‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 20 sur 144 · BFFBTS POLITIQUES DE LA RÉFORME EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

BFFBTS POLITIQUES DE LA RÉFORME EN ANGLETERRE

Ecrits de Henri VIII contre Luther. — Question du divorce. — Hésitations du pape. — Thèses théologiques. — Premiers actes du parlement contre Rome. — Église nationale. — Actes contre les clercs. — Confiscation des monastères. — Partage des biens monastiques. — Établissement définitif du schisme.

Trois cantons suisses régularisaient à peine les mouvements du protestantisme, qu'une séparation plus décisive encore venait briser l'unité catholique : j'entends parler de la réforme en Angleterre, sous Henri VIII, ou plutôt de la scission qu'il proclama avec la cour de Rome. A l'apparition de Luther, le roi d'Angleterre s'était montré en opposition complète avec le système prêché par le réformateur. Esprit disputeur, nourri de controverse et de théologie, chevalier infatigable de saint Thomas d'Aquin , Henri VIII n'avait pu voir traîner dans la poussière les doctrines de la philosophie scolastique ; il prit hardiment la plume contre Luther, et fit un traité en latin pour défendre les sept sacrements catholiques *. Ce livre lourdement écrit, hérissé de citations, revu par le cardinal Wolsey et par l'évéque de Rochester, fut présenté à Léon X. Le pape l'accueillit avec une sainte joie, et, en plein consistoire, il proclama Henri VIII le pieux défenseur de la sainte Église *.

' Il porte ce titre : « Asserlio septem sacramentorum adversus martinum Lutherum, édita ab inviclissimo Angliœ et Francise rege, et domiuo Hyberniae, Henrico pjus nominis oclavo. » Londres, 1521 ; Anvers, 1522 ; Rouen, 1543.

* Tibi perpetuum et proprium^ est-il dit dans la bulle : les rois d'Angleterre, quoique schismatiques, conservent ce litre.

Vi EFFETS POLITIQOES DE LA RÉFORME

Une lutte corps à corps s'engagea dès lors entre Henri VIII et Luther. Le réformateur , ulcéré de ce qu'une tête couronnée osât se mesurer de théologie avec lui , scolaste et professeur de Wittemberg, écrivit à Henri VIII une de ces lettres emportées où tout était sacriflé àses ressentiments : « Commencez-vous à rougir, ô Henri, non plus roi mais sacrilège? lui disait-il ; n'avez-vouspas honte de prendre la parole contre la parole de Dieu même* ! » Ces emportements théologiques devaient à jamais séparer le roi d'Angleterre des doctrines de la réforme ; mais un accident survenu dans la vie domestique de Henri VIII changea les penchants du monarque pour la pure doctrine romaine. Henri avait épousé Catherine d'Aragon, femme vieillie déjà, et qui de sa nombreuse postérité n'avait plus qu'une fllle *. Le roi, épris de lady Anne Boleyn, fille d'honneur de la reine, fouilla dans toutes les sommes théologales pour trouver des motifs à la dissolution de son premier mariage. Il se consulta avec le cardinal Wolsey, qui, d'une condition de métier, de boucher, disent même les chroniques, s'était élevé à l'archevêché d'York et au titre de chancelier d'Angleterre. On trouva des nullités dans le mariage ; et, après une cohabitation de vingt ans, Henri VIII déclara qu'il ne pouvait vivre sous le même toit avec une femme qui n'était plus que sa concubine '.

La nullité qu'appelait le roi d'Angleterre résultait de ce que Catherine avait été femme de son frère. Ce vice dirimant, couvert par une bulle de Jules II, ne pouvait être invoqué qu'en obtenant la révocation de la bulle, et Wolsey devait la solliciter en faveur d'un prince qui avait tant fait pour l'Église romaine *. Le docteur Knight, secrétaire d'Etat, fut député auprès du pape qui alors était gardé au châ-

' Inter oper. Luther, contra regem Ânglice , tome II. La lettre est du 15 juillet lo22. L'évêque de Rochester répondit à Luther dans un ouvrage remarquable : « Defensio asserlionum régis Angliae de fide calholicâ adversus Luther, captivitatera bobylonicam. » Londres, 1323.

^ « Liberos piures ex eà suscepit; at unam relinquit : » c'est la princesse Marie. — Poli, Apolog. ad Carol., v. page 162.

