‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 19 sur 144 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le Daneinarck. — La Suède. — Gustave Wasa. — Établissemcnl de la réforme. — Propriétés du clergé inféodées à la noblesse. — Abaissement des évêques. — La Suisse, — Zwingle. — Zurich. — Berne. — Prédication à Genève. — Adoption municipale de la réforme.

Les premiers États où triomphèrent les éclatantes doctrines prêchées par Luther, furent la Suède et le Danemarck. La constitution de la Suède avait été depuis le quinzième siècle plutôt épiscopale que politique. Plus l'Eglise avait eu à opérer des miracles de civilisation parmi les belliqueux enfants d'Odin et de Thorn , plus les clercs s'étaient emparés d'un pouvoir étendu. Là surtout les nobles hommes voyaient à côté de leurs fiefs stériles , de leurs châteaux, crénelés , les terres opulentes des monastères s'éteudant sur la plus grande partie du royaume. Cette puissance , cette richesse du clergé excitaient la jalousie de la population militaire ; Frédéric de Holstein , vainqueur du cruel Christiern II , venait d'introduire le luthéranisme dans le Danemarck ; il avait ouvert les monastères, aboli la messe ; et comme dans tous les Etats où la prédication de la réforme arrivait , il s'était emparé des terres du clergé au profit de ses hommes d'armes.

Alors s'opéraient dans la Suède les prodiges romanesques de Gustave Wasa , et cette révolution merveilleuse qui jetait une couronne aux mains du glorieux ouvrier des mines de Dalécarlie *. Le premier acte <iu nouveau roi fut aussi une attaque contre l'Église , afin d'abaisser

I LoccEMcs, lib. 6, Berum Suecicau et Jean Uagncs, Hist. Suecica. lib. 24.

le pouvoir des évêques et de récorapenser les valeureux compagnons qui avaient suivi sa fortune. Le prédicateur de la réforme dans ces sauvages contrées fut Olaûs Pétri , disciple de Luther dans l'université de Wittemberg. Gustave se montra si pénétré de la nécessité de secouer ce qu'il appelait la superstition romaine , que dans la diète d'Upsal et dans celle d'Arohsen, il déclara hautement que si la réforme n'était point adoptée , il abandonnerait un empire si difficile à régénérer *. Il fallait nourrir les soldats de la conquête et delà délivrance. La diète en majorité déclara que tous les biens ecclésiastiques seraient réunis au domaine ; que chaque noble homme pourrait réclamer auprès du fisc tout ce que ses ancêtres avaient donné à l'Eglise. Les clercs et les moines recevaient la faculté de se marier; toutes les affaires neressortiraient plus aux évêques, mais aux tribunaux ordinaires du royaume. C'était la sécularisation de tout le clergé, la constitution du luthéranisme plus puissante que partout ailleurs, puisqu'elle était à l'Église même sa juridiction. Dans la diète de 1534, Gustave marcha plus ferme encore aux nouveautés; le sénat de Stockholm déclara confisqués les deux tiers des dîmes au profit des soldats qui combattaient sous l'étendard du prince , et les vases sacrés durent payer les vieilles dettes de la Suède ^.

Les clercs essayèrent un soulèvement; le peuple resta insensible; on aurait dit que la nation Scandinave était mûre pour la réformation, et qu'elle se ployait d'elle-même sous la main qui lui préparait de grandes destinées. Gustave exerça un pouvoir absolu au profit du luthéranisme ; il força les évêques à lui remettre les forteresses qui dépendaient de leur juridiction et à dissoudre leurs corps militaires; toutes les cloches furent fondues; les sénateurs et les valeureux compagnons de la conquête purent retirer leurs terres engagées entre les mains des clercs ; ce fut un de ces grands changements dans la propriété , comme Charles-Martel l'avait osé en France au profit de ses fiers hommes de batailles.

Gustave releva autant qu'il put l'ordre de la noblesse ; les évêques qui assistaient toujours au banquet royal à côté du prince lui-même , furent relégués au dernier rang. Vainement voulurent-ils protester ;

' PcFFENDonFF, Hislor, Suecic. lib. II. et V Histoire spéciale de Gustave Wasa, publiée en allemand par Arclicnholtz. Tubiiic,, 1801 .On peut en rectifier les erreurs par l'cxcellenl travail de révèqueOIaiis Celsius (en suédois].

* LoccEMus, rerum Suecicar. lib. 6.

