‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 18 sur 144 · CARACTÈRE POLITIQUE DE LA RÉFORME EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE POLITIQUE DE LA RÉFORME EN ALLEMAGNE

La pi'opriéié. — Constitution germanique.— Charles-Quint. — Diète de Nuremberg. — Diète de Spire, — Protestation des princes luthériens et des villes. - Diète d'Augsbourg. — Origine du nom de protestants.

Dans le désordre profond qu'avait produit au sein du corps germanique la prédication anabaptiste de Muncer, les chefs du luthéranisme s'étaient parfaitement posés ; Luther , comme on l'a vu, avait écrit avec verve et dévouement contre la multitude armée. Mélanchton , plus rapproché du parti mitoyen et modéré , avait suivi plus nettement encore cette voie d'ordre politique; Carlostad lui-même n'avait pas voulu subir la responsabilité d'une révolution radicale et populaire ; tout en se séparant de Luther , il avait protesté de son obéissance à l'autorité séculière. Dans cette situation bien établie, le luthéranisme préparait plus efficacement son avenir.

Tout changement qui emporte avec lui une grande mutation de propriétés est durable, parce qu'il se rattache à la terre et aux intérêts. Tel avait été le premier résultat de la prédication réformatrice. Dans les cercles qui adoptaient la foi nouvelle , les seigneurs avaient séquestré les biens des abbayes et de l'Église ; s'ils n'avaient pas suivi en tout point le livre du Fisc commun publié par Luther, ils l'avaient au moins interprété dens le sens qui leur était favorable, en s'emparant des riches possessions des monastères * . Une fois maîtres de ces pro-

* Luther se plaint même plusieurs fois de cotte rapacité des seigneurs.

priétés, leur Intérêt se lia puissamment à la prédication évangélique. Ensuite on annonça aux clercs et aux moines la licence de se marier, et ceux qu'une continence rigide retenait malgré eux sous les pénibles lois du célibat coururent au mariage comme un vœu de la nature et de la liberté*. Ces deux faits accomplis particulièrement dans la Saxe, et successivement imités dans les cercles qui la touchaient, unirent la réforme au sol et aux mœurs du pays, les deux puissances sociales.

La souveraineté allemande elle-même éprouvait les effets de la grande révolution. Jusqu'à l'apparition de Luther, la constitution germanique, reposant tout entière sur une loi commune, marchait facilement; il était rare que des intérêts divers séparassent les membres d'un même corps. A partir de la réforme , une division complète brisa les divers cercles de l'empire ; on eut la distinction des princes protestants et des princes catholiques, et dans un siècle où la foi était si puissante et la religion une si grande affaire, l'hérésie naissant au sein d'une constitution devait produire d'abord l'anarchie , puis ensuite une transaction nouvelle pour régler une situation si neuve elle-même.

Maximilien était mort à la naissance du luthéranisme; les électeurs, d'un commun accord , avaient désigné Frédéric de Saxe pour l'empire. C'était le protecteur de Luther et de la réforme. S'il avait accepté une telle dignité, l'Allemagne pouvait tout entière changer sa religion sous l'autorité de la pourpre impériale; mais, plein de modestie et de crainte, ne voulant pas prendre sur lui la responsabilité d'une révolution de doctrines dont il ne savait pas encore la portée, Frédéric indiqua aux suffrages des électeurs Charles V , roi d'Espagne , archiduc d'Autriche^, ce grand Charlesdont le nom remplit le seizième

' Carlostad fut le premier qui se maria, et Lulher approuva sa résolution. Ej)ist. ad Gasp, Gustol. formul. miss,, tome II, fol. 384, 386.

- Les vastes intrigues diplomatiques pour l'élection impériale se trouvent trè-bien analysées dans l'immense et curieuse collection manuscrite de Fontanieu : elles forment près de huit cartons de cotrespondance entre François P"", ses envoyés, le pape, les électeurs ; la plus curieuse de ces pièces porte ce titre : Instructions aux députés vers les princes d'Allemagne, concernant les prétentions de François I" à l'empire après la mort de Maximilien. (Bibliolli. du Roi, IMSS de M. de la Marc, in-4'', parch. coté 10,332.) Il n'entre pas dans mon sujet de m'occuper d'abord de ces mouvements diplomatiques, qui ne tiennent point encore à la réforme. La prédication de Luther était trop récente. J'y reviendrai avec détail pour la ligue de Smalkalde.

