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remettra les douze mille livres de douaire qu'elle a sur divers biens. M. le cardinal de Bourbon, en faveur dudict mariage et pour l'affection qu'il porte à M. le prince, son nepveu, conflrmera au proût dudict sieur prince les renonciations des successions paternelles et maternelles ci-devant par lui faites en faveur du défunt roy de Navarre *. » Ainsi se terminait la grande alliance de la chevalerie provinciale avec la couronne des Valois.
On a dit les causes qui s'étaient opposées au mariage du duc d'Anjou avec la reine Elisabeth d'Angleterre : les négociations ne furent point abandonnées, car le parti huguenot y mettait trop d'importance ; et comme alors il commençait à entourer le duc d'Alençon , ce fut à ce prince qu'il destina la reine protectrice de l'hérésie. François d'Alençon n'avait que dix-huit ans ; on le jetait dans les bras d'une princesse vieillie déjà; i! était petit , grêle , d'une peau très-brune ; et sa mère n'aimait pas le petit moricaud ^. Mais les huguenots le poussaient de toutes leurs forces ; Catherine s'ouvrit à Blois de ce mariage avec Smith , premier secrétaire d'État d'Elisabeth. Une dépêche de Smith est adressée à mylord Burleigh : « Ne savez-vous point , me dit la royne mère , si ma bonne cousine Elisabeth agréeroit le mariage avec mon flls le duc d'Alençon? — Madame, lui dis-je, vous me cognoissez depuis longtemps ; à moins que j'aye de bons ordres , je ne puis rieu asseurer à vostre majesté. — Je ne vois pas, me dit-elle , où elle se peut marier plus advantageiisement, si elle en a la volonté ; et quoique en qualité de mère je puisse sembler suspecte, je vous dirai pourtant que le ûis de l'empereur et don Juan d'Autriche sont l'un et l'autre au-dessous de mon Gis , et plus petits de taille de beaucoup. Si elle en a envie , c'est dommage qu'elle perde d'advantage de temps. — Madame , lui respondis-je, si Dieu vouloit qu'elle se mariast et qu'elle eust des en-
' « Articles du pourparler du mariage d'entre monseigneur le prince de Navarre, et de la sœur du roy de France, le 11« d'avril 1572. » Bordeaux, imprimé par Pierre de Làdime, 1572.
^ Catherine écrivait au duc de Guise : « Je suis ce matin revenue d'Amboise, où j'ai vu un petit moricaud qui n'est que guerre et que tempeste en son cerveau. 11 se porte très-bien et sa sœur aussi. Pour le chasteau,je puis vous asseurer que quiconque y sera n'en sortira pas sans congé, tant pour estre la place très-bonne que {)our lafortificnlion que j'y ay faict faire. Je crois qu'il n'y a lieu en France où M. le prince puisse estre mieux ni pius seurement. » — Mémoires du duc de Nevers, in-fol. édit. de 1665, tome I, page 70.
