‹ Histoire de la réforme et des réformateurs de GenèveChapitre 17 sur 51 · CHAPITRE VI. ( 4528 À · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. ( 4528 À

CSommeneemeçt de It Réforme à Genève . — Mort de Poniverre, chef des Confrères de la Conier. — Caractère indécis de Pierre de la Baume. — H finit par •Hmir avec le duc de Savoie. — Bonnivard. — Berne , Fribourg et Soleore otiToieat dtt leooars à Genève.

Le changement de religion des Bernois rendit la situation de Genève singulièrement embarrassante; car elle tenait à les contenter pour conserver leur alliance ; mais elle avait non moins à cœur de plaire à Fribourg qui était restée car tbolique. Or, chacune des deux villes la pressa d'opter a^itr^ les deux reUgions, Berne lui demandant d'embrasser Jla nouvelle , et Fribourg de garder Tancienne. Pendant Tannée 45?8 , les rapports des Genevois avec les habitants de Berne étant devenus pl\is fréquents qu'avec ceux de Fribourg , les Bernois , dans leurs conversations , ne cessaient de déclamer Go;Ditre les prêtres , contre la défense de manger de la viande pendant le carême , le vendredi et le samedi. Malgré les eiJxor^tions contraires des Fribourgeois qui les engageaient à persévérer dans 1^ religion de leurs ancêtres , les esprits coxp^içnc^rent à être divisés. Quelques-uns des principaujf. Ei4^i]iots, qui avaient entendu, pendant leur séjour à Ber^e ej i^^çs d'^.^fr^? ^^1^ d^ 1^ Suisse , Vexpositipn de la nou-

velle doctrine de la boache même des prédicants, iDcIinaient, nous ne dirons pas vers les nouveaux dogmes qu'ils ne comprenaient pas plus que les anciens, mais vers la suppression des pratiques de la religion catholique , dont la rigoureuse observance était une gêne pour leur conduite. L'abolition des vœux monastiques, de la confession auriculaire, da jeûne, de l'abstinence, flattait leur instinct d'indépendance et de liberté. Ils avaient entendu les prédicants tonner contre les abus de ces institutions qu'ils qualifiaient d'inventions humaines , contre les superstitions , malheureusement trop nombreuses, que l'ignorance et la crédulité avaient introduites dans les pratiques religieuses , et dont il n'était pas diflBcile de faire voir l'absurdité , contre les mœurs du clergé qui , pas plus que celles des laïques , n'étaient alors exemplaires. Or, de tout ce qu'ils avaient entendu, il paraît que les reproches contre les mœurs cléricales les avaient le plus frappés ; car ils voulurent s'en expliquer avec Bonnivard qui habitait alors Genève , l'évêque Pierre de la Baume lui ayant rendu le prieuré de Saint-Victor dont il avait été dépouillé, en 1519, par Jean de Savoie. Ils lui demandèrent donc son avis sur cette affaire. — Si vous m'en croyez, leur dit le prieur de Saint-Victor , vom ferez de deux choses l'une, c'est que, si vous voulez toujours être débauchés, comme vou^ l'êtes à présent, vous ne trouviez pas étrange que les autres le soient aussi, ou que, si vous voulez réformer le clergé, vous lui montriez premièrement le chemin. Le même Bonnivard fut beaucoup moins sage et réservé dans ses paroles , un jour qu'en allant à Berne avec des députés de Genève , il eut envie de voir les lettres d'interdit que les Mamelus avaient obtenues de l'archevêque de Vienne, et fait afficher à la porte des églises. Comme il s'était approché d'une de ces affiches pour la lire , les députés lui dirent : — Gardez-vous bien de faire cela, car lorsque vous l'aurez

lue VOUS serez excommunié. — Vou^ vous trompez, leur répondit Bonnivard en se moquant de leur scrupule , car si vous avez condamné les Mamelus à tort, vous êtes assez excommuniés de Dieu, et si cest avec raison, que peut Varchevêque de Vienne sur vos consciences ? S'il vou^ excommunie, le pape Berthold vous absoudra. C'est ainsi qu'il appelait Berthold Haller dont les prédications avaient converti Berne au protestantisme. Ces discours et d'autres semblables , ainsi que les exhortations des Bernois , jetaient le trouble dans les esprits , les portaient à douter des vérités de la doctrine catholique , et à se révolter contre l'autorité de l'église , quoique personne , dans Genève , n'eût encore renoncé ostensiblement à l'ancienne religion. Cet état des esprits explique pourquoi les conseils furent assez hardis pour désobéir aux lettres de Vienne, en condamnant les Mamelus avec une terrible sévérité. « C'étaient, comme dit Spon , des étincelles d'un plus grand feu qui devait bientôt s'allumer dans Genève. »

Cependant , la guerre continuait entre les Genevois et les

Confrères de la Cueiller ; mais il avait été convenu dans les

diètes que , nonobstant leur état d'hostilité, les deux partis

auraient un libre passage, les uns sur les terres des autres.

Un jour donc que la confrérie devait tenir une assemblée à

Nyon pour les affaires de Genève, on lui permit , comme on

avait fait d'autres fois, de traverser la ville. Pontverre , son

capitaine, fut le dernier à passer. Entré par la porte de la

Corraterie , qui s'ouvrait entre le pont du Rhône et Saint-

Servais, faubourg alors tout ouvert, terrassé seulement en

quelques endroits d'une méchante gazonnade, il voulut sortir

par celle de Saint-Gervais, qu'il trouva encore fermée. Le

portier se mettant en devoir de l'ouvrir , Pontverre furieux

l'accabla d'injures, et même, quand il eut fini de l'ouvrir , il

M donna un soufflet en criant : — Morbteu ! paillard, faut-il

ainsi faire attendre des gentilshommes ? Et continuant J^. jurer, // ne se passera guère de temps, dit-il, que nom riorbattions vos portes, et que nous ne marchions dessus, comme nou^s avons fait autrefois. En même temps il piqua son cheval et sortit.

