‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 76 sur 144 · ADMINISTRATION DES GUISE · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DES GUISE

la hasarder. J'obéirai toujours , sire , aux bons et louables conseils qu'il vous plaît me donner ; je me sens infiniment tenu à vous remercier généralement du soin qu'il vous plaît avoir de la conservation de ce grand royaume *. »

Quelques jours après il lui écrivait encore : « Je ne saurois qu'ajouter, si ce n'est vous assurer, que notre roi est si ferme et constant à l'entretènement de la foi catholique , qu'il ne fera ni permettra jamais en son royaume chose qui y contrevienne; et quant à moi , je ne céderai à aucun de mes prédécesseurs en ce qui touche l'honneur de Dieu , et maintenance de sa sainte foi ^. »

Les poursuites contre Anne Du Bourg, quelque temps suspendues, recommencèrent , on voulait maintenir un parlement dévoué , et imprimer toute sa force au catholicisme. Anne Du Bourg fut traduit devant la chambre ardente , création nouvelle du chancelier Olivier, pour juger les hérétiques. Il y fut accusé de professer les doctrines de Luther et de Calvin sur la grâce et le purgatoire ; Du Bourg répondit avec fermeté et persista dans tous les articles de sa foi. Les parlementaires catholiques , sous la direction du président 31inard , appelaient la condamnation pour le cas d'hérésie comme un grand exemple. Tous les hommes de lumières s'intéressaient au conseiller Du Bourg et les calvinistes voyant en cette poursuite les symptômes d'une persécution systématique tentèrent de l'éviter par un acte de violence : le président Minard fut atteint d'un coup d'arquebuse, et l'on en accusa les huguenots : le peuple s'émut. Un acte du conseil municipal ordonna de fermer les portes de Paris pour se saisir de l'assassin^ . Dans cette agitation des esprits , le parlement se hâta de condamner Anne Du Bourg; il fut dégradé de l'état de clerc et brûlé en la place de Grève , car il n'avait voulu se rétracter ; et il y eut grande foule de gens de tous états à cette exécution; M3L de la ville y avaient envoyé les trois compagnies d'archers , arbalétriers et arquebusiers"*.

' Archives de Sitnancas, B 12 "*.

^ Ibid. B 11 ". li existe aux mêmes archives une leilre de François II au roi d'Espagne ainsi conçue : « J'ai été bien aise d'avoir vu votre si bonne intention au repos universel et bien démon royaume, par ce que le prieur don Antonio m'a dit de votre part, et je lui ai fait si ample réponse que par là vous aurez connoissance du soin que j'ai en l'honneur de Dieu, ibid. B, 11 "*.

' Bibliolh. du Roi, jMSS Colbert, vol CCLII, in-fol. page 1%.

♦ Regist. de l'hôtel de ville. Bibl. duRoi, MSS Colbert, vol. CCLII, page 196, verso. Le procès d'Anne Du Bourg est imprimé ia-12, petit format; il est très-rare et se trouve Bib!. du Roi, MSS Fontanicu, ann. Io59-lo00.

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Rien ne Cl plus d'impression sur le parti calviniste que le supplice du conseiller Du Bourg. C'était une première attaque contre l'opinion scientifique qui protégeait les progrès de la réforme en France. Les huguenots multiplièrent les doléances et les complaintes; desgravures informes reproduisaient le supplice du malheureux conseiller , et le bûcher d'où les flammes s'élèvent en la place de Saint-Jean en Grève. On y voit messire Du Bourg, les mains jointes, étranglé par une grande corde, en face d'une belle croix; aux étroites croisées sont plusieurs nobles dames qui regardent ledit supplice , tandis que le bourrel , d'un air alerte et joyeux, jette maints fagots dans le feu '. On prêta au conseiller hérétique des cantiques, des chansons saintes ^ afin d'exciter la commisération du peuple.