fans , toutes les brouilleries et trahisons s'évanouiroient bientost ; et pourvu qu'elle en eust un de monsieur le duc d'Alençon , je ne me soucierois que vous eussiez ici la royne d'Ecosse, car vous auriez en ce cas-là autant d'intérest à la conservation de la royne nostre maistresse que nous-mesmes. — Il est vrai , dit-elle , et je ne vois pas comment l'amitié qui est entre nous pourra se conserver sans ce mariage, ou si elle se marie ailleurs. — Il est vrai, madame, lui respondis-je, que les amitiés scellées par le mariage sont de plus longue durée et plus heureuses , quand Dieu les bénit , que celles qui ne sont que de cire. Néanmoins toutes les alliances ne sont pas accompagnées de mariages comme sera celle-cy , s'il plaist à Dieu. — Je voudrois qu'elle le fust , dit-elle , et si cela estoit , je passerois la mer pour la voir, car c'est la chose du monde que je souhaite le plus. — Madame, lui respondis-je, si j'avois à présent une aussi ample commission pour M. d'Alençon que l'ai eue autrefois pour Monsieur, la chose seroit bientôt terminée. — Je voudrois que vous l'eussiez , respartit-elie ; et si on vous la donnoit quand vous serez en Angleterre, ne voudriezvous pas repasser la mer pour la venir exécuter ? — Quelque malade que je pusse estre , madame , je la repasserois avec joie pour une si bonne œuvre. — Alors M. Walsingham lui dit : Asseurément , madame, ce n'a pas esté la religion qui a faict manquer le mariage de 31onsieur, mais quelque autre chose. — Point du toutdict-elle, il ne m'a jamais tesmoigné qu'il y ait d'autres raisons qui l'en aient empesché. — Je vousasseure, madame, repartit M. Walsingham , que j'ai bien de la peine à le croire ; car à Blois, il y estoit si bien disposé, qu'il ne me paraissoit plus satisfait que quand il parloit de la royne ma maistresse ; et cela paroissoit en ses paroles, en ses actions ; mais tout cela changea aussitost qu'il vint à Paris. — Il est vrai , dit-elle , 31. l'ambassadeur , et cela me surprit estrangement ; néanmoins dès Blois, quoiqu'il parust satisfait des autres choses, il avoit un peu de répugnance pour le faict de la religion ; mais ce n'estoit rien en comparaison de ce qui est arrivé depuis. » Après cela nous parlasraes des affaires de la royne d'Ecosse et des conspirations qui se faisoient tous les jours contre sa majesté à caase d'elle. Sur quoy elle me dit : « Mon Dieu , vostre maistresse ne voit-elle pas bien qu'elle ne sera jamais en repos qu'elle ne soit mariée? Si cela estcit faict, qui est-ce qui oseroit entreprendre quelque chose contre elle? — En vérité, madame, lui respondis-je, je crois que si elle estoit une
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fois mariée, tous ceux qui ont en Angleterre quelque mauvaise volonté, perdroient courage; et si elle avoit enfans, toutes les prétentions de la royne d'Ecosse et de tant d'autres s'évanouiroient. — Je ne doute point, dit-elle, qu'elle n'en puisse avoir cinq ou six. — Piust a Dieu, respondis-je, que nous en eussions un ! — Non, dit-elle, il faut au moins deux garçons, alin que s'il eu meurt un , il en demeure un autre , et trois ou quatre filles pour faire alliance avec d'autres princes et fortifier son royaume. — Vous croyez donc , madame, lui dis-je, que M. le duc iroit bien viste. » Elle se prit à rire, et me dit : « Je le désire infiniment, je suis persuadée que j'en verrois de mon vivant du moins trois ou quatre. Mais puisqu'elle a eu agréable mon fils d'Anjou, comme vous me l'avez dit, pourquoi celui-ci ne lui plairoit-il pas, qui est de mesme famille , de mesme père et de mesme mère, et qui n'est pas moins vigoureux et gaillard que lui, et peut-être plus?^La barbe commence à lui venir, et je lui dis dernièrement que j'en estois faschée, parce que je crains qu'il ne soit pas si grand que ses frères. — Madame, dis-je, les hommes ont accoutumé de croistre à son âge, la barbe n'y faict rien. — Il n'est pas si petit, dit-elle ; il est aussi haut que vous, ou peu s'en faut. — Cela ne m'embarrasse pas, madame ; et je voudrois qu'à cela près il pust plaire à la royne ma maistresse; car Pépin le Bref, qui espousa Herthe, estoit si petit en comparaison d'elle, qu'il ne lui alloit pas jusquesà la ceinture; cependant il en eut Charlemagne, qui estoit, à ce qu'on dit , un géant ; et Bertrand Du Guesclin, dont vous faites tant de cas , n'avoit pas plus de quatre pieds de haut. — Il est vrai, dit-elle, c'est le cœur et le courage qu'il faut considérer en un homme. Mais n'avez-YOUs point quelque marque de l'affection de la royne ? ne sauriez-vous me donner quelque espérance? — Non, je vous asseure, madame, car mes lettres sont du jour d'avant que noire courrier est parti avec nos despesches. Cette journée-là se passa de la sorte entre la royne mère et moi. Tout le monde sçait que nous souhaitons à sa majesté une entière félicité ; que son mariage et des enfans sont les plus grandes assurances de bonheur pour elle et de grandeur pour le royaume. Mais sçavoir où et à qui ? C'est ce que je remets , quant à moi, au jugement de sa majesté ' . » Ces négociations pour le mariage d'Elisabeth se continuèrent pendant tout le gouvernement des calvi-
* « Despesches secrètes escrites deBlois, le 22 mars 1371. »
GOrS'ERNEMENT DES HUGUENOTS A BLOIS. 197
nistes à Blois ; suspendues par la catastrophe de la Saint-Barthélémy, elles furent ensuite reprises avec des circonstances curieuses encore et qui retrouveront leur place.
