‹ Histoire de la réforme protestante en Angleterre et en IrlandeChapitre 13 sur 32 · LETTRE VI · texte numérisé non relu

LETTRE VI

Confiscation des monastères. Moyens bas et cruels employés pour parvenir a ce résultat. Dévastation et bouleversement du pays. Violation DU tombeau d'Alfred. Le roi divorce

DE nouveau et fait ENCORE PÉRIR SA FEMME.

Mort du scélérat Cromwell. Mort du tyran lui-même.

Mes Amis, Kensington , le 3o ^vril iSsS.

i65. En terminant ma précédente lettre, je ne vous avais encore montré que le commencement des horribles ravages que l'Angleterre eut à souffrir à cette époque. Dans celle-ci , vous pourrez suivre les progrès efFrayans que fit le système de dévastation générale pendant le règne de Henri VIII, ce tyran incapable de remords et que votre indignation a déjà flétri. Je vous ai fait voir comment on obtint le premier acte législatif prescrivant l'abolition des couvens, ou plutôt couvrant de l'égide des lois les brigands qui dépouillaient à la fois de leurs biens légitimes , le propriétaire , le pauvre et l'étranger. Avant d'entrer dans le détail des faits qui furent la conséquence natu-

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relie et nécessaire de cette mesure tyranniqiie, je crois devoir appeler votre attention sur l'acte mêiue du parlement qui la consacra.

i6G. Il fut passé en i536, dans la vingt-septième année du règne de Henri. Dans le préambule de tout acte législatif, on expose, vous le savez , les motifs et les considérations qui y ont donné lieu. Or , comme c'est l'acte dont je parle auquel il faut réellement attribuer la ruine et la dégradation de là classe moyenne du peuple en Angleterre et en Irlande , que l'on doit le regarder comme la première sanction légale donnée au vol et au pillage des biens du peuple , sous prétexte de réformer sa religion , que ce fut l'antécédent sur lequel s'appuyèrent dans la suite les voleurs publics, jusqu'à ce qu'ils eussent entièrement appauvri le pays, que ce fut le premier des moyens à l'aide desquels on parvint à réduire un peuple, naguère bien vêtu et bien nourri , à ne plus porter que des baillons et à se nourrir d'une misérable nourriture, il m'a semblé important d'insérer ici en entier le tissu de mensonges et de calomnies qui lui sert de préambule. La plupart de nos compatriotes s'imaginent qu'il y eut toujours des pauvres en Angleterre , et que la législation spéciale , qui régit ces malheureux, a toujours existé. Qu'ils apprennent que pendant les neuf cents ans que notre nation professa la religion catholique , ces deux fléaux lui furent inconnus. Quand un gros et gras

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pasteur viendra leur crier aux oreilles : " point de papisme ! " qu'ils lui répondent : " point de mejidicité! " Qu'ils sachent surtout comment il arriva que ce pays où régnaient l'abondance et l'aisance , se changea tout à coup en un pays cil la misère et la famine se firent partout sentir; et qu'ils réfléchissent ensuite à la bassesse et à l'hypocrisie des vains prétextes qu'ils vont lire dans le préambule de l'acte atroce d'une législature qui ne rougissait point d'ériger en système le vol et le pillage.

167. " Le genre de vie vicieux , déréglé, char- *' nel et abominable , journellement mené et " commis dans tels prieurés, abbayes et autres " maisons religieuses de moines, de chanoines " et de nonnes rassemblés en iceux et en icelles " au nombre de douze personnes , Vincon- " duite et le dérèglement des chefs de ces éta- *■'- blissemens religieux , qui gaspillent , dé- " tériorent , détruisent et ruinent aussi-bien " leurs églises , monasteries ^ prieurés, fermes, " granges, terres, tenemens et bestiaux, que " les ornemens de leurs églises , leurs meu- " blés et immeubles , et cela au grand déplai- *' sir de Dieu tout-puissant , au gi-and scan- ** dale de la religion et à la honte du roi et " de son royaume, ont fait songer à prendre *' des mesures propres à réprimer des abus " aussi crians. Depuis deux cents ans on s'est *' efforcé d'apporter quelques réformes henné-

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" tes et charitables à une vie aussi inconve- " nante 3 aussi chamelle et aussi abominable , " et cependant les améliorations que l'on a " obtenues se réduisent à rieji ou peu de chose. *' ^u contraire j vos vices qu'entraîne une pa- " reille vie se sont encore augmentés ^ et par " une coutume aussi profondément vicieuse " qu^ atroce, un grand nombre de religieux de *' l'un et de l'autre sexe , formant ainsi de " petites communautés , ont préféré apostasier " que de se conformer aux préceptes de la re- *' ligion. De sorte que , si on ne supprime point *' ces petites communautés ^ et si on n'a pas " soin de transférer les religieux de l'un et " de Vautre sexe qui les composent dans quel- *^ ques-uns des grands et honorables monastè- " res de ce royaume, et de les forcer à y vi- " vre suivant les préceptes de la religion et *' à travailler à la réforme de leur vie , on *' ne doit espérer aucune repression ni aucune " réforme de ce côté, ^près avoir pesé atten- " tivement ces différentes considérations , sa " majesté très-royale le roi, chef suprême sur " terre, après Dieu , de l'Eglise d'Angleterre, " étudiant journellement et considérant les pro- " grès que la vraie doctrine et la vertu font " dans ladite Église ^ à la seule gloire de Dieu " et à son honneur , ainsi que pour extirper " et détruire totalement les vices et les péchés, " ayant connaissance de ces vérités , et s'é-

