‹ Histoire de la réforme et des réformateurs de GenèveChapitre 23 sur 51 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

le religieuse à Genève. — Impuissance de Karel à y rétablir Punité de loi. -Arrivée de Calvin. — Sa vie. — Son Instilutlon chrétienne. — La duchesse ^errare.

îetit, de pauvre apparence , le teint pâle et brûlé par le

^^^leil, au menton deux ou trois touffes d'une barbe rousse

^"t mal peignée, » (1) tel était encore Farel , quatre ans

*^*^^s que, sous la protection des seigneurs de Berne, il

'^îl pris possession de Genève. C'était toujours aussi ce

^ } Le Crroiiiqueur , cité par Âudin , HuT. de Calvin •

bouillant prédicant animé d'une ardeur fébrile , traquant les .prêtres et les moines , toujours prêt à prêcher et à disputer. 'Ses colères, ses emportements contre tous les vestiges de l'ancien culte ne déplaisaient point au peuple, qui est comme les enfants , et détruit souvent en uu jour ce qu'il a passionnément aimé pendant des années. Il lui avait donc été fadle de recruter une bande d'iconoclastes qui , tout pleins de son esprit , faisaient la guerre aux chapelets , aux médailles, aux crucifix, aux images et aux reliquaires. Mais si le peuple était pour lui , les citoyens sages et modérés commençaient à s'inquiéter du despotisme fantasque , de la fiévreuse intolérance de cet apôtre furibond, dont la parole ne ménageait rien , et ne respectait nullement les libertés de Genève.

Farel porta même une grave atteinte à ces libertés , en faisant publier une profession de foi où il élevait l'excommunication à la puissance du dogme. « Nous tenons, disait-il » dans ce formulaire , nous tenons la discipline d'excommu- » nication estre une chose sainte et salutaire entre les fidèles, » comme de nostre Seigneur elle a esté instituée pour bonne » raison. C'est afin que les méchants, par leur conversation » damnable , ne corrompent les bons et ne déshonorent » nostre Seigneur ; et aussi que, ayant honte, ils se tournent y> à pénitence : et pourtant nous entendons qu'il est expé- »dient, selon ordonnance de Dieu, que tous manifestes » idolastres , blasphémateurs , meurtriers , larrons , pail- » lards , faulx tesmoins , séditieux , noiseuls , destraicteurs , » batteurs, y vrongnes, dissipateurs de biens, après avoir » estédeument admonestez, s'ils ne viennent à amendement, » soyent séparez de la communion des fidèles jusqu'à ce » qu'on y aura recognu repentance. »

Il y avait donc une sourde opposition dans les conseils contre les tendances du prédicant à empiéter sur leurs pré-

rogatives , à s'immiscer dans la police de la cité , à se couvrir da manteau de la religion pour intervenir dans la répression des délits et des crimes , au mépris de la constitution de l'État et des franchises des citoyens. D*un autre côté, si de tous les convertis à la foi nouvelle , les uns fanatisés par la parole ardente de Farel , croyaient aveuglément en lui , les autres n'avaient embrassé sa doctrine qu'avec restrictions et réserves: Quelques citoyens résistaient même à Tentraînement général , et comme le conseiller Jean Balard , demeuraient inébranlablement attachés à l'ancien culte. Plusieurs regrettaient, au fond du cœur, de s'être trop hâtés de l'abandonner pour les dogmes nouveaux , auxquels ils ne pouvaient croire. Enfin, il y en avait qui , au milieu de toutes les disputes théologiques, de toutes les controverses religieuses, ayant perdu toute croyance aux vérités révélées , étaient devenus , comme Viret les appelle dans l'épître dédicatoire de son Instruction chrétienne, déistes ou athéistes, ou bien indifférents pour toute espèce de religion : d'autres, au contraire, avides de nouveautés, regardaient la dernière religion qu'on leur prêchait comme la meilleure.

Tel était alors l'état des esprits à Genève. La révolution religieuse était accomplie ; mais elle avait produit une sorte de désorganisation morale , d*où l'on ne pouvait sortir que par un complet retour à l'ancien culte, retour que les prédicants et les Bernois auraient empêché par tous les moyens. Mais si leur influence était assez puissante pour y mettre obstacle, elle ne l'était pas assez pour coordonner les éléments de l'ordre moral que la révolution religieuse n'avait pas entièrement détruits, mais qui pour être solidement reconstitués, avaient besoin d'une sorte de dictature. Se rendre maître d'une pareille situation ne déplaisait point à Farel, mais sa nature de tribun , quoique fortement trempée , manquait des qualités nécessaires à un dictateur. En effet , pour bien

S79 HISTOIRE DB U. SéFORW

resipiir le i^le de dictateur , il âe s'agit pis d'a^ofir ^ comme le bouillant Dauphinois , le ponroir de détruire , mais avant tout, ce qu'il n'avait pas, la science d'édifier. A la vérité» son collègue Viret, pouvait, jusqu'à un certain point, 16 suppléer et l'aider dans cette œuvre d'édification sodate % malheureusement , à la douceur et au liant de son caractère , Yiret n'unissait pas suffisamment cette énergie ferme ^ pei^ sistante , sans laquelle on ne peut mener à bout une œuvrer aussi difficile. D'ailleurs, les eiforts de la lutte auraient briser au moindre choc , sa frêle santé , depuis longtemps minés par une maladie incurable , qui devait bientôt donner à son corps , comme il le dit hd-même , l'apparence « d'une anaU^ mie séehe, digne de pitié, y^

Faret sentait son impuissance , et pewtant il sci i0fp(m réduil à ne compter que sur hii-méme , lorsqu'un }cw Ù6t mois de septembre 4536, on vit descendre d'une moilêdfe voiture qm venait d'entrer dans Genève et s'était arrêtée ée^ vaut une auberge , un jeune homme de 27 ans, simplement vêtu, ayant les traits du visage amaigris, le teint bran et pâle , le nez aquilin et le menton ombragé d'une barbe noire, dont les poils rares et longs étaient taillés en pointe comme celle de François F". Ses yeux noirs brillaient d'un feu sombre ; sa taille était moyenne, sa voix forte et éclatante. Enfin, il avait dans son air et dans ses manières quelque chose de désagréable et de farouche qui rebutait, au premier abord , ceux qui ne le connaissaient pas (I). Cet étranger ne comptait passer qu'une nuit dans la ville , et le lendemain il devait sé lever de bonne heure et prendre la route de B£le ; mais it

(1) Audb, HiST. DE Calvin, 1. 1", p. 204;— Maimbourç, Hist. du CALTnnan, p. 306.

ET DE^ ItÉWmMÂTEtms M5 (ÎHIÉVE. 274

éfaf t dêceuvert : Tîret Tavait aperçu , et Parel , ayerti de so» arrivée, s'était empressé de venir le trouver à Tauberge oA il était descendu.