* Comparez sur celle grande afifaire du divorce de Henri VIII , l'ouvrage spécial de Burnet, Eist. de la réforme de l'Église d'Angleterre; il est partial pour la réforme; Raynald., ann. 1528 et suiv. — Sanders, de schism. anglican. — Harpsf«ld^ Hist. ecclésiast. anglican. Le plus curieux de ces ouvrages est cvidemnienl Yanti Sanderus, imprimé à Cambridge, 1393, Legrand a copié servilement Sanders, mais il est curieux par les pièces.

* Wolsey fut l'instigateur de l'idée de divorce : o Instigafor et auctor consilii existimabatur. Pol. Apolog. 115 et 116.

îeau Saint-Ange après le saccagement de Rome. Knight demandait l'annulation du mariage avec Catherine d'Aragon et la dispense pour en contracter un nouveau. Charles -Quint, neveu de Catherine, défendit aussi de son côté au pape de satisfaire en ce point la volonté de Henri VIII. Lorsque le pontife s'enfuit déguisé en pêcheur pour se sauver des Allemands , les envoyés du roi d'Angleterre ne le quittèrent point, renouvelant leurs instances, invoquant toujours la nullité ecclésiastique d'une union que Dieu condamnait lui-même en la frappant dans sa postérité.

Clément n'osait se prononcer : il avait tout à la fois à ménager l'empereur et Henri VIII; l'un foulait de ses pieds la tiare d'or dans Rome, l'autre avait défendu l'autorité du saint-siége contre le schisme de Luther : le pape résolut pourtant d'accorder la bulle de dispense ; mais il ne l'adressa pas à Henri , ni au cardinal Wolsey ; il la confla sous le sceau du plus profond secret au légat Campège, s'en rapportant à sa prudence pour l'usage qu'il pourrait en faire *. Le pape Clément ne voulait se brouiller avec personne et encore moins avec l'empereur dont il était en quelque sorte le prisonnier et le vassal. Toute la question du divorce était moins un point religieux pour Rome, qu'une difficulté d'alliance politique. En raison que Clément était plus ou moins satisfait de la conduite de Henri VIII et de François I" son allié ^, il se montrait plus ou moins dévoué; il cherchait surtout à temporiser par une multitude de questions accessoires, par un système de légation qu'il envoyait successivement avec des pouvoirs restreints. Enfln, s'étanttout à fait rapproché de Charles-Quint, le pontife, sur la demande de la reine Catherine, n'hésita plus à évoquer à Rome, au sein du sacré conclave, ce divorce dont on avait fait jusqu'ici une difficulté nationale en Angleterre.

Ce fut à ce moment que commença, sinon la séparation complète, absolue de l'église anglicane, au moins la première tentative de Henri VIII contre l'unité catholique. Le roi demanda à son parlement et obtint des lords et des communes un premier bill contre les abus

' BcRXET, recueil II, n" 14.

* Toute la correspondance de l'envoyé français à Londres (l'évêque de Bayonne} est consacrée à cette affaire du divorce. « Je me doute bleu fort, écrit le bon évéque, que depuis quelque temps le roi a approché de bien près mademoiselle Anne de Boleyn ; pour ce ne vous esbaillissez pas si l'on veut expédition, car si le ventre croît, tout sera gâté. » (Leit. lo juin, recueil de François I"^'.}

des clercs en Angleterre. On réprima les droits exorbitants que les églises levaient sur les funérailles, l'abus déplorable de la pluralité des bénéGces et du grand nombre des chapelains '. Tous ces points furent fixés par le pouvoir laïque des lords sans aucune intervention des conciles et du pape. En même temps le roi faisait arrêter le cardinal Wolsey, bien que le privilège de la pourpre romaine enveloppât d'une immense inviolabilité tous ceux qui en étaient revêtus^.

Henri VIII n'abandonnait pas son esprit disputeur et théologien ; il ne lui suffisait pas d'arriver de fait à son divorce ; il voulait obtenir ce résultat par les dissertations de l'école, en vertu des décisions réguières et des vastes sommes théologiques. Le roi avait déjà consulté ses propres universités ; elles ne lui avaient pas été toutes favorables; il commanda donc au jurisconsulte Cranmer un mémoire sur l'affaire du divorce, et tandis qu'il tentait une dernière démarche auprès du pape, il consultait toutes les universités de l'Europe sur le point douteux alors en dispute à Rome. Cette démarche entrait dans le caractère de Henri VIII ; une thèse d'école était sa passion comme celle de son siècle. Il destina quelques mille livres sterling à cet objet ; la corruption même fut employée. Le résultat se mit en rapport avec les intérêts politiques; en France, pays d'alliance avec Henri VIII, l'université de Paris approuva le divorce, et son arrêt solennel fut motivé sur ce qu'il y avait des empêchements dirimants qu'aucune bulle du pape ne pouvait couvrir et que l'union du beau-frère et de la bellesœur était dans celte catégorie ^. En Espagne, à Naples, la réponse fut défavorable à Henri VIII, parce que le grand sceptre de Charles-Quint s'étendait sur ces peuples. Quant aux universités protestantes, elles se souvinrent du livre que le scolaste royal avait dirigé contre Luther; elles se prononcèrent en majorité contre le divorce "*. Le résultat fut pourtant conforme aux résolutions de Henri VIII ; et quand il lut le long résumé qu'avait fait Cranmer et les solutions Ihéologiques de la faculté de Paris, il s'écria dans son expression bouffonne : « Cranmer, c'est pour le coup que je tiens la truie par l'oreille. »

