DE LA SAINT-BARTHÉLE3IY EN FRANCE
femmes ; et tous gens doctes et éloquens ; beaucoup de vieils, malades de goutte et paralytiques '. »
Et à Lyon, sous 31. de Mandelot , combien l'émotion dut être plus formidable'-^ ! La grande et pieuse cité avait subi , à deux reprises, la violente domination de la châtellenie montagnarde du Dauphiné et des paysans du Rhône ; la cathédrale portait encore l'empreinte du marteau iconoclaste ; ses comtes , chanoines de Saint- Jean avaient été chassés par les huguenots ; Notre-Dame de Fourvière était dépouillée de ses e^ voto: quel esprit de vengeance ne devait pas animer cette population ? En lisant attentivement la correspondance de Mandelot, gouverneur de Lyon , on aperçoit le mouvement qui se prépare et l'on s'explique la réaction lyonnaise. « Dès qu'on eut advertissemens à Lyon du massacre faict à Paris ', les portes de la ville furent fermées et les gardes d'icelle renforcées , les corps de garde posés aux deux descentes du pont de la rivière de Saône. Ceux de la religion qu'on Irouvoit par les rues estoient menés en prison , ce qui fut cause que chascun se retira chez soi. Bientost on commença à les rechercher par les maisons, les tuant à quelques coins des rues à coups de poignard, ou bien les jetant dans l'eau. M. Jacques Langlois , ministre, homme éloquent , de bonsçavoir et grande piété , fut tué d'un coup de hallebarde en l'estomach. Le samedy 30% on ouyt à la nuict des cris et voix lamentables tant de ceux qu'on massacroit dans les maisons , que des autres demi-morts qu'on traisnoit à la rivière, et principalement les cris horribles des femmes et petits enfans fendoient lecœuràceux qui avoient tant soit peu d'humanité. Finalement dix-huit cents hommes , et davantage , furent meurtris en si brief espace , dont bon nombre cstranglés et estrangement chapplés *. » Il y eut aussi un
' « Massacres à Rouen, avec !e roolle de plusieurs massacrés, tant hommes qne femmes. » lo72 (Brochure).
' La correspondance originale de Mandelot avecle roi existe encore en nianu-cni à la Bibliothèque royale; elle a été publiée en partie par M. P. Paris, 1830. J'ai irouvc une pièce sous la date du 27 janvier 1372 : « Lettres patentes du roy envoyées à M. de Mandelot, par lesquelles il est faicl commandement à tous estrangers sans aveu et qui n'exercent art ny profession, que dans huit jours ils ayent à sortir et vuider ladicle ville. » Bibliotb. du Roi, recueil de pièces in-8° cot. '*"/», pièce 6.
* Quelques jours avant, un envoyé catholique de Paris avait eu une conférence avec Mandelot.
* « Massacres de ceux de la religion en la ville de Lyon, avec le dénombrement par ordre de l'alpbabel, de quelques-uns qui furent lors tués. » 1372 (Brochure).
massacre horrible de prisous ; le peuple fut barbare , corame il l'est toujours dans les r>!'aclions. Ce peuple avait vu les huguenots doux fois maîtres delà cité; il considérait ces gentilshommes du Dauphiné comme des vainqueurs. Est-il étonnant que lorsque la nouvelle de !a Saint- Barthélémy arriva , quand on sut que Paris s'était débarrassé de la chevalerie méridionale , les catholiques de Lyon aient pris les armes pour secouer un danger qui déjà les avait menacés , et prévenir ainsi une domination dont ils gardaient un triste souvenir?
Toulouse se trouvait dans la même situation que Lyon ; elle était placée comme une oasis catholique au milieu des populations montagnardes et huguenotes de la Langue d'oc. « Ce fut le dimanche , huictième jour après les massacres de Paris, que les catholiques eurent advertissement de ce qui s'estoit passé. Commandement fut faict à toute personne de desceler ceux de la religion qu'on savoit estre cachés; au moyen de quoy plusieurs estant descouverts , furent constitués prisonniers. Entre iceux estoient cinq ou six conseillers , hommes doctes et notables, lesquels consoloient les autres. Un samedy matin , avant le soleil levé , on les fit sortir les uns après les autres de ladicte prison, et lurent incontinent massacrés , sans avoir aucun loisir de parler ni moins de prier Dieu. Les conseillers furent pendus avec leurs robes longues au grand orme qui est en la cour du palais. Il est bien certain qu'en trois semaines ou un mois , on a faict mourir tant de milliers de personnes , que c'est une horreur de s'en souvenir ; encore que plusieurs de la religion, esbranlés par si cruels traitemens, abjuroient de jour en jour *. »
Ainsi , c'est toujours le peuple , la multitude qui agit et se fait justice. L'école historique qui a supposé des circulaires impératives pour commander une tuerie des huguenots comprenait bien mal ces temps de haine et de guerre civile. L'idée des vêpres siciliennes était passée dans la croyance des multitudes; les cités religieuses et catholiques considéraient comme une population étrangère ces fils d'un autre culte et de la campagne ; elles couraient s'en délivrer , non point par une conjuration , mais parce qu'elles avaient en mains le droit de la force, le glaive , et qu'elles s'en servaient. Acte de religion et acte de patriotisme se confondaient dans une époque d'émotions pieuses , quand la patrie en deuil apparaissait dans ces églises dégradées par la hache d'arme des calvinistes. Je ne justifie pas , j'explique un temps ;
' « Massacres advenus en la ville de Toulouse. » 1572. (Brochure.)