DU CALVIMSME EN FRANCE
sance des peuples : quelle que soit sa forme, continue Calvin, on lui doit respect, obéissance. » Et ici le sévère écrivain énumérait toutes les idées des anciens sur la justice , les châtiments , les récompenses , comme mobiles des gouvernements, sur les lois, leur utilité ; il résumait en un mot les fortes idées qui servent de fondement à toutes les hautes théories de Platon sur les sociétés civiles *.
Ces principes si simples , si facilement saisissables pour les masses lorsqu'on les comparait aux développements théologiques des facultés, devaient trouver appui dans beaucoup d'esprits. L'influence de la reine de Navarre entraînait une partie de la cour, de ses varlets et des gentilshommes de sa domesticité, en même temps que la prédication secrète dans les campagnes séduisait la simplicité des fils des vieux pastoureaux et des Jacques. Les hommes d'intelligence et d'études , les poètes qui donnaient le ton par leurs rondeaux et jeux d'amour, étaient presque tous favorables aux nouvelles opinions. La traduction en vers français des psaumes , œuvre de Marot et de Vatable, était chantée le soir au son d'une musique harmonieuse dans le Pré-aux- Clercs où se réunissaient des femmes élégantes, de beaux pages et la cour si folâtre de François 1" et de sa sœur. On mettait en virelais et en ballades les prières du calvinisme ; c'était alors fureur ; « les musiciens de nostre France mirent à qui mieux mieux lesdils psalmes en musique, et chacun les chantoit , et le feu roi les chantoit et fesoit chanter , et ses compagnons et sa mérétrice les aymoient ou feignoient de les aimer, tant qu'ils disoient : « Monseigneur, cestui-là ne sera-t-il pas » mien ; vous me donnerez cestui-là, » et ce bon prince leur en donnait à sa fantaisie ^ .
Il existe cinq édits de persécutions de François I" contre les réformateurs; ils sont à la distance de quelques années les uns des autres, ce qui prouve qu'ils étaient impuissants pour opérer une répression ; et le besoin de les renouveler si souvent constate qu'ils tombaient en désuétude. Il y avait donc en dehors une force de résistance telle que la volonté du roi et du conseil ne suffisait plus. Ce qui motivait ou faisait aussi révoquer ces édits, c'était particulièrement l'état des rapports de François 1" avec la diète de Smalkalde ; les poursuites n'étaient plus si actives lorsque les plaintes des électeurs menaçaient
' La meilleure édition de ce pamphlet de Calvin est de Lugd.-Bat. ann. 1654. — Voyez ce qu'en dit Bèze, in vit. Calvin. * Jérémie de Pours, g 6.
son alliance ; il retombait dans la persécution lorsqu'au contraire les protestants se rapprochaient de Charles-Quint et abandonnaient ses intérêts. La plus sévère de ces ordonnances se reporte à la réconciliation de la ligue de Smalkalde avec Ferdinand roi des Romains *.
Au reste la force de résistance du catholicisme grandissait en France à mesure que la foi nouvelle faisait des progrès. La société était trop identifiée avec les croyances de l'Église pour ne pas s'en être fait un besoin, de sorte qu'à côté d'une opinion active se trouvait une religion ardente , des populations conduites par des sentiments et des émotions qui les prenaient au berceau pour ne les quitter qu'avec la vie. De cette situation haineuse devait naître et éclater une de ces grandes luttes entre des forces hostiles et en présence.
On doit le dire enfin , les calvinistes , petite minorité , s'agitaient violemment et insultaient sous toutes les formes cette croyance des ancêtres qui dominait encore l'immense majorité de la population en France. On ne peut se faire une idée de tous les pamphlets sales ou furieux qu'ils répandaient contre le clergé catholique , contre les prêtres dont la parole remuait si profondément les entrailles du peuple. A toutes les époques les partis qui ont voulu frapper et détruire un vieux pouvoir l'ont accusé de tous les débordements de l'impureté et de toutes les faiblesses d'une existence caduque : les calvinistes se servaient des mêmes armes avec ces ridicules exagérations que les passions du temps expliquaient et justifiaient sans doute .2
La première persécution un peu remarquable, celle qui soulève le cœur, fut l'extermination des peuplades vaudoises de 3Iérindol et de Cabrières ^. J'ai consulté les vieilles archives de Provence ; j'ai parcouru ces vallées profondes, ces montagnes désertes où la persécution passa comme la flamme pour tout dévorer, et je vais dire ces tristes souvenirs. Sur la frontière du comtat Venaissen et de Provence s'élevaient deux bourgs entourés de petites murailles crénelées,
' CoUect. des lois de Fontanon, tome IV. — Règne de François /«'.
^ Le livre où celte exagération se montre le plus ouvertement fut imprimé sous Henri III, avec ce titre : Le cabinet du roi de France. J'en parlerai plus tard.
' Les prolestants ont publié une suite de pamphlets sur le massacre des Vaudois; en voici les titres : Histoire mémorable de la persécution et saccagement du peuple deMérindol et de Cabrières, et autres circonvoisins appelés Yaudols , ISSfi, in-S'^. — Histoire des persécutions, et guerres faites contre ceux appelés Vaudois, Genève, 1352, in-S".