INTRODUCTION. VU
sauvent sa natioDalilé. C'était Berihelier qui passait pour être le principal auteur de ralliance de Genève avec Friboarg ; les Savoyards le saisirent et le jetèrent dans un cachot. Berihelier écrivit sur le mur de sa prison celte sentence biblique : Non omnis mQrtar^ sed narrabo opéra Domtniy • je ne mourrai pas tout entier, mais je raconterai les œuvres du Seigneur.» On lui offrit sa grâce , s'il la demandait au duc. Le patriote refusa et fut condamné à mort. Il fut décapité , et ses restes furent promenés dans une charrette. Le bourreau tenait h la main la tète du supplicié f et criait en la montrant au peuple : — « Ceci est la tète de Berthelier le traître , prenez-y tous exemple.»
Le peuple terriGé n'avait rien fait pour sauver la vie au courageux patriote ; mais le sang répandu fut une semence féconde: il en naquit d'antres Berthelier. Cependant Févéque Jean de Savoie était mort , en regrettant , dit-on , d'avoir conspiré avec le duc son cousin l'oppression de Genève. Pierre de la Baume , commandataire des abbayes de Suze et de St-Claude, auquel il avait résigné son évéché ^ fit son entrée dans la ville, en 1623. Le duc Charles III , croyant avoir raison du nouvel évèque, son ancien sujet, poursuivit son projet de domination. Il trouva le moyen de l'éloigner de Genève et voulut s'arroger le droit de juger en dernier ressort les causes civiles. Ami Lévrier , membre du conseil épiscopal , osa lui dénier ce droit. Le duc irrité le fit saisir, enchaîner comme un criminel, et conduire à Bonne sur les terres de Savoie. Lévrier fut condamné à avoir la tète tranchée, et dit en marchant au supplice : « Qu'il mourait pour la liberté de Genève et l'autorité de Saint-Pierre.»
Le parti des Eidgnots , un moment abattu , se relève soutenu par Berne et Fribourg qui lui offrent de le défendre ; et le 12 mai 1528, l'alliance des trois villes est solennellement jurée dans l'église de Saint-Pierre à Genève. « Nous promettons , disent les confédérés, de maintenir l'alliance que nous avonscontractée : que Dieu nous soit en aide, et la Vierge Marie, et tous les Saints du Paradis.» Ce fut un soulèvement général contre le
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duc de Savoie , un mouvement populaire irrésistible , qui entraîna Pierre de la Baume lui-même. Voulant donner aux Genevois des gagesde son patriotisme, ce prélat conféra au conseil la juridiclion civile qui jusqu^alors avait appartenu aux évéques, et se fit recevoir bourgeois de Genève comme un simple particulier. Certes , voilà deux actes mémorables que Bonnivard , dans sa chronique , aurait du louer , comme ils le méritent : « G'estoit , dit-il , un grand dissipateur de biens en toutes choses superflues , estimant que c*estoit une souveraine vertu en un prélat de tenir gros plais et viandes à table avec toutes sortes de vins excellents -, et quand il y estoit, il s'en donnoit jusqu'à passer trente et un. • Pour être juste j le chroniqueur rabelaisien n'aurait pas du manquer d'ajouîer que luimême s'était souvent assis a cette table si bien garnie ; que Pierre de la Baume lui avait rendu le prieuré de St-Victor, dont Jean de Savoie l'avait dépouillé en loi 9; que, si le prélat aimait à faire hoi^neur à ses convives, il était secourable aux pauvres; qu'il aimait les lettres ; que sa douceur et sa bonté le rendaient facile à pardonner les offenses ; qu'il.était prince de Genève , et que pourtant, au milieu des discordes civiles qui déchiraient sa ville épiscopale , il ne fit jamais couler le sang pour y maintenir son autorité.
Si Pierre de la Baume avait eu plus d'énergie et de décision dans le caractère; s'il avait pu se résoudre à sacrifier à la noble cause qu'il avait généreusement embrassée les ricbes bénéfices qu'il possédait en Savoie ; si, au lieu d'aller habiter U Bourgogne et la Franche-Comté , il eût continué de résider dans Genève, comme il avait commencé de le faire, les Eidgnots ne l'auraient jamais soupçonné d'être devenu leur ennemi. Fort de l'amour et de la reconnaissance du peuple, qui n'aurait jamais oublié les gages qu'il lui avait donné de son patriotisme, il eut empêché la réforme d'envahir son diocèse. Les chefs du parti républicain eux-mêmes, qui n'étaient hostiles à l'Eglise r^ttûoe que dans un intérêt politique , assurés du concours de
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I'été((Qd poar le maintien des franchises et des libertés de Genève y seraieM, à la voix de leur pasteur j revenus au bercail comme des brebis égarées. Besançon Huges, Jean de Baud, Ami Giraud, Lulliu, Jean Philippe, e( (ant d'aulres patriotes, qui embrassèrent avec ardeur les dogmes nouveaux , n'auraienl pas renié la foi de leurs pères; car ils n'auraient P3S vu dans la réforme leur émancipation politique. « S'il est un fail, dit M. GaliiTe , c'est que les Genevois adoptèrent la ré-* forme, non point par penchant , mais par politique (1). • « Ce fut péellemenl , dit M. Fazy , la passion politique qui donna des partisans à la réforme à Genève, beaucoup plus que les abus religieux, sur lesquels les citoyens éclairés n'étaient pas trompés. C'était l'intérêt politique, la nécessité d'éloigner des ôvéques, toujours créatures des ducs, qui avait fait favoriser la réformation y beaucoup plus qu'une opinion bien arrêtée sur l'excellence d'un dogme sur un autre (2). • Aussi Genève^ résista-t-elle longtemps aux ardentes prédications des missionnaires de la nouvelle doctrine , qui , pour venir à bout de la convertir , eurent souvent recours à la ruse et à la violence. Ce ne fut même qu'après s'être vue abandonnée de son évéque et de Fribourg , qu'elle cessa de se débattre sous les étreintes des Bernois qui, pour la dominer, cherchaient à lui inoculer la réforme.
La répugnance de Genève à embrasser les dogmes nouveaux s'explique aisément, si Ton réfléchit qu'elle était tout impreignée de catholicisme, dans ses monuments, ses institutions et ses mœurs. Quatre peuples qui la traversaient incessamment, y avaient déposé le germe de leurs qualités naturelles : le Savoyard, sa probité, son esprit d'ordre et d'économie; l'Italien, son amour des arts, son imagination ardente et mobile;
(1) Galiffe, Nonoin cinéALOCiQUES , t. m, p. 38, cit. p. Audin.
(2) Fazy, ESSJUL d'un précis D^HiSTOIRB de IA fUPOBUQUS DB GsifiYE, 1. 1*', p. 188, 244, 243, cit. p. Audia.