Le parti calviniste comprit le danger de sa position. Jusqu'ici il n'avait été qu'instantanément persécuté, et il se trouvait le plus souvent à l'abri , soit par la protection de la cour , soit par l'esprit qui s'était empreint depuis quelques années à la minorité du parlement de Paris. Cette opposition était brisée; les Guise pouvaient assurer le triomphe des opinions catholiques, et par le fait le parlement de Paris était dans leurs mains , sans que le parti politique , toujours si timide , se hasardât à les contredire. Les huguenots se réunirent dans des assemblées secrètes au faubourg Saint-Germain. Ils tinrent des consistoires particuliers '. Pour se donner une organisation plus forte et plus active , ils se régularisèrent en synode ; l'élection libre fut

' Voyez la collection des estampes, Biblioth. du Roi, Règne de François II.

* « Chanson spirituelle d'Anne Du Bourg, conseiller du roi en parlement, étant es lieux pour soutenir la parole de Dieu, et pour laquelle il souffrit constamment la mort à Paris. Sur le chant du psaume 40 : »

Gens insensés, où avez-vous les cœurs N'empêchez plus la prédication

De faire guerre à Jésus-Christ? De la parole et vive voix

Pour soutenir cet anKchrist, De notre Dieu le roi des rois,

Jusqucs à quand serez persécuteurs? Ou autrement sa malédiction

Traîtres abominables. Sur vous verrez estendre.

Le service des diables Et vous fera descendre

Vous allez soutenant; Aux enfers ténébreux.

Et de Dieu les édits Là eu serez punis

Par vous sont interdis Des maux qu'avez commis

A tout homme vivant. Par tourmens douloureux.

^ « Procès-verbaux et Mémoires des synodes ou assemblées ecclésiastiques de ceux de la religion réformée. » Biblioth. du Roi, MSS de Brienne ; vol. cot. 216 à 226 inclusivement.

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proclamée , et l'égalité la plus absolue dut présider au choix des pasteurs. L'église calviniste prit en France une forme purement républicaine. Alors fut arrêtée sa profession de foi ; elle était envoyée de Genève , car avec sa prodigieuse activité , Calvin dirigeait toutes les branches de ce qu'il appelait son immense famille.

Les deux principes religieux étaient ainsi en présence , organisés comme pour le combat ; les catholiques avaient éloigné de la cour les gentilshommes , expression du parti protestant. Le roi de Navarre, le plus modéré et le plus circonspect , craignant pour la possession de son royaume menacé par Philippe II , se retira précipitamment ; on donna au prince de Condé une mission pour l'Espagne ; tout ce qui avait quelque valeur , Coligny , d'Andelot étaient en complète disgrâce, et le chancelier Olivier, dévoué au cardinal de Lorraine, préparait une série de lois pour seconder le mouvement catholique.

Cette intention se manifestait par des actes; une première ordonnance toute de précautions défendit qu'on portât des armes sur soi ; aucun ne pouvait désormais se revêtir d'un grand manteau, avoir des chausses larges dans lesquelles on cacherait poignards ou pistolets : a défense est faite à toute personne , de quelque état qu'elle soit, de tirer arquebuse, sous peine, la première fois, d'une amende de cinq cents écus d'or au soleil, ou des galères si l'on n'avoit de quoi payer ladite amende , et pour la seconde fois , ils seront pendus et étranglés '. » Des lettres de commission de François II ordonnent « d'informer secrètement et diligemment contre tous ceux qui donnoient faveur aux sacramentaires ou autres personnes soupçonnées d'hérésie; ceux qui fréquentoient leurs comités et assemblées secrètes et malicieuses, et pareillement ceux qui usoient de menaces et d'injures pour intimider les juges, manière fort pernicieuse, à quoi il est trèsnécessaire de pourvoir : vous procéderez sur-le-champ, à la requête de notre procureur, à leur faire et parfaire leurs procès , ainsi que de raison ; car tel est notre plaisir^. »

On se lia par des serments particuliers; des émissaires devaient réveiller le zèle des villes ; on ne parla pas encore d'une ligue écrite et positive, mais on en jeta les premiers principes qui devaient attirer à eux toutes les halles, les clercs et les métiers, parce qu'ils

' FoNTANON, tome I, page 648.