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" tant bien informée de Vétat des choses lors " des dernières visites qu'elle fit dans ces mo- " nastères y et considérant aussi que plusieurs '' des grands monastères du royaume où ( grâces *^ en soient rendues à Dieu, ) on suit d'une ma- " nière exemplaire les préceptes de la religion, " manquent du nombre de religieux qu'ils de- " vraient avoir , a cru bon de faire aux pairs " laies et ecclésiastiques , ainsi qu'à ses bien " amés et féaux sujets , les membres de la " chambre des communes du parlement actuel ^ " un exposé des avantages qui ne peuvent man- " quer d'en résulter. Sur quoi lesdits pairs et " lesdits membres des communes , après mure " délibération f déclarent que Dieu ne pourra *' voir qu'avec plaisir que les propriétés de *' ces petits établissemens religieux , dont les " revenus sont maintenant dépensés et gas- " pillés sans autre but que le soutien du pé- " ché f soient appropriés à d'autres usages plus *' convenables , et que ces religieux de l'un et " Vautre sexe y dont la conduite est si abo~ " minable , soient forcés à changer leur ma- " nière de vivre. "

i68. Viennent après ce préambule les dispositions de Tacte législatif qui concède au roi et à ses héritiers la propriété de ces biens " pour en faire ce que bon leur semblerait ; '^ ce qui, ajoute-t-on , ne pouvait manquer " d'être agréable à Dieu '^ et de tourner à l'avantage et à

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l'honneur du royaume. Cet acte tyrannique donnait au roi , outre les terres et les maisons de ces couvens, les meubles de toute espèce, Tor, Faigeiit et les joyaux qui s'y trouvaient. Il est facile de voir qu'il y avait dans cette occasion , i» violation manifeste de la grande Charte; 2° vol commis sur les moines et les religieuses; 3"^ vol commis au détriment du pauvre, de l'orplielin, de la veuve et de l'étranger. La défense fut interdite aux parties lésées et même aux individus possesseurs des propriétés attaquées. Il n'y eut aucun acte d'accusation spéciale dirigé en particulier contre un couvent quelconque; au contraire , l'accusation était générale et pesait indistinctement sur tous les couvens dont les revenus ne dépassaient pas une certaine somme. Cela ne prouve-t-il pas suffisamment que les charges alléguées dans l'accusation étaient fausses ? Qui pourrait croire en effet qu'elles fussent communes à tous les couvens dont les revejius n'atteignaient point une certaine somme, et qu'elles disparussent dès que ces revenus dépassaient la somme fixée ? N'est-il pas évident que le motif secret de cette distinction était le besoin que l'on éprouvait de ménager la grande et petite noblesse , avant de tenter avec quelques chances de succès la spoliation des grands monastères ? On commença donc par attaquer les JaibleSy et dans la suite on ne fut pas embarrassé pour trouver des moyens à l'aide desquels on put se jeter sur les autres.

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169. Dès que le tyran entra en possession de cette partie des biens de l'Église , il commença à les distribuer à ses créatures , ou , comme dit fort naïvement l'acte en question , ses ay anscause. On avait promis hautement qu'une fois que le roi serait en possession de ces biens , " il ne ^prélèverait plus aucune espèce de taxes sur le peuple ; " il est possible même qu'il crut un moment pouvoir s'en passer ; mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il lui serait impossible " de garder tout le butin pour lui seul j " qu'il risquerait même de le perdre en entier , s'il n'avait pas la précaution de le partager avec tous ceux qui ne cessaient de réclamer publiquement leur part et ne lui laissaient pas un moment de repos. Ces gens-là savaient fort bien que le roi avait attrappé du bon dans cette affaire ; aussitôt résolurent-ils , dès le principe , de ne point lui donner de relâche qu'il ne les eût fait ses ayans-cause , pour le '-^plaisir du Tout-Puissant et pour Vhonneur et l'avantage du royaume. " 170. Quatre ans s'étaient à peine écoulés, que déjà Henri était tout aussi pauvre que s'il n'avait jamais confisqué de couvent \ tant étaient voraces ces pieux réformateurs , et tant ils étaient durs pour faire plaisir au Tout-Puissant ! Se plaignant un jour à Cromvv ell de la rapacité de ceux qui sollicitaient ses grâces et ses faveurs : '' Par Notre-Dame , s'écria-t-il , je crois que lorsque les cormorans auront mangé la tripaille ,

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ils avaleront aussi le plat. " Cromwell lui représenta alors que tous n'étaient pas encore venus chercher leur part. '^ Foi d'honnèle homme, reprit le roi , tout mon royaume ne suffirait point pour étancher leur soif. " Néanmoins il essaya bientôt après de le faire , en confisquant les monastères plus considérables.