Ce jeme homme, déjà célèbre, n'était autre que Jean Caltfe. il ne voulait pas, dit-on , rester à Genève, ni môme se Ser à ancfine église , É^is se considérant comme un apôtre de la loi nouvelle, il voulait la répandre partout, selon le besoin des âmes , et ne s'arrêter nulle part. Farei , qaï l'avait CDiinii à Paris , avait deviné son génie organisateur , et il sentait combien son secours lui était nécessaire à Genève , pour consoUder l'édifice de la Réforme ; car il craignait de le voir crouler sous sa main , beaucoup plus habile à manier le pic et le marteau cftie le compas etl'équerre. Il lui exposa donc, en termes pressants , le besoin qu'il avait de lui ; mais ses exhortations et ses prières ne pouvaient décider son compatriote à Faider dans son entreprise. Calvin s'obstinait à vouloir s'en aller, en prétextant que ses goûts et ses études ne Im permettaient pas de remplir dignement la fonction de ministre qae lui proposait Farel. Surpris d'une résistance qu'il ne croyait pas rencontrer, le fougueux Dauphinois s'irrite, s'emporte, menace et s'écrie en prenant un ton d'inspiré : — « Je te déclare au nom de Dieu tout-puissant , à toi qui couvres ton refus du prétexte de tes études , que si tu ne nous aides à faire notre œuvre , le Seigneur te maudira pour avoir moins aimé le Christ que toi-même I Studia tua prœfextenti denuntio, omnipotentis Deinomine, futurum ut, nisi im opus istud incumbas nobiscum, tibi non tàm Chnstum qxmm te ipsum quœrenti Dominus malediccU (<). »

Calvin n'osa résister davantage en entendant cette impré-

(1) Théodore de Bèze, cité par Àudin. Hist. de Caltin , t. I*', p. 204 •

cation. « Maître Guillaume Farel , dit-il dans sa préface sur » les Psaumes , me retint à Genève , non pas tant par conseil' » et exhortation , que par une adjuration espouvantable , » comme si Dieu eust estendu sa main pour m'arrester . Quand » il vit qu'il ne gaignoit rien par prières , il vint jusqu'à une' » imprécation : qu'il pleust à Dieu de maudire mon repos et ï> la tranquillité d'étude que je cherchoy , si en une si grande » nécessité je me retiroye et refusoyc de donner secours et ï> aide. Lequel mot m'espouvanta et esbranla tellement que »jeme désistoy du voyage que j'avois entrepris, en sorte' » toutesfois que sentant ma honte et ma timidité , je ne vou- » lus point m'obliger à exercer une certaine charge. »

Voyons quel était cet homme qu'on appela , dans la suite , le réformateur de Genève. Le 10 juillet 1509, alors que Luther enfant , allait mendiant de porte en porte sur la route de Magdebourg pour continuer ses études , naquit à Noyon Jean Calvin. Il fut baptisé dans l'église de Sainte-Godeberte et eut pour parrain le chanoine Jean de Vatinèse. Son père , Gérard Cauvin , était notaire apostolique, procureur fiscal du Comté, scribe en cour d'église, secrétaire de l'évèque et promoteur du Chapitre. Gérard , qui ne manquait ni d'adresse ni d'intrigue , était ûls d'un tonnelier de Pont-L'Évôque. Il était venu habiter Noyon , où il avait commencé par être commis aux fermes. Il eut deux femmes ; la première , fille d'un cabaretier de Cambray, qui s'était retiré à Noyon, s'appelait Jeanne Lefranc; Gérard en eut six enfants , quatre fils et deux filles. L'aîné de ses fils se nommait Charles , le second Jean, le troisième Antoine, l'histoire n'a pas consenré le nom du quatrième , qui mourut fort jeune.

On raconte qu'au moment de la naissance de Jean Calvin , il sortit du ventre de sa mère quantité de grosses mouches(l ).

(1) AnifALEi DS L'ËGLUE DB NoTON , par Jacques Leiueur, dté par Aodin»

II était encore enfant que son père l'avait déjà destiné à Tétade de la théologie. Il raconte lui-même qu'il reçut de la famille de Monmor a la première discipline de la vie et des lettres; » et ce fut à un membre de cette noble famille , au pieux Hangest, abbé de Saint-Éloi, qu'il dédia son commentaire sur Sénèque, en mentionnant dans la préface que le même maître leur avait donné les mêmes leçons.

Calvin n'avait pas douze ans , lorsque son père Gérard lui Cacheta, le 45 mai 1521 , pour quelques centaines de livres ^oarnois, la prébende de la chapelle de la Gésine. « Sous ■^an corps sec et atténué, dit Floribond de Rémond , il faisait ^montre déjà d'un esprit vert et vigoureux , prompt aux rearties , hardi aux attaques ; grand jeûneur , soit qu'il le fît sa santé et pour arrêter les fumées de la migraine qui 'assiégeait continuellement , soit pour avoir l'esprit plus à «délivre, afin d'écrire, étudier et améliorer sa mémoire.... Il arlait peu : ce n'était que propos sérieux et qui portaient ; jamais parmi les compagnies et toujours retiré. » Gérard envoya son fils Jean à Paris pour y terminer ses tudes. Paris était alors le rendez-vous de toutes les intelliences d'éUte. La Sorbonne , dont Luther avait vanté la cience et la sagesse, avant qu'elle eût jugé ses écrits , venait e les condamner , et Melanchthon avait cruellement vengé e réformateur, en se moquant des Sorbonnistes dans une atire qui avait tra\ersé le Rhin, et que les écoliers dévoaraient en cachette. Les écrits de Luther commençaient donc â occuper les humanistes et les théologiens, et son nom ^vait retenti dans les collèges de la capitale. Louis Berquin Tami de Farel , avait traduit en français le fameux traité de la Captivité de Babylone, dans lequel l'hérésiarque de Vittemberg appelle les moines des acolytes de Satan , le pape l'Antéchrist , les cardinaux des portiers de l'enfer , les prè-

très des paillards, et les docteurs des ânes. Mais la Sorbonne s'était occupée de réfuter le moine saxon , et Jacques Clitow, qu'elle avait chargé de ce soin , s'en était dignement acquitté en publiant son Antiluther qui eut beaucoup de succès.

La théologie était alors la maîtresse science , comme on rappelait , et chacun voulait s'en mêler. Médecins , humanistes, juristes, tous se piquaient d'être des théologiens. Il n'était pas jusques aux femmes quelque peu lettrées , qui ne se permissent de raisonner sur les dogmes et les mystères de la religion chrétienne. On citait, parmi ces théologiens en jupon , Marguerite, reine de Navarre, et la duchesse d'Etampes , qui voulaient , disaient-elles , convertir François I^ à la réforme de la religion , parce que la rigueur des règles de l'Église, et surtout la gène de la confession troublaient leur conscience.

Paris n'était donc pas seulement le foyer des lettres et des arts que protégeait François P% et qui brillèrent d'un si vif éclat sous son règne , c'était encore une ardente fournaise où toutes les idées nouvelles étaient comme en fusion. Outre les Budé, les Dubellay , les Barnus , et tant d'autres amants passionnés de l'antiquité , qui préféraient l'étude des lettres, qui polit les esprits, aux controverses rehgieuses , qui les aigrissent, on y voyait des hommes plus théologiens que lettrés , tels que Pierre de L'Étoile et Lefévre d'Estaples , et des humanistes , comme Guillaume Farel , Armand et Gérard Roussel , qui , délaissant les lettres pour la théologie , après avoir puisé à Strasbourg des idées contraires aux enseignements de l'Église catholique , étaient devenus , les uns partisans et propagateurs de la doctrine de Luther , les autres de celle de Zwingle ou des opinions de Bucer. Voilà le milieu où Jean Calvin , en venant à Paris , devait être obligé de vivre.