siècle d'une immense renommée. Charles V était catholique; ses intérêts se liaient à l'universalité de cette religion toute politique pour l'Espagne surtout ; mais il devait la pourpre à Frédéric. Etranger en quelque sorte à l'Allemagne, obligé sans cesse d'enjamber la France pour présider aux diètes et de punir les révoltes des États d'Aragon et de Gastille, il ne pouvait apporter cette surveillance attentive, celte sollicitude politique nécessaires à la répression des nouveautés. Ensuite il n'était pas maître absolu; le corps électoral se montrait d'autant plus jaloux de ses droits que Charles était plus puissant. L'empereur l'avait bien vu dès son arrivée dans la Germanie. La diète de Worms, dont j'ai déjà parlé, avait condamné les erreurs de Luther; Charles-Quint avait prononcé que l'hérésie serait poursui>ie selon les vieilles lois de l'Église, et peu de temps après Frédéric de Saxe abolissait la messe à Wittemberg, d'après l'avis de l'université au sein de laquelle était née la réforme. L'empereur devait s'apercevoir avec quelle mollesse s'exécutaient ses prescriptions; mais alors il était engagé dans la guerre avec François r', et les mouvements des batailles ne lui permettaient pas toujours de suivre les affaires de l'Allemagne.

Les intérêts de Charles-Quint se liaient pourtant à la cause du catholicisme; il venait de faire élever au souverain pontificat Adrien VI son vassal ', et il se crut alors assez fort pour faire convoquer, par Ferdinand son frère, archiduc d'Autriche, une diète à Nuremberg. Cette diète avait deux objets : la défense du royaume de Hongrie contre une invasion des Turcs, et par-dessus tout le pape recommandait à son légat , l'évêque Cheregat , député auprès de l'empereur , l'extirpation de la secte nouvelle qui menaçait l'Allemagne^. Le résultat de la diète fut tout à fait opposé à ce que Charles-Quint et le pape espéraient alors. Au lieu de seconder le mouvement catholique, l'assemblée déclara « que les livres de Luther avaient persuadé beaucoup de peuples; que la cour de Rome avait suscité plusieurs griefs et des maux inQnis aux diverses nations germaniques : on ne pouvait dès lors obéir à la sentence portée contre les doctrines de la réforme, car s'il en était ainsi , on s'imaginerait dans toute l'Allemagne qu'ont

' Ratnald., ad ann. 1822, n" 43.

' Adrien écrivit à ce sujet un bref fulminant à l'électeur de Sase : Je pape parle de Luther dans les termes du plus profond mépris : « Uni carnali homuncioni , semper eructanti crapulam ef potum. » (Concil. collcct., tome XXXIV, page 377. j I. 5

n'agissait que pour détruire la vérité du pur Évangile. Voulait-on appeler la guerre civile? » En résumé, la diète de Nuremberg posa cent articles de griefs en forme de protestation authentique. Le tiers parti universitaire ayant dominé dans catte diète , y fit prévaloir les opinions d'une réforme philosophique. Pour éviter le mouvement populaire , on arrêta les points suivants : plus de redevances pour les dispenses de parenté; plus de prédications d'indulgence ou d'évocation ausaint-siége ; plus d'annates; plus d'abstinence ; diminution du nombre des fêtes; les vœux et le célibat restreints'.

Quand Clément VII , qui venait de succéder à Adrien , eut reçu ces griefs , il envoya un nouveau légat plus habile et plus prudent , afin d'ébranler la résolution des électeurs. C'était le moment où l'Allemagne était en feu par la révolte des anabaptistes , et le nonce Gampège ne manqua pas de déployer l'immense et triste tableau des populations soulevées. « Je ne comprends pas, s'écria-t-il, quêtant de députés si sages, si prudents , tentent d'ébranler la religion. Les changements qui commencent par le spirituel finissent toujours par le temporel ; tendent-ils à autre chose qu'à la rébellion contre les souverains et les magistrats?