Cette affaire du divorce avait agité le monde érudit, et après les jugements des universités, les lords et les communes d'Angleterre ten-

' Rymeb, XIV, 350.

' FiDDEs, collect., page 172. — Cavendish, page 46.

* D'Argentré, Collect. judic. de nov. err., tome II, page 100.

* Calvin écrivit pour le divorce une longue dissertation.

lèrent une démardie auprès du pape. « Saint-père, disaient-ils, le mariage du roi a été condamné par des écoles célèbres, par des économistes de science; souvenez-vous des obligations que vous avez à notre roi Henri ; nos remontrances n'ont rien produit. L'Angleterre est menacée d'une guerre civile, si vous ne permettez au roi d'avoir des enfants d'un légitime mariage. Écoutez notre dernière volonté : si vous vous jetez encore dans les délais, nous nous croirons abaivdonnés du saint-siége, et nous nous pourvoirons ailleurs '. » Au fond le pape craignait l'effet de cette menace ; l'Europe était déjà tant divisée par la réforme ! Cependant sa réponse étant encore évasive, Henri Vlll lança un acte de sa puissance par lequel il défendait sous peine de vie de recevoir toute bulle émanée de la cour romaine ^. Il déclara que sa volonté expresse était de porter l'affaire du divorce au parlement et de s'en rapporter à ses lords et à ses fidèles communes pour la solution '.

Henri VIII prenait une voie toute nouvelle; il commençait ainsi le schisme : le parlement national allait être destiné à résoudre une question théologique ; et après en avoir appelé du pape à la science des écoles et des universités , on arrivait à la juridiction politique, comme dernier terme du pouvoir. Le roi d'Angleterre fit même une démarche qui annonçait plus hautement encore son dessein de séparation. Dans une lettre écrite quelque temps après au corps germanique, Henri félicitait les princes protestants sur leur dessein religieux « de conserver la foi dans toute sa pureté, de travailler à une paix stable, et de remédier aux maux de l'Église véritable du Christ ; de corriger enfin les fausses traditions que les hommes avaient ajoutées aux pures lumières de l'Évangile : et votre conduite est d'autant plus louable, continuait Henri, que vous avez fortement réprime les troubles qui , à l'occasion de la réforme , s'étaient élevés dans vos États; et croyez que j'ai toujours pensé comme vous sur la nécessité de corriger les erreurs et les vices. Songez pourtant qu'il faut sévir contre les novateurs turbulents qui annoncent l'égalité sociale et la communauté des biens. Il en est venu plusieurs natifs d'Allemagne dans mon royaume, mais je veille à ce qu'ils soient réprimés *. » Ici

' Regist. CCXXXIV.

* Herbert, Preuves de la vie et de l'histoire de Uenri VIII. ' Sleidan, lib. 8, page 2i5.

* Sleidan, liv. VIII, page 245. CeUe démarche n'est indiquée par aucun de» nombreux auteurs qui ont écrit sur le schisme.

le roi faisait allusion aux anabaptistes dont les croyances anarchiques paraissaient déjà en Angleterre.

Le parlement se réunit sur la convocation royale pour l'objet spécial du divorce. Il fut exposé par le chancelier « que S. M. désirait que les lords et les communes prononçassent la dissolution d'un mariage incestueux et frappé de stérilité; c'était dans l'intérêt de l'Angleterre que le roi adressait une pareille pétition. » Toutes les pièces du divorce furent déposées sur la barre, et sir Th. Cromwell déploya les thèses d'universités favorables aux désirs de la couronne. La première session fut entièrement destinée à réprimer les abus du clergé ; le parlement rappela le statut prœmunire faciès qui défendait aux laïques de solliciter à Rome des bulles d'excommunication ou de toute autre nature contraires aux droits du roi et des sujets d'Angleterre '. Cebill passé, Henri VIII fut maître de la fortune des clercs catholiques, car presque tous avaient directement ou indirectement correspondu avec le pape. Les évêques le sentirent bien ; ils se réunirent par comtés, firent des offres d'argent ; et l'assemblée de Cantorbery, en votant un subside de 100,000 liv., accorda la première au roi le titre de chef souverain, protecteur de l'église d'Angleterre ^. Là se trouvait le principe et le fondement d'une religion nationale dont Henri se déclara le défenseur absolu avec ce caractère de tyrannie doctorale qui avait toujours marqué son pouvoir. Cette même année il livra aux flammes trois Allemands qui cherchaient à prêcher la réforme luthérienne dans les comtés d'York et de Cantorbery en instruisant le peuple.