Le jeune écolier alla loger chez son oncle Richard Cauvin ,

serrurier , qui demeurait près de l'église de Saint-Germain- TAuxerrois. Richard nourrit et hébergea son neveu pendant plusieurs années. Jean suivit avec assiduité les cours du collège de la Marche , où professait alors Jean-Mathurin Cordier, qui s'était laissé séduire par les nouveaux dogmes. « Fort bon personnage , dit Bèze , qui a usé sa vie en enseignant les enfants tant à Paris qu'à Nevers , à Bordeaux , Genève , Neufchâtel , Lausanne , et finalement de rechef à Genève, où il est mort cette année (1 564) en l'âge de 85 ans, en instruisant la jeunesse en la sixième classe. »

A quatorze ans , Calvin avait déjà lu plusieurs écrits de Luther , et le doute sur la vérité de la doctrine catholique s'était déjà glissé dans son âme. Il étudia la dialectique au collège de Montaigu , sous un professeur espagnol d'origine, qui ne jurait que par Aristote. Avec son esprit pointilleux et retors , Calvin devait se complaire dans les enseignements du philosophe de Stagyre. En 1527, il fit à Paris la connaissance de Farel , qui revenait de Bâle , d'où il avait été banni après la dispute dont nous avons parlé dans un chapitre précédent. Calvin avait 1 9 ans et n'était encore que tonsuré, lorsqu'il fut pourvu , le 29 septembre 1 527 , de la cure de Marteville, Plus tard, l'évêque de Noyon la lui échangea , à la sollicitation de son père , qui était aimé du prélat , contre celle de Pontl'Évêque. « Ainsi, dit Desmay, baillait-on les brebis à garder au loup. » (4). Il retourna à Noyon et prêcha quelques fois à Pont-1'Évêque. On prétend qu'à cette époque il se Ua avec Hobert Olivetan , son parent , que nous avons vu faire du scandale dans une èghse de Genève , et qui travaillait déjà à sa traduction française de la Bible.

(i) Desmay, Actes dd Cuapube db Notom , dté par Audln*

En 1 529, Gérard changea d'idée tonchant la profession qm convenait à son fils. « Comme mon père s'aperçut , dit Calvin , que la science du droit faisait quelquefois la fortune de ceux qui la cultivaient, cette espérance le porta subitement à changer de projet. Ce fut ainsi qu'ayant laissé de côté l'étude de la philosophie , je me mis à apprendre le droit auquel je tâchai de m'appliquer avec assiduité , pour me conformer h la volonté de mon père.» Gérard l'envoya donc à Orléans, où professait alors un des plus habiles jurisconsultes de France, Pierre de l'Étoile, qui fut depuis président au parlement de Paris. Jean Calvin faisait la joie de son maître ; c'était récolier le plus assidu , le plus docile, le plus laborieux. On ne le tenait déjà plus, dit Béze, pour « escolier , mais pour enseigneur.» S'il faut en croire Baudouin (Baldvinus), ses condisciples n'avaient pas de son caractère une aussi bonne opinion que Béze de son savoir. Ils se plaignaient de ses délations et de ses calomnies , et l'avaient surnommé Âccusativus. De l'université d'Orléans il passa à celle de Bourges ; mais il fut tout-à-coup forcé d'interrompre ses études pour veniràNoyon soigner son père , atteint d'une maladie dont il mourut. Après la mort de son père , Calvin retourna à Bourges , où professait alors le célèbre jurisconsulte Alciat , l'ami du cardinal Sadolet, qui lui'^écrivait à cette époque, au mois de février 1530, en le qualifiant « d'homme très-supérieur dans toutes sortes de sciences et de doctrines. »(i ). Avant d'aller à Bourges, André Alciat avait enseigné, pendant cinq ans, le droit romain à Avignon, aux appointements de 600 écus d'or par an. Mais il n'y était pas demeuré, parce que François !•*,

(1) ••••••. In omnî lilterarum et doctrinarum génère longé prsecellenti, cie»

Jacob. Sadolet. Epist. 11b. H, p. 84. Cologne, 1563.

pour l'avoir à Bourges, lui en avait offert le double.« J'aurais voulu être riche , lui disait Sadolet, dans sa lettre datée de Carpentras , dont il était évoque , j'aurais voulu être riche , ûOD pas pour moi, car ce serait honteux pour un philosophe et surtout pour un chrétien, mais parce que, si je l'avais été» je n'aurais pas laissé cette province perdre une aussi grande lumière.» A la fois jurisconsulte, théologien , historien et poète, cet homme de toutes sciences , omnium doetrinarum , voyait se presser à ses cours un nombre prodigieux d'auditeurs. Ce qui faisait dire aux échevins de Bourges : — «Le roi a bien placé les 1,200 écus d'or qu'il octroie à Nessire Alciat ; car jamais la ville n'a été si brillante ni si heureuse.»

Calvin était en extase devant la chaire de ce merveilleux docteur qui , par son éloquente parole , savait donner de l'attrait aux plus arides études , et qui parfois , en interprétant ou en commentant quelque texte du droit romain , formulait en vers sa pensée pour mieux la graver dans l'esprit de ses auditeurs. De retour dans sa chambre , le laborieux écolier se hâtait de rédiger ses notes , ne voulant rien perdre de toutes les belles choses qu'il venait d'entendre. « Il escrivoit, dit Bèze, estudioit jusqu'à la nuit , et pour c6 faire , mangeoit bien peu au souper ; puis le matin , estaiFt réveillé, il se tenoit encore quelque temps dans sa couchette , remémorant et ruminant tout ce qu'il avoit appris le soir.»

Des leçons du jurisconsulte Alciat , Calvin passa à celles , non moins attrayantes pour lui , d'un docteur allemand qui professait les lettres grecques. Appelé par François P*" pour en répandre le culte en France, le docteur Melchior Wolmar , imbu du luthéranisme , initiait plus volontiers ses écoliers qu'il aimait d'ailleurs comme ses enfants, à la doctrine du réformateur saxon , qu'à la poésie de Sophocle ou à l'éloquence de Démosthènes. Il semblait avoir une prédilection pour Calvin , qui avait su le captiver par sa promptitude à

278 mSTOIBE DE U RÉFORME

saisir les leçons da maître et par les saillies de ses disputes orales. Le caractère opiniâtre de Técolier et les défauts même de son esprit , ne déplaisaient point au docteur, qui écrivait de lui à Farel : « Quant à Calvin , je ne crains pas tant son esprit de travers que j'en espère bien ; car ce vice est propre à Tavancement de nos affaires , pour le rendre un grand défenseur de nos opinions, parce qu'il ne pourra si aisément être pris qu'il ne puisse envelopper ses adversaires en des empêchements plus grands.» (1) Calvin, de son côté, n'oublia jamais la paternelle affection de son maître. Il lui écrivait longtemps après : « Je me souviendrai toute ma vie de votre zèle pour mon avancement, de votre amour pour votre disciple, de votre complaisance pour orner mon esprit de tous les dons de la science. C'est sous vousquaje me formai aux lettres grecques ; et vous ne vous borniez pas à veiller sur mes progrès littéraires , vous auriez encore voulu m'ouvrir votre bourse.» Ce fut à l'instigation de Wolmar qu'il se livra défmitivement à la théologie.

Malgré ses idées sur la prédestination et le fatalisme , Calvin, à cette époque, n'était pas sans inquiétude, non-seulement à cause des poursuites de la justice contre les partisans des dogmes nouveaux , mais encore à cause du doute qui venait l'assaillir à travers tous les arguments dont il étayait sa doctrine. « Si estoy-je alors, dit-il, toutesfois bien esloigné de la certaine tranquillité de ma conscience. Car , toutes fois et quantes que je descendoy en moy , ou que j'eslevoy mon cœur à Toy (Dieu) , une si extrême horreur me surprenoit qu'il n'y avoit purifications ni satisfactions qui

(1) « Cette lettre , dit Florimond du Rémond , cscrit de la main de Volmtr, tait entre les mains d*un nommé Chresticn , ministre de Poitiers , de laquelle il faisoit montre , à cause de quelque dent de lait qu^il avait contre Calvin. •

ET DES BÉFORMÂTEURS DE 6ENÈYE. 279

m'en poussent aucunement guérir tellement qu'il ne me

demeuroit d'autre soiilas et confort , sinon de me tromper moy-mesme en m'oubliant.» (I). Mais ce « soûlas et ce confort , » s'il faut l'en croire, lui arrivèrent par une conversion subite.

