‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 45 sur 144 · RÉSISTANCE , ORGANISATION POLITIQUE ET MILITAIRE · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE , ORGANISATION POLITIQUE ET MILITAIRE

tion. Ce prince était devenu son héros ; il n'avait plus pour la maison de Saxe cet attachement dévoué qui avait marqué l'origine de sa prédication. Tout ce que désirait le landgrave, Luther l'accordait avec zèle ; que pouvait-il refuser à celui qu'il appelait le glaive de la nouvelle foi ? C'est à cette époque de triomphe que parut la singulière consultation de l'école luthérienne sur la polygamie en faveur du landgrave ; Bucer avait développé la triste situation dans laquelle se trouvait le prince réformateur ; sa forte complexion ; les effets d'une table somptueuse, inévitable dans les fêtes et les assemblées de l'empire, accroissaient ses désirs ; il ne pouvait là y conduire sa femme, à cause de l'embarras et des pompes ; il ne pouvait non plus quitter sa concubine , avec laquelle il n'avait pas la force de rompre des habitudes criminelles. Que faire en cet état, si ce n'est recourir à un double mariage permis par l'Ancien Testament? « C'est pourquoi, disait le landgrave, et, pour le salut de mon âme , je consulte Luther , Mélanchton et Bucer, pour qu'ils me donnent témoignage sur le parti que je dois embrasser. » Les trois grands théologiens de la réforme répondirent timidement : « Nous avons lu dans les instructions que nous a fait parvenir votre altesse, la peine de corps et d'esprit dans laquelle elle se trouve ; voici donc ce qu'il y a d'important : votre altesse comprend bien toute la différence qu'il existe entre une dispense pour un cas particulier et une loi générale qu'on établirait en principe ; si donc elle a entièrement résolu d'épouser une seconde femme, nous jugeons qu'elle doit le faire secrètement , c'est-à-dire qu'il n'y ait que la personne qu'elle épousera, et pas d'autres fidèles , qui le sachent ; au reste, les consciences prudentes aimeront toujours mieux cette vie modérée que les actions brutales et l'adultère public. C'est ainsi que nous l'approuvons, et dans les seules circonstances que nous venons de marquer ; car l'Évangile n'a ni défendu ni révoqué ce qui a été permis dans la loi de Moïse à l'égard du mariage. » Les autres points de la consultation luthérienne tendaient à détourner le landgrave de sa vie scandaleuse qui blessait la pudeur des peuples *. Cette condescendance de Luther pour la faiblesse du prince avait surtout en vue les liens protestants de la ligue de Smalkalde. Si cette ligue s'était montrée déterminée à écouter Charles-Quint comme

' La consultation est datée de Wittemberg, le mercredi après la fête de Saint- Nicolas, 1339. On y lit les trois signatures, Luther, Mélancliton, Bucer.

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