit pas exprimer la joie et le contentement qu'il avoit reçu à la nouvelle de la victoire. Il engageoit le cardinal de Lorraine à pousser le roi à ne faire aucun traité et générosité avec les rebelles ; il falloit que le monde vît les bons effets de la victoire ; on devoit se signaler dan> cette occasion; il n'y en avoit pas de plus belles pour servir Dieu, l'Eglise principalement, et le roi ^. »
Ce n'était pas seulement par la parole que Philippe II encourageait la cause catholique ; il se déterminait à promettre des discours. M. de Fourquevaux, ambassadeur de France à Madrid, lui écrivait : « Sire, j'attendois bien la bonne réponse que M. le cardinal de Siguenza me fit hier de votre part, car d'un si très-catholique et très-magnanime roi comme vous êtes, il faut toujours en espérer tout confort et secours dont je n'ai voulu faillir d'en baiser très-humblement les mains à votre majesté par cette lettre, en tenant certain que M. le ducd'Albe aura bientôt votre commandement en tel langage et de la chaleur qu'il appartient, de faire ses efforts pour résister de son côté aux desseins des ennemis ; comme est présumable que les quatre mille soldats espagnols entreront en France par Bayonne, dans le plus bref délai qu'il sera au monde possible, lequel terme veuillez me dire, car il est fort raisonnable que je le fasse connoître à la royne ma maîtresse '. » Et quelques jours après Philippe II écrivait à Catherine pour lui confirmer ce que son ambassadeur devait lui avoir dit sur les secours qu'il allait envoyer. Il ajoutait « qu'elle pouvoit être assurée ainsi que le roy son bon frère, qu'il feroit toujours pour eux tout ce qu'il pourroit, car il considéroit leurs affaires comme les siennes propres *. »
Dans ces rudes chocs de batailles disparaissaient peu à peu les sommités ardentes des partis, et tandis que le lugubre tambour et les sons aigus des trompettes et buccins annonraient sous les tentes calvinistes la mort du sévère et pieux d'Andclot, Brissac, le jeune et
• Archives de Simancas, cot. B, 28 *". « Ibid., B, 28 "'.
» Ibid., col. B, 2o '*•.
♦ Ibid., B,2o'".
farouche Brissac, expirait dans le camp catholique. Brantôme, si indulgent pour tous ses héros, raconte de ce grand 31. de Brissac « qu'il étoit trop cruel au combat et prompt à tuer, et aimoit cela jusque-là qu'avec sa dague il se plaisoit à s'acharner sur une personne, à lui en donner des coups, jusque-là que le sang lui en rejaillissoit sur le visage * . » Ainsi que je l'ai dit, le commandement de l'infanterie française fut donné à Strozzi qui n'avait ni le même enthousiasme religieux, ni la même cruauté : « Il étoit très-homme de bien, ajoute Brantôme, la plus grande part le tenoit de légère foi. Il n'éloit pas certainement bigot, hypocrite, mangeur d'images, ni grand auditeur de messes et sermons; mais il croyoit très-bien d'ailleurs ce qu'il falloit croire touchant sa créance ''• . »
Les caractères trop prononcés s'effaçant ainsi de la scène, le parti de la noblesse prenait la direction du mouvement ; il y avait dès lors plus de probabilités pour la fin de la guerre. Loin que les défaites, les chances des batailles décourageassent les huguenots, ils se reformaient comme par miracles ; des armées succédaient aux armées. On vit sortir cette année des Cévennes, du Béarn, une multitude de braves gentilshommes, des montagnards sauvages, fils des castels en ruine et de pauvres fiefs, qui venaient défendre leur foi, tandis qu'une armée de reîtres et lansquenets traversait paisiblement la France sous les ordres du duc des Deux-Ponts, pour seconder cette énergie de résistance^. Ici les huguenots étaient vainqueurs ; là ils subissaient de dou-
' Brantôme, tome IX, page 238.
^ ïbid., loraeVI.
* Les calvinistes faisaient des propositions secrètes au duc d'Anjou; ils cherchaient à l'entourer pour l'attirer à leurs opinions. Je trouve dans les archives de Simancas des lettres à ce sujet très-curieuses ; elles sont de la duchesse de Guise au roi d'Espagne; elle lui donne une série d'avis sur les affaires de France; elle signait ses lettres ainsi : Votre très-humble et obéissante cousine, et servante chrétienne. — Voyez B, 26 '*', '", '5*, mars et juillet 1369. — Une de ces lettres du mois de juin 1569 est ainsi conçue :
« Le roi de France partit le 7 juin en grande diligence pour aller à Orléans, et la reine mère au camp de M. d'Anjou, ayaut entendu que l'amiral pratiquoit ledit sieur d'Anjou pour mettre division entre les deux frères sous ombre de partage et accroissement de grandeur, lui offrant que s'il vouloit se mettre de leur cùio et le recevoir en sa bonne grâce, il l'assureroit faire seigneur de toute la Guyenne, de tous les Pays-Bas, et d'une grande partie des villes maritimes. De quoi la France est pour ' cejourd'hui autant ébranléo qu'elle fut oncques; vu les conséquences qui dépendraient de pareilles divisions. Principalement en celle saison avec les secrètes et presque incroyables intelligences qui se découvrent chaque jour. Avec raison on ne
loureuses défaites; on prenait des villes, on levait des sièges. La gentilhommerie se fatiguait de cette guerre sans profit ; on rêvait à ses cliàteaux , à ses veillées d'armes ; la lice était trop prolongée. Les plus ardents eux-mêmes avaient besoin d'un temps de repos. « J'ai entendu dire plusieurs fois à l'amiral, s'écrie La Noue, qu'il désiroit plutôt mourir, que de retomber en ces confusions, et voir devant ses yeux commettre tant de maux *.»