On a le droit de demander à ce nouveau converti , si c'est par une illumination divine qu'il suit une prévoyance mondaine, en ne renvoyant pas à son évêque ses lettres cléricales, sa prébende de la Gesine et sa cure de Pont-l'Évêque. Nature timide et pusillanime , c'est lui-même qui l'avoue , il a peur de la misère et il se précautionne contre l'avenir , comme si Dieu ne devait pas y pourvoir.

Calvin prêchait sa doctrine dans Paris et dans les villages voisins ; il y faisait des prosélytes, et le succès de sa prédication rétonnait tout le premier. « J'estoy tout esbahi , écrivait-il, que devant que l'an passast, tous ceux qui avoyent quelque désir de la pure doctrine se rangeoient à moy pour apprendre , combien que je ne fisse quasi que commencer moy-mesme. De mon costé, d'autant qu'estant d'une nature un peu sauvage et honteuse, j'ai toujours aimé recoy et tranquillité, je commençai à chercher quelque cachette et moyen de me retirer des gens ; mais tant s'en faut que j'en vinsse à bout de mon désir, qu'au contraire toutes retraites et lieux à l'escart m'estoyent comme escholes publiques. Brief , cependant que j'avois toujours à but de vivre en privé , sans estre cognu. Dieu m'a tellement proumené et fait tournoyer par divers changements que toutesfois il ne m'a jamais laissé de repos en lieu quelconque , jusqu'à ce que maugré mon naturel, il m'a produit en lumière et fait venir en jeu, comme on dit.»

(1) RépoifSE DE Calyir a L4 lerre du carbinal Sadoiat aux GàfBf on *

A Paris, c'était ordinairement dans la boutique d'un marchand, nommé Etienne de la Forge, ardent luthérien, que les rehgionnaires se réunissaient le soir pour entendre prêcher Calvin , dont les sermons se terminaient toujours par cette formule : — Si Dieu est avec nous , qui sera contre now f « Il prêchait aux jeunes gens, dit Audin (I), le mépris de la confession, l'inutilité des œuvres, le danger des pèlerinages ; et livrait à ses moqueries les moines, les couvents, les prêtres catholiques. 11 déclamait contre le luxe des évoques, les richesses des églises, l'ignorance du sacerdoce. 11 flétrissait le faste des successeurs de Léon X , les profusions des indulgences et les redevances de la cour de France envers la papauté. Il annonçait une parole qui devait , disait-il , changer le monde, moraliser la société , détruire la superstition , et faire luire la lumière.» Les néophytes , exaltés par ces prédications clandestines , se croyaient inspirés de Dieu , bravaient les poursuites de la justice et couraient au martyre.

Calvin essaya de protester contre les suppUces des nouveaux sectaires , par la publication de son commentaire laUn du traité de Sénèque sur la Clémence, Cette œuvre , où les citations abondent , n'est pas indigne d'un lettré de XVP siècle, quoiqu'il ait confondu les deux Sénèques , le rhéteur et le philosophe. Le jeune auteur fixa sur lui l'attention des savants et des humanistes ; mais son commentaire n'eut aucun retentissement dans le public. « Voilà mes livres , écrivait-il à ses amis , voilà mes livres de Sénèque sur la Clémence , imprimés à mes dépens et par mes soins ! 11 faut les vendre maintenant et attraper l'argent qu'ils m'ont coûté. )► Les éloges qu'il reçut de plusieurs lettrés auxquels il envoya

(1) Audin , UiST. de Caltin.

son ouvrage , les félicitations de Bucer , de Capiton et d'Œcolampade durent le consoler de l'indifférence de la foule.

En 1531, le 1i février , Calvin donna procuration à son frére Charles, de vendre la part qui lui revenait dans Théritage paternel, et quelque temps après il résigna sa prébende de la chapelle de la Gésine à Antoine de la Marliére , moyennant un prix convenu, mediante pretioconventionis, ditl'acte de cession, et sa cure de Pont-l'Éveque à Dubois , Bosio. <Da le voit, Tapôtre se souvient qu'il est fils de procureur , il "w-end ses bénéfices et soigne ses intérêts en homme d'affaires, st-ce par l'inspiration du Saint-Esprit qu'il pratique la imonie ? Nanti désormais d'un capital qui le met à l'abri du esoin, Calvin peut faire la guerre à l'Église, mordre la main ui Ta nourri ; car il ne craint plus qu'elle lui coupe les ivres. Cependant , soit par prudence , ou bien à cause de tte pusillanimité dont il s'accuse, quand il frappe , il a soin 6 cacher le bras qui donne les coups. C'est ainsi que le ecteur de la Sorbonne , Nicolas Cop , un partisan do sa octrine, devant prononcer son discours ordinaire le jour de a Toussaint, Calvin lui en composa un dont les propositions érétiques étonnèrent les assistants. « Il lui bastit , dit Bèze, ne oraison tout autre que la coustume n'es toit.» Deux rdeliers qui avaient entendu le recteur , le dénoncèrent au arlement. Nicolas fort embarrassé eut de nouveau recours à alvin , qui lui fit un autre discours qu'il prononça devant 'université. Le recteur y désavoua formellement toutes les ropositions déférées à la justice, sauf une seule, la justilica- ^ion sans les œuvres. Les vieux sorbonnistes frémissaient ^'indignation sur leur banc, et l'infortuné Cop , banni de toute l'assemblée, n'eût pas manqué d'être conduit en prison, s'il n'eût pris la fuite au plus vite. Pendant que le recteur se sauvait à Bâle, pays natal de

son pére Guillaume Cop , homme de mérite , qui avait été médecin du roi de France , le lieutenant Morin, ayant découvert ses relations avec Calvin , les conférences secrètes qu'ils avaient ensemble, les excursions nocturnes de ce dernier, de maison en maison , pour dogmatiser et accroître le nombre de ses prosélytes , alla cerner avec ses archers le collège du cardinal Lemoine, où demeurait le réformateur. Mais lorsqu'il pénétra dans sa chambre pour le prendre au gîte , Calvin avait disparu. Au moyen de ses draps de lit il était descendu par la fenêtre dans la rue, et s'était sauvé dans le logis d'un vigneron du faubourg Saint-Victor. Ensuite, ayant changé d'habit, revêtu la jupe de son hôte, mis sur ses épaules une besace de toile blanche et une herse , il avait pris le chemin deNoyon. Le lieutenant Morin s'empara de tous ses papiers , de sa correspondance avec ceux qu'il avait convertis à Bourges et à Orléans ; ce qui mit bien des gens dans la peine (1).