Regisl. du parlement, vol. Y, fol, 33. — Rebuffe, liv. V, lit. 14, chap. 10.

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protégeaient la suprématie romaine et les privilèges des cités et des ordres religieux.

Pour rattacher à la combinaison d'une grande ligue la haute noblesse, et l'engager par un serment spécial, on fît une promotion extraordinaire de dix-huit chevaliers de l'ordre de Saint-Michel : Saint- Michel, archange , était l'emblème de la foi catholique, et le démon qu'il plongeait en enfer était-il autre chose que le symbole des hérésies nouvelles qui fermentaient au sein de l'Église et qu'il fallait extirper? Cette pensée domina toutes les résolutions du conseil; elle se manifesta par des édits cruels contre les rassemblements etconventicules d'hérétiques ; ils furent défendus sous peine de la vie ; mais en même temps on accordait une amnistie « à tous ceux qui avoient mal senti de la foi , pourvu qu'ils rentrassent au sein du catholicisme '. » Enfin, une autre déclaration portait « que les maisons où se feroient les conventicules et autres assemblées illicites seroient rasées et démolies ^ . »

L'imprimerie étant toujours l'arme puissante, les catholiques multiplièrent les pamphlets , dénoncèrent les mœurs et les crimes des réformés ; on les flétrit dans un petit écrit de toutes les horreurs des hérétiques de l'église primitive , de ces réunions nocturnes où les lampes s'éteignaient pour favoriser l'adultère et l'inceste. Les légendes du moyen âge contre les juifs étaient renouvelées : on peignait les enfants égorgés dans de sanglantes libations ; d'autres pamphlets accusaient les huguenots de vouloir mettre le feu à la ville de Paris , tandis qu'ils ouvriraient les prisons pour en faire sortir la lie des voleurs, abandonnant la grande cité au pillage.

Dans une collection de vieilles gravures, sous le titre d'horribles cruautés des huguenots en France , on voit la nature des accusations populaires qui circulaient contre les calvinistes ; ici on aperçoit un prêtre mis en croix recevant des coups d'arquebuses ^ ; là un combat

' « Édit du roi contenant la grâce et pardon pour ceux qui, par ci-devant, ont mal senti de la foi. » Paris, par Yincent Sertenas, à l'enseigne saint Jean-Baptiste, et en sa boutique au Palais, loo9, avec privilège.

* Regist. du parlement, vol. Y, fol. 31. — Fontanon, IV, 2o9.

' Le tyran huguenot

Se montrant comme juifs, ennemis du Seigneur, Le prêtre ayant forcé à célébrer la messe ; Mystères profanant, et le battant sans cesse L'ont mis finalement à la croii du Seigneur.

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contre une nef renoplie de moines , qui sont presque tous jetés à l'eau ' ; puis un grand concours de femmes et vieillards étranglés et mutilés ^ ; un bon ermite qui a les pieds enferrés comme un cheval de bataille ^.

On avait mis à chaque coin de rue de petites images de la vierge, et les catholiques fervents apostés forçaient tous les passants à ôter leur chaperon ou leur toque. Si quelqu'un s'y refusait, on le traînait en prison comme huguenot, et ces prisons se remplirent de telle sorte qu'on fut obligé de supposer une espèce de conjuration pour débarrasser le Chàtelet et conduire les hérétiques au supplice.