171. Nous avons vu paragraphe 167 le parlement , tout en autorisant le roi à confisquer les petits monastères , déclarer que , ( grâces à Dieu ! ) on observait , clans les grands monastères , les saints préceptes de la religion avec une scrupuleuse exactitude. Il ne laissait donc pas d'être assez difficile de trouver des motifs ( après une déclaration aussi solennelle et encore si récente ) pour confisquer les grands monastères. Mais qu'importent les raisons à la tyrannie? On ne s'amusa pas même à en chercher. Cromwell et ses satellites s'assurèrent de la personne des chefs de ces établissemens et prodiguèrent les menaces, les outrages, les promesses et les mensonges. A l'aide de moyens d'une bassesse et d'une infamie telles que l'on a peine à imaginer , ils obtinrent de quelques-uns d'entr'eux " une cession volontaire. " Mais partout où ces scélérats rencontrèrent quelque opposition sérieuse , ils eurent aussitôt recours aux accusations les plus fausses et les plus atroces, et massacrèrent, sous prétexte de " haute trahison , " ceux qui eurent le courage de leur résister. Ce fut sous cet

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infâme prétexte que le tyran fit pendre et écarteler l'abbé de la célèbre abbaye de Glastonbury, dont le corps fut bacbé en mille pièces par le bourreau et dont le cadavre fut exposé au lieu nommé le torre , et situé \is-a-vis de l'abbaye. De sorte que toutes ces prétendues cessions volontaires furent , comme l'on voit , du genre de celles qui ont lieu sur les grandes routes lorsqu'un individu vous met le pistolet sous la gorge, et vous invite , le poignard levé sur vous , à lui donner votre bourse.

172. Cependant Cromwell et ses complices trouvèrent qu'il était par trop ennuyeux de s'occuper à chercher des prétextes , et que cela ne faisait que retarder inutilement le pillage. On rendit donc sans plus de cérémonies un acte législatif qui adjugea au roi , à ses héritiers ou ay ans-cause , les monastères " cédés volontairement y " ainsi que tous les autres monastères , voire même les hôpitaux et les collèges par-dessus le marché. 11 serait superflu , comme on le pense bien , de perdre ici notre temps en vaines exclamations , ou de chercher des expressions pour flétrir la mémoire des monstres dont la postérité a déjà fait justice, et qui ravagèrent et bouleversèrent totalement un pays qui jusqu'alors, c'est-à-dire pendant une période de 900 ans , avait été le plus heureux et le plus puissant état de l'Europe.

1^3. Une fois que l'on fut parvenu à renverser

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ce corps antique et majestvieux , les vautours affamés (jui avaient coatribué à sa perte , se précipitèrent sur lui et s'en disputèrent les débris. Le peuple ne larda pas alors à s'insurger dans diflerens endroits contre les satellites du tyran ; mais privé de l'appui de ses chefs naturels qui , pour la plupart , s'étaient rangés du côte de la tyrannie et du brigandage , et abandonné à ses propres forces, que pouvait-il faire ? Hume affecte une compassion vraiment risible ( comme font aujourd'hui nos jongleurs écrivassiers à l'égard du peuple espagnol ) pour l'ignorance dont le peuple anglais faisait preuve par son attachement aux moines. En effet, quelle preuve d^ignorance crasse que de regretter des pi'opiiétaires humains et charitables , que de regretter \ abondance et toutes les commodités de la vie ! Quelle crasse, ignorance, dis-je, de ne pas préférer des propriétaii-es durs et impitoyables , ainsi que l'admirable système qui tolère la vente en détail de petite bière dans le palais d'un évêque , et qui a introduit parmi nous la misère et le paupérisme ! Bientôt nous allons voir l'effroyable misère qui résulta de ces actes tyranniques; mais il nous reste encore à suivre Cromwell et les scélérats qui l'entouraient dans leurs brigandages, leurs spoliations et leurs dévastations. 174. On n'a vu que trop souvent des tyrans voler et dépouiller leurs sujets; mais partout, ou du moins en Angleterre jusqu'alors , on avait

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toujours eu soin d'observer au moins quelques formes juridiques. Dans cette circonstance , on ne s'en donna même pas la peine. Le parlement vil et corrompu qui espérait avoir une bonne part au pillage et qui l'eut en effet , avait nonseulement concédé au tyran les terres et les maisons , ou plutôt se les était adjugées à lui-même , mais avait encore disposé de la même manière de tous les biens , meubles , revenus et fermes ; et , ce qui valait encore mieux , de l'or, de l'argent et des joyaux. Le lecteur pourra sans doute se faire une idée de Taffreux pillage qui eut lieu alors. Les plus pauvres couvens possédaient quelques images ou vases en or ou argent ; et ceux qui étaient plus riches en avaient en grande quantité. En général les autels de leurs églises étaient enrichis de métaux précieux , et souvent même de joyaux de grand prix. Et , pour le dire en passant , il est bon d'observer qu'alors il y avait parmi le peuple assez de moralité pour que ces trésors restassent continuellement exposés aux yeux de toute le monde , sans qu'on eût besoin d'une armée permanente et de nuées cVagens de police.

inS. Depuis le commencement du monde on ne vit probablement jamais un pareil pillage. Les satellites de Cromwell enfoncèrent les portes des couvens , démolirent les autels pour en arracher l'or et les joyaux qui les ornaient, pillèrent les coffres et les armoires des moines et des reli-