Le portier alla se plaindre au conseil, et le bruit de l'ou^ trage qu'il avait reçu de Pontverre courut bientôt dans toute la ville. Le peuple en était indigné — « Ce n'est pas assez , disait-on, qu'ils nous fassent toutes sortes d'outrages hors de nos murailles , il faut encore qu'ils en viennent faire dans la ville. Il ne faut pas le souffrir, quoiqu'il en puisse arriver.^ Le conseil, tout en partageant l'indignation populaire, n'o-' sait se venger, pour ne pas exposer aux insultes de Tennemi, le faubourg de Saint-Gervais , qui n'était défendu que par oo . mur de gazon construit à la hâte. Il y mit pourtant des gardes» ainsi que sur le pont du Rhône. Le 2 janvier de l'année suivante (1 529) , les gardes du pont virent entrer, à la fin du jour, dans la ^ille, trois hommes à cheval. L'un d'eux, quoiqu'il s'enveloppât de son manteau, fut reconnu pour le capitaine des gentilhommes de la Cuiller. D'abord on crie : -rr^ Pontverre I voici Pontverre ! Ceux qui se trouvent les plusi rapprochés de lui, mettent l'épée à la main. Lui aussi tire la sienne et cherche à se défendre en battant en retraite; mais il ne peut si bien parer les coups , qu'il n'en reçoive un assez mauvais sur le nez. Malgré sa malencontreuse blessure , il fend la presse avec ses gens, et ils tâchent tous de gagner la porte de la Corraterie. Alors Pontverre, ne sachant où fuir , monte à cheval les degrés de l'hôpital de la Monnaie. Parvenu tout au haut de l'escalier, il met pied à terre , et va se cach^p sous un Ut. On le suit , on le découvre sous ce lit et on 1^ l^rde de coups d'épée, dont un l'atteint à la cuisse et le f^ sortir en furie« Il se jette sur Ami Bandière qu'il blesse de sop poignard; mais les coups d'épée tombent si dru sur 1^, qi^'ijl,

ET DÏS BÉFÔRliiTKimS t)E GtewÈVE. *5fB

est bientôt tué sur la place. Le sjTidic Ami Gifard qui se trouvait ià, fit rendre les hardes et les armes du capitairië à ses gens, qu'on eut soin d'escorter jusqu'au-delà de l'Arve , de JJctir que le peuple ne les traitât comme leur chef. Le corps de Pontverre fut déposé dans la chapelle de l'hôpital de la "Wfoûnsàe etylsité par les syndics ; mais ce n'était plus qu'un icaldâvrë. Deux jours après, Madame deBramdis le fit porter , àVèc la permission des magistrats , au couvent de Rive , et enterrer dans la chapelle de la maison de Temy. On trouva sur lui un écrit qui contenait un ordre pour ses compagnons â^être vêtus de blanc , et le rendez-vous qu'il leur avait '^flôniié(l).

telle fut la fin malheureuse de Pontverre. Les gentilshommes de la Cuiller en furent extrêmement irrités. Ils en portèrent leur plainte au duc de Savoie qui n'en eut pas grand regret, mais qui ne laissa pas d'envoyer en Suisse de^ députés pour s'en plaindre. Les Genevois chargèrent Robert tiiiidel et Jean Lullin d'aller les justifier auprès de leurs àffièé les seigneurs de Berne et de Fribourg. Les chemins

- :(!}■ lié s janvier, Cvniaiima Ducîs, li«teiitii4 dn TÎdomne, tranamit au dac de ,Sf|foie la dépêche soivanie : « Hier , environ les cinq heures du soir, M. de Pont-

«Terre revenant du pays de Yaud , accompagné de M. de Terbois et de M. de Si-

- •^kkn ftt de ses serviteurs ordiuairea , passant par cette ville , fut aaaailli dessous «If pool du Bhône par un gros de bour(;eois et habitants , annés et embastonnés. »I1 piqua son cheval , cuidant gagner la porte de la ville pour se sauver ; mais la

• •MoVant close , et se voyant enviKuiné de toutes parts , il ae mit en défense , se itiiràatde la presse et gagnant une maison voisine , où il fut suivi avec tant de fu- »rie ^ qu^après en avoir blessé deux ou trois , et reçu plusieurs coups mortels , il 'aiiÀitiba par terre, où il fut déchiré décent coups d^épée et de hallebardes. •— J*ai

- Mèppriadu chirurgien qui fut appelé en préaeoce des syndics , qu'outre les autres •coupa qu'U avait à la tète , on l'avait percé d'outre en outre en cinq endroits , et •était telle la rage avec laquelle les mutins poursuivaient ce brav^ cavalier, que ait femme du portier , sortie au bruit , fut jetée à terre enceinte qu'elle était , •foulée aux pieds et étouffée. »

Monod , Httfr. vamimcbitb , dt. p. MagulD.

