‹ Histoire de la réforme et des réformateurs de GenèveChapitre 14 sur 51 · CHAPITRE III. (1504 A · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. (1504 A

Le duc Charles m et PéTèque Jean de Savoie s^entendent pour opprimer Genève. -^ Pécolat se coupe la langue. — La patriotes genevois. — Bonnivard et Berthelier. — Première alliance de Fribourg. -~ Les Eidgnots et les Mamelus.

Le duc Charles demeura quatre ans sans venir à Genève , quoiqu'il feignit souvent de s'y préparer ; ce qui fut pour la ville une cause de dépenses considérables. Ses officiers y commettaient mille infractions aux privilèges et aux franchises des citoyens ; tous les jours , on lui en portait des plaintes , mais il n'en tenait aucun compte.

Il avait eu quelques démêlés avec les habitants du Valais, et il demanda du secours aux Genevois qui lui envoyèrent deux cents hommes sous le commandement du capitaine Burdignin ; mais il leur demanda en outre six pièces d'artillerie qu'ils lui refusèrent , en lui remontrant que c'était tout ce qu'ils en avaient , et que ces six canons étaient nécessaires à la défense de la \ille. RoUet Nicolas , qui était du petit conseil et partisan du duc Charles, lui fit connaître que ceux qui avaient opiné pour ce refus étaient Pierre Tacon, Lévrier, de Fonte et quelques autres. Il n'en fallut pas davantage pour que ce prince jurât de les perdre; et comme les trois premiers, pour se mettre à l'aljri de son ressentiment et pouvoir vivre à Ge-

nève, étaient allés acheter la bourgeoisie de Fribourg, moyennant un florin d*or par an , il ne voulut ni entrer dans la ville, ni jurer ses franchises, avant d'avoir mis la main sur Lévrier, qui fut, pour ce motif, pris et emprisonné par le vicaire de révêque. Mais les parents de Lévrier écrivirent en diligence aux seigneurs de Fribourg, qui envoyèrent en poste des députés pour le faire mettre en liberté. Le duc cessa dèslors, ainsi que son conseil, d'user de violence envers les Genevois , par crainte de se commettre avec les ligues des Suisses. Toutefois, ses commissaires continuèrent d'empiéter de temps en temps sur la juridiction de Genève. On envoya, pour s'en plaindre , Lévrier vers l'évoque qui était alors en Piémont, et Antoine Pecolat vers le duc; et comme l'on savait que ce dernier devait venir à Genève, Pecolat fut chargé de lui offrir, au nom de la ville , deux barils d'argent, et à la duchesse sa mère une tasse en vermeil du poids de neuf onces. Le 6 avril 1 508, le duc Charles fit son entrée dans Genève. Les syndics , excepté Lévrier , allèrent à sa rencontre avec le poêle jusqu'au bout du pont de l'Ane , comme on avait accoutumé de le faire envers ses prédécesseurs. Ils avaient aussi apporté le livre des franchises et libertés de la ville, pour qu'il les jurât selon la coutume. Le duc s'y refusa d'abord, en disant qu'il prêterait ce serment dansl'église de Saint-Pierre ; mais après quelques contestations , il finit par y consentir , sur l'avis de son conseil. Du reste, son entrée dans la ville se fit avec magnificence ; et pour convaincre les habitants de ses bonnes intentions, il leur donna le surlendemain une déclaration par laquelle il attestait qu'il n'avait ni pouvoir ni juridiction dans Genève. Elle était à peu près conçue en ces termes: « Comme ainsi soit que nos très-chers syndics et conseil de la y> cité de Genève, en étant requis et nous voulant complaire, » nous ayent permis de tenir notre conseil sous la halle , de- » vaut la maison-de-ville , tandis que nous y ferions rési-

» dence, nous attestODs que telle concession n'est point, de . » devoir , mais qu'elle est procédée de la pure volonté des » syndics et conseil , laquelle nous ne voulons tirer à aucune » conséquence , ni à aucun préjudice des libertés et fran* » chises d'icelle(1).)>

Charles III, dans la suite, fut loin de se conformer aux sentiments qu'il avait exprimés dans cette solennelle déclaration. En 1 51 1 , il était médiateur entre Louis XII et les ligues des Suis^ ses. Il s'imagina qu'il aurait assez de crédit auprès du roi de France pour en obtenir la restitution des foires que Louis, duc de Savoie, avait fait perdre à Genève de la manière suivante. Ce prince, ayant à se plaindre des actes de violence de son fils, Philippe-Sans-Terre, s'était retiré à Genève auprès de son autre fils, l'évêque Jean Louis. Philippe, qui ne manquaitpas de partisansdans la ville, s'y introduisit, malgré son père, et vint lui reprocher en face de laisser sa mère voler le trésor de Savoie pour envoyer de l'argent à sa nièce, la reine de Chypre. Il menaça en même temps de tuer tous les Cypriotes qui étaient au service de son père, et les pourchassa dans la maison, au point que ces malheureux, pour ne pas périr sous ses coups,

furent contraints de se cacher. Le duc Louis accusa les Gène-

vois d'être de connivence avec Philippe-Sans-Terre ; et pour les en punir, il alla trouver Louis XII, son gendre, et lui remit les titres des foires de Genève , dont il s'était emparé un jour que l'évêque Jean Louis lui avait ouvert les archives. Ces foires furent d'abord transférées à Bourges, et dans la suite à Lyon.

Le duc Charles, en rétablissant les foires de Genève, se proposait un double avantage : premièrement, de prélever des droits et des péages sur les marchandises qui traverseraient

(1) SpOQf HiST. DBGBNtTE, t. I", p. 24 1

ET DES BÉFORMÀTEURS DE GENÂYE. il

ses états , et en second lieu , de mettre le pied dans la ville pour Tassujettir. Il insinua donc aux Genevois , que le roi de France accorderait volontiers le rétablissement des foires à sa sollicitation ; mais , comme il ne pourrait Tobtenir qu'à grands frais , il voulait avec juste raison , disait-il , être dédommagé de ses dépenses. Il proposait, en conséquence , 1 ° qu'après le rétablissement des foires , les émoluments qui en proviendraient fussent partagés par tiers entre le duc , la ville et révoque ; 2** que la ville fit tous les ans un don gratuit au duc ; 3*» que la garde de la ville appartînt au duc pendant les foires; i^ qu'il eût dans la suite la seigneurie directe avec les lods des maisons qu'on bâtirait dans la ville pendant les foires.

Le conseil général, appelé à délibérer sur ces quatre propositions, les rejeta à l'unanimité, par le motif qu'il fallait conserver à Genève sa liberté , plus précieuse pour des citoyens que tous les avantages qu'ils pourraient retirer des foires. Quatre députés furent chargés de porter cette réponse au duc de Savoie , qui, bien loin de retrancher quelque chose à ses prétentions, en ajouta d'autres ^core plus odieuses. Il demanda que les syndics , au nom de la communauté , lui prêtassent ferment de fidélité et qu'on lui accordât la seigneurie directe, ^t par conséquent les lods de toutes les maisons qu'on bâtirait à l'avenir dans Genève.

