‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 4 sur 144 · AU COMMENCEMENT DD SEIZIEME SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU COMMENCEMENT DD SEIZIEME SIÈCLE

siaste du Panthéon mythologique s'écria * : « Qu'est-ce que la première personne de la Trinité, si ce n'est Jove ou Jupiter Optimus? la seconde est Apollon ou Esculape ; et Diane la vierge pure , Diane la chaste , peut-elle être comparée à autre chose qu'à Marie ? Christ , continua-t-il, ton dévouement n'avait-il pas des exemples dans l'antiquité? Curtius , Décius, Gécrops et Iphigénie n'avaient-ils pas été des victimes volontaires ? Et tandis que les anciens élevaient des autels h leur sauveur, ô toi , Christ , les juifs t'ont couvert d'ignominies ! Mais console-toi de ces ingratitudes, Socrate et Phocion ne furent-ils pas contraints à boire la ciguë? Scipion fut-il récompensé autrement de ses services que par l'exil? et Aristide fut condamné à quitter son pays , pour avoir mérité le titre de Juste ! »

On portait plus Join encore les analogies bizarres entre les dogmes chrétiens et les mythes ingénieux du paganisme ; l'amour du cicéronisme, pour me servir de l'expression du temps, entraînait toutes les imaginations ; les savants changeaient leurs noms propres d'origine franque ou saxonne pour de plus douces consonnances de la langue grecque ou latine; le savant cardinal Bembo dédaignait tout autre langage : un pape était-il élu, c'était par les bienfaits des dieux immortels^ ; il en exerçait les pouvoirs sur la terre ^ ; s'agissait-il de l'excommunication , ce n'était plus que la privation de l'eau et du feu* : « Ne lis point , écrivait-il à Sadolet , ne lis point les épîtres de saint Paul et son style barbare , de peur de gAter ton goût ; ne l'occupe plus de telles niaiseries ; ces inepties ne conviennent pas à un homme grave ^. »

La poésie de la renaissance avait donné une vaste et grande impulsion. Il y avait longtemps que le génie du Dante avait remué les croyances catholiques ; n'avait-il pas représenté l'Église dans les abîmes de l'enfer , couverte de boue et succombant sous les crimes ^ ! et Pétrarque ne compara-t-il pas la cour pontiflcale à Babylone : « Flamme du ciel , tombe sur elle ' ! » s'écrie-t-il dans son indignation. Dans ce

' Érasme, Ciceroniamus, pages 38 à 43. Toulouse, 1620.

^ « Deorum immortalium beneficiis. »

' « Diis iminortalibus quorum vicemgerit in lerrà. »

* « Aqux cl igiiis inlerdiclio. »

* « Omille bas migas; non enim décent gravem virum taies ineptix. »

* Inferno, cent. 11, v. 6, sonnet.

' Fiamma dal ciel, etc., et l'autre sonnet, deW empia BabUona ond' è fuggita.

22 ÉTAT SClEiNTIFlQUE DE l'eUROPE

monde de poètes latins, italiens qui peuplaient les académies de Rome même , on n'entendait que plaintes contre l'Église et contre les mœurs (les clercs : sonnets, épîtres, odes sont destinés à reproduire les impuretés des prêtres et des moines.

A cette indépendance de l'esprit, à cette corruption des doctrines» les universités avaient voulu opposer une digue ; la philosophie d'Aristote , défigurée en aphorismes d'autorité ou de théologie scolasîique , dominait dans ces corps qui d'abord avaient été utiles à la science , et cherchaient alors à la circonscrire dans des limites qu'ils établissaient eux-mêmes. 11 y eut lutte entre la philosophie de Platon, la liberté des lettres , ce goût ardent des belles et grandes études , et la barbarie impérieuse des axiomes et des thèses de l'école ; les nobles partisans de la renaissance remuaient de leur bras puissant les vieux principes et les vieux faits ; ils employèrent tout , la science sérieuse, les moqueries de l'esprit, pour arriver à cette fin de rénovation dans les formes et la pensée de l'enseignement.

L'université avait cherché à s'emparer de l'imprimerie ; elle s'en était déclarée protectrice et dirigeante , et par les censures qu'elle s'attribuait sur tous les ouvrages , par l'examen préalable d'une multitude d'autres , elle prétendit se réserver la direction du mouvement intellectuel au seizième siècle ; mais l'université était dépassée ; la science prenait une autre impulsion ; elle tendait à s'affranchir de toute autorité quelle qu'elle fût, et alors dans le sein même de l'Église on soutenait des thèses qui préparaient la grande réforme.

LesdeuxconcilesdeBàleet de Constance, la pragmatique sanction, tous ces actes dirigés contre la suprématie pontificale , avaient produit un sourd retentissement dans le monde catholique , en même temps que les prédications de Jean Huss, de Jérôme de Prague, les hardiesses de Wicleff agitaient les masses populaires' ; à la fin du quinzième siècle , il surgit tout à coup à Florence un religieux de l'ordre de Saint-Dominique , du nom de Hieronimo Savonarola ; doué d'une grande puissance d'imagination , d'une érudition profonde et variée, Savonarola , expliquant l'Apocalypse , prédisait le renouvellement de l'Église, et les grandes révolutions auxquelles le catholicisme allait être soumis ; «a puissance s'agrandissait à Florence , où il prêchait au peuple la liberté républicaine , dans une langue d'images qui allait à

* Voir Histoire consliiutionnelle, lome III, page 9 à 40.

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