étant gardés par les ducaux , les deux députés, pour ne pas tomber entre leurs mains, s'embarquèrent sur le lac, et arrivèrent sans encombre aux lieux de leur destination. Ils racontèrent aux deux villes toutes les circonstances de cette malheureuse affaire , et les députés de Savoie furent loin d'obtenir toute la satisfaction qu'ils se croyaient en droit d'attendre. On exhorta seulement les deux parties à rester en paix et à ne rien innover jusqu'à ce qu'on eût trouvé quelque moyen de les mettre d'accord. La Confrérie de la Cuiller , ne tenant aucun compte de ces exhortations, continua d'incommoder la ville de Genève , en interceptant les vivres et en faisant des courses jusque dans les faubourgs. Pour mettre un terme à ces déprédations continuelles, à tous ces actes d'hostilité , les villes de Berne et de Fribourg envoyèrent des troupes au secours de leurs alliés , en même temps que des députés à une diète que ces deux Cantons , conjointement avec ceux de Bâle et de Zurich , se proposaient de tenir à Saint- Julien. Les députés des quatre Cantons vinrent à Genève, prirent connaissance de ses droits et se rendirent ensuite à la diète. Après plusieurs conférences avec les envoyés du duc de Savoie et des gentilshommes de la Cuiller qui demandaient justice de la mort de Pontverre , les députés du duc les appuyant fort peu, mais insistant principalement sur la révocation de l'alliance et le rétabhssement de leur maître dans le vidomnat, les représentants des Cantons renvoyèrent l'examen de ces deux questions à une autre diète , où elles seraient traitées par la voie du droit. En attendant , les députés de Bâle et de Zurich, Cantons médiateurs, ménagèrent une trêve entre le duc de Savoie et les villes de Berne et de Fribourg, pendant laquelle il fut convenu que les habitants de Genève pourraient aller et venir librement , faire le négoce et leurs affaires dans les États de Savoie, sans être inquiétés ; que s'il se commettaitquelque violence contre leurs

jpersonnes , s'ils étaient pillés et détroussés, les juges des lieux leur feraient justice , et que Ton punirait également à ^lenève ceux c^ui se rendraient coupables envers les sujets du ^ucde quelque action de ce genre ; que ces articles de la trêve seraient observés pendant toute la durée de la diète. Les dé- ;g)utés de Berne et de Fribourg déclarèrent à ceux de Savoie et ^es Gantons médiateurs , que leurs villes soutiendraient de 'Sout leur pouvoir la partie qui aurait à souffrir de Tinobserva- *ion de ces articles. Cette trêve fut publiée le 9 mars (1 529) à Genève, d'où les troupes de Berne et de Fribourg se retirèrent, après un séjour de six semaines. Le duc paya 700 écus ^our leurs frais , le reste fut à la charge de la ville.

Les gentilhommes de la Cuiller , n'ayant pas obtenu satisfaction, continuèrent leurs déprédations et leurs insultes. Le 9 mars, ils étaient venus au nombre de dix-huit cavaliers "wêtus de blanc, donner l'alarme au foubourg Saint-Gervais ; snais quelques troupes étant sorties de la ville , ils jugèrent mdent de se retirer. Dans la nuit du 25 mars , qui était le eudi de Pâques , ils vinrent encore, au nombre de 7 à 800, vec des échelles, pour prendre la ville à l'escalade ; mais un gentilhomme qui leur avait promis de leur amener 1 ,400 IKiommes, n'ayant pas tenu parole , le courage leur manqua. ^n appela ce coup de main, la nuit des échelles. Pour se ga- :»antir de semblables surprises, on se tint en garde le mieux ^]u'on put dans Genève; et au défaut des compagnies alliées , ^)n établit une petite garnison aux dépens des citoyens les ;^lus aisés ; ce qui n'empêcha pas les Confrères de la Cuiller, inaaitres de la campagne , et se moquant des criées du duc, ^'outrager les Genevois , et de venir piller et saccager plusieurs maisons autour de la ville.

« Le reste de l'année , dit Spon , se passa en différentes Réputations des alliés, du duc de Savoie et de l'évoque , pour traiter de révoquer la confédération, à quoi les deux derniers

insistaient, comme préjudiciant à leurs droits.» Voilà dône Pierre de la Baume qui a solennellement consenti à TalliafficiÀ des trois villes, le voilà maintenant ligué avec le duc de Savoie pour la faire révoquer. En vérité, ce prélat était rinconstaotb même. Il était bon , généreux, mais d'une telle feiblesâe de caractère, d'une si grande légèreté d'esprit, qu'il devenait lé jouet des événements et des circonstances, et qu'il tournait à tout vent. À peine commençait-il à vouloir une chose qu'il ne la voulait déjà plus. L'inconsistance de ses idées ^tait telle » qu'on pouvait dire qu'il ne savait ce qu'ilVouIait. Ce fut un malheurpourlui-même et pour Genève, qu'iln'eùtpas jointe sa bonté d'âme, à son incontestable générosité, la force de volonté qui commande et l'énergie du caractère qui fait obéir. On peut aussi lui reprocher d'avoir trop oubliéqu'il étaitévèque et prince de Genève , et pas assez qu'il possédait des bénéfices en Savoie. Il avait mérité l'affection du peuple par des actes mémorables ; maïs il la perdit, parce qu'il voulut reprendre ce qu'il lui avait donné. Il aurait dû pourtant savoir que les droits qu^un prince concède à son peuple ne sont pas on dépôt, nr un prêt, qu'il peut retirer à son gré , mais une donation irrévocable. Nous l'avons vu se démettre en faveur des syndics,'de sa juridiction dans les affaires civiles; un an après, le 23 avril 1 528, il leur écrivit avec aigreur qu'il était regrettable, que son oflBcial, n'ayant plus rien à faire , se fût retiré de Genève. Enfin, le 23 du môme mois, il leur fit signifier par son secrétaire, des lettres par lesquelles il révoquait le pouvoir qu'il leur avait donné de juger les causes civiles , -et leur défendait d'en prendre connaissance, sous peine d'excommunication. On répondit au prélat qu'il avait donné ce pouvoir aux syndics et conseil, dans toutes les formes et delà manière la plus solennelle, et qu'il était de leur devoir de ne pas s'en dessaisir. Cependant, comme l'évoque menaçait de porter ses plaintes à l'empereur, on résolut de ne connaître que des

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procès de ceux qui se soumettraient volontairemeut au jugement des syndics. Peu de jours après, le prélat permit encore aux syndics de juger les causes civiles ; puis, changeant toutà-<x)up d'avis, il le leur défendit de nouveau. Il était alors en Bourgogne. Enfin il y eut une sorte de compromis entre son i^caire et les syndics, en vertu duquel ces derniers connaîtraient seulement des procès civils entre laïques , et Tofflcialité de ceux du clergé.