Le conseil répondit aux envoyés du duc que les Genevois imaient mieux être pauvres , mais libres , que de s'enrichir devenant esclaves ; que pour le serment de fidélité qu'il demandait, les syndics n'en avaient jamais prêté à aucun l^rince de Ik terre, et qu'il voulût bien les en dispenser. Cela ^e passa en 1 51 2. Il y eut cette même année , à Genève , une ^ànde émotion contre le vidomne qui s'appelait Consilii ; et ce fut une nouvelle occasion pour le duc de Savoie de manifester ses projets de domination sur la ville. U y avait à Ge-

néve deux prisons, Tune pour les clercs à Tévêché, l'autre pour les laïques au château de Llsle, dont le vidomne était gouverneur, ayant le geôlier sous ses ordres. Ce geôlier avait été excommunié pour n*avoir pas voulu payer une certaine somme d'argent dont il était débiteur. Le créancier, ayant fait aggraver et réaggraver la sentence d'excommunication , eut recours, pour l'exécuter, à l'autorité de l'évêque. Le procureur fiscal du prélat alla donc au château de L'Islc , se saisit du geôlier et le conduisit dans les prisons de l'évêché. Le vidomne estimant que les officiers de l'évêque n'avaient aucun droit sur les ducaux, alla demander son geôlier à celui de l'évoque ; mais ce dernier refusa de mettre son confrère en liberté , disant qu'il ne l'oserait, sans le consentement de son maître.

Ce refus irrita le vidomne qui le fit saisir par des sergents et conduire aux prisons de L'isle. Mais le procureur fiscal, en étant bientôt averti , s'en alla criant par la ville comme un insensé : « A l'aide ! à l'aide , iMessieurs, contre le vidomne qui « emprisonne les officiers de notre prince, parce qu'ils exécuy> tent ses ordres I » Grande est olors l'émotion du peuple , qui devient furieux et court en foule vers la maison du vidomne, dont il veut enfoncer la porte. Heureusement pour Consilii, des hommes d'autorité interviennent et le protègent contre la fureur populaire. Il eut le bon esprit de se remettre entre leurs mains et de se laisser mener dans les prisons de l'évêché , où il n'eut plus rien à craindre. Bientôt après, tout s'arrangea, et les prisonniers furent délivrés.

Cependant le duc , averti de ce qui se passait à Genève, s'y rendit de Chambéry avec l'évêque Charles de Seyssel pour châtier ceux qu'il appelait des mutins , et contre lesquels il était fort en colère. L'évêque , de son côté , ayant pris des informations , trouva que le vidomne avait tort, et fit au duc un rapport dans lequel il donnait raison à ceux qui avait soutenu

son autorité, en emprisonnant Consilii. Le duc, au contraire, prétendait qu'ils étaient coupables , parce qu'il s'estimait luimême prince de Genève. 11 demandait, en conséquence, que révêque fit mourir les auteurs de la sédition qu'il disait être ceux qui avaient obtenu la bourgeoisiedeFribourg, ne voulant le faire lui-même , de peur d'irriter ce canton avec lequel il ne voulait pas se brouiller. Indigné de voir le prélat résister à sa volonté: — « Je vous ai fait, dit-il , évêque, mais je voug » déferai et vous rendrai le plus pauvre prêtre de votre dio- » cèse.»Il n'eut pas la peine d'exécuter ses menaces ; car peu de temps après , en revenant d'un pèlerinage à Notre-Dame du Puy , Charles de Seyssel mourut à Moiranc.Ilfut vivement regretté des habitants de Genève. Il n'avait ni beaucoup d'instruction , ni beaucoup d'intelligence ; mais il était d'humeur facile et d'un caractère plein de douceur et d'honnêteté. Aussi était-il aimé du peuple qui lui savait gré d'avoir défendu les libertés de Genève, et de les avoir fait confirmer, en i 31 0, par l'empereur Maximilien. Les Genevois le regrettèrent bien davantage dans la suite, quand ils virent son successeur s'entendre avec le duc de Savoie pour leur enlever leur indépendance.

Après la mort de Charles de Seyssel , le pape voulut disposer du siège épiscopal, comme il avait fait d'autres fois ; mais le peuple et le clergé tenaient à leur droit de postulation et d'élection. Ils fermèrent les portes de la ville, se mirent sous les armes et s'assemblèrent dans l'église deSaint-Pierre, selon la coutume, pour élire leur évoque. Le choix du chapitre tomba sur Aymé de Gingins, abbé deBonmont. C'était un chanoine de Saint-Pierre, d'une très-noble et ancienne maison, et de plus , bien apparenté et fort aimé chez les Suisses , qui étaient en bonne intelligence avec le pape Jules II. Il était trèszélé pour, les libertés de Genève ; mais à des quaUtés louables il joignait un défaut qu'on lui pardonnait aisément dans ce

temps de mœurs relâchées, il aimait un peu trop les femmes. Après son élection , le chapitre envoya , à la prière du peuple, des députés aux ligues, pour leur demander d'écrire au pape de la confirmer. Les ligues donnèrent des lettres , et le courrier partit pour Rome , le tout aux frais de l'abbé de Bonmont. Mais les princes de Savoie ne s'étaient pas endormis ; ils allèrent plus vite que le courrier , et Jean de Savoie, protonotaire d'Aux , obtint le prix de la course. ' Ce Jean de Savoie était natif d'Angers. C'était un fils naturel de François de Savoie et d'une Angevine qui n'en était pas à son coup d'essai , quand il en fit la connaissance. Elle eut cet enfant , alors que François , qui devint évêque de Genève , était archevêque d'Aux et évêque d'Angers. Les parents de ce père putatif rélevèrent à la cour de Savoie. Le duc, voyant que l'enfant, en croissant en âge, ne devenait remarquable ni par les qualités du corps , ni par celles de l'esprit , se contenta de lui donner quelques maigres bénéfices. Mais à la mort de Charles de Seyssel, il comprit que, s'il parvenait à l'asseoir sur le siège de Genève, il pourrait obtenir de lui l'abandon de sa juridiction temporelle. Jean était d'ailleurs à sa dévotion et tout-à-fait incapable, par manque d'énergie et de conduite , de résister à sa volonté. On dit môme qu'avant son intronisation épiscopale , il avait promis à son cousin de se démettre en sa faveur de cette autorité temporelle qu'il savait être l'objet de sa convoitise. Quoiqu'il en soit , Charles III dissimula ses intentions , et pour éloigner toute méfiance , ayant demandé aux syndics de lui accorder pour quelque temps seulement un lieu dans la ville , où il put rendre la justice à ses sujets, il déclara par acte authentique que cette concession ne procédait d'aucun devoir, mais de leur pure volonté, et ne portait aucune atteinte aux libertés de Genève.

