TROUBLES DU CORPS GERMANIQUE, ETC
revêtu de ses habits de pompe, et avec deux énormes oreilles d'âne. Autour de lui sont rangés, dans un ordre qui se rapproche beaucoup du conclave, différentes figures de démons, tous affublés de mitres, et offrant au pape les divers attributs de son pouvoir, tandis que d'autres l'entraînent en enfer avec des cordes noueuses ^ La faculté théologique de Louvain avait attaqué sa doctrine en trente-deux articles; Luther rédigea un pamphlet de fureur et de déclamation. Ainsi la faculté prend sous sa plume le nom de vaccultas qui la rapproche de la vache; l'église catholique n'est que cacolica; les docteurs de la facuMè sont noslrolli magistrolU y hruta magistrollia^ . Le raisonnement est diffus et rare dans ces thèses où Luther semble abandonner ses formes didactiques ^. Le réformateur survécut peu à ces derniers ouvrages ; il mourut à Islèbe , chez les comtes de Mansfeld qui l'avaient appelé auprès d'eux pour régler quelques différends de succession. Arrivé dans ces États, Luther prêcha, selon ses habitudes, avec cette entraînante parole, cet esprit enflammé qui le caractérisaient dès sa plus jeune vie. 11 fut pris d'une grande fatigue d'estomac , et, usant à peine de quelques précautions , il se mit à prier, « parce que, disait-il , le souverain pontife préparait d'effroyables choses sur l'Evangile dans le concile de Trente. » Le lendemain son mal redoubla, et Luther sentit que la vie s'en allait en lui ; alors il répéta sa prière fervente, et se prépara sans crainte à la mort qui l'atteignit le 18 février 1546, à l'âge de soixante-trois ans *.
Le nom de Luther se mêle si intimement à la réforme qu'il serait impossible de ne pas faire entrer ce puissant caractère dans les mobiles qui précipitèrent le mouvement des esprits ; mais on ne saurait trop le répéter, ce mouvement était opéré lorsque Luther s'en empara ; il le poussa de son bras implacable, il lui imprima une direction prononcée , foulant aux pieds toute espèce de ménagements. En cela son esprit servit à séparer définitivement la réforme et l'église catholique dans les différents efforts que l'ou put faire pour les réunir;
' Ces caricatures sont fréquentes aux époques de la réformalion. Quiconque a visité l'Allemagne a pu voir le vieux tableau où Cochleir est représenté sur uu àao ia tète tournée vers la queue.
^ Erfurlh, 1343.
* CocuL.Kcs, de act. et script. Lutheri, page 311.
♦ Sleidan. liv. XVI, page. 303. — Pallavicini, Hisl. concH. Trident, liv. VI» cap. 10,