TROUBLES DU CORPS GERMANIQUE
matie des évêques et du pape, les sacrements, la messe ; on conserverait dans les églises les autels, les habits sacerdotaux, les croix dorées, les orgues, les chandeliers, les images pieuses et le chant des psaumes. Il ne devait plus y avoir de superstitions; on honorerait les saints, mais on ne les adorerait pas, L'Intérim maintenait les processions, les lustrations d'eau bénite et les veilles solennelles de Pâques et de Pentecôte. A l'égard des prêtres mariés, leur union était provisoirement consacrée; on attendrait les décrets du concile sans qu'on pût les forcer à quitter la femme de leur couche et de leur amour. La communion sous les deux espèces était facultative jusqu'à la décision définitive d'une grande assemblée de l'Église ' .
Cet Intérim fut également attaqué par les protestants et par les catholiques^. L'imprimerie avait créé une puissance d'opinion, et lorsqu'une mesure n'était point en harmonie avec les sentiments populaires, aussitôt se manifestait une violente opposition d'écrits qui circulaient dans toute la Germanie. Il fut impossible à l'autorité de Charles-Quint de faire exécuter X Intérim et de rapprocher les vieux principes religieux des nouveautés adoptées en majorité par la confédération allemande. D'ailleurs, au milieu des inquiétudes que lui donnait la cour de Rome, Charles-Quint s'était aper^^'u qu'il s'aliénait une force en persécutant les princes prolestants, en même temps qu'il n'acquérait pas un appui dans un pontife inflexible. L'Allemagne fermentait. Henri VÎII et François I", les plus redoutables ennemis de Charles-Quint, n'existaient plus ; mais Henri II de France avait hérité des intérêts et des traités qui l'unissaient aux princes protestants. Une armée de gentilshommes s'avançait vers les villes impériales ; les populations allemandes saluaient comme des libérateurs ceux qui venaient établir parmi elles l'indépendance religieuse et les privilèges de l'empire^. En vieillissant, Charles-Quint avait médité les doctrines des luthériens; il avait opposé la simplicité de leur foi et de leur conduite aux difficultés des conciles et de la cour romaine. Les électeurs catholiques eux-mêmes se plaignaient hautement des derniers actes qui avaient méconnu les garanties germaniques. Tous
' Carol. V,xmp. Âug. Intérim, tomel. — Consdt. impérial. Goldast., t.I, p. 518.
^ Voyez la longue prolestation de l'église catholique, publiée par Robert Ccnalis. évèque d'Avranches, sous ce titre : ànddotum ad postulata intérim. Paris, lo'iU (rare).
» De Tnou, Hist. ann. 1549.
ces motifs préparèrent sans doute la grande transaction de Passaw, l'acte le plus important dans l'histoire du droit public , parce que , proclamant pour la première fois la liberté de conscience, il fit passer l'Allemagne sous l'empire d'un principe tout politique.
Dans cet acte immense, le roi des Romains , Ferdinand , exposait les malheurs des guerres intestines qui pendant longues années avaient divisé l'Allem.agne; il appelait comme remède la concorde religieuse; il y disait : « Sa majesté impériale, ni nous, ni les électeurs, princes et États du saint-empire , ne souffrirons point que l'on violente aucun des États de la confession d'Augsbourg, par voie de fait ou autrement, pour cause de la religion , contre sa conscience et volonté, ou que l'on insulte ou attaque personne pour ce regard parla force et la voie des armes, et qu'on lui fasse aucun tort , injures ou mépris , par ordre ou autrement, mais on le laissera vivre librement et paisiblement en sa foi et religion. Et réciproquement les États de la confession d'Augsbourg ne molesteront en aucune manière, pour raison de la présente guerre, les autres États du saint-empire de la religion ancienne, tant ecclésiastiques que séculiers, en leur religion, cérémonies, constitutions, biens , meubles , immeubles , domaines , sujets, revenus, cens, rentes, supériorités et juridictions, mais les en laisseront user et jouir paisiblement et tranquillement sans rien attenter de dessein formé contre eux par force, voie de fait ou autrement '. »
On arrivait enfin , après mille détours , après des efforts inouïs , à la véritable liberté de conscience, principe si fécond dans ses résultats. C'était pour la première fois que cette grande conquête était accomplie ; elle marquait le passage de la société religieuse du moyen âge à la société politique; la tâche avait été rude, la victoire disputée ; les peuples ne secouent pas ainsi facilement les vieux principes et les vieilles institutions ; il a fallu plus de trois siècles pour l'admettre définitivement dans la constitution des États européens. L'Allemagne prit alors une tout autre allure. Ses intérêts furent régis par des actes positifs. Son droit public cessa d'être religieux.
Il y eut deux faits à cette époque qui auraient pu changer la face du monde, et ne tinrent pourtant qu'à des hasards. Charles-Quint
' GotHAST, Coll. leg impérial, ad ann. Mio2.