TACTIQUE DD CATHOLICISME
par la double puissance du ciel et de la terre; et puis , ces formules solennelles, ces anathèmes prononcés les flambeaux éteints , d'une voix lugubre et retentissante, tout cela jetait l'âme dans une pieuse terreur et une inefl'able exaltation !
L'idée d'un concile œcuménique convoqué parle pape, dans le but de Caire cesser les troubles religieux de l'Europe, avait été une des préoccupations de Charles-Quint ; il y voyait un moyen de ramener l'ordre dans les doctrines et dans les souverainetés. Il avait longtemps négocié avec les papes Clément VII et Paul III, leur présentant la grande assemblée ecclésiastique comme un terme à la réforme; mais plusieurs questions préparatoires devaient être soulevées. Les protestants admettraient-ils l'autorité d'un concile convoqué par le pape? Sous quelle influence et d'après quels principes agirait-il? Dans quelle ville et sous quelle domination serait-il réuni?
Lorsque les premières ouvertures furent faites aux princes protestants , ils se bornèrent à répondre que pour être libre , le concile devrait se tenir en Allemagne, et , selon les vieilles lois, être convoqué par l'empereur.
Dès que Luther eut également appris la résolution arrêtée par Charles-Quint de confier à un concile le jugement des questions religieuses, il se hâte de publier un pamphlet pour déterminer précisément quelle était l'autorité des assemblées épiscopales. « il ne leur est pas permis , s'écrie-t-il , d'établir de nouveaux articles de foi, d'ordonner de nouvelles œuvres , de gêner la conscience par des pratiques ou cérémonies religieuses , enfin , de se mêler du gouvernement politique ou civil. Ce qu'elles doivent faire , c'est de ramener les principes de l'Église à la pureté de leur origine , et par conséquent elles doivent forcer le pape, qui séduit les fidèles par de fausses doctrines, à remettre les choses dans leur état primordial*. » Dans un autre écrit tout entier de la main de Luther , le réformateur développe avec un soin tout particulier les points que le concile devra résoudre : sur la présence réelle, le péché originel , la pénitence, le mariage des prêtres. Pour toutes ces questions il ne fait pas une seule concession aux antiques lois de l'Église ; il déclare même que ce sont les conditions invariables qui doivent servir de base à toute espèce de transaction avec Rome^.
• Erfurth. 1539.
* Cet écrit, que je crois de la main de Luther, porte ce titre : « Articuli qui de-