DeNoyon, Calvin allaàNérac, oùil trouva un refuge auprès de la reine de Navarre, qui le prit sous sa protection et fut assez heureuse pour le réconcilier avec la cour et l'université. Pendant son séjour chez Marguerite , Calvin répandit sa doctrine en Saintonge et fit de nombreux prosélytes parmi les ouvriers. C'est dans une de ses courses qu'il se lia à Chaix avec le chanoine du Tillct qui en était curé. Il commença dans la maison de ce chanoine , frère du célèbre Jean du Tillet , greffier au parlement de Paris , son Institution chrétienne , le plus sérieux de tous ses ouvrages. Le temps qu'il ne consacrait pas à cette composition, il l'employait à prêcher dans les villes voisines, principalement à Angoulême, qui était comme le foyer de sa propagande. Pendant ce temps-là il

(1) Maimboiirg, Hist. du Calvinisme, p. 62.

ivait des deniers de cette Église catholique qu'il avait reniée, u'il insultait en la traitant de « marâtre et de prostituée, » et es bienfaits d'une reine galante, dont il vantait les mœurs t la piété. Ses écrits et ses prédications lui attiraient un rand nombre de disciples , qui singeaient leur maître dans Xcur démarche et leur maintien. Ils avaient l'air austère, l'œil baissé , les joues pâles et creuses. Ils allaient peu dans le monde , évitaient la conversation des femmes , la cour et les spectacles. Ils faisaient de la Bible leur lecture habituelle, le sujet de leurs études et de leurs méditations. Ils voulaient, disaient-ils, suivre dans leur vie, les préceptes de l'Évangile, et comme le Christ, ils parlaient en paraboles. On les surnommait les chrétiens de la primitive Église. Tous prétendaient adorer Dieu en esprit et en vérité ; mais loin de conserver l'unité de foi des premiers chrétiens , chacun avait son symbole. L'un croyait au sommeil des âmes après cette vie jusqu'au jugement dernier ; l'autre à la nécessité d'un second baptême. Celui-ci était luthérien , et admettait la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , celui-là Zwinglien , et la rejetait. Il y avait des défenseurs du libre arbitre , et des apôtres du serf-arbitre et du fatalisme ; des partisans d'une hiérarchie ecclésiastique , à l'exemple de Mélanchthon, des ennemis de cette hiérarchie, qui soutenaient comme Carlostadt, que tout chrétien est prêtre; des réalistes, esclaves du mot, des idéalistes qui ployaient le mot à l'idée ; des rationalistes , qui rejetaient tous les mystères de la religion ; des mystiques, qui se perdaient dans les nuages ; des anti-trinitaires , qui croyaient , comme Servct , qu'il n'y avait que. deux personnes en Dieu. Enfin, chacun de ces sectaires , prenî^nt ou retranchant certains dogmes de l'Église catholique, se forgeait une rehgion qu'il disait conforme à la parole divine.

Cependant , comme le parlement de Paris redoublait de

sévérité contre les propagateurs des nouvelles doctrines , Calvin se voyant surveillé , craignit pour sa liberté et même pour sa vie. D'un autre côté, s'il faut en croire un historien ecclésiastique , il était profondément irrité qu'on lui eût préféré pour un bénéfice qu'il avait sollicité , un parent du connétable (1). Quoiqu'il en soit, il résolut de quitter la France ; mais, avant de partir, il fit paraître à Orléans (1534) sa Psychopannychie, sorte de pamphlet assez anodin contre certains anabaptistes qui enseignaient le sommeil des âmes après la mort, jusqu'au jour du jugement dernier. Cen'est pas sans surprise qu'on y voit l'orgueilleux réformateur qui , plus tard, dans ses autres écrits, devait accabler d'injures ses adversaires , s'excuser de n'avoir pas assez ménagé ceux qu'il voulaient combattre. « J'ai aperçu, dit-il, aucunes choses un peu aigrement, mesmes asprement dites , lesquelles , par advcnture , pourroyent fascher les aurcilles délicates d'aucuns. Or, pour ce que je say qu'il y a aucuns bons personnages qui ont laissé couler ^quelque chose de ce dormir des âmes dedans leur cœur, je ne voudroy qu'ils fussent offensez contre mov.» Calvin a donné lui-môme la véritable valeur de sa Psjjclwpann;/chie , en ajoutant : « J'ay repris la curiosité folle de ceux qui débattoyent ces questions , lesquelles de fait ne sont autres ({ue tonnents d'esprit.» Luther caractérise en deux mots ces questions, que Mclito avaient traitées dans l'ancienne Église. « Ce sont , dit-il, noisettes creuses. »

Calvin voulait d'abord aller à Baie, qui était alors le séjour des arts et des lettres. Il partit avec son ami le chanoine du Tillet. Près de Metz, les deux voyageurs furent volés parleur domestique , qui s'enfuit avec leur valise et leurs montures.

(1) Solicr, HiST. DU Caltirisme, cité par Audio.

ET DES RéFORHATEUHS DE GENÈVE. 285

Obliges de faire la route à pied, ils arrivèrent à Strasbourg ,

sans vêtements , n'ayant que dix ccus dans leur

"se. Calvin y passa quelque temps à étudier les différentes

imorphoses de la Réforme ; ce qui était d'autant plus

^, que les sectes enfantées par elle, y comptaient toutes

^partisans. Dans ce temps-là les opinions dominantes

Bnt celles de Bucer, qui , malgré les anathèmes lancés par

ler contre les sacramentaires , essayait de concilier la

rine de Zmngle avec celle du réformateur saxon.

Strasbourg , selon l'expression de Bayle , Bucer donna

lain d'association à Calvin et l'accompagna à Baie , où ils

-vérent Grynœus et le vieil Erasme. On raconte qu'après

mtretien du réformateur français avec le célèbre huma-

j, en présence de Bucer , ce dernier demanda au malin

lard ce qu'il pensait du nouvel évangéliste qu'il lui avait

;enté. Erasme sourit sans répondre , mais Bucer insis-

., « Je vois , répondit-il , une grande peste qui va naître

s l'Église contre l'Église, Video magnam pestem oririin

lesia con trà Ecclesiam . »

Bâle, Calvin s'occupa de faire imprimer par Flatter et thasar Lasius , son Institution chrétienne , dont la prere édition parut au mois de mars 1536. Cette œuvre, qui Ltà son auteur tant d'éloges et tant de blâmes, est, comme is l'avons dit, le plus considérable de ses écrits , Calvin y voie souvent le lecteur dans ses livres de controverse et is ses autres traités dogmatiques. U Institution chrême qu'il avait enfin terminée, après y avoir travaillé dans courses à travers la France , parut d'abord en latin , gue qu'il maniait avec une grande habileté , ainsi qu'il rait prouvé dans son commentaire sur Sénèque. En tête de ^^vrage, il avait placé une dédicace à François V\ qu'il traîsit plus tard en français comme le livre lui-même. Cette ^cace, l'uû des monuments les plus remarquables , sous

le rapport du style, de notre langue au XVP siècle, fut trouvée, par tous les lettrés, digne du monarque auquel elle était adressée, en môme temps que de Tédilice dont elle était le frontispice.

Calvin a formé la symbolique de son Institution de la religion des Vaudois, de la doctrine de Luther et de quelques opinions qui lui sont propres. Comme les Vaudois, il dit que dans la Cène du Seigneur il n'y a que du pain et du vin, sans présence réelle et locale du corps et du sang de Jésus-Christ; qu'on ne doit ni invoquer ni vénérer les saints ; qu'il ne faut dans rÉglise ni chef visible, ni hiérarchie , ni évoques , ni prêtres , ni messes , ni fêtes , ni images , ni croix , ni bénédiction , ni aucune de ces cérémonies dont l'ancienne Église s'est toujours servie dans la célébration de roflice divin. Ainsi il a dépouillé la religion de tout ornement extérieur. En la réduisant, pour ainsi dire , à l'état de squelette , il ne lui laisse rien qui sente et qui inspire la dévotion, qui entrant par les sens dans le fond de l'àmc, l'attire et l'élève par les choses visibles au Dieu invisible (1 ).