L'année suivante (1 529), l'évêque renouvela ses instances, pour qu'on lui rendit la juridiction de toutes les causes civiles, exhortant en même temps les syndics et conseil à restituer au duc le vidomnat, et à consentir à la révocation de l'alliance des trois villes. Mais comme il trouva qu'on ne lui avait pas répondu d'une manière satisfaisante sur ces deux articles , il s'unit d'intérêt avec le duc de Savoie, et devint, dès-lors, en apparence, l'ennemi irréconciUable des Eidgnots, c'est-àdire, de la presque universalité des habitants de Genève.

La diète où l'on devait traiter de la révocation de l'alliance et du rétablissement du vidomnat, avait été assignée au 23 avril (4529). Sur les instances des envoyés du duc de Savoie, il avait été convenu que ceux de Berne et de Fribourg donneraient leur consentement à la révocation , si le peuple de Genève y donnait aussi le sien. Les députés de ces deux villes vinrent donc à Genève avec ceux de Zurich , de Soleure et de Bâle, pour engager le peuple à donner ce consentement. Ils eurent une audience de tous les conseils, qui furent unanimes pour rejeter la proposition ; et dans le conseil général, chacun leva la main et jura qu'il mourrait plutôt mille fois que de renoncer à l'alliance. Les députés étant retournés à Payerne, convinrent qu'il ne restait plus qu'à résoudre la question par la voie judiciaire. En conséquence , la cause fut plaidée devant quatre arbitres, deux pour le duc de Savoie, et deux pour les villes de Berne et Fribourg. Les parties entendues, les artw*-

très ne purent s'accorder, ceux de Savoie s'étant prononcés pour rompre l'alliance, et les autres pour la conserver. Il fallut donc recourir à un tiers arbitre, et Ton choisit le comte de Gryère, vassal et conseiller du duc , lequel jugea que Talliance était illégale et devait être rompue (1).

La ville de Genève, en apprenant cette nouvelle , fut dans la consternation. Elle envoya des députés aux seigneurs de Berne et de Fribourg, pour les prier instamment de ne pas acquiescer à la sentence du comte de Gryère. Les démarches de ces députés , qui étaient Vandel , Sept et Philippe , furent couronnées de succès. Ils apportèrent à Genève l'acte de la confirmation de l'alliance , muni des sceaux des deux villes. Bien plus, les Bernois et les Fribourgeois, pour ne laisser aucun doute sur leurs bonnes dispositions envers leurs confédérés genevois , rompirent leur alliance avec la maison de Savoie, en coupant le sceau du traité qu'ils avaient fait avec le duc Philibert.

Depuis que les syndics et le conseil ordinaire jugeaient les causes civiles, les affaires d'état les empêchaient de consacrer un temps convenable à l'instruction et à la décision des procès, même de ceux de minime importance que jugeait auparavant le vidomne. Il est vrai que depuis, le mois de février 1 528, où l'on résolut de supprimer le vidomnat, un syndic et six assesseurs, tant du petit que du grand conseil , étaient chargés d'en tenir la place. Mais comme le conseil général n'avait pas été consulté, les membres de ce nouveau tribunaj ne se trouvant pas suffisamment autorisés, n'exerçaient leurs fonctions qu'avec une certaine répugnance. Pour couper court

( 1) Le comte de Gryère , dit-on , avoua plus tard qu'il avait eu tort de se prononcer contre l'alliance des trois villes , et déclara qu'elle avait été légalement contractée.

à tous ces inconvénients , le conseil des Deux-Cents , décida le 7 novembre 1 529 , de le constituer d'une manière fixe et définitive , et de le composer d'un lieutenant et de quatre assistants , qu'on appela depuis auditeurs. Il fut également résolu que le conseil des Deux-Cents, comme il avait coutume de le faire à l'égard des syndics, nommerait les membres de ce tribunal à double , et que le peuple choisirait ceux de ces candidats qu'il voudrait; que le conseil général donnerait son approbation à l'institution de ce nouveau tribunal, qui tiendrait lieu de celui du vidomne, cause ou prétexte de tant de maux qui avaient affligé la viUe , et dont le nom et l'offlce seraient abolis pour toujours ; enfin qu'on enverrait des députés à l'évoque pour qu'il approuvât le nouvel établissement.

Toutes ces résolutions furent confirmées par le conseil général. On élut pour lieutenant, Claude Richardet, et pour les quatre auditeurs , Nicolin du Crest , Girardin de la Rive , Claude Savoy e et Jean Balard. On envoya des députés à l'évoque , qui habitait la Franche-Comté , pour lui demander son approbation. Le prélat leur dit secrètement qu'il en était satisfait ; mais qu'il voulait que le duc de Savoie n'en sût rien , pour ne pas le mécontenter , lui ayant promis de ne rentrer qu'avec lui dans Genève. D'autres députés qu'on lui envoya furent obligés de s'en retourner , sans avoir pu lui parler.