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gieuses , et poussèrent le vandalisme jusqu'à arracher les couvertures des livres enrichies de métaux précieux. Tous ces livres étaient manuscrits. Tels d'entr'eux avaient demandé un temps infini à composer , à copier , ou à embellir. Des bibhothèques entières que pendant des siècles l'amour des sciences s'était plu à former à grands frais , furent dispersées et jetées au vent par ces monstres , lorsqu'ils eurent volé les riches couvertures des livres qui les composaient, ils s'emparèrent en outre de tout l'argent monnayé qui se trouvait dans les couvens. Jamais, en un mot, une soldatesque abrutie à qui on a permis le pillage d'une ville, ne commit de crimes assez honteux et assez abominables pour qu'on puisse les comparer à ceux des héros de la " réforme''^ protestante. Et ne perdons point de vue que les personnes que l'on traitait ainsi n'étaient coupables d'aucun crime , qu'on ne leur reprochait rien ; et qu'un an auparavant la même législature avait déclaré que la plupart d'entr'elles menaient une vie aussi sainte qu'utile. Rappelons-nous que la grande Charte leur garantissait leurs propriétés aussi-bien qu'elle garantissait au roi la couronne , et que les biens qui leur appartenaient servaient autant à assurer leur existence que celle du pauvre et du nécessiteux.

176. On peut dire sans crainte d'être contredit que le tyran était lui-même le plus grand voleur de touîs. C'était à lui que Cromwell en-

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voyait tantôt vingt onces d'or d'une fois, et tan-tôt cinquante d'une autre ; tantôt des pierres précieuses d'une espèce , et tantôt des pierres précieuses d'une autre sorte. Hume, dont le principal objet est de noircir la religion catholique, saisit toutes les occasioi^.s pour faire d'une manière ou d'autre l'apologie de ceux qui la détruisirent. Mais il ne pouvait pas louer la justice ou l'iiumanitè d'un monstre dont le nom même rappelle à l'esprit l'idée d'iniquité et de cruauté ; et il était d'ailleurs trop adroit pour le faire. Aussi ne parle-t-il que de X élévation de son esprit , de sa magnificence et de sa générosité. Quel roi noble y magnanime et généreux que celui qui , dans son palais de Londres, receviait de ses propres mains l'or , l'argent et les joyaux volés à ses sujets par des scélérats chargés par lui-même de celte atroce mission ! Un des nombreux item que l'on lit dans les pièces du temps , était ainsi conçu : " Item j délivré le même jour entre les mains de sa majesté royale, quatre calices cV or avec quatre patènes de la même matière , ainsi qu'un cuiller d'or , le tout pesant ensemble cent six onces. Reçu Henri roi. "

177. IN'est-ce point là en vérité de la noblesse, de la magnificence et de la gérférosité? Parmi les objets (jui composaient la royale boutique de ce prince généreux , ou plutôt son magasin d'objets volés , se trouvaient des images de toute espèce : force chandeliers , bobèches , burettes ,

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coupes , ciboires , gobelets , cuillers , diamnns , saphirs , perles , bagues et pendaus d'oreilles , des pièces de monnaie de toute valeur, j jusqu'à des shillings mêmes, des plaques d'or et d'argent arrachées des couvertures des livres , ou enlevées des autels des églises. Souvent lorsque le bois des autels, des croix ou des images, était enrichi de quelque métal précieux , on brûlait le bois pour avoir le métal. Les juifs , même de nos jours , ne font point leur commerce avec autant d'habileté que les satellites de Cromwei.t.. Et je le demande, à présent que ces faits sont connus et appréciés et que personne ne peut les nier, ne faudrait-il pas que nous fussions les plus vils hypocrites, précisément le contraire de ce que l'on a toujours regardé comme le trait distinctif de notre nation , pour croire que des motifs de conscience ont été la véritable cause de la destruction du vénérable culte de nos ancêtres ?

178. Une des parcelles du pillage qui, comme nous venons de le voir dans le paragraphe précédent, vint alimenter le trésor du bandit coulionne , valait à elle seule une somme qui représente aujourd'hui plus de huit mille livres -sterlings 'y et ce ne fut certainement pas la centième partie des valeurs qui vinrent s'engloutir dans les caisses royales. D'ailleurs, qui pourrait croire que les pillards aient été assez simples pour ne pas se réserver Une partie du butin? Ensuite,

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les pillards subalternes tinrent -ils toujours un compte fort exact de leurs hauts faits ? Ceci nous démontre évidemment que la valeur totale des biens dont les couvens furent spoliés à cette époque dut être énorme. La noblesse " réformairice " saccagea et pilla de son côté les églises cathédrales, aussi-bien que les couvens et leurs églises. C'étaient surtout les bâtimens qui renfermaient en plus grande quantité les objets portés au registre précité sous la dénomination de même matière , qui semblaient être l'objet de leur insatiable rapacité. Il n'est donc pas étonnant que , dès les commencemens de leur noble et glorieuse entreprise , ces pillards se soient dirigés en toute bâte vers Cantorbéry , ville depuis long-temps reconnue éminemment coupable de posséder de riches autels , des tombeaux , des images d'or et d'argent , ainsi que des diamans et autres pierres précieuses , tous objets évidemment criminels. Tout était précieux dans cette ville , célèbre pour avoir été le berceau du christianisme en Angleterre. Aussi la tourbe des " réjormateurs " s'y porta-t-elle en masse, et poussa-t-elle en y entrant un cri de joie anticipée , semblable au bruit que font entendre les essaims de bourdons qui se précipitent vers l'endroit où un cheval ou un bœuf ont trouvé la mort.

