CHAPITRE XXVIII
Excès des huguenots. — Insolence de leurs écrits. —Lettre de Calvin. — Mouvement catiiolique. — Hôtel de ville de Paris. — Attaque contre les prêches. — Opposition catholique du parlement. — Peur des huguenots. — Menaces de la maison de Guise. — Profanation de l'église SaintOJédard. — Le Triumvirat. — Désordre de Vassy.
Les esprits prévoyants devaient s'apercevoir que le temps de crise approchait, et que les partis secouaient tous les freins imposés à leur vive foi et à leurs croyances armées. Le dernier édit en faveur des calvinistes, quoique plus favorable que nepouvait l'espérer une église nouvelle, s'élevant tout à coup au milieu de la vieille société catholique, n'avait pourtant pas satisfait les ardents réformateurs. Des rapports qui arrivaient de tous côtés annonçaient la prise d'armes des huguenots. Les lettres adressées à Catherine de Médicis et à Charles IX par MM. de Bruge etMontluc, envoyés en Guienne; par M. de Joyeuse, lieutenant gouverneurdu Languedoc; par MM.de Crussol, de Tende, en Provence; par le comte d'Étampes, commandant de la Bretagne, et par des conseillers, capitaines, évêques* , appelaient des mesures « contre les excès auxquels se livrent dans toutes les provinces les calvinistes et fauteurs d'hérésie. » Ils étaient aussi dénoncés parle parlement de Bordeaux comme démolisseurs d'églises et d'images ^. Une lettre du bailli
' MSS de BÉTHCNE, vol. cot. 869o.
' Ibid., vol. cot. 8676.
COMMENCFMENT DE LA GUERRE RELIGIECSE. 19
de Blois est plus signiGcative ^ : « Madame , j'ai différé vous avertir de deux scandales arrivés en cette ville les 3 et 11 de ce présent raois, tant de brisements de croix , romptures d'images que forcements d'églises, attendant l'arrivée du roy et lavostre que l'on disoit être à ces Pasques; et depuis , qui fut la nuict de jeudi dernier, 19^ du mois, e:?t arrivé beaucoup pis au monastère de La Guysche qui est assis deux lieues près de cette ville et de fondation royale , en laquelle nonobstant les édicts de sa majesté l'on est entré de nuict avec armes et bâtons à feu dedans ladite abbaye, de laquelle on a ravi et enlevé tieize des plus jeunes religieuses d'icelle et néanmoins professes, lesquelles ont été depuis dévestues de leurs habits réguliers et menées en divers lieux que je n'ai encore pu vérifier, fors que l'on m'a adverli aujourd'hui que l'on a vu lesdictes religieuses eu la presche des ministres. Tant y a, madame , que les choses ne doivent demeurer impunies sri l'on n'en veut revoir de pires. »
Les chefs même du calvinisme considéraient tout ce qui se passait comme un provisoire , une transition pour arriver à leur fin de triomphe et de domination souveraine. Une lettre manuscritede Calvin au marquis du Poët indique cette fierté moqueuse qui attetid h\ victoire ^ : « Monse'gneur , qu'avez jugé du colloque de Poissy ? n'avons conduit finement nos affaires ? L'évêque de Valence aussi bien que les autres ont signé notre profession de foi. Que le roi fasse des processions tant qu'il voudra , il ne pourra empêcher le progrès de notre foi. Travaillez ; vous et les vôtres trouveront tout un jour ; hormcurs, gloire et richesses seront la récompense de tant de peines. Surtout ne laites faute de défaire le pays de ces zélés faquins qui exhortent le peuple par leurs discours à se bander contre nous , noircissent noire conduite , veulent faire passer notre croyance pour rêverie. Pareils monstres doivent être estouffés comme fis ici en l'exécution de Micliel Servet, Espagnol. A l'avenir , ne pensez pas que personne s'a'>ise de faire chose semblable. »
Dans leurs pnsguils de cour , dans leurs cantiques religieux , les huguenots attaquaient le roi, enfant mal gouverné: « La main du grand Dieu vivant n'avoit point encore failli à ses fidèles ; les ennemis
' MSS do BÉTnrxr. vol. cot. 8698, fol. 72.
*' « Jean Cilvin à >î. du Pnët, grand chambellan de Navarre, cl gouverneur de In \ille de Monlélimnrt. » Conservée en original par ledit M. du Poët. Uibl. du Roi , portefeuille FoNTAMF.r.
20 C0MiIENCE3ÏEXT DE LA GUERRE RELIGIEUSE.
ravissans les avoient tenus foibles , morts et languissans ' ; mais ce grand Dieu avoit porté la mort dans cette race royale : 0 roi de Navarre, reprends courage , rends confus tes ennemis sans cause! Et toi , de Guise , estranger à ce royaume, que tardes-tu à serrer bagage? Pape de Rome , il faudra que tu descendes dans l'infernale fosse, car l'on sait combien est trompeuse ta puissance ^. »
Les catholiques , tout peuple , ne souffraient pas avec patience ces insultes faites à leur vieille foi, à la croyance qui se liait à leurs souvenirs et à leurs émotions. Tandis que Bèze et les ministres se rendaient au colloque de Poissy , ils avaient été poursuivis à coups de pierres par une multitude furieuse ; à Paris , elle avait partout
' Nous fonoicnt sous leur main forte
Foibics, niorls et languissans ; Dieu a soudain défaicts Nos adversaires infects , Et rompu leur violence Au plus fort de leur puissar;ce.
( Cantique sur le chanl du psaume 42, pour la mort des tyrans^ — Recueil de Rasse des Nkcs, vol. A, page 18o.)
- J'ai trouvé ce pasquil dans les archives de Simancas. Il avait été envoyé au roi d'Espagne avec celte note de l'ambassadeur : Para el re>j; es un pasquin en que axj muchas heregias.