‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 111 sur 144 · II · texte numérisé non relu

II

qui ont occupé ordinairement vos oreilles, vous m'avez porté quelques mauvaises volontés. Je n'en suis pas fortesbahi ; mais aussi j'ose dire que quand votre majesté espluchera toutes mes actions depuis le temps qu'il y a qu'elle me connoît jusqu'à présent, elle confessera que je suis tout autre que l'on m'a voulu dépeindre; il y a davantage, car quand il me souvient d'avoir reçu beaucoup de faveurs de votre majesté et démonstration de bonne volonté, j'oublie très-volontiers tout le mal que l'on m'auroit voulu procurer en votre endroit pour me ressouvenir du bien; et pour conclusion, madame, je vous supplie croire que vous n'aurez point de plus affectionné serviteur que j'ai été et veux être, que je suis homme de bien, et que le plus sûr gage que vous puissiez recevoir, c'est d'avoir la parole d'un qui veut faire la profession que je veux faire jusqu'à la mort, avec l'aide de Dieu ; et pour récompense de cela, je ne veux et ne demande que votre bonne grâce, à laquelle je présente mes plus que très-humbles respects ^ »

Le conseil de Charles IX faisait difficilement les concessions des places de sûreté. «'Le roi ne veut donner que trois villes, à savoir : La Rochelle, Montauban et Sancerre, » écrivait le cardinal de Lorraine à la duchesse de Nemours ^ ; mais Catherine, impatiente de la paix, comme tout le tiers parti, racontait à son fils les malheurs de la guerre; elle l'invitait à redoubler de zèle pour assurer le repos au royaume « et vous supplie, gardez-vous d'être malade et que l'on voye que vous avez vos affaires à cœur et que vous y travaillez ^. »

« Enfin la paix a été conclue, s'écrie Pasquier, et publiée à notre cour de parlement. C'est finir par où nous devions commencer, si bous eussions été bien sages. Mais en telles affaires, il nous en prend comme des procès, auxquels il ne faut jamais parler d'accord, que nous n'ayons premièrement espuisé le fond de nos bourses. Aussi en ces calamités publiques, il est impossible de nous pacifier que lorsque nous nous voyons au-dessous de toutes affaires. »

La paix fut arrêtée le 8 août (1 570) , à des conditions inespérées pour les huguenots. Deux traités furent signés ; l'un public, l'autre secret ; la convention publiée assurait aux calvinistes « pleine et entière Hberté de conscience et de prêche selon les vieux édits, dans deux localités spéciales pour chaque gouvernement de province. Aucun synode ou

' Manuscrits de Béthune, vol. cot. 8702, fol. 41.

' Ihkl., vol. cot. 8741, fol. 32.

» Manubcrils de Béthune, vol. cot. 8921, fol. 3.

réunion huguenote ne pouvait se rassembler dans un rayon de dix lieues de Paris ; catlioliques et protestants étaient également admis à toutes les charges lucratives et bénéfices du royaume ; on donnait dans les procès entre les partisans des deux religions la faculté de récuser jusqu'à six conseillers. Enfin, comme complément à ce système de garantie, on confiait aux protestants des places de sûreté, lesquelles pouvaient servir de ralliement en cas de guerre : La Rochelle, qui leur permettait les secours d'Angleterre ; Cognac et Montauban, qui les unissaient aux huguenots du Rouergue, du Béarn, de la Gascogne; La Charité enfin, point central pour rallier toutes les communications *. Le traité secret était tout relatif à des stipulations de subsides, à des grâces privées, aux dons de fiefs pour les chefs huguenots. Charles IX s'engageait à compter cent mille écus aux reîtres, afin de payer leur solde et d'activer leur départ ^,

Celte paix, si belle pour les calvinistes, souleva les clameurs de l'Europe catholique. Dans une lettre adressée au cardinal de Lorraine, le pape Pie V en exhale toutes ses douleurs : « Notre très-cher fils, dès que nous fûmes assuré que la paix venoit d'être conclue entre notre très-cher fils en Jésus-Christ, le roi très-chrétien des Français, et les hérétiques (si toutefois on peut appeler paix le traité par lequel des lois si infâmes et si perverses à la religion catholique ont été imposées à sa majesté très-chrétienne par des hommes dépravés), notre âme fut saisie d'une vive douleur. Nous considérons cette paix comme ayant porté à la France un coup plus funeste que tous ceux qu'elle avoit soufferts pendant les années écoulées depuis qu'elle étoit agitée par les discordes intestines avec les hérétiques ^. »

* Édil du roi sur la pacification des troubles de ce royaume, publié à Paris en parlement, le onzième d'août 1570. Imp. par Nicolas Luce. — Voyez aussi : Mémoire historique de la négociation de la paix. MSS de IMesmes, intitulés : Mémoires du règne de Charles IX, in-fol., n» '"Vj, page 54. La pièce est en entier de la main de M. de Ncvers, mais si minutée et si mal écrite, qu'il m'a été impossible de la lire, d'autant plus qu'elle contient plus de quatre grands rôles in-fol. Tout ce que j'en ai pu tirer a été que c'est un brouillon dans lequel M. de Nevers se rendait compte à lui-même d'une négociation à laquelle il participait comme élent du conseil. On peut suppléer à la pièce par les mémoires de Castelnau, liasse Vlî, ch. 10. Casteinau est d'autant plus croyable sur ce fait qu'il avait été envoyé par Catherine de Médicis à la reine de Navarre, pour entamer avec elle le traité du 8 août ;

* « Articles adjoutés à ceux accordés aux huguenots par le traité de la paix. » (Bibliothèque du Roi, MSS de Baluzc, vol. in-fol. cot. n°238, foi. 85.)

* 25 septembre 1570, liv. IV, lettre 8, page 285, édition Goubau.

Si le pape et le roi d'Espagne éprouvaient une vive douleur, une indignation profonde en contemplant la paix de Saint-Germain, les princes d'Allemagne en félicitaient la reine mère et Charles IX. Il existe des lettres de Frédéric , comte palatin ; d'Auguste, électeur de Saxe ; de George-Frédéric, marquis de Brandebourg ; de Louis, duc de Wittemberg ; de Guillaume, Philippe et George, landgraves de Hesse; d'Adolphe, duc de Holsteiu, et de Charles, marquis de Bade, qui remontrent l'importance de la paix pour le royaume de France ainsi que pour le repos de l'Europe. Ils promettent d'y contribuer par leur neutralité la plus exacte; « l'édit de votre majesté, continuaient-ils, est pour la France ce que la transaction de Passav^ a été pour la Germanie * . »

Ainsi la gentilhommerie provinciale rentrait dans ses vieux manoirs, après avoir conquis le principe de la liberté religieuse, pour lequel elle avait saisi les armes. Les plaines de Paris, de la Champagne, de la Bourgogne avaient vu tour à tour les gonfanons des pauvres châtelains duDauphiné, du Rouergue, du Béarn, du Yivarais s'agiter au milieu des noires crinières, des arquebuses brunies, des figures basanées de ces hommes de montagnes. Huguenots inflexibles, ils avaient gagné le prêche et la cène en français , comme au temps de la chevalerie ils brisaient les portes des cathédrales, pour arracher un fief d'église aux chanoines, et se faire donner, sous le titre devidame, de riches prébendes avec les revenus et fondations pieuses. C'était encore la rude et grande race de la conquête, imposant de sa pesante lance des concessions aux clercs d'église et à la royauté.

• MSS de Colbert, vol. CCCXCYII, in-fol., B. R., page loo.

RÉSUMÉ

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