‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 41 sur 144 · RÉSISTANCE, OBGAMSATION POLITIQUE, ETC · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE, OBGAMSATION POLITIQUE, ETC

rèrent d'abord Ernest et François de Lunebourg, Philippe, landgrave deHesse, George de Brandebourg, le prince d'Anhalt et la ville libre de Strasbourg. Comme il fallait un principe de coalition qui ne fût susceptible d'aucune dissidence entre les diverses écoles , on convint que l'assemblée de Smalkalde ne serait pas une réunion pour discuter ou délibérer sur les croyances, mais purement et simplement une ligue de précautions contre les mesures militaires que l'empereur pourrait résoudre contre les réformateurs , à quelque communion qu ils appartinssent *.

Cette ligue commença immédiatement à se dessiner comme corps politique en opposition avec l'empereur pour l'élection du roi des Romains. Charles-Quint songeait déjà à se donner un successeur. Dans ce vaste conflit qui embrasait l'Allemagne, tandis que tant de contrées appelaient sa sollicitude , il pensait que l'élection préparée d'avance d'un prince catholique conserverait plus religieusement ce caractère d'unité qu'il voulait imprimer : c'était alors une question fort grave pour le corps germanique. Les réformateurs sentaient aussi que si l'élection d'un prince catholique était consacrée, c'en était fait de leur avenir. En retardant cette élection, au contraire, ils se donnaient toutes les chances d'un succès ; car la réforme étant en progrès, devait naturellement tendre chaque année à s'agrandir et à prendre de nouvelles forces*.

Charles-Quint, tout rempli de son projet , écrivit à l'électeur de Saxe pour qu'il se trouvât à la diète annoncée : la lettre autographe subsiste dans les archives de Weiraar '. « L'empereur, désirant réunir les électeurs dans la ville de Cologne , le 29 décembre, pour le choix d'un roi des Romains , y appelle S.A. l'électeur de Saxe. » Au lieu de répondre au souverain, et de venir à la convocation, l'électeur manda à tous ses confédérés qu'ils eussent à se rendre à Smalkalde, afin de défendre les privilèges de la constitution. Réunis, ils déclarèrent sans dissidence que rien n'était plus contraire aux droits du corps germanique que l'élection d'un roi des Romains dans des temps où la tête du chef de l'empire, pleine de vigueur et de vie encore, pouvait diriger les grandes destinées de l'Allemagne *.

' Sleidan, liv. VII, page 220. — Belcar., liv. XX, n» 35. ' Luther, Epislol. ad Fred. sax., § 2. » Sleidan, liv. VII, page 233.

♦ Ibid., page 34.

154 RÉSISTANCE , ORGA.NISATION POLITIQUE ET MILITAIRE

Cette première tentative irrita Charles-Qiiint au lieu de l'éclairer sur la tendance générale du mouvement de la réforme qui allait se lier désormais avec les vieilles libertés germaniques et la défense des privilèges électoraux. Un édit conforme aux résolutions de la diète de Worms dépouilla de la grande maîtrise de l'ordre Teutonique Albert de Brandebourg ', qui avait sécularisé ses propriétés et s'était fait chef politique alors qu'il embrassait le luthéranisme. La chambre impériale poursuivit les restitutions avec une persévérance implacable. Tout ce qui possédait un flef du clergé ou des moines réguliers était persécuté jusqu'à la réintégration complète , et ces poursuites agitaient violemment le corps entier de la confédération ^.

L'empereur, sans tenir compte de l'opposition des princes protestants et de l'électeur de Saxe surtout, réunit une diète à Cologne afin de procéder à l'élection du roi des Romains. Tous les princes catholiques s'y trouvèrent rassemblés, et, prenant exemple sur Frédéric III qui sept ans avant sa mort , fit reconnaître Maximilien son fils , Charles-Quint demanda l'élection de Ferdinand son frère ; il donnait pour motifs ses longs voyages , cette haute surveillance qui s'étendait sur deux mondes, et qui ne permettait pas toujours à l'empereur de présider à toutes les diètes et de gouverner les larges intérêts de la Germanie. Les princes catholiques en petit nombre ne firent aucune opposition , et Ferdinand reçut la dignité que sollicitait Charles- Quint.

Alors la ligue de Smalkalde fortifiait ses liens : un traité secret fat signé afin d'éluder les anciens statuts de l'Allemagne qui ne permettaient aucune réunion politique sans l'assentiment de l'empereur '. On borna l'objet de l'association à une défense pure et simple envers et contre tous ceux qui attaqueraient un membre de la confédération pour cause de la réforme. Aucun but politique ne fut avoué. On stipula qu'il s'agissait pour tous de protéger la foi évangélique, si elle était attaquée.

A mesure que la ligue prenait, d'après les conseils de Luther, une existence régulière, les assentiments lui arrivaient de toutes parts. Ayant un but avoué de religion plutôt qu'un caractère de nationalité, on pouvait appeler à son aide tous ceux qui professaient la même

• GoLDAST., Const. impériale.

2 Sleidan, liv. VIII, page 261.

' GoLDAST., Constit. impérial, collection des traités, ad ann. 1631.

Page 1