‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 49 sur 144 · DEUXIÈME PÉRIODE DU CALVINISME EN FRANCE. 1G · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PÉRIODE DU CALVINISME EN FRANCE. 1G

catholiques en Allemagne ; aucune cause politique n'appuyait une révolution religieuse ; mais la situation de la réforme n'était pas moins en progrès. Elle agissait par un prosélytisme secret. Tous les édits de François I" contre l'hérésie commencent par ces mots qui témoignent de l'étendue et de la multiplicité des disciples de la nouvelle foi : « Nous, qui désirons grandement l'extirpation et l'extermination des malheureuses, perverses et pestiférés doctrines et sectes qui lentement ont pullulé dans notredit royaume'. » Or, cette hérésie qui pullulait n'avait pas encore pris un caractère fixe et positif avant la prédication de Calvin. En parcourant les registres de la faculté de théologie de Paris, espèce de tribunal mixte institué pour juger et flétrir l'hérésie, on voit par les condamnations répétées, mille opinions diverses surgir, se manifester de tous les côtés avec énergie et envelopper le catholicisme comme d'un réseau. « Il ne faut rien recevoir pour les sépultures, à ce dernier terme do la vie , s'écrie le docteur Jean Gillain en s'adressent au clergé qui frappait une sorte d'impôt sur les cercueils ; la contrition seule suffit pour sauver le pécheur*. Les œuvres ne sont rien ; et par conséquent i! n'est pas de purgatoire , ajoute le moine augustin, Jean Barenthon ; vous ne pouvez appeler 3Iarie reine du ciel , ni invoquer les saints; n'adorez pas les images, répètent d'autres religieux ^; qu'est-ce que le canon de la messe ? » Dans un écrit intitulé Détermination de la faculté théologique de Paris , il est dit : « Les catholiques, trompés par le pape, adorent le diable dans les images de bois et jusque dans les châsses, des ossements de morts ; qu'est-ce qu'établir des fêtes en l'honneur des patrons , si ce n'est renouveler les pompes impies du paganisme ? Les prêtres qui sacrifient sont des serviteurs de Baal et non du vrai Dieu. Dieu ne s'embarrase pas de la confession particulière, s'écrie Amédée Bisgret ; Jésus-Christ dans la messe n'est ni oblation ni sacrifice*. » On pourrait citer mille autres exemples des censures de l'université sur des doctrines, lesquelles indiquent cette activité de l'esprit, attaquant de toute part la vieille foi catholique.

Au milieu de ce chaos intellectuel, il n'y avait aucune organisation positive, saisissable ; et c'est à Calvin que l'église réformée doit en

' Collect. de Fontanon, tome IV. — Beg. du parlement, 23 juillet 1543.

* Ex regist. Facultat. theolog. fol. 167.

• D'Argent. Collect. judic. de nov. erroris, tome I, page 10.

♦ Ex regist. FacuU. theolog. M. Ili.

France sa constitution régulière *. Quoique la protection de la reine de Navarre eût quelque temps couvert le réformateur de Noyon , cependant on a vu qu'il avait été obligé de fuir sa patrie ; à Genève où il s'était alors retiré, le soin de ses frères persécutés le préoccupait tout entier ; il savait qu'ils étaient proscrits, qu'une inquisition sévère et inquiète les poursuivaient. Calvin retouchait avec une vive sollicitude le livre de l'Institution chrétienne y dont la préface est datée de Bâle, 1536. Il le destinait à effacer les préventions qui s'étaient élevées contre les doctrines sacramentaires. Ce livre , une des plus fortes conceptions de la réforme, devint la défense puissante et habile de l'école genevoise. Calvin y avait travaillé depuis longues années; il l'avait commencé en France dans la maison et sous l'aile de Louis Du Tillet , frère de Jean Du Tillet, célèbre greffier du parlement de Paris. L' Institution chrétienne, développée à chaque édition nouvelle, était de nature à produire une grande sensation sur les esprits. Sa polémique était nette et sortait de cette théologie mystique et disputeuse ; chacun pouvait saisir et s'expliquer les doctrines de cette ouvrage brûlé par le parlement sur le parvis de Notre-Dame , tandis qu'une réfutation solennelle émanait de la Sorbonne.

Calvin répondit à la condamnation : « C'est toujours pour défendre la foi orthodoxe et repousser les calomnies odieuses de ceux qui veulent nous attaquer que j'écris : que nous reproche-t-on ? D'enseigner des choses nouvelles et de les enseigner sans miracles, de nous éloigner des pères et des théologiens ! de ne pas suivre des coutumes approuvées ; entendez-les : nous sommes en guerre avec l'Église, nous sommes la cause des troubles et des révoltes ! Eh bien ! notre doctrine est simple : nous reconnaissons Dieu comme créateur et rédempteur, comme sanctiflcateur par le Saint-Esprit, nous vivons en Jésus-Christ par son Église ! » Développant toutes ces idées, Calvin attaquait particulièrement la hiérarchie catholique telle qu'on l'avait faite : « Ce que veulent les évangélistes , s'écriait-il , c'est l'église dans sa simplicité primitive, ainsi que l'ont établie Jésus-Christ et ses apôtres ! On nous accuse d'attaquer le gouvernement civil, d'ébranler l'obéis-

' Voyez le petit volume sous ce titre : « Les actes des ministres et les moyens qu'ils oui tenus pour introduire leurs doctrines et leurs prêches au royaume de France. » Sans nom de lieu, 1622, in-8". 11 est aussi un manuscrit sur les commencements de l'église réformée, et les troubles arrivés en France pour cause de religion pendant le règne de François le'. (Biblioth. du Roi, n" 9805.)

Page 1