‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 23 sur 144 · CARACTÈRE POLITIQUE DE LA PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE POLITIQUE DE LA PREMIÈRE PÉRIODE

Bertaud et Couraut , professaient ouvertement le luthéranisme ; elle aimaitle ministre Quintin dont les doctrines plus hardies allaient bien au delà de la réformation. Cette protection pour les hérétiques devint si publique, elle fut si souvent dénoncée, que François 1" manda auprès de lui cette sœur qu'il chérissait, afin qu'elle se justifiât du soupçon d'hérésie. La reine de Navarre, pour toute réponse, conduisit François 1" au sermon d'un curé nommé Lecoq , qui administrait l'église Saint-Eustache. Au milieu de Paris, Lecoq osa prêcher !os doctrines de la réforme; il s'écria en face du roi : « Qu'en ce qui touchoit le saint sacrifice de la messe , il ne falloit pas s'arrêter aux. \ aines images de l'autel, mais s'élever en pensée jusqu'aux cieux où étoit Jésus-Christ. » François 1" ne s'en offensa pas ; il voulut même voir et entendre le prédicateur dans une conversation intime à Fontainebleau '.

Rien n'arrêtait la reine de Navarre; le caractère incontestable des opinions de la réforme était alors la traduction des livres saints en français. 3Iarguerite, par un goût pur de la langue nationale, voulut que son livre d'heures , enluminé de belles miniatures , fût écrit en français : toutes les prières du catholicisme n'y étaient point comprises; on en avait supprimé un bon nombre à la Vierge et aux saints -. Dans le livre pieux qu'elle composa sous le titre de Miroir de l'dme pécheresse , à l'époque où Marguerite était revenue à repentance de ses contes des Amants fortunés ' , il n'y est question ni du purgatoire, ni de l'éternité des peines, et, ce qu'il y a de plus hétérodoxe, la prière toute virginale de Salve regina y est appliquée au Christ *. A Paris commençait déjà cette petite guerre de pamphlets populaires, destinée à anéantir toutes les vieilles croyances ; on a(lîchait des placards contre l'eucharistie, contre la messe surtout, jusque dans le palais du Louvre embelli par les arts. Les portes des églises, les poteaux des places publiques, témoignaient chaque matin de cette ardeur de prosélytisme qui caractérisait la réforme. François I" sé\it encore d'une manière sanglante. Des lettres patentes du roi or-

' Florimond dbRemond, de VOrigine de l'hérésie en France, liv. VII, chap. 3. Le bon historien s'indigne de celle grande licence.

^ Heures de la royne Marguerile. Paris, 1333.

' Publié d'abord sous ce litre : Parir, 1358 ; puis sous celui de : Nouvelles de la ^oyne de Navarre, avril, lc39.

* BfezE, Hisl. ecclés., page 13.

donnèrent de n'imprimer aucune chose sans la permission du conseil ou de justice *. Six luthériens furent condamnés au feu, et la place de l'Estrapade relient encore le cruel souvenir de ces supplices multipliés ^.

Au milieu des intérêts qui rapprochaient François I" des princes protestants d'Allemagne contre Charles-Quint , l'histoire peut se demander comment le roi de France ne seconda pas le protestantisme qui surgissait avec tant de persévérance et pénétrait dans son palais. Henri VIII, dans une [lettre conQdentielle, l'engage à proclamer une église nationale et à suivre l'exemple qu'il a donné en Angleterre. Plusieurs causes s'y opposaient pour la France. D'abord le catholicisme était une force immense dans la population ; tout était organisé autour de cette large cause d'un vieux principe social , la royauté, les institutions et les masses D'un autre côté, le concordat avait intéressé la couronne au maintien de la suprématie romaine. Par la nomination aux bénéfices, François I" était maître, en quelque sorte, des biens de l'Église et de son clergé. On aurait eu besoin de tout remanier dans la monarchie , sans résultat profitable pour le roi. Une pensée préoccupait François I" ; il s'était pénétré de celte invariable conviction que la réforme religieuse entraînerait la réforme politique , et que ces hommes d'austérités et de hardiesses , qui venaient ébranler les croyances du peuple, frapperaient simultanément la vieille foi et la royauté.

Et pourtant François 1" continuait cette vie contradictoire de persécutions contre les réformateurs actifs, et de confiance pour l'école philosophique. Les princes protestants d'Allemagne , entrés dans son alliance contre Charles-Ouint , s'étaient plaints à lui de ces tristes poursuites qu'on faisait subir à leurs frères de France. François I", qui venait de suivre à pied une procession expiatoire des outrages reçus par l'eucharistie, répondit ! « Je n'ai pas sévi contre quelquesuns de vos frères , mais contre quelques esprits turbulents qui ont tourmenté la paix du royaume sous prétexte de religion ; d'ailleurs , ne peut-on pas s'arranger sur ce dernier point? Je serais très-aise que vous m'envoyassiez quelques-uns de vos théologiens, afin de discourir

' Archives de la préfecture de police, 3« volume des bannières, fol. 107. * Sleiuan, liv. VIII, page 282, — Fi.OHiMO>D «eRé.mond, Kaiss. de l'Hérésie, liv. \II, chap. /«. ■ .

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