‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 80 sur 144 · HUGUENOT · texte numérisé non relu

HUGUENOT

Situation des esprits. — Convocation des notables à Fontainebleau. — Pétition des huguenots. — Le tiers parti. — Harangue de l'évèque de Valence. — Réponse catholique du duc de Guise. — Conspiration calviniste. — Poursuites contre le prince de Condé.

La conjuration d'Amboise avait produit un grand mouvement dans les esprits, et les actes de violence qui l'avaient accompagnée aigrissaient encore les opinions; on prenait des mesures extrêmes contre les calvinistes dans les provinces. Il existe des instructions données au sieur de Vigan, député par Honorât de Savoie, comte de Villars, lieutenant général en Languedoc , pour rendre compte au roi de l'état des affaires dudit pays de Languedoc à l'occasion des soulèvements et séditions de la huguenoterie '.

« Le gouverneur avoit fait brûler des livres envoyés de Genève ; les villes de Nîmes, Montpellier, Aigues-Mortes et quelques autres des environs étoient celles par lesquelles la rébellion avoit commencé. Les assemblées étoient composées de gentilshommes des plus apparens ; ils avoient trouvé le moyen de lever une imposition régulière pour les dépenses de leur église : les hérétiques gardent les portes des villes et visitent tout ce qui se présente. Les magistrals ferment les yeux. Les bons sujets gémissent et ne disent mot sur le danger. »

' 15 octobre 1560. MSS de Colbert, vol. XXVII, in-fol., liasse couverte en parchemin.

Le comte de Villars , pour pourvoir à tout , avait convoqué i'arrièreban. La plupart des villes étaient pour les huguenots. « Voyant arriver le gouverneur sans forces, on se moque de son autorité. Nîmes est plus insolente que jamais. » Par celte raison, le comte de Villars demandait dix mille arquebusiers d'infanterie et cinq cents hommes d'armes pour réprimer les séditions. On ne pouvait mieux châtier les villes qu'en les privant de leurs privilèges ; il proposait divers moyens. Oter à toutes ces cités soulevées leurs marchés, libertés et franchises, même le présidial ; faire raser les maisons des officiers et gentilshommes coupables d'avoir favorisé la huguenoterie ; démanteler les murailles.

Le roi répondit aux lettres des gouverneurs qui lui arrivaient de plusieurs provinces ' : « Les moyens de douceur étant épuisés, je suis forcé d'employer les plus rigoureux contre les huguenots. Je vous commande de vous transporter sur les lieux les plus suspects, de vous faire instruire par les bons catholiques des noms de ceux des habitants qui assistent aux presches , et sur ces simples témoignages verbaux, saisissez-vous des prédicants, faites-les pendre sans forme de procès par le prévost des maréchaux qui les accompagnera ; et à l'égard des huguenots qui font profession publique de la nouvelle religion, qu'ils soient arrêtés et remis entre les mains d'un maistre des requêtes qui instruira criminellement contre eux et les jugera. Si les assemblées siègent à l'arrivée des commandans, ils y marcheront en force, et si elles se dissipent d'elles-mêmes, ils feront le plus qu'ils pourront de prisonniers, lesquels ils remettront au maistre des requêtes. Si les assistans sont armés, et surtout s'ils font résistance, il les tailleront en pièces et feront pendre sur-le-champ tous ceux dont ils se seront saisis. Quant à ceux qui n'auront point été arrêtés, ou aux corps entiers de communautés, le roi laisse à la discrétion des commandans, suivant le cas, de les priver de tous biens et privilèges, de faire raser les maisons des premiers ou de les condamner à des amendes honorables et pécuniaires-.»

' 17 octobre 15G0. « Instructions envoyées par le roi François II au maréchal de ïhernaes, en Poitou; au comte de Villars, en Languedoc, et au commandant en Guienne contre les liuguenols. » MSS de Colbert, vol. XXVII , liasse couverte en parchemin.

* Il y a apparence que réflexion faite après que les ordres furent expédiés, ils semblèrent trop cruels, et ce qui autorise à le croire, c'est que sur l'expédition ori-

François II écrivait encore au maréchal de Termes ' « qu'en Périgord, Agenois etLimosin, il étoit averti qu'on vivoit comme à Genève; qu'il falloit absolument mettre bon ordre à tous ces scandales; il envoyoit au maréchal plein pouvoir pour châtier les huguenots. S'il y avoit moyen d'attraper les prédicans, on en feroit une bonne punition : soignez bien la conduite des officiers, afin que si aucun favorisoit telles gens, on puisse en faire tel châtiment qu'ils méritent. Vous priant, mon cousin, de si bien nettoyer le pays d'une infinité de canailles qui ne servent que de troubler le monde, que je n'en sois plus en peine ci-après, et me ferez ainsi un service que je ne mettrai jamais en oubli. »

Point de pitié pour les huguenots turbulents ; le comte de Viliars mande au roi « que les villes de Nîmes et de Montpellier ^ envoient auprès de sa majesté des députés qui recourent à sa clémence, pour lui demander le rétablissement de leurs privilèges ; ces députés ont exigé de lui des lettres de recommandation : il leur en a donné; mais il faut être en garde contre leurs prétentions. Il seroit dangereux de leur faire grâce. Une partie des habitans de Nîmes, au nombre de trois à quatre mille, s'est retirée dans les montagnes du Gévaudan d'où ils menacent de revenir bientôt en force dans la plaine ; alors ceux qui paroissent les plus soumis se joindront peut-être à eux. L'hérésie fait tous les jours des progrès ; les enfans n'apprennent leur religion que dans les cathéchismes envoyés de Genève; ils le savent tous par cœur. Le gouverneur demande que le roi indique sa volonté aux évêques sur les mariages des huguenots, qui, à leur refus, ne se font qu'à la mode de Genève, ainsi que les baptêmes et enterreraens. H attend de jour en jour d'être instruit des intentions du roi sur ce

ginale du MSS de Colbert, les signatures du roi et de M. Robertef, secrétaire d'État, sont bâtonnées d'une encre qu'on reconnaît être du temps même.

' 1" octobre I06O. MSS de Colbert, vol. XXVII, in-foi., liasse couverte en parchemin.

' 27 et 29 octobre I06O. MSS de Colbert, vol. XXVII, in-foi., liasse couverte en parchemin. — « Lettres du comte de Viliars, gouverneur du Languedoc, au duc de Guise et au cardinal de Lorraine, » — Voyez aussi du 9 novembre 1560. « Lettre du roi au comte de Viliars en réponse aux précédentes. »MSS de Colbert, vol. XXVII, in-fol,, liasse couverte en parchemin. Cette lettre qui n'est qu'en minutes est si mal pcriie, que j'ai échoué à la déchiffrer. Tout ce que j'en ai pu tirer avec une peine extrême, c'est que François II renouvelle les ordres terribles déjà donnés. II n'est question que de tailler en pièces, de pendre. Cependant il s'en rapporte à sa prudence pour ceux à envoyer aux galères.

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