La séparation était complète entre Henri et l'église de Rome. On avait tenté quelques arrangements, mais ils furent brusquement rompus par la publique solennité du mariage du roi avec Anne de Boleyn ; et Cranmer qui l'avait célébré fut élu sans l'assentiment du pape à l'archevêché de Cantorbery. Dans une seconde convocation du parlement, plus significative encore, il ne s'agit de rien moins que de proclamer l'abolition de l'autorité papale en Angleterre. Les deux chambres se réunirent dans la session de janvier 1534. Elles remanièrent d'abord toute la constitution ecclésiastique , et ce que demandait le roi Henri VIII fut obtenu presque à l'unanimité '. On effaça le nom du

• Statut 25; Henri VIII , 19, 20, 21.

• Rtmer, act. public, tome XIV, page 413.

• Statut 26 ; Henri VIII , 1, 3, 13.

pape de la liturgie. En même temps le parlement m odifia les vieilles lois sur l'hérésie ; désormais on ne pourrait poursuivre que ceux qui proclamaient hautement des nouveautés dangereuses, et les poursuites auraient lieu avec publicité devant le banc du roi. D'autres statuts abolissaient les annates ; le droit des papes à l'élection des évêques serait déféré aux chapitres, sur l'invitation royale, et l'archevêque de Cantorbery demeurait chargé de donner les dispenses et tous les actes qui ressortissaient autrefois à la cour de Rome *. Enfin le mariage du roi avec Anne de Boleyn était confirmé, et pour que personne ne pût douter de la validité de cette union, il était défendu à tout sujet anglais d'écrire ou de parler contre sa légitimité. Une formule fut adressée en conséquence, et chaque clerc régulier des monastères ou de la hiérarchie ecclésiastique dut déclarer qu'il obéirait en toute chose au roi qu'il reconnaissait comme chef souverain de l'église d'Angleterre, proclamant pour suzeraine légitime Anne de Boleyn, épouse deHenri VIII. Un dernier acte posait une barrière invincible entre les doctrines de l'église anglicane et le protestantisme te 1 que Luther l'avait enseigné ; le parlement déclarait que la nouvelle église ne se séparerait sur aucun des articles de la foi catholique telle qu'elle avait été jusqu'alors enseignée^. La déclaration fut souscrite par la presque totalité du clergé ; le procès de Thomas More ^, de Fisher , de la religieuse Elisabeth Barton et des malheureux moines qui avaient nié la suprématie, montra que Henri VIII voulait désormais dominer en tyran l'église dont il s'était fait le chef ^. La plus profonde terreur régnait parmi les hommes de science et d'université en Angleterre : Érasme, expression de toutes les idées de modération , déplore cette situation d'un pays où il n'est plus possible d'épancher ses sentiments et ses opinions dans le sein de l'amitié ^.

Quelques mesures que prit le parlement contre le parti des réformateurs allemands , le protestantisme faisait des progrès secrets en Angleterre, et acquérait des partisans; toutes les opinions trouvaient

' Statuts 23; Henri VIII, 19, 20, 21.

' Rymer, act. public, tome XIV, pages 487, 327.

• MoR. TuoM. Opéra., pages 1427, 1429. — Statuts 26; Henri VIII, 22 et 23.

* Sur Thomas More voyez le chapitre 12 de cet ouvrage, où je traite du mouvement scientiflque des écoles du xvi<= siècle.

' « Amici qui me subinde literis et muneribus dignabantur, metu nec scribunt nec mitlunt quicquam, neque quicquam a quoquam recipiunt, quasi sub omiu lapide dormiat scorpius. » ( Érasme, Epist. 309.)

là des souvenirs et des éléments de trouble. N'était-ce pas les théories populaires de Wiclef, les assemblées de Speafield qui avaient correspondu à la prédication de Jean Huss et de Jérôme de Prague? Le mouvement de l'église anglicane d'ailleurs, quoique tyrannique et opposé à la réforme rationnelle , l'avait indirectement favorisé; car en produisant un grand désordre, il avait ouvert un vaste champ h toute doctrine qui voudrait se produire.