Quant aux dogmes dont l'exposition et le développement sont plus difficiles , il les a presque tous pris à Luther ; par exemple , les articles qui concernent la liberté de l'homme, qu'il détruit; la grâce , qui, selon lui, a toujours son effet dans l'homme et emporte sa volonté par une nécessité absolue ; la justification par la seule foi ; la justice de Jésus- Christ, qui nous est imputée; les bonnes œuvres sans aucun mérite devant Dieu ; les sacrements, qu'il réduit à deux et auxcjuels il ote la vertu de conférer la grâce ; la foi, qu'il fait consister dans une prétendue certitude qu'on sera sauvé; Tim-

(1) Maimbourg , Hist. du Calvinisme , p. 63 et suiv.

possibilité des commandements de Dieu ; Tinutilité et la nullité

des vœux, à la réserve de ceux du baptême, etc. Cependant il y

a , comme nous Tavons dit , ajouté du sien. Par exemple, il

veut que la foi soit toujours mêlée de doute et d'incrédulité ,

au lieu de dire comme Luther, de quelque défaut. Il soutient

hardiment que la foi et la grâce ne se peuvent jamais perdre ;

que le Père Éternel n'engendre pas continuellement son Fils;

que le Fils n'a pas son essence du Père , ni le Saint-Esprit

du Père et du Fils ; que Jésus-Christ n'a rien mérité à

3'égard du jugement de Dieu ; qu'il a eu de la crainte pour

Hé salut de son âme ; que Dieu a créé la plupart des hommes

jour les damner, non pas parce qu'ils l'avaient mérité pour

3eurs crimes , mais parce qu'il lui plaît ainsi. Qu'il n'a prévu

3eur damnation que parce qu'il l'a ordonné avant que de pré-

^'oir leurs crimes : ce qui détruit absolument l'idée qu'on doit

-sivoir de Dieu et ensuite conduit tout droit à l'athéisme.

Quant à l'Eucharistie, contrairement à l'opinion de Luther, ^ui a toujours soutenu que , selon les paroles de Jésuschrist : Prenez et mangez , ceci est mon corps qui sera ^ivrépour voits , le divin corps du Seigneur est réellement résent dans ce sacrement, Calvin, malgré ses protestations, suivi la doctrine de Zwingle et d'Œcolampade , qui nient out simplement la présence réelle, et qui prétendent que ce acrement n'est qu'un signe , un symbole. Voici ce que dit alvin dans son Institution : « Chrétien , quand on te préente le pain en signe du corps de Jésus-Christ , fais-toi cette mparaison, comme le pain soutient notre vie matérielle du '^^X)rps , ainsi le corps du Christ doit être la nourriture de otre vie spirituelle. Quand on t'apporte le vin, symbole du ang, pense que le sang du Christ doit te raviver spirituelle- ^»ient , comme le vin ton corps matériel.» Si l'on ajoute à ces ;X)aroles qu'il soutient d'autre part que Jésus-Christ n'est <ia'aa ciel et non ailleurs, il s'en suit nécessairement que la

foi, quelque efficace qu'on lui donne , ne fait pas receroir réellement le corps de Jésus-Christ à ceux qui participent à ce sacrement , et qu'elle leur fait seulement croire , quand ils le prennent en mémoire de la Passion du Sauveur , qu'il est mort pour nous , et qu'il vivifie et nourrit spirituellement nos âmes par sa grâce et par son esprit. Ce qui est si vrai , qu'à Tendroit même où Calvin dit qu'il se donne à nous par la foi, mais réellement, en la sainte Cône, il est contraint d'avouer en termes formels, que c'est en nous communiquant son esprit et sa vie, quoique sa chair n'entre pas en nous (i). Zwingle et tous les sacramentaires ne disent pas autre chose. Et c'est pour avoir soutenu au colloque de Marbourg une pareille doctrine , que Luther les traite de blasphémateurs et les voue à la colère de Dieu et des hommes.

Vlnstituiton chrétienne n*est donc, à proprement parler , qu'un recueil des doctrines que Calvin a choisies , selon son goût , dans les écrits de Luther, de Melanchthon, de Zwingle et d'Œcolampade. Voici quel(|ues maximes textuelles de ce hvre que les disciples de Calvin disaient inspiré du Saint- Esprit : « Ainsi que la volonté de Dieu est la seule raison de l'élection des hommes, ainsi la même volonté est la cause de leur réprobation.» (Instit. Uh, 3. cliap. 22). — « La chute des enfants d'Adam vient de Dieu.»

— « Pour certaines raisons qui nous sont inconnues, Dieu veut que l'homme tombe.»

— « L'inceste par lequel Absalon souilla la couche de son père est l'œuvre de Dieu.» (Instit, chap. 48, § 4).

— « Dieu envoie le diable , esprit menteur , dans la bouche des prophètes.» (Ibid),

(1) Propritm in nos TÎtam diffundcre , quamvis in nos non îngrediatiir ipfi Christi caro. — Ii^stitct., § 32 , cité par Maimbourg.

Ainsi , selon Calvin , Thomme privé de sa liberté , serait irrésistiblement entraîné au mal par Dieu lui-même. Dieu serait donc l'auteur du mal , et par conséquent , c'est au Créateur qu'il faudrait imputer les crimes de sa créature. Quelle est la société qui pourrait subsister sous Tempire de cette abominable maxime ? Quel est le juge qui oserait punir comme un coupable l'homme qui, dans la perpétration d'un crime, ne serait que l'aveugle instrument de la volonté de Dieu ?

Les disciples de Calvin ont prétendu qu'il n'a jamais rien changé à la doctrine de son Institution, « ce qui est arrivé , dit Béze, à bien peu de théologiens (1).» Les catholiques, au contraire , lui ont reproché d'avoir modifié plusieurs parties de sa symbolique , par exemple , ce qui concerne l'Eucharistie, la grâce et le libre arbitre. Calvin avoue qu'il a revu et corrigé son Institution, mais seulement sous le rapport du style et non de la doctrine. Quoiqu'il en soit, si dans ce livre "Célèbre il y a peu d'idées qui appartiennent en propre à son auteur ; s'il a presque tout emprunté à ceux qui , de son temps ou avant lui , avaient écrit contre l'Église romaine ; si Ja saine morale ne peut approuver plusieurs de ses dogmes ^Bt de ses maximes ; si le théologien se perd quelquefois dans 3'obscurité de son argumentation, ce livre, comme œuvre "littéraire, n'en renferme pas moins d'incontestables beautés. Calvin est un rhéteur consommé. Sa mémoire est meublée des meilleurs auteurs latins, dont il semble avoir pris la substance pour en composer son style. Sa phrase latine a tantôt le moelleux de Virgile , ou le nombre de Cicéron ; tantôt la

(1) In doctrina qnam initio tradidit , ad extremum oonstans nihil pronùs immntafit , qood panda memoria theolo^^s conti|^t. — Beza , Yita Caly.

290 msTonus de ul béforhe

brasquerie de Tacite et son énergique brièveté. Elle emprunte à Sénêque la clarté et la netteté de l'expression, mais trop souvent aussi de la sécheresse , défaut dont Calvin s'est lui-même accusé (1 ).