— C'est pour éviter ces grands troubles, répondit la majorité des électeurs, que nous avons envoyé auprès du pape un long mémoire sur les griefs qu'il doit et peut satisfaire. » Le nonce déclara que le pape n'avait pas eu connaissance de ces griefs ; il convint pourtant d'un premier principe, c'est qu'un concile libre et régulièrement élu serait convoqué dans une ville indépendante de l'Allemagne ; il consentit également à une réforme dans la discipline du clergé ; c ar, fautil le dire, jusqu'au jour des funérailles, dans les pompes que l'Église rendait aux morts, des clercs se portaient en foule aux cabarets pour s'y livrer à la débauche au milieu des concubines et des vastes brocs de vin duRhin^.

Les statuts de la diète de Nuremberg, œuvre du parti modéré, ne contentèrent pas les deux extrêmes : le catholicisme impérieux même dans ses dangers, et la prédication impatiente du luthéranisme. L'empereur écrivit sévèrement à la diète, et en même temps une assemblée nouvelle , convoquée à Spire, et tout entière de princes protestants,

' Act. convenu Norimberg apud GoldasL in const. imper., lorae II. La diète se tint daus le mois de mai 1523.

* Pallavicini, in Hist. concil. Trident., liv. Il, page 176.

déclarait « que chaque prince se gouvernerait ainsi qu'il entendrait en matière de religion » (première proclamation de la liberté de conscience reconnue seulement à Passaw ) ; dans chaque électorat , dans chaque ville libre , les universités et le sénat devaient députer des personnes de science pour examiner les écrits et formuler un corps de doctrines qui serait soumis à l'assemblée générale.

L'effet de cette décision se manifesta au sein de la communauté militaire qui gouvernait le Brandebourg. Les chevaliers teutoniques observaient la continence comme les monastères; leurs fiefs étaient régis par les lois des conciles et considérés comme biens monastiques; ils avaient des règles , des abstinences ; mais , société miUtaire, ils avaient contracté ce besoin de licence, caractère antique et commun des templiers et des hospitaliers. Albert, grand maître de l'ordre, se déclara luthérien et se proclama prince séculier sous la protection des Polonais ; il épousa, la même année, Dorothée de Holstein , comme pour donner une sanction matérielle à sa nouvelle croyance ; car , déjà d'un âge avancé, on ne pouvait croire que le désir d'une jeune épouse l'eût entraîné dans la réforme. Luther avait fait une proposition semblable à Albert, archevêque de Mayence; là, il ne réussit point : l'archevêque ne consentit pas à la sécularisation ^ .

Tout ce qui était corporation militaire et armée, hommes de fer et de batailles , s'attachaient particulièrement à Luther ; l'Allemagne était alors sillonnée par une multitude de valeureux compagnons , combattant sous le premier étendard qui s'élevait par les champs de guerre ; la réforme favorisait le pillage des terres ecclésiastiques ; elle leur permettait de se faire de bons flefs avec les opulentes prébendes; et lorsque Seckingue , l'ami de Luther, attaqua les cercles ecclésiastiques, tous ces hommes accoururent autour de lui pour soutenir les opinions et les intérêts de la noblesse réformée.

En même temps Jean , électeur de Saxe, qui avait succédé à Frédéric, protecteur de Luther, fit aussi profession publique du luthéranisme ; un édit solennel permettait la prédication de l'Évangile ; l'autorité du pape était complètement abolie, ainsi que les ordres monastiques , que l'électeur traitait avec une rigueur extrême. Tous leurs biens étaient confisqués, et l'électeur en appliquait moitié à son

• Luther, Epislol. ad Alhertum Mogunt. archiepiscop. apud Coch., 1526, page 129.

profit, afin de les inféoder à la noblesse ; un quart était réservé aux hôpitaux , et le dernier quart aux ministres. Le landgrave de Hesse suivit cet exemple, et se proclama luthérien avec la même solennité. Les villes libres de Nuremberg , de Strasbourg abolirent également les messes privées*.

