‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 2 sur 144 · ÉTAT SCIENTIFIQUE DE LEIROPE AU COMMENCEMENT DU SEIZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉTAT SCIENTIFIQUE DE LEIROPE AU COMMENCEMENT DU SEIZIÈME SIÈCLE

Esprit du quinzième siècle. — Seniimeiil d'une réforme. — Imprimerie. — Renaissance des lettres. — Les savants. — Hellénisme. — Éludes latines. — Universités. — Platon et Aristote. — Thèses philosophiques. — Réforme de Savonarola.

— Jean Laillier.*— Pic de la Mirandole. — École allemande, italienne française.

— La Société féodale. — Tendance contre la propriété ecclésiastique.

Le quinzième siècle finissait. Le caractère général de cette époque avait été un sentiment de travail et de recherches , un besoin d'investigations , une certaine inquiétude de l'esprit qui appelaient un changement sans en préciser ni les moyens, ni le but*. L'Eglise était toujours puissante sur l'imagination des peuples; partout existait encore cet enthousiasme pieux pour la cathédrale arUique, pour le saint du modeste oratoire ou le patron de la confrérie bourgeoise , pour la vierge protectrice de la commune libre ou du manoir féodal , pour ces sacrifices où les mystères du catholicisme étaient offerts au milieu des pompes et de l'encens parfumé. Toutefois les satires et les attaques contre la hiérarchie du clergé prenaient un caractère d'ensemble et d'universalité. Ce n'était plus seulement le sirvente moqueur des trouvères contre les moines et les clercs , excitant le gros rire du seigneur et du varlet , mais l'expression sérieuse de la fraction éclairée et scientifique de la société. L'opinion d'une réforme était devenue générale; elle se faisait entendre à la cour des princes , dans les par-

' J'ai développé les caractères politique et religieux des quatorzième el quinzième siècles dans V Histoire constilutionncUe el administrative de la France.

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lements, aux assemblées des é(als-générau\ , comme dans le sein de l'Église même ; elle avait spécialement occupé les conciles de Bàle et de Constance ; on en parlait en chaire comme d'une nécessité ; un axiome était alors passé dans toutes les tètes , c'est qu'il fallait réformer l'Église dans son chef et dans ses membres ; et la résistance des papes, les mécontentements des clercs avaient fortifié et popularisé plus encore ce besoin profondément senti.

Un fait immense s'était produit à cette grande époque et l'avait dominée. Vers l'année 1440 l'imprimerie fut découverte ; et telle était alors la tendance des esprits , qu'on s'empara de cette nouveauté avec une ardeur universelle. Je ne sache pas dans les temps modernes une invention qui ait si subitement et si généralement produit ses résultats. A peine l'imprimerie était-elle connue, que les presses retentirent sous une multitude de volumes. Du milieu du quinzième siècle jusqu'à l'année 1521, plus de trois mille ouvrages furent publiés sur la théologie, la philosophie et la littérature ancienne, par les soins laborieux des Aide 31anuzio \ des Estienne, des Soncino, des Ascentius ; et leurs catalogues demeurent comme une des merveilles" de l'esprit humain. L'imprimerie devint une fureur ; elle se lia à toutes les branches de la science. Un érudit d'Allemagne , d'Angleterre ou de France ne pouvait commencer sa grande carrière sans faire un pèlerinage dans les récentes imprimeries de Rome, de Florence et de Venise ; il s'y faisait prote , corrigeait les scolies , comparait les versions , et sa réputation était accomplie lorsqu'il sortait de ses mains un Platon, un Virgile, un Saint Jérôme avec un texte correct et commenté de quelque mille notes ^.

Cette grande propagation de volumes s'appliquait tout à la fois à la littérature profane et aux livres catholiques. Avec l'imprimerie et comme pour lui donner une nouvelle impulsion , était arrivée la noble époque de la renaissance, cette émigration scientifique des Hellènes, qui avaient transmis à l'Italie et de l'Italie en France et en Allemagne la science pure de l'ancienne Grèce. On vit alors des idées nouvelles ,

' Voyez l'excellent catalogue des Aide, publié par M. Ant.-Aug.Renouard, sous c e titre : Annales de l'imprimerie des Aide, ou Histoire des trois Manuce et de leurs é ditions. Paris, 1823.

2 Erasme, Catalogus omnium Erasmi lucubralionum. Il avait été lui-même corr ecteur et prote à Venise. CaietauG le lui rappelle avec amertume : Ipsum Aldi, heri sut, officinœ ministrasse, et ibidem quœstum fecisse.

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