86 MÀRCaE POLITIQDE DE LA RÉFORME.

la violence de Gustave brisa l'autorité des clercs. Un nouveau décret de la diète porta : « Comme la trop grande richesse des évèques ne sert qu'à entretenir le luxe et la débauche parmi ceux qui devraient vivre avec sobriété, tout ce qui dépassera un revenu honnête sera définitivement réuni au domaine. » Dix-sept mille fermes, sans compter les vastes forêts , furent partagées et distribuées à l'ordre dos chevaliers. Ici la prédication du luthéranisme portait ses fruits ; presque tous les curés se marièrent et embrassèrent la réforme ; l'Office et la Bible furent traduits en langue vulgaire, tandis que la plupart des moines sortaient de leurs asiles pour fuir l'hérésie ou pour jouir de la liberté ^ .

Jamais révolution plus matérielle , plus prompte et plus durable pourtant. Le luthéranisme modifia toute la constitution de l'État : le clergé était à la tète de la société , il descendit au second rang ; l'ordre des chevaliers était pauvre, il devint au contraire puissant. Toute la propriété fut bouleversée. Le changement religieux et politique produit par le luthéranisme , en Suède, n'a jamais éprouvé le moindre obstacle à son développement moral et progressif; une fois établi, il a toujours marché.

La Suisse subissait une révolution religieuse , non moins décisive. La réforme avait été annoncée à Zurich par Zwingle ^. Doué d'un caractère modeste, et moins scientifique que Luther, Zwingle prêchait au milieu des montagnes ( à peu près à l'époque où la parole du maître retentissait en Germanie "'), l'abolition des indulgences et du culte des saints , de la messe , des lois ecclésiastiques , et de l'abstinence des viandes; il n'attaquait point encore les formes extérieures, dans la crainte de soulever contre lui les habitudes simples des pastoureaux.

Le premier sermon de Zwingle fut tout entier dirigé contre la milice*; les levées de soldats se succédaient dans les montagnes; les papes et les moines avaient persuadé aux populations suisses que le plus saint devoir de patriotisme et de religion était de prendre les

' L'évêque Olaiis Celsius, lib. 8.

* Comparez Miconius, m vità Zwinglii et Ruchat. Hist. de la réformation de la Suisse.

" Zwingle commença sa prédication une année avant Luther : « Anlequam Lutherus in lucem emerserat, Zwinglius et ego inter noscommunicavimus de ponlifice dejiciendo, etiam dum ille vitam degeret in ereraitorio. Epist. Capit. ad Bullinger. » HoTTiNG. tome VI, page 207.

♦ ZwiNG. Oper. tome I, pages 230 et 3o3.

armes à la voix de l'Église et des princes catholiques * . Zwingle profita de la douleur qu'avait portée parmi les Suisses la défaite de la Bicoque, et annonça au canton de Schwitz qu'on ne devait plus désormais se jeter dans les périls pour satisfaire l'ambition et la tyrannie des souverains. Zurich dépendait de la juridiction de l'évêque de Constance ; et le sénat de la cité, qui déjà se laissait entraîner par le torrent des opinions nouvelles, lui écrivit : a Les magistrats ont décidé que la prétendue erreur de Zwingle serait examinée dans des assemblées spéciales : envoyez , seigneur évêque , des clercs pour le combattre , mais seulement par le texte saint des Écritures. » En présence du sénat municipal réuni , Zwingle annonça que dans ces derniers temps la lumière des saintes Écritures avait été obscurcie par de folles traditions humaines ; il demandait donc à l'illustre sénat qu'on examinât les propositions qu'il soumettait à sa sagesse^. Ces propositions étaient celles-ci : « Toute la foi est contenue dans le saint Évangile : Jésus- Christ est le seul chef de l'Église, Toutes les traditions doivent être rejetées ; il ne peut y avoir qu'un seul sacrifice, celui de la croix , et d'autre intercesseur que celui qui est mort pour les hommes. Le mariage est permis à tous , car il est dans l'ordre naturel ; l'habit monastique n'est qu'hypocrisie , en même temps que la puissance du pape et des évêques n'est qu'usurpation et tradition humaine ^. »

Ces doctrines , qui ne s'écartaient pas d'abord de la théorie luthérienne , avaient même quelque chose de plus saisissable que les théo' logiques dissertations de Luther. Avec une habileté très-remarquable, Zwingle répondit à l'envoyé de l'évêque qui récusait l'autorité du sénat et en appelait à un concile a que les magistrats qui dirigeaient les affaires de la cité pouvaient bien examiner et prononcer sur la croyance des citoyens. » Par là le réformateur, tout en sortant de l'autorité de l'Église , appelait et proclamait la souveraineté du sénat. Cette souveraineté se prononça en faveur de la doctrine de Zwingle. Un édit des magistrats de Zurich décida que ses principes seraient enseignés dans tout le canton , avec défense aux prédicateurs catholiques de dénoncer comme hérésie le culte simple et pur de l'Évangile. Une solennelle assemblée fut indiquée pour décider la grande question

' t' Deosque sibi niuliùm propilios habituros si Plutonis aerarium augeant ,

si muUos homines interimant. »

' ZwixGL. Oper. tome II.