Les membres du nouveau tribunal prêtèrent serment devant le conseil ordinaire de remplir fidèlement leur devoir. On adressa aussi un règlement dont les articles , approuvés par le grand conseil , devaient guider le lieutenant et les auditeurs dans la procédure. Et puisqu'il a été déjà plusieurs fois question de ces différents conseils de Genève, il ne sera pas hors de propos d'en faire connaître l'histoire. Le grand conseil, qui était le même que celui des Deux-Cents, CC, fut établi , de même que le conseil des Soixante , peu de temps

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après le traité d'alliance avec Berne et Fribourg , à rimitation du gouvernement de ces deux villes. Le conseil des Soixante était supérieur au conseil ordinaire, appelé aussi le petit conseil, et celui des Deux-Cents Tétait aux deux autres. Après la création de ces deux conseils, on songea à la manière de les composer ou d'en élire les membres , de même que ceux du petit conseil. Mais ce ne. fut qu'en 1 530 que leulr organisation fut définitive. Jusqu'alors les quatre syndics avaient fait entre eux l'élection du conseil ordinaire , chaque syndic cboisissant quatre conseillers pour l'année courante. Le conseil des Deux-Cents crut que ce mode de procéder donnait trop de pouvoir aux syndics, et laissait beaucoup trop de place à la faveur et à Tintrigue , ce qu'on pourrait éviter en faisant l'élection du petit conseil dans celui des Deux-Cents. Afin d'établir un juste équilibre parmi ces corps délibérants , il fut résolu que le conseil ordinaire nommerait à son tour les membres du grand conseil.

Ce fut en cette même année (4530) que Bonnivard tomba de nouveau entre les mains du duc de Savoie , qui le garda près de sept ans prisonnier dans le château de Chillon. La longue détention du prieur de Saint-Victor l'empêcha de continuer le rôle important qu'il avait joué dans les événements politiques; mais à sa sortie de prison, il se fit écrivain, et comme tel il mérite d'être cité comme une des gloires de Genève. Son esprit original , plein de verve , et sa franche gaité gauloise lui donnent une place distinguée entre Rabelais et Montaigne. Son instruction était solide et variée. C'était un gentilhomme savoyard , qui hérita de son oncle paternel du riche prieuré de Saint-Victor; mais comme beaucoup d'abbés de son temps, il n'avait ni l'esprit, ni les mœurs ecclésiastiques. Il s'était jeté dans le parti des Eidgnots par suite de son humeur belliqueuse , de ses instints d'opposition et d'iadépendaace. Il se voua coips et âme à la défense défi

ET DES lUÉFORMlTEURS DE GERÈYE. 433

libertés de Genève , et s'il embrassa la réforme , ce ne fût nullement par goût , mais par ce qae ses amis , les principaux des Eidgnots, l'avaient embrassée. On ne comprendrait même pas comment avec son esprit scepticpie et satirique , son caractère ouvert, jovial et généreux, Bonnivard eût pu vivre longtemps à Genève , dans la sombre atmosphère de Calvin , dans ce milieu d'austérité apparente et de froide hypocrisie , s'il n'eût été placé sous des garanties particuhères. Une assez notable partie du territoire de Genève se composait des terres du prieuré de Saint-Victor , dont Bonnivard avait fait cession à la ville , pour l'entretien de l'hôpital des pestiférés , moyennant une rente viagère dé quatre écus et demi par mois. Le gouvernement de Genève, avait donc grand intérêt à le ménager. Aussi lui arrivait-il de le consulter dans les affaires importantes. C'est ainsi qu'on lui demanda son avis , quand le fougueux réformateur Farel , en 4536, adjurait les syndics de contraindre les prêtres de la campagne à renoncer à la religion catholique. Bonnivard répondit sagement aux magistrats qu'il ne fallait pas forcer leur.conscience ; mîais il ne fut pas assez heureux pour les amener à ses sentiments de tolérance et de liberté. Du reste, même sous l'omnipotence de Calvin , les magistrats genevois usèrent envers l'ancien prieur d'une paternelle indulgence ; ils se contentaient de le rappeler de temps en temps à plus de régularité dans ses paroles et dans sa conduite , et à lui faire épouser malgré lui ses chambrières en légitime mariage. Ils l'avaient chargé d'écrire les chroniques de Genève , qui sont l'œuvre capitale de Bonnivard. Mais outre ces chroniques , il composa nombre de petits traités d'histoire , de morale, d'érudition, dont une partie est encore inédite, quoi qu'aucun de ces ouvrages ne soit sans valeur.

La longue détention du prieur de Saint-Victor dans le château de Chillon est devenue célèbre. Le duc de Savoie lui

avait donné un sauf-conduit pour aller visiter à Seyssel sa mère malade. Trahi par un gentilhomme qui lui servait de guide et raccompagnait à Lausanne , Bonnivard fut livré par ce misérable à Roscy-de-Thonon et à d'Eyriés , bâtard du duc de Beaufort , deux débauchés ruinés, qui le dévalisèrent. Ils le conduisirent ensuite au château de Chillon, où le duc de Savoie qui, dit-on, n'avait pas donné l'ordre de l'arrêter, le retint prisonnier pendant six ans et demi. Il ne fut pas trop resserré pendant les deux premières années ; mais le duc étant venu à Chillon , le fit enfermer dans une cave plus basse que le lac , et où le malheureux demeura jusqu'à ce que les Bernois, s'étant emparés du pays de Vaud, vinrent le mettre en liberté. A force de marcher dans son cachot, il avait usé et creusé le roc. François Bonnivard était né en 1 493 , 6t mourut à Genève en 1 570 (1 ).

