RÉSISTANCE, ORGANISATION POLITIQDE ET MILITAIRE
Un édit toujours pro^isoire, puisque sa durée ne devait pas dépasser quinze mois, suspendit la solution de toute difficulté religieuse ; il proclamait la liberté de conscience pour ce terme ' . Les trêves étaient toutes favorables à l'esprit de réforme , parce que cet esprit était en progrès , et que le temps pour lui était la victoire. Le luthéranisme fut alors proclamé dans la Thuringe et la Misnie ; Luther prêcha l'Evangile dans la belle et vieille cathédrale de Leipzig.
Les nombreuses concessions faites à la grande réforme avaient amené la paix des questions de croyances, et Luther ne craignant plus que l'appui franc et loyal prêté à l'empereur ne tournât contre sa prédication en Allemagne, publia son Discours militaire pour exciter à la guerre contre les Turcs ^. Dans l'origine, il avait paru hésiter sur la croisade ; mais la popularité qu'avait alors la prise d'armes contre les infidèles ne permettait pas à la réforme de rester en arrière. Luther déclara « qu'aussitôt que les magistrats proclameraient l'État menacé , tout le peuple devrait prendre le glaive et n'épargner si ses biens ni sa personne; mais, l'entendez-vous bien , s'écriait Luther, il faut que ce soit l'empereur et non le pape qui vous convoque ; il s'agit de défendre l'Évangile contre le Coran et de protéger les sujets contre la tyrannie; le pape doit rester ici étranger ^. »
Ce fier concours prêté par le luthéranisme aux desseins de l'empereur et aux besoins de la patrie rendait la position des princes protestants plus favorable , et dans chaque diète ils arrachaient de nouvelles concessions. A Spire où les électeurs furent rassemblés, non-seulement les réformés obtinrent la renonciation à toute espèce de poursuite contre les fiefs provenant d'église, mais encore la consécration des droits de propriété sur les biens ecclésiastiques tels qu'ils avaient été distribués par la confiscation même ; enfin la chambre impériale, contre laquelle les électeurs dissidents s'étaient si violemment élevés, dut être composée mi-partie protestante, mi-partie catholique : conquêtes immenses qui préparaient l'émancipation future du corps germanique * !
Ces concessions étaient-elles sincères de la part de Charles-Quint , ou le résultat de la nécessité? Les nouvelles tentatives de force qu'il
' Sleidan, Hv. XIV, page 44.
- Willemb. lo41.
» Spondius, Annal. 1542, n» 4. — Sleidan, liv. XIV, page 493.
■• Sleidan, liv. XV, page 516.
DU PARTI RÉFORMATEDR. 161
fit dans la période suivante pour restaurer le catholicisme , prouvent que le besoin de sa situation embarrassée , en présence d'une invasion menaçante, seul les déterminait. La foi romaine n'était point une conviction religieuse pour l'empereur. A sa mort il fut même soupçonné de pencher pour le luthéranisme; il n'appelait , je le répète, l'unité religieuse que pour arriver à l'unité politique.
En comparant l'édit de Worms et celui de Spire, on aperçoit le vaste cercle qu'on avait parcouru en quelques années ; l'autorité impériale allait être forcée de reconnaître la liberté de conscience et l'indépendance des électeurs. De la ligue de Smalkalde date le plus haut affranchissement des souverainetés dans le corps germanique , cette habitude surtout de chercher dans des alliances à l'extérieur un appui constant contre les tentatives d'une monarchie absolue en Allemagne. Les rapports commencés sous François P"^ avec les princes de la confédération se continuèrent sous ses successeurs ; et aujourd'hui encore la lutte n'est-elle pas toujours sous d'autres noms, entre les deux principes hostiles : l'unité de l'empire et l'indépendance des principautés allemandes?