‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 46 sur 144 · DU PARTI RÉFORMATEUR. Î · texte numérisé non relu

DU PARTI RÉFORMATEUR. Î

prince séculier et à flnir les différends qu'elle avait avec les prérogatives impériales , elle repoussait tout arrangement religieux avec la cour de Rome et toute proposition qui émanait d'elle. Inutilement le pape avait-il député des légats pour s'entendre et se rapprocher , l'électeur de Saxe n'avait pas voulu les reconnaître ; il leur déclarait qu'il ne pouvait et ne devait traiter qu'avec l'empereur et dans les limites posées par la bulle d'or. La fîère opinion de Luther dominait alors. Le succès avait fait dépasser les sentiments modérés de Mélanchton, qui n'étaient plus en rapport avec la victoire. Luther écrivait des diatribes plus furieuses que jamais contre le pape, contre toute proposition de concile et d'arrangement ; « Qu'est-ce que la puissance du pape , disait-il encore , si ce n'est une source d'arrogance et de désordre? Tout ce qui vient de là est diabolique , et l'Église ne peut-elle se passer d'un chef : Le meilleur moyen de la gouverner n'est-il pas que tous les évêques soient égaux ' ? » Cette opinion de Luther triompha, et, pour la première fois, le parti mitoyen crut devoir protester hautement contre cette séparation brusque et sans motif avec l'église romaine : « Moi , Philippe Mélanchton, est-il dit au bas de l'acte, j'approuve les articles précédents comme pieux et chrétiens ; mais quant au pape, mon avis est que , s'il voulait recevoir l'Évangile , nous pourrions lui accorder la supériorité sur les autres évêques pour la paix et la tranquillité de ceux qui sont avec lui '. »

Cette protestation du parti modéré tendait à un concile, la ligue de Smalkalde n'en voulait plus. La situation de l'Europe appelait le concours unanime du corps germanique ; le Turc envahissait la Hongrie, et le roi des Romains demandait l'appui de tous les membres de la confédération pour la défense commune. Les princes protestants ne refusaient pas ce concours ; mais tout en faisant de grands efforts, ils continuaient à resserrer leurs liens intimes, à multiplier les alliances à l'étranger. Dans une réunion à Brunswick , ils reçurent en leur association particulière le roi de Danemarck ; et les correspondances diplomatiques constatent qu'ils ne négligèrent pas cette fois encore l'amitié de François 1" ^. Une telle situation bien appréciée par Charles-Quint l'entraînait constamment à de nouvelles concessions.

' Luther, in articul. Smalkald., art. 4, page 312.

' MÉLAxcnT. liv. X, e/). 76. Fn Côncord. pages 336 et 338.

* Mémoires et négociations de Du Bellay, iiv. IV

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