' Sleidan., Cammenl. liv. III, page 91.

(les cérémonies extérieures qui touchaient plus intimennent aux coutunaes populaires. Le sénat de Zurich y invita les députés des douze cantons suisses, afin de donner une plus grande force à la résolution qui serait prise. Ce fut dans cette assemblée que Zwingle attaqua vivement la présence réelle dans l'eucharistie , et le culte des images comme une idolâtrie : quant à la messe, le réformateur déclara qu'il ne fallait désormais y employer que la parole de Jésus-Christ en langue vulgaire : les assistants devaient y communier sous les deux espèces *.

Quoique les députés des cantons ne voulussent point encore se prononcer, le sénat décida d'une manière solennelle qu'il serait désormais défendu , dans le canton de Zurich, de faire des processions publiques où le saint sacrement de l'autel serait offert au peuple , et de l'exposer même dans les églises, qui seraient immédiatement dépouillées des reliques et de ce luxe d'orgues et de cloches bruyantes, de ces flambeaux somptueux, de ces cierges brillants , de ces autels d'or, de ces rameaux de Pàque fleurie , de l'eau bénite , superstition que la simplicité de l'Évangile ne permettait plus^.

Zurich donna ainsi le premier exemple, en Suisse, d'une séparation avec la croyance catholique. Les cantons étaient agités par les troubles des anabaptistes, lorsque Berne ouvrit à son tour une libre discussion sur la réforme. Une lettre circulaire du sénat invitait , à l'imitation de Zurich , tous les cantons à assister à cette dispute religieuse ; Berne y appelait également les évêques de Bâle , de Constance , de Sion et de Lausanne , sous peine de voir leurs biens conflsqués au profit de la république. La dispute devait être réglée dans des limites fixées d'avance. On ne s'écarterait jamais des saintes Écritures dans l'examen de la parole de Dieu , et pour le règlement de la discipline.

Les autres cantons de la Suisse suivaient avec inquiétude ce mouvement des opinions ; ils écrivirent à ceux de Berne et de Zurich, qu'il était triste de voir l'État troublé par des innovations étrangères. Berne n'en persista pas moins dans sa tendance réformatrice, et une déclaration publique du sénat prononça qu'on suivrait l'exemple de Zurich '. Il se développait ici un fait immense dans la marche des

• Micosivs, vit. Zwinglii.

' CocuL^cs, in act. et script. Lulheri, 1623.

• Sleidan, Comment, lib. 4, page 182.

esprits. Durant le moyen âge, et mênne au quinzième siècle , l'autorité civile, les magistrats des villes, les rois, les empereurs s'étaient constamment gardés de décider par leur autorité les questions religieuses : quelquefois des résolutions brutales du baronnage et de la chevalerie avaient heurté de front les clercs; mais aucune solution purement religieuse n'était émanée d'une autre source que du pape, des conciles ou des évêques : maintenant les princes séculiers , les sénats intervenaient pour décider des points de foi controversés ; ils prononçaient entre deux versions d'une même croyance ; ils se déclaraient catholiques ou luthériens, à leur gré et suivant leur irapulsion et leurs intérêts. C'était une innovation grave dans l'ordre des juridictions et du pouvoir.

