POCRSDITES CONTRE LES CHEFS DU PARTI HUGUENOT
s'en mêler aucunement, sinon qu'ils n'en soient requis par les juges (l'église de leur prêter et bailler secours pour l'exécution de leurs ordonnances et jugeraens '. » C'était une immense garantie donnée par le chancelier au parti catholique dont il voulait acquérir les suffrages. Le parlement réclama ; au mois d'août le roi lui rendit la connaissance des assemblées illicites que le conseil avait proscrite par son arrêt ; mais la punition de l'hérésie resta aux évêques ^.
On préparait ainsi l'assemblée de Fontainebleau. Elle se composait de notables désignés dans les trois ordres par le chancelier de L'Hospital, de sorte qu'ellen'avait pas cette forme d'élection par bailliages, condition des étals généraux réguliers. Le conseil mit une grande importance à ces états; François H avait écrit à tous ses loyaux sujets de l'ordre des clercs, de la noblesse et de la bourgeoisie. Les lettres originales qu'il adressa au connétable de Montmorency existent encore ^, ainsi que le mandement du roi pour faire assembler certains personnages de chaque province, « afin de consulter les moyens du concile général , réformation de l'Église et convocation des états ^. »
Le parti catholique s'y transforma tout entier dans la personne du duc de Guise ; les calvinistes n'y comptèrent parmi leurs chefs que Coligny ; le prince de Condé mécontent ne vint pas à la cour. Le roi déclara « qu'il s'en rapportoit aux paroles que MM. de Guise feroient entendre ainsi que M"" sa mère ; que chacun pou voit librement exposer ses sentimens, et que ses oncles exprimeroient ensuite ses intentions définitives. » Alors l'amiral Coligny s'approchant du roi lui remit une pétition des huguenots de Normandie qui tous demandaient la liberté de conscience. « Permettez-leur , sire, dit l'amiral, la faculté des assemblées publiques dans leur temple ; ils n'ont jamais rien entrepris contre votre majesté , et chaque jour ils prient pour vous. — Mais, monseigneur, reprirent quelques députés notables, cette pétition n'est signée d'aucun. — Cela est vrai ; et comment voulez-vous qu'il y ait scel et signature, dit M. l'amiral, quand on défend aux huguenots de se réunir trois ou quatre ; consentez-vous à ôter cette défense ? je me
' Regist. du parlement, vol. Y, fol. 25(>. Fontason, IV, 229. » Ibid., fol. 273.
* 31 juillet 1560. MSS de Bélhune, vol. col. 8674, fol. 47.
* Bibliothèque de Fontanieu ; recueil de pièces fugitives, in-4°, tome CLXXXI Y page 1 .
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fais garant de plus de cinquante mille noms, seulement dans la province de Normandie. Eh pourquoi, ajouta Coligny, tant de gardes autour du roi notre seigneur, ne diroit-on pas qu'il est en tutelle ? on lui fait ainsi croire qu'il doit avoir crainte de ses sujets, tandis que tous l'aiment et l'honorent ^ »
A l'appui de leur pétition les huguenots avaient lancé au public plusieurs pamphlets pour prouver que le cardinal de Lorraine et son frère avec leurs adhérents « étoient ennemis mortels des princes chrétiens, traîtres à la couronne, tyrans et pirates sur le peuple franyois , et qu'ils vouloient malicieusement et faussement charger les Estats de France de rébellion , conjuration , conspiration , sédition et autres crimes, desquels le ciel, la terre, les connoissent eux-mêmes estre infects et coupables ^. »
Le tiers parti se fit entendre par l'organe de l'évêque de Valence, Jean de Montluc , prélat porté pour un système de réforme : « Sire, nous avons ouï à grand regret l'état de vos affaires, et principalement les points sur lesquels vous voulez qu'il soit délibéré, à savoir : la religion, les finances. Les moyens pour vous faire obéir ? les premiers sont, sire, appeler de toutes les provinces gens de sens pour entendre quels vices et abus abondent le plus en votre royaume et quelle marche il faudroit tenir à les déraciner. Que l'Escrituie de Dieu soit publiée et interprétée sincèrement et qu'elle ne soit d'ici en avant deschirée d'un côté par les hérétiques, ni vengée sans propos par ceux qui sont ardens à couvrir les avarices, abus et superstitions. Et vous, mesdames les roynes, pardonnez-moi si j'ose entreprendre vous supplier qu'il vous plaise ordonner qu'au lieu de chansons folles, vos filles et toute votre suite ne chantent que les psaumes de David. Pour le second remède, je vous demande, sire, de promettre un concile convoqué dans les formes que nos anciens ont suivies '. » Ce discours qui sentit son huguenoterie , pour me servir d'une expression du temps, fut accompagné d'une autre déclamation contre les clercs, par l'archevêque de Vienne. Il faut remarquer que Valence et Vienne étaient alors les capitales du Dauphiné, pays où l'hérésie avait fait les progrès les plus profonds et les plus rapides. L'archevêque de Vienne conclut
' De Thou, liv. XXV. — Davila, liv. II, page o7.
- « Rcsponse chrcsticnnc et défensive à aucun point calomnieux. Paris, lo'3"). a ' « Harangue faite devant François II à l'assemblée de Fontainebleau , au mois de janvier 1560, par M. l'évêque de Valence. » (Brochure.)