Jules II, qui ne connaissait pas cette intrigue, sollicité par le duc de Savoie, avait nommé le 31 août 1513, Jean de Savoie

à révêché de Genève ; et la ville fut obligée de le recevoir en cette qualité pour ne pas s'attirer les foudres pontificales. Le nouvel évêque y fit son entrée, et on le reçut avec autant de magnificence que tous ses prédécesseurs. Quoi qu'on ne le vît

pas de bon œil , on feignit d'être content ; on alla même jusqu'à lui faire des excuses de ne l'avoir pas élu. L'évêque , de de son côté, déguisa ses sentiments , se montrant bon prince et parlant à tous avec douceur et bienveillance. Pour témoigner encore mieux aux Genevois qu'il avait tout oublié , il donna des pensions à ceux qui lui avaient été le plus opposés, entr'autres , à Berthelier qu'il fit châtelain de Peney , et à Tabbé de Bonmont , pour le rembourser des frais de sa propre élection. Le jour de son entrée dans la ville, il montra des lettres patentes du duc et des ligues pour le rétablissement à Genève des foires de Lyon , avec des saufs-conduits pour les marchands qui voudraient y venir. On en fit la publication ; mais les foires n'en demeurèrent pas moins à Lyon, et Ton vit bien que la chose n'était pas sérieuse. Le jour de la Toussaint , il dit sa première messe avec beaucoup de solennité , et fit des largesses au peuple.

Si tout d'abord , les Genevois avaient pu être assez aveugles pour ne pas voir la connivence de leur évêque avec le duc de Savoie contre leurs libertés et leurs franchises , ils ne tardèrent pas à ouvrir les yeux. En 1 51 5, Charles III , dont la sœur avait épousé le frère de Léon X, profita de son alliance avec le souverain pontife pour lui demander de confirmer la cession que Tévêque Jean lui avait faite de son autorité temporelle, comme prince de Genève. Le pape lui accorda sa demande ; mais le sacré collège s'opposa à l'exécution de la décision pontificale pour le motif que , suivant le droit canon, un évêque ne peut renoncer à sa juridiction temporelle , et le pape confirmer cette renonciation que dans le cas où, les sujets ayant cotispiré contre leur prélat , celui-ci n'est pas assez fort

pour châtier les rebelles. Cette opposition des cardinaux fut cause que Charles III renvoya à un autre temps T exécution de ses projets sur Genève. En attendant, il habitait le Piémont , et révoque Tabbaye de Pignerol dont il était devenu commandataire , après la mort de Jean Aymé de Bonnivard , auquel avait succédé par résignation, dans le prieuré de Saint-Tictor, François de Bonnivard, son neveu, dont il sera plus longuement parlé dans la suite de cette histoire.

Jean de Savoie vivait à Pignerol d'une manière assez mesquine , obhgé de prendre de l'argent de côté et d'autre pour payer les frais de son élection en cour de Rome, dont le duc avait fait les avances et dont il exigeait le remboursement. Un homme étant un jour venu lui demander quelque grâce pour un de ses parents condamné à une amende , il lui répondit qu'il était dans l'impuissance de le satisfaire, n'ayant que sa crosse et sa mitre. Et de fait , le duc de Savoie lui avait donné un curateur qui percevait le revenu de son abbaye , et ne lui en laissait que pour s'entretenir très-modiquement. Pour l'empêcher d'en faire autant des revenus de l'évêché, comme c'était son intention, Jean se hâta de revenir à Genève.

Le premier acte deTévêque, à son retour, fut une infraction aux franchises de la ville. Il fit emprisonner un nommé Pasquet accusé d'usure, quoiqu'il fût défendu par les franchises de poursuivre en justice aucun bourgeois sur une telle accusation. Il y eut débats et protestations deiapart des citoyens, et refus de la part de l'évoque de délivrer le prisonnier. Mais les parents de l'accusé trouvèrent un expédient : ils marièrent sa fille avec un bourgeois de Berne, qui vint à Genève, avec des lettres de faveur de la seigneurie de son canton , solliciter pour son beau-père dont , sans beaucoup de frais, il obtint la déhvrance. Le prélat se mit bientôt sur les bras une affaire encore plus mauvaise. Un procureur.

nommé Claude Vandel, avait plaidé dans un procès contre un de ses serviteurs. Cela suffit à l'évoque pour le prendre en haine, et le faire emprisonner sous Taccusation de crime de faux , quoique Claude Vandel eût la réputation d'être honnête homme. Les syndics et le conseil demandaient que les informations leur fussent remises , puisqu'ils avaient seuls le droit d'instruire le procès, comme juges des causes criminelles. De leur côté, l'évêque et le vidomne voulaient retenir le procès ; mais , craignant une sédition , il^ songeaient à faire sortir le prisonnier de la ville : ce qui n'était pas facile à exécuter, parce qu'il avait quatre fils dont un , Thomas Vandel , quoique prêtre et curé de Morges , savait manier une épée mieux qu'il ne lisait son bréviaire. Les quatre fils s'entendirent pour déUvrer leur père des mains de ceux qui devaient l'emmener ; mais ils manquèrent leur coup , faute d'avoir bien pris leur temps , et le lendemain i\s dénoncèrent au peuple les officiers de l'évêque comme ayant violé ses franchises. Le peuple exaspéré s'en prit aux pensionnaires du prélat, qu'il accusait de tenir à l'argent de leur maître plus qu'à la liberté des citoyens. Le conseil étant assemblé , les frères Vandel y vinrent se plaindre qu'on n'observait pas les franchises de Genève, et que les pensions de l'évêque en étaient la cause. Les pensionnaires avertis , accourent à l'assemblée, et là, devant tout le monde, ils déchirent leurs lettres de pension. — « Qu'on ne nous accuse plus mainte- » nant, disent-ils , d'être seniteurs de l'évêque ; mais qu'on » nous mette à l'épreuve , et l'on verra si nous ne sommes > plus enfants de Genève , et si pour défendre sa liberté , » nous ne sacrifions pas nos biens et notre vie I » Philibert Berthelier, que Jean de Savoie avait fait, comme on a vu , châtelain de Peney, s'écria en lacérant les titres de son office : — « Si je vous ai donné un mauvais exemple en

» prenant des emplois de la main de Tévèque, je vous mon- » tre aujourd'hui comment il faut les abandonner. » (1)

Cependant le peuple s'agitait ; une foule tumultueuse se pressait dans les rues , poussant des cris d'imprécation et des clameurs menaçantes. Jean Bernard courut à Saint-Pierre pour sonner la grosse cloche et convoquer le conseil général; ce qui, dans une pareille effervescence des esprits, pouvait avoir les suites les plus graves. Il trouva la porte fermée ;

mais il s'apprêtait à l'enfoncer à coups de marteau , lorsqu'il en fut sagement détourné. Les syndics se rendirent alors auprès del'évêque, et le supplièrent de cesser d'irriter le peuple , et de le calmer plutôt en délivrant le prisonnier , et en respectant les franchises de la ville qu'il avait jurées. Jean de Savoie , alarmé de ces commencements de sédition , mit Vandel en liberté et se désista des informations et delà poursuite ; mais il garda un profond ressentiment à Bernard pour la tentative qu'il avait faite de sonner la grosse cloche. N'osant mettre la main sur lui dans Genève , il aposta des gens qui l'épièrent au moment où il en sortait pour ses affaires , le prirent et le menèrent garotté à Jussy, où il se réservait de le châtier. Il lui rendit néanmoins la liberté , à la prière du comte de Genevois qui était alors dans la ville , mais il exigea qu'il fit amende honorable.

