‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 77 sur 144 · ADMINISTRATION DES GOISE · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DES GOISE

prendre le nom de Louis XIII et donner satisfaction à toute la gentilhommerie huguenote, avec laquelle il gouvernait la monarchie*.

Tout pleins de ces idées, les chefs calvinistes tinrent entre eux plusieurs conciliabules ; le plus important fut celui de La Ferté, où assistèrent les députés secrets de toutes leurs églises, sous la présidence du prince de Condé. Coligny y prit la parole , promit à tous les secours de la reine d'Angleterre dans le mouvement qui se préparait. On ne devait pas aller d'abord à une conjuration pour renverser l'autorité royale ; on ne pouvait dire un tel but ; et il est probable que si on l'eût avoué il n'aurait pas trouvé l'assentiment unanime ; trop de liens unissaient la noblesse territoriale à la couronne d'un roi. Le projet de changer la France en provinces unies, par un lien fédératif et républicain, aurait été repoussé par la grande majorité, même des mécontents ; la puissance de Calvin n'allait pas jusque là. On mit en délibération si l'on se débarrasserait de la famille royale, des Guise particulièrement ; le plus grand nombre déclara qu'une telle action serait très-impopulaire dans le royaume, et qu'il ne fallait pas jeter sur la cause réformée l'odieux d'un assassinat^.

Il fut arrêté provisoirement qu'on ferait présenter au roi par la multitude évangéliste, organisée en bandes, une humble requête afin de le supplier de mettre un terme aux persécutions déplorables qui livraient les calvinistes au bûcher , et pour quel crime ? Pour avoir fait en secret des actions d'amour envers Dieu et préparé le salut de leur àme. Une seconde requête toute politique demandait , conformément aux lois fondamentales de la monarchie , que les Guise fussent exclus de toute administration ; l'autorité légitime devait être désormais dans les mains des princes du sang et des états généraux, immédiatement convoqués. Un dernier article se résumait en appelant les vieilles coutumes qui interdisaient aux étrangers le gouvernement du royaume ; d'où la conclusion naturelle qu'il fallait en exclure les princes de Lorraine. «Sire, disaient les calvinistes , la façon dont nous avons usé semble de prime-face estre estrange et violente ; néanmoins nous supplions très-humblement votre majesté de considérer

' 11 existe également une médaille de ce Louis XIII (prince de Condé). Le Cabinet du Roi ne l'a pas ; mais on la trouve dans plusieurs cabinets de particuliers : elle est également citée dans VArt de vérifier les dates, règne de Charles IX.

* Journal de Brixart. Vie de Coligny, page 20 ; De Tnor, liv. XXIV; Mat- TuiEi , liv. IV, page 213. — Le Labocrecr, sur Castelnau, tome I, page 512.

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que, n'ayant antre moyen pouroster le péril, nous avons pensé qu'on ne trouvoit jamais nouveau et singulier ce que les sujets font pour la conservation de leur prince, et pour repousser les ennemis d'un roy et d'un royaume *. »

Ces projets , ainsi fixés, il ne s'agissait que de trouver les chefs et de régler les moyens d'exécution. L'assemblée étant présidée par le prince de Condé et Coligny , rien n'était plus simple que de leur déférer la conduite des braves compagnons ; mais ceux-ci firent observer qu'il valait mieux en charger un huguenot obscur , exempt d'ambition , afin que le mouvement eût tout à fait le caractère d'une entreprise populaire et de bien public. On choisit donc un gentilhomme du Périgord , tout dévoué au prince de Condé , son nom était Godefroi Du Barri , seigneur de La Renaudie ; il s'était retiré à Genève pour cause de mécontentement, et là il avait embrassé le calvinisme : c'était un vigoureux chevalier, hardi aux batailles , expression de la gentilhommerie provinciale. Il avait eu plusieurs entrevues à Londres avec la reine Elisabeth d'Angleterre , à laquelle il avait déroulé le projet de la conjuration. Elisabeth l'avait approuvé en le modifiant dans les idées de la noblesse et du prince de Condé , son chef.

Il ne restait plus que l'exécution. De nouveaux pamphlets avaient été distribués à la multitude pour gagner son suffrage : « Peuple françois, y disait-on, l'heure est maintenant venue qu'il faut montrer quelle foy et loyauté nous avons à nostre bon roy. L'entreprise est descouverte , la conspiration est cognue ; les machinations de la maison de Guise sont révélées. Voici les estrangers à nos portes, que l'on fait venir aux despens du roy pour être ministres et instrumens de leurs méchantes entreprises. Ils cognoissent que nous voulons défendre et maintenir la couronne de France entre les mains de nostre maistre , à qui elle appartient ; les ennemis du roy chassent la noblesse en la mer pour estre viande des poissons *. » Ces écrits circu-

' « Les États de France, opprimés par la tyrannie des Guise, au roy leur souverain seigneur. » 1559. (Pamphlet huguenot.) ' « Complaincte au peuple françois, » Paris, 1559. Le feu roy devina ce point, Que ceux de la maison de Guise Meltroient ses enfans en pourpoint , Et son pauvre peuple en chemise.

{Sonnet huguenot à la fin de la complainte.)