Cependant les calvinistes, trop nombreux pour se laisser ainsi décimer par la persécution, écrivirent à Genève, députèrent auprès d'Elisabeth d'Angleterre et des princes luthériens d'Allemagne afin de demander appui , alors qu'ils s'organisaient en France contre leurs oppresseurs. Aux pamphlets des catholiques ils opposaient d'autres écrits. Une de ces violentes brochures, imprimée à Genève, attaque ouvertement l'autorité du conseil, des Guise et de la reine ^ ; elle accusait Catherine de Médicis de grands déportements, et le cardinal de Lorraine d'usurper l'autorité royale. « De quel droit gouvernoient-ils l'État au préjudice des princes du sang ? »

D'autres pamphlets, plus habiles encore, liaient la cause de la réforme à celle de la convocation des états généraux , toujours si populaires. On se plaignait de ce long veuvage entre la monarchie et ses enfants légitimes, les représentants des bonnes villes ; on les in>itait à délibérer sur la loi de succession et la formation des conseils,

• Ils ne brigandent pas seulement sur la terre ; Mais ?ur la mer aux saints ils font aussi la guerre, Du sang desquels tués les eaux changent couleur.

• Belles louanges ici vous en rapporterez , Qui force sur vieillards el femmes exerce/, Et nonobstant qu'a\ez à votie avis victoire,

Tant plus du sang buvez, tant plus en voulez boire, Insatiables loups jamais assez remplis !

* Lorsque le Tout-Puissant le genre humain créa, Son propre image en lui et vif portrait forma ,

De laquelle pourtant le méchant ne tient compte ; Les hommes fait tirer comme autres animaux, Leur ferrant les pieds nus comme on fait aux chevaux.

{Bibliothèque royale.)

* « Du pouvoir insolent obtenu par Jl. de Guise. » Genève, lo59.

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particulièrement sur la liberté de conscience qu'on posait comme une question politique que les peuples seuls étaient appelés à décider '.

Le parti huguenot , composé d'une vaillante gentilhommerie , (levait offrir une vigoureuse résistance aux mesures catholiques que les Guise avaient arrêtées contre lui. Il y avait longtemps déjà que les calvinistes étaient préparés ; leur organisation secrète les enlaçait tous dans un commun dessein, comme dans une commune foi- Toutes les églises réformées de France s'entendaient entre elles ; elles avaient des chefs désignés pour les diriger au jour où une prise d'armes deviendrait nécessaire. On se mettait en rapport par émissaires , par des chiffres convenus , ou par des mots et des signes mystiques que les partis adoptent pour se dérober à la surveillance ; la correspondance de Calvin excitait ses frères à conquérir la liberté de l'Évangile, s'il le fallait même à coups d'arquebuse.

Le moment était venu d'arrêter quelque chose contre le parti catholique afin d'arriver au pouvoir ; des instructions étaient parties des conseils de Genève. Elisabeth d'Angleterre se trouvait d'intelligence avec une autre fraction de calvinistes sous le prince de Condé. Les réformés recevaient alors en France une double impulsion. Les Genevois tendaient spécialement vers un système républicain dans les conditions adoptées par les cantons suisses; les écrits clandestins que l'école de Calvin lança dès cette époque prouvent qu'elle cherchait à introduire ces idées parmi le peuple. Les formes du calvinisme s'y prêtaient admirablement ; tout était en effet électif ; la nouvelle église posait en toute sa force le principe de l'égalité*. Le second parti, celui de la noblesse, qui était d'accord avec la reine Elisabeth d'Angleterre, appelait à la couronne le prince de Condé, qui professait hautement les opinions du calvinisme. Le prince, sans saisir encore les armes contre la cour, avait prêté la main à ce projet ; il devait

' « De la nécessité des élats, par les François qui désirent vivre selon la purelc de rÉvar.gile deN. S. J. C. » 1539.

- Il esislc une curieuse médaille au Cabinet du Roi , et qui peut se reporter à ce mouvement républicain. Elle offre l'image d'une épée flamboyante qui coupe un lis dont la lige se courbe et tombe- Le sceptre et la couronne sont roulés dans la poussière. Ceci ne peut se reporter à la royauté des Guise ; car le sceptre et la couronne auraient été respectés. Le savant Barthélémy, dans un de ses moments de peur, avait envoyé cette médaille à la convention nationale, comme un gage de haine à la royauté. Voyez la petite notice ajoutée à la médaille (Cabinet du Roi). Je la ferai graver dans le volume des pièces.

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