Jean de Savoie n'était pas aimé dans Genève. Il augmenta la haine générale qu'il avait su inspirer, par ses exactions envers le clergé. Son curateur et lui, ne trouvant dans la ville , où l'on avait pour eux assez peu de complaisance , de quoi satisfaire leur avarice , se mirent à pressurer les pau-

( 1) Antoine Gauthier ^ annonateur de.Spon , raconte cet acte de Berthelier que dViVtr^ historiens ont pas^é so^ssUence. M Galifle prétend quMl a été inTcnté par Bonnivard. « Berthelier , dit-il , n'a pas déchiré ses lettres patentes en plein conseil. H a été destitué , et a cherché à se venger, u

vres prêtres du diocèse. L'évêque était en outre mal fait de corps et d'esprit. Aussi chacun prenait-il plaisir à le rendre l'objet de ses railleries. Au nombre de ceux qui ne se gênait pas pour se passer cette fantaisie , était Pécolat , diseur de bons mots , que son esprit faisait rechercher dans la société genevoise. Un jour qu'il était à table chez l'évêque de Maurienne , chantre et chanoine de Genève , avec Tabbé de Bonmont , le premier se plaignit de certaines injustices de la part de Jean de Savoie. — « Ne Vous en chagrinez pas trop, dit en riant Pécolat , non videbit dies Pétri, « il ne vivra pas autant que saint Pierre, y> entendant par là que la maladie honteuse dont il souffrait, ne le laisserait pas vivre longtemps. Deux espions rapportèrent ces paroles à Tévêque de Genève , en leur donnant un autre sens qui compromettait Pécolat. Jean de Savoie crut ou feignit de croire que ce dernier en voulait à sa vie : ce qui pouvait lui servir de prétexte pour se démettre de sa juridiction temporelle. Il dissimula néanmoins jusqu'à ce qu'il se présenta une occasion plus favorable. Le hasard lui en fournit une quelque temps après. Le duc Charles, étant allé à Lyon voir la reine sa nièce , lui manda de venir l'y trouver. Il n'eut garde de refuser; mais avant de partir, il commanda qu'on lui apprêtât des pâtés pour sa provision de voyage. Le pourvoyeur, voulant gagner sur l'achat, s'était procuré du poisson qui n'était pas frais , et l'un des pâtés de ce poisson fut servi sur la table du prélat. Soit qu'il manquât d'appétit , ou bien qu'il eût remarqué la mauvaise qualité du poisson , il ne voulut pas y goûter. Le pâté fut porté à ses serviteurs , et de tous ceux qui en mangèrent , il n'y en eut pas un qui n'en mourut , ou qui n'en fut gravement malade. Jean de Savoie déplora , sans doute , ce malheureux accident , à cause de ses domestiques qui en furent les victimes ; mais il ne fut pas fâché qu'il lui fournit le moyen d'accuser Pécolat de tentative criminelle contre sa personne. Il chargea

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le vidomne de prendre de secrètes informations et de le seconder dans ses projets de vengeance, dont il différa pourtant l'exécution , le duc de Savoie étant alors occupé à des affaires plus pressantes. Charles III , de son côté , était fort irrité contre les Genevois, parce que les syndics avaient refusé de lui livrer trois pièces de canon sur les six dont la ville avait hérité de Bonnivard , ancien prieur de Saint-Victor. La . colère du duc était fomentée par un de ses courtisans, Claude:, de Seyssel , qui avait été successivement professeur de droit à Turin, maître des requêtes sous le roi de France Louis Xli,.' puis évêque de Marseille , et finalement archevêque de Tario. Seyssel connaissait les désirs de son maître et ne laissait échapper, en adroit courtisan qu'il était, aucune occasion- de lui conseiller de ne pas souffrir au milieu de ses états , les évêchés de Genève et de Lausanne, qu'il disait être, non. sans raison, de véritables républiques.

Nous avons vu que le sacré collège s'était opposé à Taliénation de la juridiction temporelle de Jean de Savoie , parce que, suivant le droit canon, une telle aliénation n'est valable que, si un prélat est impuissant pour châtier les crimes qui se commettent dans son diocèse. Afin de donner le change aux cardinaux sur la situation de Genève, les deux princes de Savoie s'entendirent pour criminaliser de simples délits , des actions irrégulières , mais sans gravité , en un mot , tous ces désordres blâmables , sans doute , mais qui ne sont pas des crimes, auxquels se livre souvent la jeunesse des villes. C'est ainsi qu'ils s'avisèrent de poursuivre comme criminels quelques jeunes gens de Genève , pour une mauvaise plaisanterie qu'ils avaient faite au juge des excès Grossi, Ce juge clérical avait eu quelque différent avec un jeune homme de la ville , parent de sa femme , appelé André Malvenda , d'une famille noble , originaire de Valence en Espagne. Ce jeune hoiiume , pour se venger de Grossi , coupa un beau jour les

arrêts à sa mule dans son écurie. Après avoir semé le bruit cjuele précepteur de la maison avait fait le coup, il s'entendit «avec dix ou douze jeunes gens de la ville, au nombre desquels ^tait Berthelier, qui prirent avec eux un espèce de fou qu'on sippelaitPetit-Jean-au-petit-pied, et 1(3 promenèrent pendant 'Koate la nuit dans les rues , en lui faisant crier par les carre- MOurs : « Ecoutez, Messieurs , s il y a quelqu'un qui veuille ^xcheter la peau de la plus grosse bête de Genève , on la lui -wendra à bon marché ! y^ Grosse bèto était une allusion au »om de Grossi.

Le juge des excès ne manqua pas de porter plainte devant le vidomne et le conseil épiscopal , disant qu'on ne s'était pas <!afitenté de lui jouer le vilain tour d'estropier sa mule , mais ciu'on avait encore poussé l'effronterie jusqu'à le rendre lui- Miême, un homme en charge, l'objet de la risée publique. Xe conseil ordonna au vidomne d'informer contre les coupables ; ce qu'il fit avec d'autant plus de diUgence qu'il haïssait 'mortellement Berthelier, l'un des complices de Malvenda. domme il se sentait trop faible pour se saisir de leurs personnes , il demanda main-forte aux syndics et au conseil , c^e qui lui fut accordé. Les jeunes gens, ayant eu le temps de se cacher, furent criés à son de trompe et ajoui'ués à compa- :»:'aître au château de L'Isle, sous peine de cent florins ^'amende. Mais comme les règlements de la ville ne permet- ^K^ient pas d'imposer plus de soixante sous , si ce n'était en ciîas de crime , ils se plaignirent par procureur qu'on violait,à Leur égard les statuts, ce qu'on leur reprochait n'étant pas 'ton crime. Le conseil épiscopal fit droit à leur plainte et décida qu'ils pourraient se défendre en liberté , ;>erfe non ligato. Ils sortirent alors des lieux où ils s'étaient cachés , et vinrent Xibrement plaider leur cause.