Cette confusion de l'autorité civile et religieuse aux mains des magistrats, se produit dans les lois comme dans les actes d'administration publique ; presque partout la réformation embrasse ces trois ordres d'idées : la morale , la religion , les lois politiques de la cité. Les statuts de Berne faits par les illustres et puissants seigneurs l'an 1536, l'année où la réformation fut admise, en même temps qu'ils règlent les forment de la justice et les jugements de la cour, imposent le serment « de se consacrer à la louange et gloire de Dieu, et avancement de son Évangile selon la réformation des redoutés seigneurs. » Des lettres adressées par les petit et grand conseils de Berne, le 19 octobre 1536, enjoignent « à tous baillis, lieutenants et autres, de se transporter es églises, cloîtres et monastères, de commander à tous clercs de se départir mcontinent de toute cérémonie papale et traditions papistiques , sous peine de griève punition ; d'abattre toute image et idole, toutefois sans tumulte ; enfin d'aller ouïr la parole de Dieu aux lieux à eux plus prochains '. »

La grande ordonnance de réformation témoigne du caractère d'austérité morale que la prédication revêtait dans la Suisse : « Les ministres doivent enseigner la parole de Dieu purement, et ne mettre en avant par leur doctrine autre chose, sinon ce qu'ils peuvent trouver dans la sainte Écriture du Vieux et du Nouveau Testament. Comme dans la sainte Écriture il n'y a de fondé que deux sacrements, le baptême et la sainte Cène de Notre-Seigneur , les cinq autres sont abolis. Les jours établis pour prendre la Cène sont Pâques, Pentecôte

' Statuts de Berne, MSS Bibliolb. du Roi, supplément, franc., d° 1930.

et Noël. Quoiqu'on puisse baptiser tous les jours, il est beaucoup plus convenable de le faire le dimanche après le sermon. Et à cause que gourmandise est très-grand vice , avons ordonné que tous ceux qui mangeront et boiront plus qu'ils ne pourront porter , doivent bailler dix florins. Aussi ceux qui inviteront les autres à boire d'autant hors de mesure, un chacun donnera trente sols, et les prédicants et officiers seront privés de leurs offices.

» Nous ordonnons et expressément commandons que tout public adultères et paillards se remettent à honnêteté, délaissant leur mauvaise et scandaleuse vie, si tant qu'ils désirent éviter les punitions suivantes. Les adultères, hommes ou femmes, qui auront commis adultère qui sera manifeste par fuite, par procréation d'enfants ou par bons témoignages ,iceux eticelles doivent être mis en prison et détenus cinq jours et cinq nuits au pain et eau ; ceux qui portent offices, être privés d'iceux et détenus trois jours et trois nuits ; les prédicants aussi être punis par prison comme dessus. Que ceux et celles qui commettent adultère la deuxième fois soient mis en prison dix jours et dix nuits au'pain et à l'eau, et la troisième fois quinze jours et quinze nuits. La quatrième fois ils seront bannis de leur pays. Ceux qui en commettraient la cinquième fois à qui on aurait déjà pardonné, seront châtiés selon notre avis plus rigoureusement.

» Les personnes non mariées commettant paillardises devront être admonestées, et si après elles persé\éraient dans leur mauvaise vie, elles seraient punies par bannissement ou en autre sorte, comme bon nous semblera. Les filles vaguantes ne doivent être hébergées qu'une nuit. Celles qui habitent notre pays doivent être admonestées de quitter leur mauvaise vie, et si après elles continuent, punies de prison toujours en croissant. Il en sera de même fait pour les paillards. Touchant les entremetteurs d'adultères pour gens mariés, ils doivent donner dix florins, et s'ils continuent, être bannis de nos pays. Les blasphémateurs du nom de Dieu jurant par le corps, sang, plaie, et autres, devront être admonestés par ceux qui entendraient tels blasphèmes, mis en prison, baiser la terre et donner trente sous, et s'ils faisaient plus que blasphémer, nous les châtierons plus rigoureusement. La danse étant scandaleuse, elle est défendue sous peine de trois florins ; toutefois danse très-honnête est permise le jour des noces ' . »

' Ces statuts se trouvent en manuscrits parfaitement conservés, revêtus même de

Ainsi la réforraation ne s'attachait pas seulement aux institutions religieuses; elle embrassait encore la morale de la société ; elle prescrivait comme gouvernement des peines pour la conservation des bonnes mœurs comme pour les actes de foi ; système bizarre qui prêchait la liberté dans l'examen, et imposait pourtant comme pouvoir politique un formulaire de croyance qu'il fallait suivre invariablement !

