‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 34 sur 144 · RÉSISTANCE DD CATHOLICISME · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DD CATHOLICISME

tution des jésuites et des capucins fondés à cette époque *. Lorsque dans une partie de l'Europe un soulèvement grondait contre l'autorité inoportune de la cour de Rome , un ordre s'élevait, les jésuites, qui déclarait hautement qu'il n'y avait d'autre pouvoir suprême que celui du pape, que le premier devoir était de lui rester Adèle, de se lier à ses commandements. Milice obéissante, les jésuites n'appartenaient à aucun état territorial ; ils n'en saluaient pas la souveraineté politique; tout leur dévouement était réservé à Rome, à la tiare d'or , à la puissante clef de saint Pierre. Le monde se levait pour la science ; et l'ordre des jésuites, se consacrant aux hautes études, prenait en main l'éducation savante ; institution polie, animée d'un seul esprit, d'une seule tête, elle se ployait aux nécessités , conservant néanmoins sa pensée fixe, sa destinée d'avenir ; c'était en quelque sorte la portiou diplomatique daos le vaste système de l'Église.

Et puis, au milieu de ces dissolutions de mœurs, de cette pompe des autels, de la dissipation des cloîtres, il se formait une association d'hommes, les capucins, dont le premier vœu était de se couvrir d'une bure grossière, de ceindre leurs reins fatigués par les macérations, d'une corde noueuse, sans pouvoir jamais orner leurs solitudes, recevoir aucune chose, si ce n'était une petite pièce de monnaie. Cette austère réformation ne pouvait sans doute opposer une résistance au protestantisme rationnel ; mais l'aspect d'un moine mendiant au milieu de la catholicité devait, dans un siècle d'émotions religieuses, réchauffer la vénération des fidèles pour l'Église. Dans l'organisation de ce large système, tous les ordres religieux aboutissaient à Rome , où résidait leur chef ou général. Le pape avait sous sa main cette puissante milice qui se rattachait d'autant plus intimement à la tiare, que toutes deux étaient menacées en commun par le mouvement réformateur. L'univers catholique était divisé en départements où résidait un provincial; les couvents étaient respectés des populations ; presque tous possédaient des reliques vénérées, un oratoire protecteur. Dans leur sein vivaient des hommes de science, d'éloquents prédicateurs à la parole hardie, dont la voix populaire retentissait aux églises , dans la campagne et les halles. Le pape députait auprès des monastères des hommes de confiance, entretenait avec eux des coirespondances

" Ori.andin, Uisl. Societat. Jes., lib. 1 , page 3 : comparez avec le père Bouhours, Vie de Saint-Ignace, liv. I, pages 20, 22. Les capucins furent fondés par Mathieu Bascbi. Voyez Antoine Calcsb, Ann. des Capucins, ad ann. lo2G.

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intimes ; il était informé de toutes les intrigues de cour, de tous les secrets des localités ; il pouvait donner l'impulsion et trouvait partout une commune obéissance.

Pour répondre à un vœu plus universellement exprimé encore, les pontifes songèrent, quoique avec répugnance, à la réunion d'un concile général. Ils s'y étaient forcés par un mouvement d'opinion auquel les pouvoirs résistent difficilement. Tout clerc lettré d'université , de magistrature, appelait le concile œcuménique; déjà des assemblées de provinces avaient procédé à une indispensable réformation. Les actes du concile national de Sens avaient décidé que les prêtres seraient rappelés à la vertu et à la science ; désormais les églises devaient s'abstenir de ces fêtes puériles des fous et des innocents, de toute musique înoUe, efféminée, lascive surtout; le son de l'orgue et du serpent devait seul accompagner l'hymne sublime du Gloria Patri, que les prêtres entendraient debout. Simplicité dans les vêtements : la soie devait en être bannie, et les aubes ne fléchiraient plus sous le poids des broderies d'or ou d'argent ^ .

L'opinion de l'école luthérienne était divisée sur la question de l'autorité des conciles. Mélauchton et quelques amis les plus intimes de Luther pensaient que la réunion d'une grande assemblée ecclésiastique était nécessaire dans l'état des troubles religieux que la réforme avait fait naître. Luther, au contraire, niait la puissance des conciles convoqués par le pape, ef s'en tenait aux quatre assemblées de l'église primitive qui avaient été reconnues dans la confession d'Augsbourg.

Dans cet état , la convocation régulière d'un concile général ne devait-elle pas jeter la division au sein de la réforme et favoriser le catholicisme? L'empereur Charles-Quint pressait le pape d'en assigner l'époque '^ ; car, tête de ménagement et d'avenir, il y apercevait un coup puissant porté à la réforme. Si elle refusait de se soumettre à cette assemblée, elle se déclarait par là en dehors de l'Église, mot magique encore sur les consciences et sur les imaginations : les protestants pouvaient sans doute soutenir que la question de l'autorié des conciles devait naturellement dépendre de la main qui les convo-

' Collect. concil. reg., tome XXXIV, pages 622, 624. Le concile défend aussi les habits déchirés : « Non pannosi sinl Clerici, aut in vestibus laceri. Neque enira aflectatae sordes, aut exquisitae deliciœ laudem habent. »

2 Voyez le livre curieux « Acla inter Clément, ac Céesar. de concilio (in lib. arcbiv. Vatic. Instruct. ad concil. Trident.) »

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