L'évêquc et le duc , informés de ce qui s'était passé , se hâtèrent devenir à Genève avec l'archevêque de Turin, dans

la persuasion que l'occasion se présentait d'exécuter leur projet. Mais Claude de Seyssel leur fit comprendre que la chose n'avait pas assez de gravité pour que le collège des cardinaux consentit à l'aliénation de la juridiction temporelle ; qu'elle pouvait néanmoins leur servir , en entretenant la désunion parmi le peuple. Les accusés furent appelés devant l'évêque , surtout ceux que le prélat savait ne lui être pas hostiles, et en sa présence , l'archevêque de Turin leur représenta qu'ils avaient commis un acte très-punissable , ayant offensé l'évêque et son lieutenant, le juge des excès; mais que leur pasteur, moins enclin à la rigueur qu'à la clémence, avait égard à leur jeunesse et voulait bien leur pardonner , mais non à ceux qui les avaient poussés à mal faire , c'est-idire, à Berthelier et à ses complices. Il ajouta qu'ils ne recevraient leur pardon qu'à la condition de renoncer à la compagnie de Berthelier, et de ne l'aider d'aucune manière. Joyeux d'en être quittes à si bon marché , les jeunes gens remercièrent le prélat et l'assurèrent de leur soumission.

Le duc se retira à Chambéry et l'évêque au château de Thiez en Faucigny, l'un des trois mandements de l'évêché de Genève. C'est pendant son séjour à Thiez que Jean de Savoie fit saisir Claude Servant et Jean Pécolat , un jour qu'ils se trouvaient dans le village de Présinge. Tous deux furent , par ses ordres , emprisonnés dans le château ; mais bientôt après , on relâcha le premier , ce qui , donnant lieu de soupçonner que Ser>^ant avait trahi son compagnon , le rendit odieux au peuple. L'évêque accusa Pécolat d'avoir voulu l'empoisonner, et lui fit appliquer la question , pour qu'il nommât ses complices , et donnât des explications sur les pâtés de poisson et le propos qu'il avait tenu contre sa personne chez l'évêque de Maurienne. Pécolat subit trois fois la question sans rien avouer. Jean de Savoie, irrité de son obstination , eut la cruauté de le faire suspendre à la corde ,

pendant que lui-même était à table , à dîner , narguant ses souffrances, et que ses serviteurs disaient au malheureux patient , qu'il était fou d'aimer mieux se laisser tourmenter que de confesser la vérité. Ils ajoutaient que Servant avait tout avoué , qu'il avait nommé tels et tels, entr'autres, l'évoque de Maurienne et l'abbé de Bonmont, que les complices voulaientmettreàlaplace de Jean de Savoie, s'ils parvenaient à s'en défaire. Enfin Pécolat, croyant à la vérité de leurs paroles, et ne pouvant plus résister aux tourments, confessa tout ce qu'on voulut. .

Cependant , les aveux de Pécolat ne suffisaient pas à l'évoque ; ce qu'il désirait avant tout, c'était démettre la main sur Berthelier , chose qui n'était pas facile , car il était sur ses gardes. Ayant eu vent des intentions du prélat, il s'esquiva de Genève en habit de héraut de Fribourg , où il se rendit en compagnies de quelques marchands de ce canton. Quand l'évêque et le vidomne eurent appris comment Berthelier leur avait échappé , ils le firent ajourner à son de trompe pour répondre à l'accusation portée contre lui ; mais il se garda bien d'obéir à la citation.

Le duc de Savoie, étant revenu à Genève pour avoir raison de Pécolat et de Berthelier , les Fribourgeois lui firent observer que l'évêque avait violé les franchises du peuple genevois, en emprisonnant Pécolat et en instruisant son procès ailleurs que dans la ville. Le duc , se rendant à ses observations , ordonna d'amener le prisonnier et de l'enfermer au château de L'Isle; puis il soumit l'accusation à l'examen des syndics, qui seuls devaient en connaître. Pécolat rétracta devant ses nouveaux juges sa première confession; et comme le duc et l'évêque demandaient qu'on lui donnât la question, les syndics s'y refusèrent, ne trouvant pas d'assez fortes présomptions de culpabilité pour soumettre l'accusé à cette cruelle épreuve. Les princes voulant en finir, produisirent une lettre ps^r

5i HISTOIRE DE LA RÉFORME

laquelle ils prouvaient rincompétence des syndics pour jnger le prisonnier, attendu qu'il était clerc, et comme tel, sujet à la cour ecclésiastique. Pécolatfut donc transféré du château de I/Isle dans les prisons de révMié. Le malheureux était malade, et les médecins qu'on appela pour le visiter, ne furent pas d'accord pour décider s'il pourrait , ou non , supporter la torture; mais l'on crut de préférence ceux <|ui étaient pour l'aflirmation .

A Thiez, Pécolat avait enduré les tourments avec une rare constance. On s'imagina (pi'il ne l'avait fait que par un pouvoir surnaturel et non par la seule force de sa volonté. On alla même jusqu'à croire, ce qui prouve combien on était alors superstitieux, (p*à l'exemple d'autres criminels, Pécolat pourrait bien avoir dans la barbe quehpie chose de magique qui le rendait insensible. On lui envoya donc un barbier pour le raser ; et de fait , il avait la barbe fort longue. Dans cette extrémité, le malheureux cherchait un moyen de ne pas se laisser vaincre par la douleur de la question qu'on lui préparait , lorsque le barbier , lui ayant rasé le menton , alla vider son bassin. Aussitôt Pécolat, saisit le rasoir qu'il avait laissé par mégarde , et se coupa la langue. Le barbier de retour est tout étonné de l'entendre bredouiller et de voir des flots de sang sortir de sa bouche ; il appelle le geôlier et les gardes qui accoui-ent. Les princes, avertis de l'action de Pécolat , s'empressent de le faire panser ; mais c'est pour le réserver à de plus grands supplices. En effet , à peine guéri , ils voulaient de rechef l'appliquer à la question , pour qu'il fit des aveux par écrit , s'il ne pouvait les faire en paroles. Heureusement le conseil épiscopal différait toujours, principalement le juge des excès cléricaux qui devait prononcer. Ce n'était point Grossi qui occupait alors cet office (1517), mais Lévrier, le fils de l'ancien syndic, que le duc de Savoie ne haïssait pas moins que son père. Lévrier, ému de {ntiépour

ET iteS RÉPORMÀTEURS DE CfeNÈVE. 55

' rinfortunê Pécolat, dit secrèténlént à ceux qui lui voulaient du bien , qu'il fallait agir auprès de Tarchevêque de Vienne , métropolitain de TéVêque de Genève. On suivit ce conseil , et Ton obtint des lettres de provision de Vienne, par lesquelles le procureur fiscal était cité pour déclarer les causes de la

"" détention de Pécolat , avec défense à tout officier épiscopal ,

"*et môme à l'évèque , d'attenter à la personne du prisonnier. Mais ce n'était pas assez d'avoir obtenu cette ordonnance , il fallait la signifier. Or, même quand le duc et Tévêque étaient absents de Genève , les porteurs de ces actes de Vienne recevaient pour leur salaire des coups de bâton. Bon nivard, prieur de Saint-Victor , eut la hardiesse de signifier l'ordonnance du métropolitain à l'évèque lui-môme , qui en fut tellement mortifié, qu'il s'en plaignît amèrement au duc de Savoie. Ce dernier fit venir Bonnivard en sa présence, et lui communiqua les plaintes du prélat. « Monseigneur, répondit courageusey> ment le prieur de Saint-Victor , il est vnii que l'évèque de » Genève détient un de mes serviteurs et lui a fait donner la ^ question ; je l'ai protégé pour reconnaître ses services ; » mais ce que j'en ai fait, c'est selon le cours de la justice ,

' » et non par aucune passion. Je ne pense pas que vous trou- ^ viez mauvais que j'aie exécuté un mandement du métropo- » litain , vous qui êtes un prince qui aimez la justice, et çui )> ne voudriez pas en suspendre les droits , quand même )► votre personne y serait intéressée: i> Le duc feignit d'être content de ces efxplications , et le lendemain , après avoir fait

• conduire Pécotat au cliâteâu de Peney, il partit pour le Piémont où révêque alla le rejoindre.