L'opinion de cette lassitude des camps se trouve principalement dans les aveux simples et naïfs des hommes d'armes des deux côtés. Les catholiques disaient « que c'étoit chose et indigne et injuste de faire paix avec des rebelles hérétiques, qui méritoient d'être grièvement punis. Ils persistoient en leurs dires jusqu'à ce qu'on les eût guéris de cette sorte : si c'étoient gens d'épée , on leur enjoignoit d'aller les premiers à l'assaut ou à une rencontre pour occire ces méchans huguenots; de quoi ils n'avoient pas lâté une couple de fois, qu'ils ne changeassent vilement d'opinions. Quant aux autres, qui étoient d'église ou de robe longue, en leur remontrant qu'il étoit nécessaire qu'ils baillassent la moitié de leurs rentes pour payer les gens de guerre, ils concluoient à la paix ^. »
A la cour, la reine Catherine, un moment maîtresse du parti ca-
peut plus se fier à personne. Le Franrois craint fort que l'Anglois ne rompe et se déclare contre la France, quelle protestation que la reine ait fait faire au roi. Car encore qu'elle l'ait dit à tous ceux que ledit sieur roi a envoyé vers elle qu'elle ne le fera jamais ; si est que l'on ne se peut bonnement fier d'autant qu'elle s'aide des conseils du cardinal de Châlillon, qui dans cette afifaire est plus que suspect.
On dit que le chancelier est rappelé en cour pour dresser les articles delà paix. » — Archives de Simancas, B, 26 '«'.
' Mémoires de La Noue, ann. 1570.
* Voici un document qui présente bien l'état du royaume; ce sont les instructions, baillées le li janvier loTO, aux gouverneurs et lieutenants généraux des prorinces, à l'efifet de conserver le peuple en paix sous l'obéissance du roi sans trop les surcharger. Les moyens que renferme cette instruction sont nombreux : « obliger lesdits gouverneurs et lieutenants généraux à résidence. Réduire les troupes au simple nécessaire. La solde des carrés de lances serait prise sur le produit des biens saisis sur les religionnaires. Le désarmement général de tous ceux de la nouvelle opinion, même les gentilshommes auxquels on ne laissera que lépée et la dague, ne leur permettant pas même de conserver leurs chevaux de guerre. Les nouveaux catholiques, quoique convertis , seraient désarmés avec la même rigueur. En cas de garde par les habitants, les huguenots et les nouveaux convertis n'y seraient pas employés; ils suppléeraient à leur service par de l'argent qu'on taxerait. Ceux qui en étal de désarmement auraient des armes, seraient punis de mort. (MSS de Bélhune, vol. col. 8703, fol. o.)