Pendant l'année 1530, les gentilshommes de la Cuiller continuèrent leurs déprédations et leurs insultes. L'évèque lui-même favorisait leurs entreprises ; car au mois d'août on surprît des lettres du prélat, datées d'Arbois , par lesquelles il leur donnait commission de châtier ses sujets rebelles. Ces lettres furent produites par les députés du duc à la diète qui se tint quelques mois après à Paycrne. Les Bernois et les

(1) fiCLLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE L'IIiST. DE FrANCE , Tï* de juin 1857. — Spon , HiST. DE Genève, l. I et II, p. 13. — M. Galiffe, dont on ne peut contester la profonde connaissance do Phistoire de Genève, ju^re très-sévèrement Bonnivard , sous le rapport de sa moralltt^" comme homme et comme historien. « Le premier de ces écrivains à gage, dit-il, fut Bonnivard, méprisable moine défroqué, parasite et faux témoin, dont les camarades d^iniquité , ont fait une espèce de saint pour te brillanter de son auréole. Pensionné par le conseil pour écrire Phistoire de Genève, au lieu de proOtcr des matériaux historiques qu^on sVtait empressé de mettre à sa disposition, il composa une espèce de roman, qui fourmille de mensonges etdMmpostures, et qui a induit en erreur tous ceux qui se sont imaginé travailler à Phistoire de Genève jusqu'à nos jours.» — Lettre sur l'Hist. de Genève, par M. Galifle, p. 4, et Notes Généalog., t. Ill, p. 68, cit. par Magnin.

Fnbourgeois demandaient en vain à ce prince de mettre un terme à des désordres qu'il ne pouvait et ne voulait empêcher, étant bien aise de mortifier les habitants de Genève. Ces derniers furent informés que les Confrères de la Cuiller avaient rassemblé des troupes dans l'intention manifeste de se rendre maîtres de la ville et de tout passer au fil de Tépée. Ils députèrent Vandel et LuUin à Berne et à Fribourg, pour en instruire leurs alliés et leur demander un prompt secours. En attendant, on se tint sur ses gardes. Les ennemis firent une escarmouche au. faubourg Saint-Victor et à celui delà Corraterie. Ils vinrent dans la nuit aux pieds des murailles ; mais ils n'osèrent les escalader. Le lendemain ils saccagèrent le faubourg Saint-Léger, où on leur fit quelques prisonniers, qui découvrirent leur dessein.

Cependant les deux Cantons alhés, connaissant à quelles extrémités Ton était réduit à Genève , vinrent enfin à son secours. Berne envoya sept mille hommes et douze pièces de canons, sous la conduite de Tavoyer d'Erlach ; Fribourg , deux mille hommes et quatre pièces , et quelque temps après Soleure envoya aussi cinq cents hommes avec deux pièces de canons. Deux à trois mille volontaires se joignirent à cette armée, qui arriva à Morges, où elle apprit que les ennemis se retiraient. Elle y resta quatre jours, et dans le même temps il y vint des députés des dix Cantons et du Vailais pour proposer quelque accommodement entre Genève et le duc de Savoie. A la demande des Genevois , l'armée commença à. déloger de Morges pour s'approcher de leur ville, incendiant, dans sa marche , le château de Rolle et la plupart des autres châteaux qui appartenaient aux gentilshommes de la Cuiller, et dont les garnisons s'étaient retirées en Bourgogne ou à Thonon. Elle brûla également tout ce qu'elle y trouva de provisions, et ruina presque tout le pays de Vaud. Une partie ifis soldats de Fribourg et de Genève se mirent à piller les

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environs delà ville, sans qu'il fût possible de les en empêcher, répondant à ceux qui leur en faisaient des reproches , qu'ils ne voulaient pas mourir de faim. Cent vingt cavaliers ou mousquetaires des compagnies genevoises se signalèrent dans un coup de main près de Meyrin , où ils étaient venus fourrager. Comme on sonnait le tocsin, ils furent découverts par une troupe de 8 à 900 hommes d'infanterie et de cinquante cavaliers , divisée en trois petits corps , dont un était embusqué dans le bois , et les deux autres du côté de la montagne voisine. Ils tombèrent sur celui qui était dans le bois , lui tuèrent soixante hommes , prirent le reste ou le mirent en fuite. Ce vigoureux coup de main épouvanta les deux autres corps qui décampèrent au plus vite. Il ne périt du côté des Genevois qu'un jeune homme qui s'était écarté pour prendre la fuite.

Deux jours après, l'armée des alliés arriva à Genève et y logea tout entière. (1) A peine était-elle entrée dans la ville, qu'on parla de faire quelque accommodement avec le duc de Savoie. On choisit, pour heu de réunion. Saint- Julien , où les députés se rendirent avec sauf-conduit. On y conclut la paix à la hâte , sans rien décider sur le vidomnat et les frais de la guerre , qu'on réserva pour les premières diètes qui se tiendraient en Suisse. Seulement , il fut convenu qa'on rendrait les prisonniers , et qu'il ne serait commis aucun acte d'hostihté de part ni d'autre , sous peine , pour le duc , de la perte

(1) Daraat cetto expédition , les soldats de Berne commirent toutes sortes do profanations dans les éjrlises, en haine de la religion catholique , brisant , incendiant les images et les statues, démolissant les autels, enfonçant les tabernacles , pour en enlerer les ciboires et les ostensoirs, dont ils répandaient*sur le sol les hosties consacrées C'était au milieu de ces dévastations sacrilèges que leurs prédicants montaient en chaire et leur prêchaient ce quHls appelaient , /a pure parole de DUu.