L'action des huguenots dans le conseil s'étendait sur tous les points de la France. Les évangélistes ardents , si portés à se plaindre, à crier à la persécution, avouaient qu'ils étaient depuis quelque temps favorablement traités ; le ministre Toussaint écrit à la duchesse de Ferrare : « Madame, maintenant , il nous semble que le Seigneur nostre Dieu nous regarde d'un meilleur œil et veut sur ce printemps faire reverdir Testât de notre Église qui estoit comme tout mort. Car il a plu à la majesté de notre roy faire tant de commandemens à ceux de Orléans de nous laisser paisiblement en ce lieu jouir de l'exercice de nostre religion, que ce peuple tant séditieux commence un peu à s'apprivoiser. De sorte que nous avons faict la cène par deux dimanches en bien grande compagnie, et espère que désormais les lundis je pourrai quelquefois aller à Montargis vous rendre le très-humble service que je vous dois *. »
Tous les ordres qui partaient du conseil étaient empreints de cet esprit de modération. Le 4 mai 1572, une lettre de Charles IX, adressée à M. d'Humière, lui prescrivait très-expressément « de faire observer l'édit de pacification plus que jamais en faisant faire de tous ceux qui y contreviendront telle et si rigoureuse punition, sans aucune acception de personne ni de religion, qu'elle serve d'exemple, et garde les autres de tomber en semblables fautes ^. »
Une ordonnance du roi portait « injonction à tous subjects de vivre en amitié les uns avec les autres, et défenses très-expresses de renouveler les querelles passées ni en faire de nouvelles , tirer d'aucune arquebuse, pisloles ni pistolet, se battre ni desgaisner l'espée en querelles sur peine de la vie ^. » Ces actes étaient trop coordonnés dans un intérêt de paix religieuse pour qu'on puisse croire qu'ils tenaient à une conjuration contre les huguenots. Quand un projet est formé contre un parti puissant, il n'y a pas ce silence absolu ; mille imprudences servent de révélations. La multitude ne conspire pas ; elle va sur la place publique, secoue dans le sang les ennemis qu'elle a pro-
" 15 avril 1572, MSS deBéthune, vol. col. 8739, fol. 114. * MSS de Bélhune, vol. col. 8700, fol. 43. ' Paris, imprimé par Frédéric Morol, 1372.
scrits, et voilà ses complots. La conduite du conseil s'expliquait ?eule ; il n'avait pas besoin d'arrière-pensée. Abandonnés par les catholiques, Charles IX et sa mère se jetaient un moment dans les bras des huguenots , et ceux-ci s'emparaient du pouvoir , pour le mettre en harmonie avec leur intérêt. Tout cela était dans l'ordre, dans le mouvement naturel des opinions, jusqu'à ce que la majorité ressaisît violemment l'autorité.