Charles-Quint, au milieu de ses gloires d'Italie, tandis qu'il retenait François l" , son premier royal captif de Pavie , réclama de la diète de Spire l'exécution de son édit impérial de NN'orms. La lettre de l'empereur était datée de Séville; l'expression paraissait menaçante, et pourtant la diète, sans s'ébranler, choisit des commissaires dans le parti des réformateurs modérés. Les villes libres les premières déclarèrent hautement qu'il n'y avait pas possibilité d'exécuter l'édit de l'empereur, à moins d'exciter des séditions populaires. L'électeur de Saxe et le landgrave, déjà prononcés pour le luthéranisme , demandèrent à leur tour qu'on permît à tout moine de quitter l'exil du monde auquel il ne s'était pas volontairement condamné. Les abstinences devaient être retranchées ; liberté entière de prédication et de culte ^. Luther, qui avait suivi la diète à Spire, secondait ce mouvement de résistance par des pamphlets écrits en allemand et d'une vivacité remarquable. Le légat avait provoqué des subsides pour opposer une digue de soldats et de fer aux Turcs qui menaçaient l'empire : « Vous avez besoin de grands trésors pour la défense de l'État, eh bien ! s'écriait Luther , laissez aller les moines et les religieux qui le souhaitent ; laissez de quoi vivre avec sobriété à ceux qui préfèrent l'inutile solitude du cloître; et quant au reste, saisissezvous-en pour la nourriture du pauvre et les besoins de la république chrétienne. » Ces pamphlets remuaient les masses ; l'imprimerie, avec toute la force d'une nouveauté, se prononçait pour les réformateurs; on affichait publiquement l'annonce de la Cène ; on affectait de braver l'abstinence des viandes les jours défendus , et il n'était pas rare de voir dans les palais, comme sur les places publiques , des hommes et des femmes savourer les viandes délicates les vendredis et le carême ^.

La prise de Rome par l'armée allemande oflfrit des incidents curieux qui, dans la marche du luthéranisme, prouvent son progrès parmi les multitudes. Les soldats de l'empereur s'étaient emparés du vieux

' CocHL^cs, de ad. et script. Lulheri, ad ann. 1526. > Ibid.

• Ibid.

DE LÀ RÉFORME EN ALLEMAGNE. Si

Capitole et tenaient le pape assiégé. Dans l'ivresse de la victoire, les Allemands se revêtirent des habits pontificaux , de l'étole, de la robe rouge assignée au cardinalat; on les voyait burlesquement montés sur des ânes, imitant cette procession solennelle qui annonçait l'exaltation d'un nouveau pontife ; puis se réunissant en conclave , ils proclamèrent Luther le chef delà réforme, pape de l'univers religieux ' . C'était une singulière position que celle de Charles-Quint ; il assiégeait le pape, saccageait Rome, et soutenait le catholicisme en Allemagne. Dans son immense pensée de l'empire de Charlemagne , l'unité était la grande force ; le catholicisme seul pouvait lui servir de base , sauf ensuite à fouler la tiare de ses sandales d'or.

Tandis que la constitution du luthéranisme avançait dans l'empire , les grands succès de Charles-Quint enhardissaient l'archiduc Ferdinand, son représentant en Allemagne, à tenter de nouveaux efforts pour celte unité catholique , sur laquelle s'appuyait la puissance impériale. Il avait rassemblé une nouvelle diète à Augsbourg, puis à Spire*, et là il avait encore proposé l'exécution de l'édit de Worms, triomphe complet de la doctrine romaine. Ces diètes n'adoptèrent pas la proposition d'une manière absolue ; mais elles n'osaient plus aussi ouvertement braver l'empereur à la tète d'une armée puissante et victorieuse. 3Iélanchton suivit l'électeur de Saxe à Augsbourg et à Spire ; il y venait défendre avec la modération de son caractère les doctrines et les intérêts de la réforme. Quoique Luther ne parût point dans ces assemblées ; il voulut y faire régner son induence ; et comme on imputait à sa prédication le désordre de l'Allemagne, il se crut obligé de répondre. « De quoi nous accusez-vous ? Les abus que j'ai attaqués par la parole étaient prêts à tomber quand j'ai commencé d'écrire, car tous nous étions las de la corruption. Si je n'eusse instruit les peuples de la foi en Jésus-Christ et de l'obéissance aux magistrats, l'Allemagne marchait à sa ruine ; tout se préparait à une révolte générale contre le clergé , et dans ce désordre l'athéisme et la rébellion se seraient posés d'eux-mêmes ; l'électeur de Saxe n'a pu arrêter la réforme d'abus dont chacun était fatigué. »

' CochljEcs, ad ann. lo27, page 167.

* Les princes protestants y furent très-mal accueillis : « Nunquam (dit Mclanchton ) fuit tanta frequentia illis comitiis às/iéowv quanta in liis est ; et quidam vuliu signiBcanl quantum nos oderint et quid mrchincntur : plané cnim sumus in hùc urbc xa-rcip.aaTaxai-ef.f/iiJiâTa. » (Mélancuton, Epht. ad Camerar jt(m, page 119.)

