POURS CITES CONTRE LES CHEFS DU PARTI HDGUESOT
aussi en demandant un concile national, parce que la mauvaise volonté du pape retardait indéfiniment la réunion d'une si haute assemblée.
Le parti catholique éclata par le duc de Guise. N'attaquant pas ouvertement la réforme, il se borna à parler de la liberté du roi, à justifier les mesures de précaution dont on entourait le jeune prince. « Ce n'est pas vous, s'écria-t-il, qui voudriez changer en aucune manière la foi qui nous a été transmise avec les sacrements et tous les devoirs de l'Église. — Si les huguenots sont cinquante raille, ajouta le cardinal de Lorraine, le roi a plus de deux millions de bons sujets à leur opposer ; les rebelles ont rédigé une humble requête ; mais au fond ils sont fiers et turbulents, car ils disent qu'ils n'obéiront au roi qu'autant qu'il leur accordera leur demande pour la liberté de religion. »
La proposition du parti modéré triompha parmi les notables ; il fut dit qu'on convoquerait les états ou un concile national à 3Ieaux, et qu'en attendant on préviendrait les provinces pour dresser leurs cahiers et choisir leurs députés ; que les évêques se rassembleraient le dix de janvier à la résidence royale, pour envoyer au grand concile ou pour délibérer sur la convocation d'une assemblée nationale; jusqu'alors il ne serait plus procédé par voie de justice contre les huguenots, sinon contre ceux qui s'élèveraient en armes ^
La correspondance secrète avec le roi d'Espagne témoigne qu'il était opposé aux états généraux et à toute concession religieuse ou politique aux huguenots ; Antoine de Tolède fut chargé de remontrer aux princes de Guise que la tenue d'une semblable assemblée ne ferait qu'augmenter les divisions dans un royaume déjà infecté de la réforme. « Si vous voulez exterminer l'hérésie, il ne faut pas enfler le cœur aux hérétiques ; si vous voulez châtier les insolents, je suis a votre disposition ; prenez toutes les forces de l'Espagne ; ne laissez pas à vos sujets révoltés la satisfaction de se complaire dans leur sédition criminelle ; attendez le concile général -. »
' Recueil des états généraux, lome X, page 296.
^ Sur la mission d'Antoine de Tolède, voyez les pièces des archives de Simancas, B, 11. 73. A celle époque le roi d'Espagne écrivail une foule de lellres aux cardinaux de Lorraine, de Guise, de Tournon, d'Armaj,niac, aux duc de Guise, de Monipen. sier, au connétable, au maréchal Saint-André. Il leur parlait toujours des affaires religieuses, des bons sentiments qu'ils devaient avoir, du zèle qu'ils devaient metlr^
Fort de l'appui de l'Espagne, le duc de Guise osa davantage contre le parti protestant. On venait de découvrir un chiffre de correspon* dance entre les différents chefs des huguenots ; ils s'organisaient toujours plus fortement, comme s'il n'avait existé ni paix ni trêve. Tous les mécontents étaient leurs prosélytes ; on saisit sur un agent secret du roi de Navarre, arrêté à Ètampes, des lettres du connétable de Montmorency, de François de Vendôme, vidame de Chartres, alors en pleine correspondance avec le prince de Condé. La domination des Guise était si absolue que les catholiques eux-mêmes venaient s'offrir aux huguenots pour en délivrer la cour. Le projet qu'on trouva tout entier sur l'envoyé était très-vaste : le prince de Condé devait par un mouvement rapide se rendre maître de Poitiers, Tours, Orléans, cités assez portées pour l'hérésie. En même temps le connétable de Montmorency s'assurerait de Paris où son fils commandait les gens d'armes ; Senarpont livrait la Picardie ; le duc d'Étampes la Bretagne, le comte de Tende la Provence. Le but de la ligue était le bien public, moins religieux que politique ; il se liait plus aux méconlentements delagentilhommerie qu'aux querelles de la réforme. Les calvinistes y gagnaient la pleine indépendance de leur culte '.
Le projet s'essayait encore par des expéditions armées dans les provinces; Lyon fut sur le point d'être surpris par François Maligny, de la maison de Ferrière, intime du roi de Navarre, et qui marchait d'après ses inspirations. Dans le Dauphiné surtout , ces mouvements tumultueux s'étaient partout produits. A Valence, sous la direction des deux capitaines 31irabel et Quintel, les calvinistes s'étaient emparés de l'église des cordeliers; ils avaient ravagé les autels, brisé les statues et établi leur prêche dans ce vaste édifice, vidé des superstitions papales ainsi qu'ils l'annonçaient hautement. A Montélimar, à Romans, les mêmes agitations religieuses se manifestaient; on pillait les catholiques , on tuait les moines et papelards. Partout les formes du culte calviniste furent substituées aux pompes de l'église romaine ;
à la défense de l'honneur de Dieu. Il faisait de la propagande. Alors tous ces cardinaux, ces princes lui répondaient par des protestations de dévotion et d'ardeur catholique ; ils ne vivaient que pour maintenir la foi chrétienne et pour la défendre au besoin, etc.
Les paquets B 11 etB 12 des archives de Simancas contiennent plusieurs lettre* de ces personnages.
' JUém. de Condé, tome I, fol. 722 et suiv., édit. de 1565.