Cepertdatit ; quoique le terme de l'ajournement fût échu , le procureur fiscal se garda bien de comparaître devant l'archevêque de Vienne, craignant que l'honneur' de son maître n'en reçut une grave atteinte. Il n'obéit pas davantage

>' à'unesècohdB'dommatien^ Il M en fut fait'une troisièniôavec

56 HISTOIRE DE LA RÉFORlfE

cette injonction : Que, s'il ne comparaissait pas, leprisannier fût relâché, sous peine d'excommunication. Mais, comme, le délai fatal étant expiré, Tofficial ne comparut point, on afficha de nuit l'interdit sur les portes des églises, trois jours avant Pâques. Les prêtres et les chanoines qui viennent le matin aux églises , s'arrêtent devant cette barrière ; les exercices religieux sont interrompus. Le peuple consterné murmure contre les auteurs de l'excommunication . Les clercs et les greffiers , fort nombreux dans la ville , se voyant privés des sacrements , se joignent au peuple ; et ils se mettent tous ensemble à crier : — Au Rhône ! au Rhône les traîtres et les méchants officiers qui nou^ empêchent de recevoir notre Seigneur !

Les syndics accourent au milieu du tumulte pour essayer de calmer Tirrltation populaire ; ils se rendent ensuite auprès des officiers cpiscopaux et les supplient de mettre en liberté Pécolat , les assurant que sans cela ils ne sauraient les protéger contre la colère du peuple. Les officiers, saisis d'effroi, écrivent au châtelain de Peney de vite délivrer le prisonnier. Mais le peuple , ne se fiant qu'à lui-même , accompagne le porteur des ordres, et met en liberté Pécolat qu'il ramène à Genève, malgré les lettres de Rome, venues un peu après, qui cassaient les censures du métropoUtain et défendaient de relâcher le prisonnier. Pécolat fut logé au couvent des Cordeliers qui lui servit d'asyle. Il y demeura quelque temps sans pouvoir parler , à cause de la mutilation de sa langue. Il finit , toutefois , par recouvrer l'usage de la parole , et il attribua ce bienfait à l'intercession d'un saint auquel il s'était voué, s'il faut en croire ce qu'il publia lui-même (1518).

Pendant que Pécolat était encore en prison , Berthelier sollicitait à Fribourg un sauf-conduit pour venir sans danger se défendre à Genève. Il profita de son exil pour négocier une alliance entre les deux villes, ne manquant pas une

occasion d'entretenir les principaux Fribourgeois des avantages qui leur en reviendraient, et même aux autres Cantons des ligues , si les marchandises étaient affranchies de tout droit , et si Genève devenait comme une forteresse qui défendît les Cantons contre leurs voisins , particulièrement contre le duc de Savoie. « Ils devaient , leur disait-il, avoir ce prince en défiance , quoiqu'il leur fit bon visage et qu*il fût leur allié ; attendu qu'il ne pouvait avoir oublié qu'ils avaient ravagé ses états dans la guerre contre le duc de Bourgogne, et qu'ils en tenaient encore une partie en leur possession. » Les raisons de Berthelier furent goûtées des bourgeois de Fribourg. On lui promit de lui procurer un sauf-conduit, et il s'engagea , de son côté , à mettre tout en œuvre à Genève pour y faire agréer l'alliance des deux villes. On obtint, en effet, du duc et de l'évêque un sauf-conduit au moyen duquel Berthelier put se défendre en personne contre ses accusateurs. Il s'en retourna donc à Genève, et se présenta d'abord devant le conseil épiscopal , ensuite devant celui de la ville , demandant qu'on citât ses adversaires , et protestant qu'il saurait, avec l'aide de Dieu, montrer à tous qu'il était homme de bien. C'était quelque temps avant que Pécolat sortit de prison. Le vidomne Consilii qui avait poursuivi Berthelier , fut cité et comparut devant les syndics avec son procureur Navis. Us accusèrent Berthelier d'avoir été assez débauché dans sa jeunesse, et d'avoir fréquenté des brouillons dont il soutenait le parti. Il répondit que le vidomne appelaient brouillons et débauchés , ceux qui défendaient les libertés de Genève contre les usurpateurs ; que , s'il les avait fréquentés, c'était pour entretenir leur patriotisme. Les accusateurs prétendirent ensuite qu'il avait conspiré contre l'évêque, et ils en donnaient pour preuve le procès de Pécolat et d'un nommé Carmentrant. Berthelier répondit que la détention de Pécolat était illégale , et que sa confession lui

avait été arrachéo par les tourments de la question qu'on lui avait donnée sur de simples conjectures. Il se défendit contre les accusations de Carmentrant , en Taccusant, à son tour , do n'être qu'un fourbe qui s'était laissé gagner par des présents , pour dire ce qu'il plairait à Tévêque dont il était pensionnaire et domestique, ajoutant qu'on l'avait laissé évader en lui faisant d'autres présents, comme Cafmentmnt s'en était lui-même vanté.

Les princes de Savoie, informés par le vidomne qui leur envoyait chaque jour, en Piémont, des nouvelles du procès, qu'il n'était pas possible de convaincre Berthelier, et qu'il y avait à craindre qu'une complète absolution ne fût prononcée , voulurent donner des assesseurs aux syndics ; mais la seigneurie de Fril)ourg qu'on avait avertie de leur dessein, écrivit au duc (pic les syndics ne pouvaient avoir des assesseurs dans les procès criminels, sans violer les franchises' de Genève. Les princes, pensant alors qu'il leur convenait d'assoupir l'aiïairc , offrirent à Berthelier de lui accorder sa grâce, s'il consentait à la demander pour lui et pour ses complices , proposition qu'ils lui avaient déjà faite à Fribourg ; mais Berthelier répondit fièrement comme â Fribourg, « que les méchants devaient demander leur gnlce , et non les hommes de bien ; que pour lui , il voulait être condamné bu absous selon la rigueur de la justice. >> Les princes de Savoie, ayant résolu de suspendre , à tout prix , un jugement qu'ils savaient devoir tourner à leur confusion, défendirent aux syndics sous de grosses peines d'y procéder jusqu'à leur retour à Genève ; et les magistrats , pour ne pas encourir leur haine , se conformèrent à leur volonté.