Le mouvement des esprits qui se prononçaient en Allemagne ne permit pas le triomphe absolu de l'opinion catholique. La majorité de la diète prit un moyen terme : « l'édit de Worms devait être exécuté partout où des changements religieux ne s'étaient point montrés encore, et il était défendu désormais de modifier les croyances. Là où îe luthéranisme avait pénétré, où il était impossible de l'éteindre sans un péril imminent de sédition , on maintiendrait l'état actuel ; on n'abolirait pourtant pas la messe ni le libre exercice de la religion catholique ; les sacramentaires de Carlostad étaient bannis de l'empire, et les anabaptistes punis de mort ; les prédicants ne pourraient annoncer l'Évangile que d'après les textes et les interprétations reçues dans l'Église ; enfin, pour tous les cas douteux, on attendrait en paix la réunion d'un concile , car il était de toute importance de maintenir le calme au sein de l'empire agité '. »

Cet édit de la majorité de la diète n'était plus en rapport avec la tendance des opinions ; il ne pouvait arrêter des prédications populaires qui répondaient à la multitude et aux intérêts. Il y eut donc au sein de la diète une minorité protestante, et de là vint cette qualification nouvelle de la réforme. Des négociations s'étaient dès lors engagées entre les électeurs dissidents et François I". Les correspondances secrètes attestent que des envoyés du roi de France poussaient, même par des subsides ^, à la dislocation du corps germanique et à l'indépendance des électeurs ^; ces négociations prirent plus tard une large extension. Elles changèrent les intérêts et la balance politique en Europe.

Ceux qui protestèrent contre l'édit furent les électeurs de Saxe et de Brandebourg. Ernest et François ducs de Lunebourg, le landgrave de Hesse et Wolphang , prince d'Anhalt. Parmi les villes libres, le nombre des protestants fut encore plus considérable. Strasbourg , JNiirnberg , Ulm , Constance , Reutlingen , Winsheim , iMemmingen, Lindau , Kempten , Heilbronn , Isne, Weissenbourg , Nordlingen et Saint-Gall. La protestation des princes de l'empire portait « que la résolution prise à Spire était contraire à la vérité et à la liberté de

' Sleidan, tome VI, page 19, etPALLATicmi, Histoire du concile de Trente.

^ Portefeuilles Fontanieu, MSS Bibioth. du roi, Négociations de François I^^ avec les princes d'Allemagne.

' « Omninb cerlum est moltos in Germanià pecunià eilernâ sollicitari utaliquid inoveant, etc. » Mélaxcuton. Epist. ad Camerar. pages 127 et 128.

l'Évangile; qu'ils ne voyaient pas le motif de déroger aux graves résolutions de la diète précédente , laquelle accordait à tous liberté de prédication : accepter pour l'Allemagne le nouveau décret , c'était rejeter la vérité pure. Si l'on rétablissait la messe dans les villes où elle était abolie, ne craignait-on pas l'esprit de révolte et desédition? Nous approuvons, continuaient-ils, la clause de prêcher l'Écriture selon l'Église; mais la question est de savoir où est la véritable Église. Nous ne pouvons donc consentir aux décrets de la diète, nous obligeant d'en rendre compte à tout le monde, à l'empereur luimême *. »

Ainsi, par cette protestation solennelle, la constitution politique de l'empire éprouvait une grande modification ; les électeurs ne formaient plus un corps uni , délibérant d'après une loi commune ; une barrière toute-puissante alors les séparait : la foi religieuse. Ce premier résultat de l'avènement du protestantisme dans l'empire était immense ; il eût préparé tôt ou tard sa dissolution , si le principe religieux ne s'était lui-même affaibli pour faire place au principe politique, si enfin une transaction postérieure n'avait reconstitué l'Allemagne sur de nouvelles bases. En résumé , la réforme dans l'empire ayant repoussé la doctrine antisociale des anabaptistes, s'emparait de trois points décisifs pour perpétuer sa durée : la propriété , la liberté et les prérogatives électorales.

' CocHL^EDS, act. et script. Luther i, ann. 1329. Quoique les villes libres différassent sur quelques points de doctrines avec les princes, elles adhérèrent néanmoins à la protestation des électeurs.

Page 1