CARACTÈRE POLITIQUE DE LA PREMIÈRE PÉRIODE
avec eux et de nous entendre *. » Mélanchton, esprit fiexible, accommodant, fut désigné à cet effet; il écrivit à Slurmius , son ami: « Puis-je faire le voyage en sûreté? ma prédication pourra-t-elle être utile à notre église? S'il en est ainsi, je partirai comme avec des ailes pour secourir nos frères persécutés. » Wéianchton ne dédaigna pas d'écrire àl'évêque de Paris, Jean Du Bellay, expression des doctrines modérées du catholicisme: «Vous gémissez comme moi des malheurs qui agitent la France et l'église universelle ; ne serait-il pas possible de les prévenir en arrêtant les esprits fanatiques et séditieux, mais en permettant la libre parole évangélique? O vous, très-cher pasteur, employez encore votre crédit à fléchir l'esprit des princes, à les porter à la douceur ! Si vous désirez que la puissance des évêques soit conservée, fixons d'abord la doctrine de l'Église . ^»
Ces avances de l'école réformatrice , le caractère élevé qui distinguait Mélanchton , engagèrent François I" à écrire directement à l'ami, au disciple de Luther. Dans une lettre datée de Guise , le roi dit: « Je connais vos bonnes intentions pour la paix de l'église universelle ; elles se sont manifestées par la lettre conciliante que vous avez écrite à Jean Du Bellay, évêque de Paris. Venez donc au plus tôt à ma cour pour y conférer avec grand nombre de docteurs sur les moyens de rétablir le bon ordre dans la police ecclésiastique : cette lettre vous servira de sauf-conduit ; je vous prie de ne pas vous laisser détourner de ce pieux dessein par de mauvais conseils. Votre arrivée me sera agréable, soit que vous veniez auprès de moi comme personne privée, soit que vous soyez député par vos collègues ^. »
Mélanchton avait le dessein de remplir exactement les désirs du roi de France; mais il en fut détourné par l'électeur de Saxe qui ne voulut point lui donner licence de quitter ses États. L'opinion de Luther était que Mélanchton vînt à Paris afin de faire cesser la persécution qui affligeait quelques luthériens, et plus particulièrement encore dans un vœu de prosélytisme. Il savait que la douceur du plus fidèle et du plus savant de ses disciples convenait à l'école philosophique que le goût éclairé de François I" avait appelée à sa cour, et Luther ne doutait pas que la présence de Mélanchton n'y agrandît le cercle de la réforme.
' Freher, rer. germanic, collect., tome III. — Litter. francise, l. 2 Camerarics, vit. lUelanch., pages 144 et 146. * Mélancht., inter epistol,, liv. I, epist. 29.
Ainsi, pour résumer cette première période du protestantisme en France, avant Calvin, on peut dire qu'il y était en progrès ; quelques persécutions isolées signalaient bien l'esprit universitaire et la tendance des vieux corps de magistrature ; mais à côté de ces persécutions une protection secrète et philosophique encourageait les efforts de l'esprit qui tendait à la réforme. Le parti des novateurs n'était point assez puissant encore pour qu'il y eût guerre ouverte ; il se cachait dans les actes du culte pour échapper à une surveillance inquiète ; mais il écrivait et proclamait ses doctrines. Jusques à Calvin la réforme ne fut ni une force en France, ni un système ; et il n'y eut aussi commencement d'exécution armée, véritable mouvement militaire contre la doctrine réformée, qu'après le massacre des malheureux Vaudois de Mérindol et des vallées des Alpes *.
' Voir chap. IS de ce volume, sur l'exécution de Cabrières et de Mérindol.