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du pays de Vaud , et pour Genève , de la révocation de Talliance. Après la conclusion de cette sorte de trêve , Tarmée se retira, étant demeurée dix jours dans la ville, qui avait été, dit Spon, « mangée dedans par les amis , et saccagée dehors par lesennemis.»Les gentilshommes de la Cuiller recommencèrent aussitôt leurs hostilités accoutumées , et le duc de Savoie, non content d'empêcher rentrée des vivres dans €renève , leva de nombreuses troupes pour en faire le siège, les Suisses avertirent même la ville que le duc de Nemours , comte de Genevois, avait rassemblé 10,000 lansquenets à Jiontbéliard pour la saccager.

Sur ces entrefaites , la diète des Cantons se tint à Payerne le 3 décembre (1 530). Le duc et les Genevois y envoyèrent 4es députés. Le prince y demanda TannuUation de Talliance entre Berne , Fribourg et Genève , conformément à la sentence du comte de Gryère , la restitution du vidomnat et des antres droits qu'il prétendait avoir sur la ville , le rétablissexient des bannis dans leurs biens et honneurs , et le paie- :iïient par les Bernois et les Fribourgeois de 200,000 écus pour les frais de la guerre.

L'évêque , voyant à la tournure que prenait l'affaire, ^qu'elle allait être décidée par la diète de Payerne , écrivit ^ux syndics et conseil de Genève , qu'il avait des propositions *à faire pour procurer à la ville une solide paix avec le duc de Savoie, pour laquelle il s'offrait d'obtenir l'agrément du pape , de l'empereur et des ligues des Suisses. On lui envoya ^es députés en Franche-Comté , où il se trouvait alors , pour le remercier de ces ouvertures , mais pour lui dire en même temps que, les Cantons étant saisis de cette affaire , on avait Je regret de ne pouvoir accepter ses propositions. Il y a toute apparence que Pierre de la Baume avait informé l'empereur de ce qui se passait, et l'avait prié d'être l'arbitre des difficultés qui devaient être soumises au jugement des Can-

tons. Ce qu'il y a de certain , c'est que Charles-Quint écrivit une lettre aux syndics . conseil et communauté de sa cité impériale de Genève, par laquelle il leur déclara qu'ayant appris qu'il était question entre eux et le duc de Savoie de choses concernant la juridiction et seigneurie de Genève , qui étaient de fondation impériale , il les requérait et leur enjoignait de lui remettre la connaissance des difficultés qu'ils pourraient avoir h ce sujet , soit avec le duc , soit avec l'éTèque. Cette lettre , datée d'Augsbourg du 18 novembre 4530, panint aux Genevois par le canal de Pierre de la Baume.

Après en avoir longuement délibéré , tant dans le petit « que dans le grand conseil , on répondit à l'empereur en termes fort respectueux , que les seigneurs des ligues avaient arrêté de prendre connaissatice des difficultés dont il s'agissait , dans une diète qu'ils devaient tenir à la fête de saint André qui tombait le 30 novembre , jour où l'on avait seulement reçu la lettre de sa majesté impériale , et qu'on ne saurait par conséquent , en cette occasion , se conformer à sa volonté. Les députés des ligues étant donc assemblés à Payerne, proposèrent aux parties de les accorder à l'amiable; mais comme elles refusèrent d'entendre à aucun accommodement , il fut prononcé sur chaque article selon la rigueur du droit. Les principaux des ces articles étaient : I** celui du vidomnat : 3^ celui de l'alliance de Genève avec Berne et Fribourg ; 3^ celui des frais de la guerre.

Les juges prononcèrent sur le premier article , que le duc devait être réintégré dans le vidomnat sans préjudice des droits de l'èvèipie, non plus que des privilèges et des libertés de la ville. Ils réservèrent les droits du prélat . parce que les députés de Genève soutenaient que le vidomnat lui appartenait , et que Pierre de la Baume avait envoyé un exprés à la iliète pour demander qu'aucun de ses droits ne fut aliéné. Sur le deuxième article . les envovès du duc de Savoie sou-

tinrent que l'alliance de Genève avec Berne et Fribourg était nulle , parce que dans celle que ces deux dernières villes avaient contractée avec le duc Philibert-le-Beau , elles s'étaient engagées à n'en faire aucune avec ses sujets'; que dans le traité du duc régnant fait avec les Suisses en 1512, les Cantons avaient promis de ne recevoir pour alliés aucun des enclos dans les états de Savoie , ce qui paraissait clairement par le mot incolas de l'acte écrit en latin ; enfin que les Genevois avaient reconnu qu'ils n'avaient aucun droit à contracter des alliances par la renonciation qu'ils avaient faite , en 1519 , à celle de Fribourg.

Les envoyés de Berne et de Fribourg répondirent que la ville de Genève était indépendante des ducs de Savoie, comme leurs supérieurs en avaient été convaincus par l'examen qu'ils avaient fait de cette question , avant de conclure l'alliance , et en particulier par le livre des franchises de cette ville ; que les députés de Savoie prouvaient assez qu'il en était ainsi , en ne demandant pour leur maître aucune souveraineté , mais seulement le vidomnat ; que les seigneurs de Berne et de Fribourg , avant de signer ce traité d'alliance avec Genève, avaient sommé le duc de Savoie, à plusieurs reprises et dans différentes diètes , de produire ses titres et droits à la souveraineté de cette ville ; mais qu'il n'en avait pu produire aucun ; que Genève était une ville impériale , et que l'évêque, qui en était le prince, avait consenti à l'alliance ; que le mot latin incola ne signifiait pas enclos, comme le prétendaient les envoyés du duc, mdds habitant, [de sorte qu'on ne pouvait pas dire que les Cantons fussent obUgés à ne pas recevoir pour alliés ceux qui étaient enclos dans les États de Savoie, mais seulement ceux qui y demeuraient, c'est-à-dire, les étrangers qui y faisaient leur résidence.

