PREMIÈRE PARTIE DU CONCILE DE TRENTE
que les délibérations étaient pleinement dans les intérêts et les opinions de la cour de Rome. L'évêque de Bitonte, qui ouvrit la pieuse assemblée , rappela tout l'éclat de la puissance du pape, et les biens qu'elle avait faits, soit en ordonnant les croisades, soit même en déposant les rois '. C'était là une grande faute ; prêcher la toute-puissance romaine au moment où elle était vivement attaquée ; rappeler les trois couronnes de la tiare, lorsqu'une nouvelle doctrine disait aux rois: « Secouez de vos pieds un pouvoir qui vous opprime, » n'étaitce pas favoriser précisément la réforme qu'on voulait proscrire ? Les premières séances furent tout entières consacrées aux règlements de la police du concile, à réprimer l'orgueil des évêques et la licence de leurs domestiques ; car à Trente tout était rempli de troubles. On en vint ensuite aux points de dogmes qui formaient les dissidences les plus sérieuses entre l'école protestante et l'école catholique.
Une lettre confldentielle de l'empereur avait invité les pères du concile à procéder lentement et avec de grandes précautions contre les partisans de la réforme. «Craignez, disait Charles-Quint, de les irriter et de compromettre par des démarches précipitées la pais de l'empire que vous êtes appelés à raffermir. » 11 invitait surtout, par l'organe de son envoyé, les prélats réunis à modérer le zèle ardent et inconsidéré des évêques d'Allemagne, qui cherchaient à entraîner l'Église dans un immense bouleversement. Lorsque le saint concile voulut traiter des dogmes et discuter les points de la foi, le même envoyé de Charles-Quint s'opposa avec ténacité à cette discussion -, « Vous voulez donc semer à pleines mains la guerre civile ? Réformez les mauvaises mœurs ; mais n'attaquez les principes que d'un commun accord '\ » Le concile ne s'arrêta pas à ces considérations. Tout à fait sous l'inlluence du pape , il décida tous les points en faveur de l'église catholique; aucune concession ne fut faite, non-seulement sur les dogmes , mais encore sur la discipline. A peine queliiues réformes de détails répondirent à ce que l'opinion puissante demandait.
■• Labbe, in callect. concil. tome XIV, page WO.
' Fallavicini, Uist. concil. Trident. n«* 1 et 2.
' Le mariage des prèires paraissait être une idée fixe chez l'empereur; il fit rcdiger pius lard une consultation pour en justifier la nécessité ; elle est parmi le manuscrit n" 3o(), Dupuy (Dibliothcque royale), sous ce titre ; Consideradones super matrimo^ ninm sacerdotum.