Cependant Berthelier commença à parler secrètement de l'alliance de Fribourg, et à faire de la propagande parmi les bourgeois , en faveur de cette alliance. Son entreprise était difficile et le résultat fort chanceux. Le duc 'avait

ETDES'UÉFORMlTEimShDE' GENÈVE. '^'ÔO

dans Genève quantité de créatures , et d'ailleurs la majeure partie de la population , originaire de Savoie , aimait mieux , soit par antipathie de race, soit par intérêt, souffrir la domination du duc que de s'allier avec les Suisses. Deux jeunes gens qui partageaient ces idées, n*y trouvèrent pas leur compte. Ils voulurent aller à Turin, dans Tespérance de quelque emploi. A peine arrivés , ils furent saisis par le prévôt et conduits à Pignerol auprès de Tévêque de Genève. On les accusa d'être complices de Berthelier , quoique l'un d'eux fût son ennemi, et fils de JNavis, procureur du vidomne; l'autre s'appelait Jean Viterman ou Blanchet(l). On les traita d'abord assez doucement pour leur faire accuser ceux qui étaient l'objet de la haine du duc et de l'éveque. Ils répondirent qu'ils ignoraient absolument tout ce qu'on leur demandait. On les mit alors en prison. Malheureusement pour eux, Bonnivard, prieur de Saint-Victor, qui passa , sur ces entrefaites , par Turin , en allant à Rome, leur témoigna quelque . intérêt, recommanda leur affaire à un avocat de ses amis, et leur écrivit une lettre qu'il chargea le geôlier de leur remettre. C'en était assez pour les perdre. Le geôlier porta la lettre à l'évoque qui, ne pouvant pardonner à Bonnivard d'être la cause de la délivrance de Pécolat, fut enchanté d'avoir sous la main deux hommes qu'il croyait de ses amis, pour les faire senir à sa vengeance. Navis et Blahchet furent aussitôt, par son ordre, plus resserrés qu'auparavant, ensuite mis à la question. A force de tourments, on leur fit avouer la prétendue conspiration de Pécolat et y impliquer le prieur de Saint-Victor. Jean de Savoie s'empressa d'adresser cette déposition aux syndics, en les engageant à lui

(1) lfai%'ia 6l Blanchet déclai*ércnt qu'ils avaient <eié conduits à Turin « l*un par une femme de mauvaise vie , Pautre , dans l'espoir d'y faire forlunet — Qaliife , cît'par Ma(rniu.

60 HISTOIRE DE LA RÉFORlfE

envoyer des députés pour l'entendre de la bouche même des prétendus criminels. Les syndics n'ajoutèrent aucune foi aa rapport de Tévèque. Les prisonniers , disait le prélat , avaient déclaré que Bonnivard s'était concerté avec eux pour rempoisonner ; que s'ils manquaient leur coup , on se rendrait masqué auprès de Tévêque, comme pour jouer au momon^ et dans une contestation qu'on ferait naître, on le poignarderait, pour mettre ensuite le prieur de Saint-Victor à sa place ; ce qui était d'autant plus mal inventé que Bonnivard passait, aux yeux de tous, pour être l'ennemi du prélat, et qu'il n'était pas si facile d'obtenir l'évêché de Genève , puisque l'abbé de Bonmont , élu par le peuple et le clergé , n'avait pu se faire confirmer par le pape, lequel se serait bien gardé de récompenser un assassin.

Les deux prisonniers furent décapités au nom du duc de Savoie, après avoir rétracté publiquement leur confession, et demandé pardon à Dieu d'autres péchés , mais non du crime pour lequel on les avait condamnés au dernier supplice. Le prévôt commanda de hâter l'exécution pour les faire taire. On sala les têtes de Navis et de Blanchet et un quartier de leurs corps ; on enferma le tout dans un baril aux armes du duc et du comte de Genevois , et cette horrible salaison fut expédiée à Genève. Ceux qui apportèrent les restes des deux infortunés jeunes gens, les attachèrent de grand matin à un noyer, près du pont de l'Arve , avec une croix blanche et cet écriteau : — Ce sont ici les traîtres de Genève.

La nouvelle en courut bientôt dans toute la ville; une foule nombreuse se porta sur les bords de l'Arve , et contempla avec horreur les restes mutilés de ces deux enfants de Genève. Quel triste spectacle, surtout pour le père et la mère de Navis I C'était donc là la récompense réservée par les princes de Savoie à ce malheureux père , pour avoir poursuivi BertheUer devant les syndics comme procureur du vidomne [

L.*indignation était générale parmi les bons citoyens ; mais ils n'osaient la faire éclater , et se contentaient de prêter Toreille aux propositions de Talliance avec Fribourg.

Le conseil de la ville et celui de Tévèque , redoutant la colère des princes de Savoie, leur députèrent, pour les appaiser, le Yidomne Aymé Consilii, Michel Nergaz et François Talichet, tous les trois connus pour être à leur dévotion. Ils étaient chargés de leur faire d'humbles remontrances sur le supplice deNavis et deBlanchet, deux de leurs concitoyens. Ils devaient exposer aux princes en toute humilité, que les Genevois n'avaient jamais cessé d'être à leur service ; que si l'un d'eux avait commis quelque crime, on n'eût certes pas manqué de le châtier à Genève ; qu'ils les suppliaient donc de leur dire en quoi leurs concitoyens avaient pu les offenser, chacun étant disposé à réparer le tort dont ils auraient à se plaindre.

Le duc, à Turin, et l'évêque, à Pignerol, accueillirent assez mal les députés en public ; mais en particulier ils se montrèrent plus traitables. On raconte même que la réponse qu'ils firent en public, ils l'avaient concertée avec les députés euxmêmes. « Ils n'ignoraient pas, dirent-ils dans cette réponse, » qu'il y avait à Genève beaucoup de gens de bien qui leur » étaient dévoués , et dont ils reconnaissaient les services ; » mais qu'il y avait aussi beaucoup de séditieux, coupables > de lèse-majesté pour avoir conspiré contre la personne » de leur prince , au nombre desquels ayant reconnu Navis » et Blanchet, ils avaient dû les faire servir d'exemple ; que »les hommes de désordre voulaient engager le peuple » dans l'alliance de Fribourg , ce qui serait désavantageux à » la ville qui perdrait ses droits sur les marchandises que l'on » transportait dans ce canton ; qu'ils étaient décidés à châ- » tier les auteurs de cette proposition , et qu'ils tiendraient » pour bons et fidèles sujets les syndics et conseil de Genève, » s'ils les aidaient à faire justice des principaux meneurs » au

» nombre desquels étaient Berthelier et dix ou douze autres' » qui devaient être punis de mort sans rémission.»

