TROUBLES DC CORPS GERIIAMQUE
secrète, et Paul III, appréciant toute l'importance de réduire l'Allemagne au catholicisme, s'engagea à fournir douze mille Italiens et :200,000 écus d'or ; Charles-Quint s'obligea de son côté à faire rentrer la Germanie sous la foi romaine. Le traité était à peine scellé du sceau pontifical et les troupes auxiliaires en armes, que l'empereur publia son manifeste : il se gardait dans cette proclamation publique de parler des principes religieux, mobiles pourtant de la guerre qu'il entreprenait; il invoquait les droits de l'empire méconnus, l'anarchie que quelques-uns avaient jetée dans l'ensemble de la constitution germanique*. L'empereur sortait enfin de son caractère conciliant et timoré ; il n'avait pu rapprocher les deux croyances ; il cherchait à les dompter l'une par l'autre.
Les princes protestants ramenèrent le manifeste impérial à son expression vraie; ils annoncèrent au peuple des électorats et des cités libres, qu'il ne s'agissait pas de protéger l'ordre et la constitution qui n'avaient jamais été troublés, mais d'établir la tyrannie politique de l'empereur sur la tyrannie religieuse du catholicisme^. Tous les ministres du luthéranisme, Bucer, Mélanchton, Juste Jonas, écrivirent des pamphlets pour appeler aux armes les cercles et les villes réformées. A ces voix si connues de la population allemande, il se fit un immense mouvement : l'électeur de Saxe et le landgrave, proclamés chefs des armées germaniques, parurent aux batailles pour combattre les soldats du pontife de Rome et de Charles-Quint, soi-disant empereur. Il y eut ligue non-seulement entre la confédération , mais encore avec la cour de France. Le roi de Danemarck parut au champ de guerre pour soutenir la liberté des électeurs. Les étendards furent levés dans la plaine ; on lisait sur le gonfanon armorié du landgrave ces mots symboliques : «La cognée a déjà frappé l'arbre à sa racine. Celui qui ne porte point de bons fruits sera coupé et jeté au feu. » Le duc de Saxe avait une devise plus pieuse encore : « Sauvez votre nom , Seigneur ; » tandis que l'orgueilleux roi de Danemarck avait brodé de soie et d'or : « Nos libérateurs viendront du septentrion '. »
La guerre civile fut entière. De prorapts succès couronnèrent d'abord les armes des réformateurs ; le landgrave s'empara de Donavert
' llE Thou, ad ann. 1546.
" SLEiDAN.Jiv. XVII, pages 397, 599.
' Don Antonio de Vera, Hist. Cari. V, page 243. ~ Belcarics, m comment, liv.XXIV,no22.
et de Dillingen ; mais cette confédération ne marchait pas avec ordre, avec unité; Cliarles-Quint eut la victoire. Jean-Frédéric, électeur de Saxe, vaincu à la bataille de Muhlberg, fut fait prisonnier, condamné à mort et gracié sur les plus vives et les plus humbles soumissions. Le landgrave de Hesse, appelé avec un sauf-conduit auprès de Charles-Quint, fut néanmoins retenu en captivité ; l'empereur imposa à l'un et à l'autre les conditions les plus dures. Dans toutes les villes qui avaient embrassé le luthéranisme, on dut restaurer la messe et les pompes du catholicisme ; les évêchés furent rendus à leurs anciens possesseurs. L'empire était devenu en quelque sorte une grande monarchie où la victoire avait aboli les vieilles institutions, les prérogatives, les libertés électorales*.
Cependant la question religieuse devait être décidée. L'empereur s'était déjà mis en opposition avec le concile de Trente et avec le pape surtout qui voulait le transférer à Bologne, ville à sa convenance et sous sa domination. Charles-Quint n'était plus si disposé en faveur de Rome opiniâtre ; il ne tendait dans toute chose qu'à un point exclusif ; l'unité allemande sous son sceptre. C'est dans cette vue qu'il essaya la mesure difficile de V Intérim, nouvelle tentative conciliatrice pour amener les deux églises à une commune foi. L'empereur prit prétexte des longueurs du concile pour justifier la nécessité d'une concordance entre les luthériens et les catholiques. Dans le même temps qu'il tenait une diète à Augsbourg , il manda auprès de lui Jules Phlug, prélat à mœurs douces, évêque de Naumbourg, et Jean Agricola d'Islèbe, de l'école de Mélanchton, et qui avait travaillé avec lui à la confession d'Augsbourg ; il leur adjoignit l'évêque titulaire de Sidon, et tous trois durent présenter à la diète un formulaire général dans lequel étaient résumées les principales questions en dissidence. C'était à peu près le même travail qu'avait entrepris Mélanchton à une autre époque ; mais le nouveau formulaire avait une tendance plus fortement catholique : les revers de la religion réformée expliquaient ces concessions^.
Dans V Intérim, véritable traité de philosophie religieuse, on reconnaissait, avec de légères modiûcations, la théorie catholique sur le péché originel, la grâce, la justification, la présence réelle, lasupré-
• Sleidan, liv. XIX, page 664.
Pallavicim, Hisl. concU. Tridentium, lib. 10, cap. 17, a» 1.