Le changement le plus solennel, et qui retentit le plus profondément au sein de la Suisse paisible, fut celui de Genève. Genève, ville libre impériale, luttait depuis un siècle sous la protection de son évêque, contre la maison de Savoie qui en convoitait la souveraineté. En 1518, les ducs parvinrent à revêtir de l'évèché de Genève Jean, bâtard de leur race, et dès lors ils résolurent de concert la domination de la cité municipale. La lutte fut sanglante. Bonnivard sauva sa patrie : Genève se mit sous la protection de Fribourg, pour échapper a la tyrannie de la Savoie; elle conquit sa liberté '. Les deux réformateurs Farel et Viret avaient commencé dans cette cité déjà studieuse et célèbre le grand œuvre de la prédication. Ils étaient partout favorablement écoutés lorsqu'ils annonçaient l'abolition des cérémonies romaines et la simplicité évangélique. Un premier décret du sénat avait permis l'exercice commun du catholicisme et de la réforme. Dès lors les deux sectes en présence commencèrent une vive et pressante polémique ; on se disputait sur l'eucharistie , sur les images, sur la messe, controverses qui partout se manifestaient alors. Il est impossible de peindre l'elTet merveilleux que produisait la prédication de Farel "' : le peuple se levait pour l'entendre alors qu'il portait la parole à Saint-Pierre au son de la grosse cloche, à Sainttoutes les signatures syndicales, à la Bibliothèque du Roi, sous ce titre fautif : Édits des protestants de Genève, 1336, supplément français, n» 1930. Ils ne couiienuenl qu'une pièce de la réforniation genevoise, que je rapporte plus tard.

' Histoire de la ville et republique de Genève, par François de Bonnivard , MSS. — RosET, Chronique de Genève, ou sommaire-recueil de ce qui se trouve des affaires de Genève, MSS. — Gooefrov (Jacq.i, Mémoires touchant l'état et la ville de Genève jusqu'en 1017, 3 vol. iQ-4°.

2 Vie de Guillaume Farel, tirée de ses lettres, avec un raccourci de l'Histoire ds la réformation de Genève, manuscrit de la Bibliothèque de Genève. — Cboipart. Hist. de Guillaume Farel. Les principaux ouvrages de Farel sont : la Confession de foi de lÈfjUae de Genève, in-24, 1337. — Traite du purgatoire, in-12, lu'<3. — Du vrai usage de la croix de Jésus-Christ et de l'abus et idolâtrie commis autour d'elle^ in-12, loGO.

Gervais ou à Sainte-Madeleine. Le résultat de ces prédications fut si puissant que le peuple se livra aux plus violents excès contre les images des saints, les châsses bénites. Rien n'échappa à cette fureur des nouveaux iconoclastes : les croix, les tabernacles, les statues, les tableaux, monuments des arts, ne se sauvèrent point de cette rage fanatique, et la grande figure de Charlemagne ne fut point épargnée '. Le peuple s'étant ainsi prononcé avec violence, les magistrats sanctionnèrent sa volonté. Un décret du sénat ordonna qu'à tout jamais la religion réformée serait établie dans le canton de Genève, et que chacun serait forcé de la professer. Pour laisser un monument éternel de cette révolution, on grava sur l'airain une inscription solennelle : « En mémoire de la grâce que Dieu nous a faite d'avoir secoué le joug 'de l'antechrist romain, aboli les superstitions et recouvré notre liberté par la défaite et la fuite de nos ennemis ^. » Ces ennemis mis en fuite n'étaient pas seulement les moines bernardins, les opulents bénédictins et leurs abbés, mais de pauvres religieuses. La sœur de Jussie, de l'ordre de Sainte-Claire, a écrit ellemême le simple récit de leur départ de Genève. Une seule d'entre elles sentit les aiguillons de la chair et consentit à briser les liens éternels du monastère ; les autres, jeunes encore, préférèrent se retirer plutôt que de ne pas avoir la messe que les syndics leur avaient refusée. Les magistrats les accompagnèrent jusque sur la frontière de la Savoie, afin qu'il ne leur fût fait aucune insulte, tandis que Farel leur prêchait sur ce verset de saint Luc : JEn ce temps-là Marie s'en allait avec promptitude au milieu des montagnes ^.

La réforme de Genève, intimement unie à sa liberté, ne se développe pas subitement ; Calvin n'a point paru et n'organise pas de son austère parole la république et l'Église, désormais inséparables. Genève n'est point encore la métropole du calvinisme ; elle reçoit l'impulsion, mais ne la donne pas : cette grandeur nouvelle, cette puissance morale et sérieuse n'arrive que quelques années plus tard ; c'est là que nous en retrouverons l'histoire.

' Spox. Hist. de Genève, liv. II, pages 361 et suiv. - Spon en donne le texte, ïbid.

* Voyez le petit livre : le Levain du Calvinisme , ou commencement de VUérésit de Genève, par sœur Jeanne de Jussie. Chanibcry, 1335.

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