1-79. Il y avait à Cantorbéry deux objets vers lesquels les oiseaux de proie de la " réformation '* se sentaient particulièrement attirés , savoir le

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monastère de Saint-^Augustin et le tombeau de Thomas Becket. Le premier de ces hommes célèbres était regardé comme l'apôtre de l'Angleterre. C'était à ses prédications et à ses travaux désintéressés qu'elle était redevable de l'introduction du christianisme dans son sein. Sa châsse était conservée dans l'église qui lui était dédiée, et comme c'était, sous tous les rapports, un ouvrage d'une grande magnificence, elle offrait un magnifique butin aux pillards , qui , au reste, s'ils avaient rencontré le tombeau de Jésus-Christ lui-même, et aussi richement orné, ne se seraient fait aucun scrupule de le mettre en pièces. Néanmoins , quelque riche que fût cette châsse, celle de Thomas Becket, déposée dans l'église cathédrale, l'était encore davantage. Becket , archevêque de Cantoibéry sous le règne de Henri II, s'était opposé aux volontés de ce prince qui manifestait l'intention de ravir à l'Eglise ses biens , et de dépouiller son peuple de ses richesses et de sa liberté. Il y avait plus de trois cents ans que son nom jouissait par toute la chrétienté de la plus haute considération , lorsque les bandits de la " réforme " assaillirent sa tombe. Mais c'était surtout en Angleterre que sa mémoire était vénérée. Le peuple en effet le regardait comme un martyr de sa religion et de ses libertés , car il avait été massacré de la mamère la plus atroce par des scélérats envoyés par. le roi , et sans autre motif que la résistance qu'il

avait sans cesse opposée aux tentatives du monarque pour violer la Grande Charte. Chaque jour on venait en pèlerinage à son tombeau ; chaque jour il était couvert des offrandes de la piété. Des églises , des hôpitaux et d'autres établissemens de piété et de charité lui étaient dédiés. Par exemple , l'église de Saint-Thomas à Londres , le monastère de Sende dans le comté de Surrey , l'hôpital de Saint-Thomas dans le bourg de Southwark , et encore une foule d'autres dans les différentes provinces d'Anglelerre. Les offrandes faites à sa chasse l'avaient rendue extrêmement riche et d'une prodigieuse magnificence. Un Roi de France lui avait fait présent d'un diamant qui élait le plus précieux que l'on oonnùt alors en Europe. Hume, ne perdant jamais de vue le double objet qu'il s'est proposé en écrivant son histoire , d'abord de rendre ridicule la religion catholique , et ensuite de dégrader la nation anglaise , attribue cette espèce d'adoration dont Becket était l'objet, à " l^hjpocrisie des prêtres et à la folie et à la superstition du peuple. " Il éprouve un cliagrin et -un mécontentement visibles d'être obligé de rapporter qu'il y avait souvent à la fois à Cantorbéry plus de cent cinquante mille personnes venues en pèlerinage à la châsse de Becket. Est-ce bien possible!... Convenez donc alors que dans ces vieux temps de '' barbarie et d'ignorance, " il y avait encore en Angleterre beaucoup de gens

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qui ne '^ mouraient pas de faim, '' et qui même devaient avoir quelques ressources pour vivre. Et cependant dans ce livre mensonger que l'Ecossais a l'impudence d'appeler notre histoire , il s'eflbrce sans cesse de représenter notre pays, à l'époque dont il s'agit , comme presque inhabité et ne présentant que le hideux aspect de la misère et de la mendicité! Aujourd'hui Cantorbéry compte à peine douze mille âmes, hommes, femmes et enfans. Pauvres gens! Que feraient-ils aujourd'hui pour loger cent mille personnes de plus? Et remarquez bien, je vous prie, mes amis, que cette ville est située à l'une des extrémités de l'île, et que ce ne pouvait être que des personnes aisées qui entreprenaient alors un tel voyage. Ce fait seul doit nous suffire pour nous engager à réfléchir et nous elîbrcer de trouver la vérité , avant d'ajouter foi aux philosophes écossais, quand ils viennent nous parler de " la richesse et de la population nationales. " Quant à '■«^ l'hypocrisie et à la superstition -'■' produites, suivant Hume, par ces pèlerinages, je bornerai ma réponse à ce peu de mots : Y avaitil donc de la superstition ou de l'hypocrisie à témoigner de la vénération pour un homme qui avait sacrifié sa vie de la manière la plus éclatante pour la religion, les droits et les libertés de son pays? Et n'était-ce pas plutôt faire preuve de sagesse et de reconnaissance? Le tyran sanguinaire, qui avait envoyé Thomas More et Fisher à

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l'échafaud, devait nécessairement détester la mémoire de Becket; aussi ordonna -t-il de jeter ses cendres au vent , et ne permit-il pas que son nom fût inséré dans le calendrier. Voilà pour-* quoi on ne le trouve pas non plus dans le /i- VJ'e de prières fabriqué par Cranmer. Cependant, ce qu'il y a d'assez curieux, c'est qu'il se trouve dans V alnianach de Moore et même dans celui de l'année 1825. C'est ainsi qu'en dépit des ordres du tyran et des calomnies des '^ réformateurs j '^ le peuple anglais est toujours resté juste et reconnaissant envers la mémoire de cet homme célèbre.

