‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 79 sur 144 · ADMINISTRATION PES GUISE · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION PES GUISE

dérant que beaucoup d'entre eux ont été trompés et déçus par leurs prédicants et ministres, j'ai bien voulu avoir d'eux plus de pitié et compassion qu'ils ne raéritoient, pardonnant à la plupart de ceux qui ne s'étant armés que pour le fait de la religion, se sont reconnus abjurans et renonçans à leur mauvaise doctrine ; mais quant à Castelnau, Reunay, Mazères, Damynes et Briquemault, il a été avéré qu'ils vouloient s'emparer de moi et de ma famille, et mettre le royaume en proie et division ; chose, mon oncle, que je n'aurois pu croire si je ne l'avois vu de l'œil et touché du doigt, et si eux-mêmes ne l'eussent avoué à la mort. J'ai bien voulu vous avertir que tout est tranquille, sachant combien cette nouvelle vous sera agréable, et par même moyen vous remercier des offres que vous m'avez fait faire par Deslandes de me venir aider et secourir, et c'est aussi pour ne vous donner cette peine que j'ai voulu réserver jusqu'à plus grand besoin, considérant combien votre présence en votre gouvernement a servi à maintenir nos sujets en repos, vous priant s'il y en avoit qui voulussent faire les séditieux, les faire promptement empoigner et châtier suivant le pouvoir que vous en avez de nous ; même s'il est possible, vous saisir d'aucun prédicant et ministre de Genève que l'on m'a dit aller souvent au delà, et entre autres un nommé Boys-Njormant, et l'autre raessire David, qui sont des principaux séducteurs.

» Au demeurant , mon oncle, en instruisant les procès, il y en a quelques-uns qui ont déposé devant les juges , que mon cousin le prince de Condé , votre frère, étoit de la partie ; chose que ces belistres, comme j'ai pensé, disoient pour prolonger leur vie ; cependant je l'envoyai quérir en ma chambre en la présence de la royne ma mère ; là , il m'assura qu'il n'en étoit rien et me confirma dans mon opinion et me donna tant de connoissance combien une méchante calomnie lui pesoit sur le cœur, que il m'assuroit que tous ces pendus-là avoient menti. Je demeure très-content et très-satisfait de lui. Je vous escris la vérité, et si on vous avoit donné à entendre d'autre façon n'ajoutez foi qu'à ce que je vous mande. »

François II lui écrivait encore quelques jours après * : « Mon bon oncle, je ne m'esbahis point si vous avez été fâchez du bruit qui a couru de vous en Espagne de favoriser aux entreprises que ces malheureux hérétiques avoient dressées contre moi, car sachant combien une telle calomnie vous est imputée faussement, et ce doit vous être

' 13 avril 1560. MSS de Colbert.

CONJURATION d'aMBOISE. 251

une grande consolation desavoir que n'ai jamais voulu rien croire de ce que j'ai ouï dire ; et je ne manquerai à écrire à l'évêque de Limoges , mon ambassadeur en Espagne, qu'il fasse pour vous en cela roffice et la desmonstration telles que désirerez. »

La conjuration était vaste ; le roi savait que la reine d'Angleterre la favorisait, et qu'elle avait écrit aux principaux huguenots armés, « et cela, continuait François II, pour le mauvais vouloir qu'elle me porte, accompagné d'un extrême regret qu'elle a de Calais. Elle a fait imprimer une belle proclamation contenant ses intentions pour l'entretènement de la paix , laquelle proclamation , mon oncle, je vous envoie, afin que vous voyiez de quel esprit de fureur et de vengeance elle est agitée et quel tort elle fait aux princes de mon sang, feignant néanmoins prendre la protection de ce royaume, comme s'ils l'avoient appelé à leur aide ; et comme vous êtes mon plus proche parent, il me semble que vous devez bien vivement faire entendre à ladite dame, par son ambassadeur qui est près de vous, qu'elle vous a fait un très-grand tort, lui disant qu'elle ne vous mette ni les princes en ses écrits, en quelque sorte que ce soit, n'ayant à lui rendre compte de vos actions qui ne tendent totalement qu'à me servir et assister. » Le conseil du roi voulait ainsi profiter de la victoire, et puisqu'il ne pouvait poursuivre tous les chefs des huguenots , il cherchait à les compromettre dans un système de trahison contre leur propre parti. La conjuration d'Amboise devint un fait très-populaire parmi les réformateurs ; on se vantait d'en avoir fait partie. « J'y vis , dit un écrivain de ce temps , des huguenots qui disoient : Or hier nous n'étions pas de la conjuration , et ne l'eussions pas dit pour tout l'or du monde ; mais aujourd'hui nous le disons pour un écu, et que l'entreprise étoit bonne et sainte * » La compassion était générale pour les malheureux qu'on jetait au bourreau et que les gentilshommes reconnaissaient pour leurs frères ou leurs vieux amis. L'amiral Co« ligny et le prince de Condé jouèrent un rôle de faiblesse et de trahison. Après avoir excité les huguenots à la révolte, ils les abandonnèrent pour faire leurs conditions avec le conseil. Les deux chefs du parti calviniste se rapprochèrent de Catherine de Médicis quand ils virent la conjuration d'Amboise tourner à mauvaise fin ; ils livrèrent juelques têtes de gentilhommerie provinciale , et la maison de Lorraine se contenta de ces gages sanglants. ' Brantôme, lome YlII.

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