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laient en toutes les provinces; La Renaudie manda aux conjurés de se réunir à Nantes ; on devait partir de ce point fortiQé en diverses bandes, et se rassembler à jour fixe autour de Blois , alors résidence royale. Là on pénétrerait dans la ville de gré ou de force pour présenter la requête , enlever les Guise , la reine mère, le roi lui-même, et substituer immédiatement l'autorité des princes du sang pour décider ensuite par les états généraux la forme d'administration qui serait adoptée. L'assemblée de Nantes fut calme. La Renaudie débuta par exposer aux gentilshommes qui l'entouraient qu'ainsi constitués , ils représentaient les états généraux de France , et qu'ils étalent appelés à délibérer sur le bien public; il développa le projet des deux requêtes à présenter au roi ; elles obtinrent l'assentiment unanime par assis et levés, comme s'il s'était agi des vieilles assemblées nationales ; on fixa le jour de l'exécution pour le 10 ou le 15 de mars. Trente capitaines élus devaient se répartir cinq cents cavaliers et mille hommes de pied , et tous se rendraient par des routes différentes à Blois pour exécuter promptement et exactement le projet '.

Les princes de Lorraine , si menacés par la conjuration , en ignoraient pourtant encore l'existence ; le parti protestant avait procédé silencieusement et avec ordre ; tous les huguenots , également proscrits, avaient prêté le serment de ne rien révéler de ce qu'ils savaient de l'entreprise, et les préparatifs même des hommes d'armes se firent avec tant de secret , qu'on les aperçut à peine , à une époque surtout où le droit de marcher en arquebuse , quelles que fussent les défenses royales, appartenait à tant de classes et de corporations.

A la fin de février , La Renaudie était à Paris pour se concerter avec le ministre Chandieu, le plus intime correspondant de Calvin et de Bèze, sur la nécessité d'entraîner le parti politique , afin de compléter la révolution décisive qu'on préparait. Il avait choisi sa demeure chez un avocat qui correspondait par ses opinions à la fraction parlementaire; Pierre des Avenelles fut mis dans toutes les confidences, et comme le parti modéré ne voulait pas aller si loin et s'engager si fortement, des Avenelles dénonça le vaste projet des réformés au seigneur de Vouzay, maître des requêtes et l'un des partisans de la maison de Guise. Il arrivait aussi au cardinal de Lorraine des

' Mémoires de Tavannes, page 222. — D'Aubigné, tome II, chap. 16, page 229.

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^vis de toutes parts sur les entreprises des huguenots * ; on ne savait encore leurs desseins ; mais ils s'armaient, ils étaient ouvertement en rapport avec Genève et Elisabeth, Sur la déclaration de des Avenelles, on apprit tons les détails du projet préparé ; on se tint sur ses gardes.

Mais quels étaient les complices de la conjuration? allait-elle aboutir aux princes du sang, à l'amiral Coligny, à toute la maison de Chàtillon? Avant de prendre une première résolution contre les têtes puissantes des chefs de parti , ne fallait-il pas constater leur culpabilité? La reine mère , d'ailleurs , avec sa prudence habituelle préférait une mesure à tempérament, s'arranger avec une opinion aussi forte plutôt que de lui déclarer la guerre. Elle Ot donc venir auprès d'elle Coligny , et lui demanda s'il savait quelque chose de la conspiration qui se tramait contre le roi.

L'amiral répondit, en dissimulant, qu'il existait un grand mécontentement dans les esprits à l'occasion des tristes persécutions contre des hommes inoffensifs ; que si l'on voulait calmer cette effervescence le meilleur moyen était de publier une amnistie et la liberté de con,science. Le pouvoir de la maison de Guise excitait d'autres irritations; voulait-on également les apaiser? eh bien , qu'on distribuât le pouvoir entre les princes du sang -; l'amiral ne dit pas un mot du complot.

Le conseil du jeune roi mit en question ce qu'il fallait faire. Catherine de Médicis avec une grande habileté exposa que le meilleur moyen d'afTaiblir le parti protestant, c'était de le diviser par des concessions instantanées ; ce fut aussi l'avis du chancelier Olivier. On en délibéra en présence du roi et de Coligny lui-même ; un édit porta

' « Relation cl iuformation d'une émeute dans la ville de Nantes, causée par ceux de la religion. » Bibliotb. du Roi, MSS Colberl, vol. XXVII, liasse couverte de parchemin.

' Il n'est pas dévcnemenl sur lequel il existe plus de versions différentes que le tumulte d'Amboisc. Les pamphlets calvinistes le représentent comme la chose la plus innocente. Voyez : « Avertissement et complaincte au peuple François, ensemble l'histoire du tumulte d'Amboise, 1560. » — « L'histoire du tumulte d'Amboisc advenu au mois de mai 15G0, ensemble une complaincte au peuple François; ne dites pas conspiration toutes cl quantes fois le peuple dit conspiration. » Paris, 1560. — « Remontrances à fous élats par laquelle est en brief démontré la foi et innocence des vrais chrétiens, les abus auxquels sont détenus leurs ennemis et persécuteurs, cl le jugement que Dieu en fera. » Paris, 15G0. — « Juste complaincte des fidèles de France contre leurs adversaires papistes et autres, sur l'aflliciion et faux crimes dont on les charge à grand tort. » En Avignon, chez Tropimcz de Rives, 1560. I. 12

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