Après avoir fait imprimer son Institution chrétienne , Calvin partit de Bâle vers la fin du mois de mars 1 536 , et se rendit à Ferrare. Ce qui le détermina à passer les Alpes, ce fut, selon Maimbourg, l'avis qu'il reçut à Bâle que François I* avait rendu de nouvelles ordonnances contre les hérétiques , et que bien loin d'éteindre les feux allumés contre eux , il les multipliait dans tout le royaume.

La duchesse de Ferrare était Renée de France , seconde fille de Louis XII et de la reine Anne de Bretagne. Elle avait été accordée premièrement à Charles-Quint , avant qu'il fût empereur, puis à l'Électeur de Brandebourg; mais Fran. çois P' , son beau-frère , lui fit épouser en i 328 , pour certaine raison d'État, Hercule II, duc de Ferrare. Cette princesse, encore jeune, alliait à la bonté du coeur et à la noblesse de l'âme une rare intelligence et beaucoup d'application à l'étude. C'était une femme savante, dans l'honorable acception du mot. Elle avait étudié l'histoire, les langues, les mathématiques, l'astrologie et surtout la philosophie. Comme la plupart des lettrés de son temps , elle se mêlait aussi de théologie. En examinant les différends de la religion, elle se prit de compassion pour les nouveaux sectaires, qu'elle croyait trop maltraités , et dont, à l'exemple de la reine de Navarre, elle se fit la protectrice. Ayant appris qu'elle pen-

(1) Quin tumcn cjus ( Aufrustini ) prolixités mihi displiceat , non dissimulo, intereà forte brcvitas niea nirais conniia esi. — Caly Epist. 155, Gek. sepl. 1549. Fabello. Cité par Audin.

ET DES BÂFOBMâTEURS DE GENÈVE. 291

chait de préférence vers la doctrine de Luther , Calvin conçut le projet de la convertir à la sienne. L'auteur de VInstitution chrétienne trouva à la cour de Renée , Madame de Soubise , sa fille Anne deParthenay, son Qls Jean, qui devint plus tard en France un des chefs du parti protestant, et Clément Marot , secrétaire de la duchesse, qui, se mêlant aussi de théologie , s'occupait à traduire en vers français , les Psaumes, qu'il ne comprenait pas , et qu'il défigurait , en croyant les embellir.

La haine dont la duchesse était animée contre la tiare , depuis que Jules II avait employé, pour détrôner le roi son père , toutes sortes d'armes spirituelles et temporelles , contribua puissamment au changement de religion qu'elle méditait. Il lui échappa même plusieurs fois de dire qu'étant femme, incapable par la loi salique de succéder au trône de France, elle ne pouvait autrement se venger du pape. Elle reçut fort bien Calvin ; elle prit plaisir à l'entendre développer sa doctrine et le fit même prêcher dans son cabinet. Toutefois , malgré son aversion pour la papauté , le désir qu'elle avait de s'en venger et la protection qu'elle accordait aux hérétiques. Renée avait cru devoir, au commencement de cette année , se mettre en bonne intelligence avec la cour de Rome. Il y avait eu promesse de bonne amitié entre elle , le pape et l'empereur ; et malheureusement pour les réfugiés de sa nation , dont ses nouveaux alliés redoutaient l'humeur turbulente , un des articles du traité portait que les Français seraient bannis des États de Ferrare. Calvin fut donc forcé de s'éloigner d'une cour où il avait été si bien accueilli. Mais l'exil , au lieu de rompre les liens qui l'unissaient désormais à la duchesse, les resserra davantage. Il s'établit entre eux un commerce de lettres, qui ne cessa qu'avec la vie du réformateur. Aussi Renée résista-t-elle à tous les efforts que fit Henri II, son neveu , pour la ramener dans le giron de l'É-

glise. Prières, menaces, il employa tous les moyens, jusqu'à obliger le duc de Ferrare à lui ôter Téducation de sesenfants; mais rien ne put vaincre soD obstination. Après la mort de son mari , la fille de Louis XU revint en France. Elle habita le château de Montargis, où, pendant les guerres de religion, se réfugièrent un si grand nombre de huguenots , comme on appelait alors les sectateurs de Calvin , qu'elle en nourrissait jusqu'à 300 tous les jours. « Je sçay. Madame , lui écrivait le

> réformateur, je sçay comment Dieu vous a fortifiée durant » les plus rudes assauts , combien par sa grâce vous avez » victorieusement résisté à toutes tentations, n'ayant point » honte de porter l'opprobre de Jésus-Christ, cependant que » l'orgueil de ses ennemis s'élevoit par-dessus les mers. » Dadvantage , que vous avez été une mère nourricière des » povres fidèles déchassez qui ne savoient où se retirer. Je

> sçay bien qu'une princesse ne regardant que le monde, » auroit honte et prendroit quasi injure qu'on appelast son

> chasteau un Hostel-Dieu ; mais je ne vous sçauroy faire » plus grand honneur que de parler ainsi , pour eslever et » recognoistre Thumanité de laquelle vous avez usé envers » les enfans de Dieu qui ont eu le refuge à vous. »

Un jour le duc de Guise, qui avait épousé Anne d'Est, fille de Renée , ayant fait slgniûer à sa belle-mère que , si elle continuait à favoriser les ennemis de l'État , il viendrait en personne l'assiéger dans son château de Montargis , — « Avisez bien à ce que vous ferez , dit fièrement la fille de Louis XII, et que si vous venez là , je me mettrai la première à la brèche, où j'essayerai si vous avez Taudace de tuer la fille d'un roi , dont le ciel et la terre seraient obUgés de venger la mort sur vous et sur toute votre lignée jusqu'aux enfans au berceau. )> Théodore de Béze se trouvait alors dans le château de Montargis. Il raconte cet acte de courage de Renée dans Tépître dédicatoire qu'il mit en tète des Opus-cules de Calvin , et qu'il adressa à cette princesse.

« Il y a cela davantage , dit Bèze , que voyant comme il » vous plaist continuer en la personne du nepveu (1 ) , Taffec- » tion que vous avez portée à Toncle ; et ayant toujours tenu )► le défunct pour mon père, j'ay fait mon conte qu'après son » décès , l'obligation estoit comme passée de luy jusques à » moy, qui ay choisi des meilleures et plus précieuses pièces » de ses meubles (car d'autres n'en avoit-il) , pour vous en » faire présent , non tant pour satisfaction , que pour tesmoi- » gnaged'un cœurrecognoissant son devoir.Finalementjene )► dissimuleray jamais comme je me sens infiniment obligé , » tant en mon particulier pour tant d'honneur et de faveur » qu'il vous a plu me faire durant ces derniers troubles et )> depuis, qu'en général pour l'assistance que tant de povres » fidèles ont receue de vous , ayant encore plus fait pour les » garantir de l'extrême cruauté de leurs ennemis , que ne )> fit jadis Obadias nourrissant les cent prophètes en la ca- » verne ; voire jusques à déclarer , alors que tout respect )► étant postposé , on vouloit forcer vostre maison de Mon- » targis, que vous vous présenteriez doncques la première à y^ la bouche du canon , plus tost que de souffrir que telle » cruauté eust lieu en vostre maison, parole vrayement digne » d'une telle princesse , non-seuleraent fille de roy , et d'un y^ tel et si bien débonnaire roy que vous estes , mais aussi de y^ ce grand Dieu et roy éternel. A raison d'un tel bienfait, qui )> m'est commun avec tant de gens de bien , je n'ay jamais )> cessé depuis de cercher les moyens de vous en faire recog- )>noissance par quelque public tesmoignage ; jusques à ce > que me trouvant trop povre et foible quant à moy , j'ay

(l)JBèze appelle Calvin ton oncle. Aucun historien ni biographe n'a parlé 'de «ctte parenté , et c'est un fait que , malgré nos recherches et nos luTestigations , il ne nous a pas été possible d'édaircir.