Sur le dernier article qui regardait plus particulièrement Genève , les députés genevois répondirent que leurs supé-

rieurs n'avaient renoncé que par force, en 1 519 , à l'alliance de Fribourg, le duc étant entré dans la ville avec son frère et une armée de 8,000 hommes, au lieu d'y venir avec son train ordinaire, comme ill'avait promis. Et pour prouver qu'ils ne disaient que la vérité , les mêmes députés rappelèrent les violences qui avaient suivi l'entrée du duc dans Genève ; comment , quelques mois après , on avait fait couper la tête à Berthelier , et comment l'évèque Jean de Savoie , de connivence avec le duc, avait fait déposer du syndicat et remplacer par leurs créatures ceux qui ne leur étaient pas tout dévoués. Ils ajoutèrent que les Genevois , en renonçant, en 1519, à l'alliance de Fribourg, n'avaient pas pris l'engagement de n'en plus contracter dans la suite, et que l'acte de cette renonciation devait encore être regardé comme nul , parce que le duc lui-même avait déclaré , en 1 519 , dans des lettres en bonne forme , que tout ce qui avait été fait dans Genève , pendant que son armée l'occupait , ne devait point déroger aux libertés de cette ville ; enfin que l'alliance de 1 526 n'avait pas été contractée par procuration , mais par la communauté tout entière.

La diète décida que l'alliance de 1 526 devait être maintenue, parce que, si celle de 1519 avait été déclarée nulle, comme ayant été négociée sans la volonté et la participation de l'évèque et prince de Genève , ce dernier , au contraire , avait consenti à l'autre et l'avait jurée; que la ville de Genève, quoique enclavée dans les États du duc de Savoie, n'en était pas moins libre et indépendante de ce prince , se trouvant dans les mêmes conditions que plusieurs villes d'Allemagne, et les traités d'alliance des Cantons avec le duc de Savoie ayant seulement réservé ses sujets et les habitants de ses États.

Sur le troisième article concernant les frais de la guerre , les juges prononcèrent de la manière suivante : Que la

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guerre , qui depuis quelques années aTait réduit la ville de Genève aux dernières extrémités , avait , à la vérité , pour auteurs, du moins en partie, les gentilshommes du voisinage de cette ville, et qu'il paraissait que Tévêque, surtout dans les derniers temps , n'y avait pas peu contribué ; que cependant, comme le duc de Savoie, s'il l'eût sérieusement voulu, aurait empêché ses sujets de commettre les actes d'hosti- Uté qui avaient causé tant de dépenses aux villçs de Berne , Fribourg et Genève, il ne serait pas juste qu'il fût quitte et dédiargé de tous frais ; que la diète condamnait donc le duc à payer à ces trois villes , en trois termes consécutifs , la somme de vingt et un mille écus, qu'il pourrait recouvrer sur les biens , rentes et révenus que l'évêque possédait dans les États de Savoie, et sur ceux des gentilshommes qui avaient, disait-il, fait la guerre aux Genevois contre ses ordres , lui réservant de plus son droit d'exercer contre eux toutes autres poursuites, s'il jugeait à propos d'en exercer. Ce jugement de la diète fut rendu à Payerne , le 21 décembre 4530. Malgré les instances des envoyés de Berne et de Fribourg , qui demandaient à la diète l'élargissement de Bonnivard emprisonné dans le château de Chillon , les juges refiisèrent de prononcer sur cet article , pour lequel , direntils , ils ne s'étaient pas assemblés.

Le duc de Savoie n'exécuta de la sentence de la diète que ce qui le favorisait. Il élut un vidomne et l'envoya à Genève. Le conseil lui fit demander le paiement de 7,000 écus pour le tiers de la somme que la diète l'avait condamné à payer aux trois villes ; mais il n'en reçut aucune réponse. Il lui fit demander aussi de mettre Bonnivard en liberté , et le prieur de Saint-Victor n'en resta pas moins en prison. Delà de nouvelles brouilleries entre le duc et les Genevois , qu'ils tâchaient d'assoupir, en s'envoyant continuellement des députés de part et d'autres. En 1 532, il y eut redoublement

de mésintelligence ; le duc défendit à ses sujets de porter des vivres à Genève , et Ton disait qu'il faisait venir dix mille Italiens et trois cents lansquenets pour s'en emparer. Il vint s'établir à Gex avec quantité de noblesse du voisinage. U s'était rapproché de Genève dans l'espoir de rompre enfin cette alliance des trois villes qui lui donnait tant de soucis. Et ce n'était pas sans raison qu'il se flattait d'y réussir , car depuis la sentence de Payerne, ses émissaires avaient si bien travaillé les esprits à Berne et à Fribourg , que ces deux Cantons envoyèrent des députés aux Genevois pour les engager à renoncer à leur alliance , et à s'entendre avec le duc de Savoie. Ces députés eurent une audience de tous les conseils qui rejetèrent leur proposition à l'unanimité. On leur répondit qu'on était résolu à garder religieusement l'alliance, et à s'en tenir à l'arrêt de Saint-Julien et à la sentence de Payerne. Dans le conseil général , le peuple s'écria tout d'une voix : Il est ainsi, nous ne voulons faire autre, et plutôt mourir I

Après avoir encore échoué dans sa nouvelle tentative, le duc découragé quitta la Savoie au mois d'août (1 532), et retourna dans le Piémont. Genève jouit , dès-lors , de quelque tranquillité au dehors ; mais il n'en fut pas de môme au dedans; car ce fut dans ce temps-là qu'elle commença à être sérieusement envahie parla réforme reUgieuse.

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