I (So. Mais , pour en revenir aux brigands de la " réforme y " nous disions qu'un objet d'une valeur immense s'offrait à leur cupidité. Le tombeau de Becket était de bois, d'un travail exquis, presque entièrement recouvert d'or , d'argent et de pierres précieuses. Que cet objet était digne d'attirer les regards de la " piété réformatrice! " Si l'on voyait encore aujourd'hui dans une de nos églises une pareille châsse , comme tous nos voleurs et filous demanderaient à grands cris une nouvelle " réformel " L'or, l'argent et les pierres précieuses, que l'on en retira, remplirent deux coffres , pour transporter chacun desquels on eut besoin de dix hommes. Combien à cet aspect , les yeux de Henri VIII, de ce prince " noble , généreux et magnanime , ^' pour nous servir des expressions de Hume, durent-ils être agréa-

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Llement surpris ! Aucun des brigands fameux dont nous aj^ons encore entendu parler jusqu'ici, n'égala ceux-ci en rapacité , en insolence et en débauches. Mais pourquoi nous en étonner ? Les proclamations du tyran avaient alors force de loi; il avait gagné les chefs naturels du peuple ; sa volonté servait de loi , et cette volonté demandait sans cesse du sang et du pillage !

i8i. On avait pillé, saccagé et confisqué les monastères. Pour vous encourager à supporter le récit de toutes ces atrocités , je crois devoir vous prévenir ici, mes amis, que vous en verrez bientôt l'infâme auteur, l'odieux Cromwell, porter sa tête criminelle sur l'échafaud. La confiscation des biens des monastères et le pillage des églises n'étaient pas assez pour assouvir ces monstres. On résolut donc de détruire de fond en comble tous ces nobles édifices , bâtis pour durer des siècles , ainsi que les jardins magnifiques qui en dépendaient. Ils eussent été comme autant de monumens qui auraient continuellement rappelé au peuple les cruautés et la rapacité du tyran. Nous verrons bientôt de quelle manière on disposa des propriétés immobiliaires des couvens ; mais comme il était dit expressément que tous les édifices devaient être détruits , et c'eût été un travail immense si on avait employé dans ce dessein la manière de détruire ordinaire , on eut le plus souvent recours à la poudre à canon pour abréger les travaux. C'est ainsi que de magni-

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fiques et imposantes constructions , qui avaient coûté des siècles à élever , se cliangèrent suLitement en un amas de ruines , et ne présentèrent plus dès-lorsque l'aspect attristant qu'on leur voit encore de nos jours. Souvent les acquéreurs de ces biens étaient tenus de détruire les batimens, ou du moins de les abattre en partie, afin d'ôter au peuple toute espérance de voir revivre l'ordre de choses que l'on venait de détruire, et l'engager à passer des baux avec les nouveaux propriétaires.

182. C'est ainsi que notre pays perdit en peu de temps sa physionomie particulière. On eût dit une contrée récemment envahie par des hordes barbares ; et pour peu que nous voulions refijarder avec attention , nous verrons qu'il a conservé jusqu'aujourd'hui cet attristant aspect. On n'a rien fait encore pour remplacer ce qui avait été détruit. Voilà désormais, mes amis, le point de vue sous lequel il nous faut envisager la question. Il ne s'agit pas seulement de religion ^ mais de nos droits, de nos libertés, de nos véritables richesses , du bonheur et de la gloire de notre nation. Lors même que la " réforme '' en eût augmenté la somme , il nous serait encore impossible d'approuver les horribles moyens qu'elle aurait employés pour y parvenir. Mais si, tout au contraire , cette prétendue " réforme " n'avait abouti qu'à les diminuer et à les affaiblir , quel abus révoltant n'y aurait-il pas à appeler de ce

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nom ce cruel événement? Mes amis, si je ne réussis pas à prouver que ma dernière liypoihèse est la seule véritable; si je ne vous prouve pomt de la manière la plus convaincante , qu'a^ vant cette prétendue " réforme , " l'Angleterre était et plus puissante , et jjlus riche j et plus morale , et plus heureuse qu'elle n'a jamais été depuis ; si , dis-je , je ne vous le démontre pas clairement , je consens à passer pendant le reste de ma vie pour un vil calomniateur.

i83. Lorsqu'il m'arrive de jeter les yeux sur le comté de Surrey , dans lequel je suis né , à l'aspect de la dévastation ellrayante qu'il me présente, je sens mon cœur se remplir d'une généreuse indignation contre les brigands qui le saccagèrent. Le comté de Surrey n'a que trèspeu et même n'a point de richesses physiques. Des landes sans fin en occupent la majeure partie. L'opulence que l'on y remarque aujourd'hui n'est que factice ; elle n'est que le résultat d'un système de déception. Cependant dans les anciens temps ce comté était sur tous les points orné et fécondé par des établissemens formés par l'Eglise catholique. Il y avait une abbaye à Bermondej ; il y avait un prieuré à Sainte-Marie Overy, et de plus, ce même hôpital de Saint- Thomas qui existe encore aujourd'hui à Southwark. Les bandits " réformateurs " n'avaient pas manqué non plus de le confisquer ; mais dans la suite , on en donna les bâtimens à la ville