» fait comme ceux qui empruntent d'autruy pour s'acquitter, » et suis bien déceu si je n*ay bien rencontré en cest endroit, » selon vostre esprit et affection , que vous aurez le présent » pour agréable, tant pour sa qualité que pour le nom de y> Tautheur que vous avez tant aimé vivant , que la mémoire y> vous en est précieuse , comme à tous vrais et fidèles » serviteurs du Seigneur.

» Madame, je prie nostre bon Dieu et Père, qu'en vous » multipliant ses grâces de plus en plus , il maintienne vostre » grandeur en sa sainte et digne garde.

» De Genève, ce XX de may , Tan 1 566. Vostre très-humy> ble et obéissant serviteur , Théodore de Béze , ministre de » la parole de Dieu en l'église de Genève. »

Un moment Calvin parut craindre que la fille de Louis XII n'eût secoué le joug de sa doctrine : voici ce qu'il écrivait à Farel au mois de novembre 1 334 : « On m'apprend une bien triste nouvelle ; on dit que la duchesse de Ferrare a cédé aux menaces et aux reproches. Que la constance est chose rare parmi les grands I » Calvin se trompait ; bien loin de venir à résipiscence , Renée continua ses menées en faveur des huguenots qui trouvèrent longtemps encore un abri contre les vengeances des catholiques dans son château de Montargis, où elle mourut le 12 juin 1373 dans l'impénitence finale, semi-luthérienne et semi-calviniste , n'ayant conservé de la religion de ses pères que le culte des saints , auquel elle n'avait jamais pu renoncer.

Ce fut en retournant de Ferrare à Bâle que Calvin passa par Genève et s'y arrêta , comme nous l'avons dit , à la sollicitation de Farel. (1) Bien qu'il eût exprimé le désir de n'ac-

(1) Calfin , avant de quitter la France, était allé prêcher sa doctrine à Poitien.

cepter aacun emploF, il consentit à être son collaborateur en qualité de lecteur en théologie. La ville lui donna pour remplir cet office six écus au soleil d'or. Son nom figure pour la première fois dans les archives de la république , à la

C'était dans le jardin de Renier, lieutenant-général au siège , quMI avait coutume de réunir les principaux de ses adhérents. « Comme nos premiers pères , dit Florimond de Rémond , furent premièrement enchantés et déçus dans un jardin, aussi dans ce jardin du Lieutenant , à la rue des Basses-Treilles , cette poignées d'hommes fut enjollée et coiffée par Calvin ; car encore qu'il n'eût pas cette grâce ni la facilité de bien dire , comme il avait à bien écrire , il faisait aisément brèche en l'&roe de ceux qui lui prêtait l'oreille , apportant beaucoup de véhémence, quoiqu'à bâtons rompus, dans ses discours. Çî'est là que le premier concile calviniste fut tenu , qui coûta depuis si cher à la France , où se trouvèrent un docteur régent , nommé Antoine de La Duguie, Philippe Veron, procureur au siège, Albert Babinot, un lecteur delaMinistrerie ( ainsi s'appelle la salle où se lisent les JnsiUuies ) et

Jean Vemon fils , de Poitiers. .•

Cette petite troupe s'entrevit souvent aux caves de St-6enott , Crotelles

et autres lieux secrets et cachés aux champs et en la ville , laquelle s'accrut de Jean Boisseau, sieur de La Borderie, avocat, et d'un autre appelé Saint- Vortumien. Enfin , Charles Le Sage , docteur régent , fut de la partie. Mais La Borderie , homme de savoir et de lettres , quarante ans après se défit des opinions de Calvin , et mourut dans la religion catholique , avant presque atteint l'âge de quatrevingts ans • Dans ces lieux cachés , ils tirent la première cène calviniste, appelée

la lianducation Là, Calvin faisait l'exhortation : ainsi appelait-on au

commencement le /7r^rA#f , invoquant le Saint-t!sprit , afin qu'il descendit sur ce petit troupeau assemblé en son nom. 11 lisait quelque chapitre de l'Écriture, et sur l'heure on démêlait, ou plutôt on embrouillait les difficultés Chacun en disait son avis , comme en une dispute privée ; cela continua quelque temps.

• ••..• n fut arrêté entre eux que Vernon ferait la conquête à Poitiers et aux

environs *, que les autres deux tiendraient la campagne L'un se fit appeler

-He Bonhomme , et parce qu'il avait été lecteur des Inttituler en la Ministrerie ,

HIalvin et les autres l'appelaient Monsieur te Ministre Encore que minis-

~tre soit un nom général qu'on donne aux serviteurs de l'Église et autres , si est-ce '«que ce lecteur en la Ministrerie fut la cause première que Calvin appela de ce ■3iom, Ministres , les pasteurs et enseigneurs de sa nouvelle Église .••••••.«• Le

"troisième se nommait le Ramasseur^ comme celui qui voulait entreprendre de ras- ^nasser les brebis égarées du Seigneur ..... Ces irois Sons mpôtret , furent le*

'exécuteurs de ses mandements t tes boute-feux de la France ^et premiers aa^

4eurs du schisme français , dit celui ( Cayer ) qui naguères a rompu les filets où

^"hérésie Pavait longuement enveloppé. » — Hist. db la Naissance, Progrès et

BéCADENCB DE l'Hérésie DE CE SIÈCLE » par Florimond de Rémond, p. 892 et 893.

date du 5 septembre, ainsi désigné : — « Calvin le Français,» CcUvinus iste Gallus.

Dés ce moment une inaltérable amitié , qui dura pendant toute leur vie, unit Calvin, Farel et Viret. « Je ne pense pas, » dit Calvin dans la dédicace qu'il fit au bouillant Dauphinois )> de son commentaire de Tépître à Tite , je ne pense pas » qu'il y ait jamais eu un couple d'amis qui ayent vescu en- » semble en si grande amitié en la conversation commune de » ce monde, que nous avons fait en nostre ministère. J'ai » fait ici l'office de pasteur avec vous deux ; tant s'en faut » qu'il y eust aucune apparence d'envie , qu'il me sembloit » que vous et moy n'estions qu'un. Nous avons esté puis » après séparez de lieux. Et quant à vous , M. Guillaume » Farel , l'église de Neufchastel , laquelle vous avez délivrée » de la tyrannie de la papauté et conquestée à Christ , vous a » appelé. Et quant à vous , M. Pierre Viret , l'église de Lau- » sanne vous tient à de semblables conditions. Mais cepen- » dant chacun de vous garde si bien la place qui luy est » commise , que par nostre union , les enfans de Dieu s'as- » semblent au troupeau de Jésus-Christ , voire mesme sont » unis en son corps. » (1).

(1) Théodore de Beze a caractérisé dans les vers suivants le genre de talent qui distinguait chacun des trois ministres :

Gallia mirata est Calvinum eclesia nuper

Quo nemo docuit doctius.

Est quoque te nuper mirata , Farelle , touatem ,

Quo nemo tonuit fortius.

Et miratur adhùc fundentem mella Yiretum ,

Quo nemo fatur dulciùs.

Scilicet aut tribus bis senrabere testibus olim ,

Aut interibis , Gallia.

ET DES RéFORHÀTEDRS DE GENÈVE. 297

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