La lutte de l'église d'Angleterre avec Rome et le clergé, amena la royauté à tous les actes de la persécution. Th. More porta sa tète sur le billot, pour avoir hautement déclaré ' « qu'il avait approfondi la question de la puissance pontificale souvent attaquée , et qu'il avait reconnu que cette puissance du pape qu'on avait abrogée témérairement était non-seulement légitime, mais nécessaire. » Th. Wore avait d'ailleurs attaqué l'autorité royale dans son Utopie, plan de république parfaite à l'imitation de Platon, et Henri YIII s'en vengea ^. x\ ces exécutions succédèrent d'autres mesures. Le clergé anglican, après tant d'actes de soumission, voulait maintenir son unité, sa foi et les bases catholiques ; mais Th. Cromwell , alors comte d'Essex, et Anne de Boleyn poussaient aux nouvelles opinions. Ce fut d'après leur conseil que Henri YIII proposa le premier acte pour la suppression des monastères, et il y était dit : « Le roi, à cause des mœurs scandaleuses et des factions turbulentes qui divisent les moines, propose aux lords de son conseil privé s'il ne serait pas utile de les supprimer et de réunir leurs biens à la couronne '. » L'opposition que cet acte trouva d'abord amena un terme moyen. On prescrivit des visites par commission royale dans les monastères; elles devaient être faites avec la plus extrême rigueur. On examinerait la conduite , les revenus, les propriétés des moines; on verrait surtout s'il y avait quelque dérèglement dans les mœurs ; si les couvents de filles étaient bien à l'abri des convoitises de la chair ; si elles gardaient les vœux de chasteté dont les pieuses traditions ecclésiastiques leur faisaient une loi *. Ces visites royales n'avaient d'autre objet que de prendre une note exacte des biens monastiques. Les rapports qui furent envoyés à

' BtJBNET, Hist. de la Réforme d Angleterre, tome II. — Stapleton, vil. Mot,, page 335.

* J'ai analysé l'utopie de Th. Moore, chap, 12. ' Saxder, de Scltism. angl., liv. I, page 138.

* BcRNET, Hist. de la Réforme, tome I, liv. III, page 248.

EN ANGLETEUUE. 10!

Cranmer, archevêque de Cantorbery, dépeignaient sous la plus déplorable couleur la situation morale des communautés, et le roi en prit prétexte pour ordonner la confiscation de leurs biens ; la confiscation fut pour un grand nombre volontaire, car les commissaires effrayaient les prieurs et mettaient devant leur pensée la crainte d'un châtiment; et ceux-ci, pour l'éviter, se condamnaient à de fortes amendes. Un nouvel acte de Henri VIII, chef de l'église d'Angleterre, ordonnait la nullité des vœux souscrits au-dessous de \ingU quatre ans, et permettait en outre à tous les religieux de briser les liens importuns de la solitude. Comme en Allemagne et en Suède, ces biens furent distribués ou vendus à la noblesse '. Ainsi partout !a réforme plus ou moins absolue se rattachait à la terre et opérait une révolution dans les propriétés ; elle faisait passer les biens des monastères au fisc et du fisc aux hommes d'armes : la plupart des abbayes anglaises, des menses opulentes , des prieurés fertiles devinrent de^ manoirs féodaux, et c'est ce qui consolida la révolution religieuFcdi? l'Angleterre et la transforma en un fait indestructible.

Il est inutile de suivre l'histoire des caprices sanglants de Henri VI II; ils étaient produits sans doute par la sombre mobilité de ce caroclère; maisquand une main puissante entreprend une immense révolution, elle a besoin de la tyrannie pour échapper aux obstacles. Henri parvint à ses fins à force de despotisme ; il abaissa ce qu'il avait élevé ; il foula de ses pieds les têtes de ses femmes et de ses conseillers ; mais il laissa après lui un grand fait accompli : la fondation d'une église nationale humble sous son sceptre. La réforme fut en Angleterre un acte de caprice et de violence ; point de liberté ; des formules encore comme à Genève et à Berne ; en Allemagne seulement elle conserve quelques-unes de ses libres allures jusqu'à ce que l'esprit absolu de Luther vienne lui imposer ses théoriescomme des vérités en dehors de toute contestation rationnelle.

' Bi RNET. Hist. de la Réforme, tome I, liv, III, page 30S.

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