‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 32 sur 144 · RÉSISTANCE DU CATHOLICISME · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DU CATHOLICISME

litique et religieuse ; voulant substituer à ces imaginations pieuses, à ce système qui parlait si profondément à 1 ame, une théorie rationnelle et dissertatrice, devait trouver une vive résistance. Si les esprits éclairés avaient pu s'abandonner à une réforme qui allait à leur raison ; si une jacquerie esclave avait écouté avec faveur les doctrines de liberté et d'égalité sociale prêchées par les anabaptistes, une autre partie de la population était restée fermement dévouée aux idées catholiques. Et quand elle voyait ces sectaires nouveaux renverser les autels qu'elle entourait de ses vœux, frapper les images qu'elle accablait d'ex voto, une indignation profonde se manifestait en elle ; elle demandait si ces barbares venaient là, comme les musulmans, pour détruire les objets de son culte saint, menacer ses privilèges et mutiler les vénérables reliques de sa foi.

Cette force du catholicisme, les souverains pontifes secondés par un immense clergé la mirent en action contre le mouvement rationnel qui tendait à détruire leur autorité. Peut-être , à l'origine du protestantisme , les papes usèrent-ils de trop de rigueur et s'oppo~ sèrent-ils trop impitoyablement à toute idée de transaction ; mais une fois la guerre déclarée, rien ne fut plus fort et plus habile que le mouvement d'attaque et de résistance de la cour romaine ; elle fut sur le point de ressaisir l'autorité universelle par la violence. Les moyens que les souverains pontifes opposèrent au mouvement de la réforme furent de plusieurs natures, et tous parfaitement en harmonie avec les émotions populaires et les idées du pouvoir au seizième siècle.

Le pape Paul III, avec une haute habileté, voyant le parti philosophique d'Érasme repoussé par Luther, avait cherché à l'attirer à l'Église. Dès qu'Érasme eut publiquement attaqué les doctrines des réformateurs, le pontife s'empressa de lui écrire pour le rattacher tout à fait aux intérêts du catholicisme ; il lui adressa une lettre pleine de douces paroles et d'engageantes promesses. Les services qu'il avait rendus à l'Église paraissaient à Paul III dignes de toutes les récompenses ; il proposait donc au chef de l'école philosophique la pourpre de Rome et le riche doyenné de Deventer *. Par-là le pape eût brisé pour toujours l'alliance du parti modéré et de Luther,

' Rhexancs, Epistol. prœfix. in operibus Erasm. et Erasm. liv. XXVII ^ episi. 2o et 28.

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