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de Londres. Il y avait à Newington un hôpital, dont le chef obtint la 'permission de mendier lorsqu'on en eut saisi et confisqué les revenus. Il y avait encore des prieurés à Morton y à Keigate y à Shene , à Chertsey , à Tandridge , à Sende près de Guilford. Il y avait aussi une abbaye à M^averley , dans la paroisse de Jarnham. De tous ces monastères dépendaient des cellules et des chapelles situées à quelque distance des couvens ; de sorte que , dans ce comté pauvre et couvert de bruyères , il était impossible qu'on se trouvât jamais à six milles de distance d'un lieu où la porte de l'hospitalité ne fût pas toujours ouverte pour accueillir le pauvre, le vieillard, l'orphelin, la veuve et l'étranger. Aujourd'hui en pourrait-on dire autant? Non, et il en est de même dans tous les autres comtés. Tout est changé maintenant, et malheureusement ce n'est pas pour le mieux. Il n'existe plus di^ hospitalité en Angleterre. Le sens des mots y a complètement changé. Nous n'accordons aujourd'hui l'hospitalité qu'à ceux qui sont en état de nous la donner à notre tour ; nous la leur donnons parce qu'ils sont de nos connaissances , et rarement parce qu'ils sont dans le besoin. Hôpital autrefois voulait dire un lieu où l'on pouvait librement entrer, et recevoir des secours de toute espèce , et non pas comme aujourd'hui un lieu uniquement consacré au soulagement du malade , du boiteux et de l'aveugle. Tout protes-

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tant devrait rougir à ces mots : " Vieille hospitalité anglaise. '' Mais outre cette hospitalité exercée si généreusement dans les monastères , l'exemple des religieux influait sur toutes les classes aisées de la société. La générosité et la bienfaisance formaient alors le caractère distinctif de notre nation. La vile passion de l'argent ne pouvait pas être à la mode , à une époque où des institutions, objet du respect général, donnaient des exemples qui en eussent été la meilleure condamnation.

184. Que si on me demande pourquoi maintenant , par exemple , les treize moines de Waverley jouissaient d'un revenu annuel de 169,13 sh. II d. , ce qui équivaut à quatre mille livres sterlings de notre monnaie d'aujourd'hui , je ne répondrai à cette question que par celle-ci : Pourquoi auraient-ils dû ne pas l'avoir ? J'irai encore plus loin , et je demanderai si personne ne devrait donc avoir de propriétés. Mais , m'objectera-t-on , ils ne travaillaient point et ne faisaient rien pour contribuer au bien-être général de la nation. C'est ce que nous allons examiner. Ils possédaient les terres de fVaverley , d'une contenance de quelques centaines d'arpens, d'un sol fort ingrat , où se trouvait un moulin , et peutêtre vingt arpens en prés d'une médiocre fertilité, et au milieu desquels se trouvait leur abbaye environnée presque de toutes parts par des montagnes sablonneuses. La rivière TVey , large de

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vingt pieds environ , coulait aux pieds du mur extérieur de leur couvent. Ils étaient en outre en possession des dîmes de la paroisse de Jarnham et d'un ou deux étangs situés dans les communes voisines. Leur ancien bien-fonds appartient aujourd'hui à un M. Thompson qui y demeure, et les dimes sont recueillies par un certain M. Halsey qui demeure à quelque distance de la paroisse. Maintenant, je demande, sans vouloir offenser en aucune manière ces messieurs , si les moines ne travaillaient pas tout autant qu'eux? Leurs revenus ne contribuaient-ils pas à augmenter le bien-être général aussi-bien que peuvent le faire ceux de MM. Thompson et Halsey? Je n'ajouterai plus qu'une seule considération, laquelle me paraît bien plus importante encore. Les indigens de la paroisse de Jarnham ne pouvaient-ils pas alors s'adresser au couvent de Waverley pour obtenir tout ce qui leur manquait, et n'avaient-ils pas pour voisin un évêque de M^'inchester , qui ne vendait pas de petite bière à la porte de son palais , qui n'avait pas besoin pour les soulager de la '^ taxe des pauvres y " et auquel cet horrible mot était même inconnu? O mes concitoyens de Jarnham, vous qui, dans votre enfance, grimpiez avec moi sur les ruines couvertes de lierre de cette vénérable abbaye ( elle était la première de son ordre en Angleterre ) , vous qui alors contempliez avec moi ces murs imposans qui ont survécu aux