tholique depuis la mort du duc de Guise, le voyait se reformer autour des nobles enfants de la maison de Lorraine. La guerre fortifiait cet ascendant; leurs partisans s'habituaient à les saluer armés aux batailles, et disposant de la fortune de la France; l'autorité que la reine mère aimait tant à exercer, elle ne devait la retrouver que dans un système de balancement et de temporisation que la paix seule lui donnerait. Les secours qu'on demandait au roi d'Espagne n'arrivaient pas; on s'épuisait au siège de Saint-Jean-d'Angély *. Il y a des temps où la lassitude des partis appelle de toute nécessité une trêve ; on jette de part et d'autre les armes pour un indispensable repos. Rien ne peut arrêter ce mouvement, pas plus que celui des batailles lorsqu'elles passent par la tête d'un peuple. Quelques érudits ont avancé que la pacification de Saint-Germain, si favorable aux huguenots, ne fut qu'un piège tendu afin de préparer en silence la Saint-Barthélémy. Comme preuve du contraire, il existe dans les archives du Vatican les lettres très-dures, très-sévères du pape Pie V, qui se soulage en reproches sur la paix méditée entre Catherine et les huguenots : « Frappé du bruit généralement répandu parmi les hommes et des nouvelles qui nous annoncent que la paix entre votre très-cher fils et les hérétiques, ennemis de Dieu et rebelle à la France, est sur le point d'être conclue, nous devons vous dire que nous nous sommes assurés qu'il n'y a rien de commun entre Satan et les fils de la lumière ; nous tenons également pour indubitable qu'il ne peut y avoir aucun arrangement, si ce n'est plein de faussetés et de tromperies entre les catholiques et les hérétiques ^. Enflammez l'esprit du roi très-chrétien votre fils pour qu'il anéantisse ce qui reste encore des débris de la guerre civile, pour qu'il applique aux ennemis communs les punitions
• Le 2S novembre lo69, le cardinal de Lorraine écrivit à Philippe II du camp devant Saint-Jean-d'Angély, « qu'il ne lui feroit pas longue lettre, vu la fidélité du porteur qui lui expliqueroit tout de vive voix ; il le prioil seulement de vouloir bien considérer l'état auquel étoient les affaires de la chrétienté, où Dieu s'attend degrands moyens qu'il a donnés à voire majesté. » ( Archives de Simancas) , cot. B, 2^i "♦. — Ceci s'explique par les pertes qu'éprouva l'armée du roi devant Saint-Jeand'Angély, après la victoire de Monconlour. Un mois après, l'ambassadeur, M. de Fourquevaux , remettait un mémoire à Philippe II , pour prier qu'on hâtât le secours de quatre mille hommes promis à sa m.ijesté très-chvétienne. Leur présence était bien urgente. {Ibid. cot. B, 28 ='°.)
^ « Compertum nobis est nuUam esse Satanœ cum Sliis lucis coramunioncm ; ita inler calholicosquidcm ethsereticos nullam compositionem, nisi fictam lallaciisque pleDissimara, fier! posse procerto habemus. » (29 janvier 1370.)
qu'ils ont si justement méritées, pour qu'il consolide, dans son propre intérêt et dans celui de sa postérité, le royaume ébranlé par la guerre impie des abominables hérétiques. » Non-seulement le pape Pie V en écrit à Catherine deMédicis, mais encore au roi, au duc d'Anjou *» à tous ceux qui exerçaient de l'influence et pouvaient prendre part à. ce qu'il appelle une trahison infâme. D'un autre côté, les mêmes plaintes sont reproduites par l'ambassadeur d'Espagne auprès de la. cour. Le projet de se délivrer des huguenots par un massacre pouvait bien confusément se présenter à la pensée ; mais s'il avait été arrêté. si la paix n'avait été conclue que dans cet objet, il est impossible que le pape et le roi d'Espagne, ces deux puissances de l'unité catholique, n'en fussent pas prévenus ou qu'ils n'eussent pas l'instinct du but secret de la paix ^. Cette paix fut le résultat d'une lassitude chevaleresque. On n'en pouvait plus de la guerre; on courait au repos après avoir tenu si longues années la vie des camps,
Les négociations s'ouvrirent directement par Castelnau, député de Catherine de Médicis auprès de Jeanne d'Albret, reine de Navarre; 3ÎM. de Biron et de Mesmes dirigèrent les conférences où les huguenots se firent représenter par l'amiral. Elles se prolongèrent longtemps, quoique les deux partis fussent également pleins d'impatience d'en finir. Il n'est sorte de soumission que ne fît Coligny pour se remettre bien dans l'esprit du roi Charles IX et de la reine mère. Il écrivait à Catherine de Médicis : « Madame, je sais que vous avez eu quelques mauvaises opinions de moi, et que, à la sollicitation de mes ennemis,
' 30 janvier, 1" février 1570.
* M. de Fourquevaux écrivit au roi d'Espagne, le 4 avril 1570, quelque temps avant la paix de SaiiU-Gemiain, « qu'il étoit chargé de la part de S. M. T. C, son maître de lui démontrer les raisons qui l'avoient forcé et contraint d'accorder la paix à ses ennemis, ce qu'il feroit quand S. M. C. voudroit. Cependant il venoit de recevoir des avis tout nouveaux de France qui lui annonçoient que la paix n'éloit pas conclu e il en voyoit la cause dans les conditions d'icelle, qui étoient désagréables aux ennemis; il étoit tout joyeux de ce retard. Je ne veux pas, ajoutait-il, retenir un si grand contentement en moi sans le faire partager à votre majesté. » Archives deSimancas* cot. B, 27 '♦.
L'ambassadeur français à Madrid recevait divers avis de plusieurs personnages eii France; M. de Rieux lui écrivait sur les affaires du Languedoc; le cardinal d'Armagnac correspondait également d'Avignon, B, 27 2oi.;»6^ xous ces avis étaient envoyés à Philippe II par cet ambassadeur qui les lui remettait très-exactement. B, 27 20'. C'était à l'époque où les huguenots faisaient des progrès. Je crois qu'on cherchait à démontrer au roi d'Espagne l'imminence du danger, afin d'obtenir de prompts secours. C'est dans les mois de mars, avril, mai 1570.