POURSUITES CONTRE LES CHEFS DU PARTI HUGUENOT
qu'il doit faire, surtout par rapport au prévost, lequel refuse de pendre les prisonniers sans forme de procès ; pourquoi il devroit être puni comme désobéissant aux lettres de sa majesté. A l'égard des prisonniers, il en tient, dit-il, et pourroit en avoir un si grand nombre, que de les mettre tous à mort, ce seroit pour l'État une trop forte perte ; il croit donc convenable, après le supplice des plus séditieux, d'envoyer les antres aux galères. »
Tandis que dans les provinces, les ordres du conseil tendaient tous à la persécution, on avait quelques ménagements à Paris. Une des demandes du parti huguenot avait été la convocation des états généraux ; le chancelier Olivier avait reculé devant cette mesure si souvent sollicitée ; on craignait quelques pétitions téméraires et favorables aux entreprises calvinistes. »Iais le chancelier venait de mourir; l'influence de la reine avait porté à cette dignité d'éclat et d'action un homme du parti modéré, d'une vaste science d'affaires et d'une plus haute empreinte de politique : Michel de L'Hospital. Longtemps disgracié sous le règne de François V' et de Henri II , L'Hospital ne s'était d'abord élevé aux fonctions de chef et surintendant des Unances du roi que par la protection du chancelier Olivier. Il se dévoua dans le principe, comme son protecteur, à la maison de Lorraine et au mouvement catholique ; puis il se mit à la suite de tous les événements pour donner à tous des éloges ; rien n'avait échappé à sa verve louangeuse, ni l'avènement de François II, ni la grandeur de François de Guise, ni la prise de Metz, de Calais et de Guines, ni les noces du roi et de Marie Stuart *. C'était un caractère timide et faible, tremblant devant les partis extrêmes, toujours porté aux termes moyens, faisant des concessions aux circonstances, et ne sachant pas les heurter de front pour les combattre ; courtisan habile, laudateur du pouvoir, signant à des distances très-rapprochées l'édit de Romorantin contre les hérétiques, et déclamant ensuite contre les clercs et le catholicisme au colloque de Poissy et aux États d'Orléans, alors que Catherine et le conseil penchaient pour les opinions huguenotes et pour le concile; le type enfin du tiers parti qu'il représentait ; car le défaut de cette école fut surtout de ne savoir que gémir et se plaindre
' IMich. HospiT.VL, «Carmen de sacra initialione Francisci II ; de Met. urbe, 1 iplA et libcralà ; ad Franciscum Lolliaring. cpistol. de Cnlcli, Guina; cxpugmtionc ; de nuptiis Francisci II et Mar. Stuart., et epistol. ad Margarit. régis sorurum. » Parisiis, 1360.
des maux de l'État sans chercher fortement et efficacement à les arrêter. Aux jours de danger, il s'effara de la scène pour céder sa place aux opinions tranchées qui marchaient à la guerre civile et à la Saint- Barthélémy.
Quand L'Hospital fut élevé à la dignité de chancelier, il se hAta de proposer une assemhlée de notables; il n'osait pas encore les états généraux, mais une forme de réunion délibérante, afin d'éviter la guerre. Les mécontentements augmentaient ; les protestants avaient pris les armes en plusieurs provinces. Depuis la conjuration d'Amboise, le Dauphiné, sous !a plus immédiate influence de Genève, s'était soulevé en demandant la liberté de religion ; il avait pris pour chef un gentilhomme nommé Montbrun; Maligny attaquait Lyon, tandis qu'une bande huguenote assiégeait A^ignon pour arracher au pape ce que les catholiques avaient usurpé sur les brillants comtes de Toulouse lors de la guerre des Albigeois. Le baron de La Garde avec quelques vieilles bandes de la Savoie mit un moment de l'ordre dans les provinces agitées. Quant au prince de Condé et à l'amiral Goligny, retirés de la cour, ils vivaient dans les villes fortifiées, propageant en tous lieux les doctrines de la réforme dont ils étaient épris, et Jeanne d'Albret comme le roi de Navarre leur donnaient asile à leur cour de Béarn '.
La maison de Guise n'avait d'autres remèdes à ces menaces que d'invoquer toutes les forces du catholicisme pour résister. Le cardinal de Lorraine, par le même motif qui avait déterminé Philippe II à établir l'inquisition comme moyen de police dans la Flandre, cherchait à introduire en France cette grande force monacale. L'inquisition dépendait d'un ordre religieux, et en définitive aboutissait au pape; le tiers parti la repoussait, parce que, s'étant placé entre la réforme huguenote et la cour de Rome , il voyait avec peine une institution toute papale s'établir dans le royaume. Il fallait pourtant faire une concession, protester de son zèle pour l'Église, et le chancelier de L'Hospital, plus qu'un autre, avait besoin de gages, même à rencontre du parlement. Par l'édit de Romorantin, le conseil attribua la connaissance de tous délits et crimes d'hérésies aux évêques, « interdisant à nos cours de parlements, baillis, sénéchaux et autres juges d'entreprendre aucune connoissance desdits crimes d'hérésie et ne
' De Thoi-, liv, XXY. — Davila, Hy. I, pages 59-60.