Les députés rapportèrent cette réponse des princes qu'ils: avaient eux-mêmes dictée. Ils étaient convenus avec eux que la lettre qui la contenait serait remise cachetée au conseil, qui ■ ne devait la lire qu'à la condition de jurer auparavant d'en exécuter sans délai le contenu. Le petit conseil, devant lequel' ils se présentèrent à leur retour , ne voulut pas prendre sur.. lui de décider si une pareille condition était acceptable, at^ tendu que, la chose pouvant intéresser tout le peuple, c'était > au conseil général qu'il appartenait de prononcer. Le conseil ■ général fut donc assemblé le lendemain. Les députés ayant comparu et dit, comme devant le petit conseil, que la réponse ■ était dans la lettre , mais qu'ils avaient mission de ne pas laisser rompre le cuchet , sans qu'on eût prêté serment d'en exécuter le contenu, le peuple fut d'avis de renvoyer la lettre, sans l'ouvrir, à ceux qui l'avait donnée. « Messieurs, dit alors » Nergaz,je vous avertis que Monseigneur de Savoie a dit que, » si on ne lit sa lettre, et qu'on n'exécute le contenu, aucun » Genevois ne sera en sûreté dans ses terres. » Le peuple , étant irrité d'entendre ces paroles, cria aux députés : — « Avez-vous demeuré cinq ou six semaines delà les monts, » en vous divertissant et faisant bonne chère , pour nous ap- » porter de telles dépêches ? Au Rhône I au Rhône, les traî- » très I » — Et peu s'en fallut qu'il ne sacrifiât sur le champ les députés à sa colère. Mais comme on craignait les princos, les conseillers l'appaisèrent. On rendit, sans l'ouvrir, la lettre aux députés qu'on blâma sévèrement d'avoir si mal rempli leur mission.

Cette affaire contribua à grossir le nombre des partisans de l'alliance de Fribourg. On en parlait dans toutes les réunions, en particulier et en public. Les jeunes gens et le bas peuple la souhaitaient ardemment ; mais il n'en était pas de

ET DES RÉFORMATEURS DEiGENÈVE. 63

même de plusieurs citoyens, cousidérables par leur richesse, quixralguaiantd'ètre condamnés par le duc et l'évêqùe à de grosses amendas^ et même à perdre une partie de leurs biens, s'ils prêtaient la main aune pareille entreprise, et qu'elle vint à manquer.

Besançon Hugues > Tundes syndics, et plusieurs conseillera qui étaient pour Talliance, réunirent ceux de leur parti* qu'ils -savaient être gens de cœur et d'exécution. Ils convinrent ensemble que, s'il n'était pas possible de contracter une aUianoe générale, on en ferait une particulière p()ur tous ceux qui signeraient la lettre qu'on remettrait aux députés chargés d'en conférer avec les bourgeois de Fribourg, que Berthelier avait gagnés. La lettre, suivant Bonnivard, portait soixante signatures. Le petit et le grand conseil de Fribourg répondirent aux députés que , si la ville de Genève , ou du moins la plus grande partie , voulait faire alliance avec celle de Fribourg, ils l'accepteraient volontiers à des conditions raisonnables, et sauf le droit d' autrui , principalement du duc de Savoie ; car si Genève lui était sujette , cela ne se pourrait faire sans violer l'alliance qu'ils avaient avec lui. Si, au contraire , Genève ne lui était pas sujette , comme les députés rafiirmaient, ils la prendraient sous leur sauvegarde, et ses habitants deviendraient leur combourgeois.

Besançon Hugues et Etienne de la Mar, qui avaient été envoyés à Fribourg, rendirent compte de leur mission, nonseulement à leurs commettants, mais encore au petit conseil, lequel en fit rapport au conseil général qui fut assemb(épour cet objet, le 22 décembre (1518). Malgré les remontrances d'un envoyé de Fribourg qui accompagnait les députés , il y eut dans le conseil général des querelles et des disputes entre les citoyens, les uns voulant l'alliance, les autres ne la voulant pas. Les mêmes scènes continuèrent dans les rues , de.j&orte qu'on y voyait circuler jour et nuit des troupes des

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deux partis, s'enjariant , se chansonnaDt et se donnant des surnoms .C'est ainsi que les partisans du duc appelaient Eidgnots, de l'allemand eidgnossen (confédérés , alliés par serment), ceux qui avaient accepté la combourgeoisie de Friboui^ , surnom qu'ils ne prenaient pas à injure , mais à bonneoF, et qui étaient celui que s'étaient donné les Suisses, qui se prêtèrent un mutuel secours contre la tyrannie des nobles de leur pays. Les enfants de la ville allaient criant dans les rue^ : — Vivent les Eidgnots I Le signe des partisans de l'alliance était une croix marquée sur leur pourpoint. Ils appelaient ceux du parti ducal Mamelus, du nom des soldats esclaves du Soudan d'Egypte, qui avaient abjuré le christianisme et renoncé à la liberté pour soutenir les tyrans. Telle fut l'origine des deux factions qui troublèrent si longtemps Genève.

Les princes de Savoie envoyèrent des députés à Fribourg , pour empêcher qu'on donnât suite au projet d'alliance avec Genève. On répondit à leurs députés que les Genevois se disaient francs et libres ; que les Fribourgeois ne devaient traiter avec eux qu'à la condition de ne faire aucun tort àl'évêque de Genève , quoique , n'ayant aucune alliance avec lui , ils eussent le droit d'agir à son égard comme ils l'entendraient ; que sur ce qui regardait le duc, leur allié, ils comptaient bien lui réserver ses droits dans le traité qui ne serait pas conclu, s'il leur montrait que la ville lui était sujette.

Les députés des princes n'ayant pas obtenu à Fribourg toute la satisfaction que souhaitaient leurs maîtres , vinrent à Genève pour tâcher, par caresses ou par menaces, de détourner les citoyens de ce projet d'alliance ; mais voyant qu'ils perdaient leur peine, ils quittèrent la partie.

Cependant Berthelier, dont le procès était suspendu, avait plusieurs fois demandé aux syndics une sentence définitive ; et les seigneurs de Fribourg leur avaient envoyé, de leur côté, députations sur députations pour solliciter en faveur de leur

combourgeois la réparation qui lui était due. Les syndics voulant éviter, autant que possible, qu'on pût leur reprocher d'avoir procédé au jugement de Berthelier, malgré les défenses de révèque , en demandèrent rautorisation au conseil général , qui fut assembléà cet effet, le 1 9 janvier 1319. Berthelier s'y présenta et demanda instamment qu'on lui rendit enfin justice. L'assemblée ayant accueilli sa demande, le conseil ordinaire, en conséquence de Tordre du conseil général , fit citer le vidomne et le procureur fiscal à comparaître devant lui, le vingt-quatrième du mois, pour présenter leurs moyens d'accusation contre Berthelier. Ni l'un ni l'autre n'ayant comparu, quoique la citation portât « commination de procéder tant en absence qu'en présence , » le conseil , après mûr examen, prononça une sentence définitive d'absolution, que le premier syndic , Claude Monthyon , lut publiquement du haut de son tribunal. « Attendu que, dirent les » magistrats dans la sentence , touchant le crime de lèse- )> majesté, ayant examiné les informations sur lesquelles » Berthelier était accusé , ils n'avaient trouvé aucune preuve » suflisante, ils l'absolvaient et le reconnaissaient innocent » de ce crime ; mais touchant les excès qu'il avait commis , )» comme batteries et émeutes , ils le condamnaient à une » amende pécuniaire , suivant la teneur des statuts.»

C'est ainsi que, par jugement des syndics et conseil de la ville, l'innocence de Berthelier fut publiquement reconnue. Les princes de Savoie ne respectèrent point la vérité de la chose jugée, et nous verrons bientôt la terrible vengeance qu'ils tirèrent de l'homme qu'ils regardaient comme le plus dangereux de leurs ennemis.

66 HISTOIRE DE U RÉFOKIIE

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