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dévastateurs de la " réforme , " mais non à la méchanceté de ceux qui ont recueilli les fruits de la dévastation et en goûtent les douceurs , vousque le seul mot à' abbaye surprenait alors si étrangement et qui ne compreniez point comment il avait pu se faire qu'on l'eût détruite , c'est vous que j'établis juges dans cette affaire. Vous savez tous, n'est-ce pas? ce que c'est la taxe des panures,. la taxe des églises. Eh bien ! rappelez-vous que ces deux fléaux furent inconnus à notre patrie tant qu'exista l'abbaye de Waverley et tant que les évéques n'eurent point de femmes. C'est un fait irrécusable , que dans ce temps on n'avait besoin ni de l'une ni de l'autre. L'Église partageait alors ses biens avec l'indigent et l'étranger , et ne disputait point au peuple ses modiques gains. Quant à la foi et au culte , jetez les yeux sur cette abbaye : là reposent depuis douze cents ans vos pères et les miens. Rappelez-vous que pendant les trois quarts de cette période , nos pères eurent la même foi et le même culte que les moines, de Waverley, et dites, si vous l'osez, que les moines à l'hospitalité et à la bienfaisance desquels vos ancêtres et les miens furent redevables de ne point porter le nom ignominieux de mendians , enseignaient une religion idolâtre et damnable.

i85. Il en était de même dans les autres parties du ro'yaume que dans le comté de Surrey , à cette différence près que la proportion des in-

202 Réforme Protestante.

nombrables bienfaits, que répandaient les moines, était dans quelques provinces beaucoup plus considérable relativement aux richesses et à l'importance locales, La physionomie particulière à l'Angleterre ne tarda pas à être changée à la suite des confiscations et du pillage de la " réforme. " S'il avait été possible d'assassiner des édifices muets et insensibles , le tyran et ses sanguinaires satellites s'en seraient bientôt débarrassés. Mais ils ne laissèrent pas cependant de faire ce qui dépendait encore d'eux. Ils démolirent , firent sauter avec de la poudie à canon et anéantirent tout ce qu'ils purent. On devait, il est vrai, s'attendre à toutes les méchancetés diaboliques possibles de la part de tels êtres ; et cependant on espérait que deux abbajes trouveraient grâce à leurs yeux. L'une renfermait le tombeau de saint Augustin; elle avait été fondée par Alfred qui y était enterré. Nous avons vu déjà de quelle manière abominable ces monstres pillèrent le tombeau de saint Augustin à Cantorbéry. Ils démolirent l'abbaye et l'église, et avec les matériaux qui en provinrent ils construisirent une *^' ménagerie pour les bétes féroces et un palais pour le tyran. '* Le tombeau d'ALFRED se trouvait à Winchester dans une abbaye qu'il avait fondée lui-même. Cette abbaye et toutes ses dépendances furent données par le tyran à Wriotesley, qui depuis fut créé comte de Southampton , et qui eut une fort bonne part dans les confisca-

Lettre VI. 2o3

lions faites dans le Hampshire. On devient presque malade à la seule pensée qu'un homme puisse être coupable d'un crime aussi atroce que celui de la destruction de cette abbaye. Quel est l'homme ayant reçu un peu d'éducation, à qui la gloire et le renom de notre grand roi Alfred soient inconnus? Quel est le livre, même parmi ceux que l'on met entre les mains de l'enfance , où l'on ne lise point son éloge? Poètes, moralistes, théologiens, historiens, philosophes, jurisconsultes, législateurs, tous l'ont cité et le citent encore à l'envi , non-seulement dans notre pays , mais encore dans le reste de l'Europe , comme un modèle de vertu , de piété , de sagesse , de talens et de patriotisme ; comme ayant possédé les qualités les plus belles, sans s'être jamais rendu coupable d'une seule faute. Malgré des difficultés telles que n'en éprouva jamais un autre homme, il parvint à débarrasser son pays, presque tombé dans la barbarie, des hordes cruelles et sauvages qui l'avaient envahi et subjugué en entier, et par lesquelles lui-même s'était vu forcé de se cacher sous l'habit de berger pour échapper à la mort. De cet état de misère et d'abjection , il réussit à élever son peuple au plus haut degré de gloire et de prospérité , bien que son règne ne fut pas de longue durée. Il livra avec ses armées et ses flottes plus de cinquante batailles aux ennemis de l'Angleterre. Il apprit à son peuple, et par ses préceptes et par son exem-

J2o4 Réforme Protestatsteî

pie , à être sobre , industrieux , brave et j usle. Il hâta le développement de toutes les sciences et fonda l'université d'Oxford. C'est à lui, et non à un certain avocat écossais, que l'on est redevable de l'établissement du Jury. Blacstone l'appelle le fondateur de la Loi Commune. L'établissement des comtés y des centenlers et des cours de justice y est l'ouvrage d'ÀLFRED. En un mot, c'est à lui que nous devons nos lois, nos droits €t nos libertés, et toutes ces institutions qui ont créé la gloire et la prospérité de cet empire, et à qui l'on doit attribuer la glorieuse prééminence dont il jouit parmi les autres nations. S'il est un nom devant lequel les anglais doivent se courber avec un respect qui approche de l'adoration, certes c'est celui d'ALFRED. Aussi ne sommesnous pas injustes envers sa mémoire , et ne crainsje point d'avancer qu'il n'en est pas un seul parmi nous , catholique ow. protestant ^ qui ne fit de bon cœur un pèlerinage de cent milles au tombeau de ce grand prince pour venir saluer son ombre généreuse. Mais hélas ! ce tombeau n'existe plus : les monstres de la " réforme " n'ont pas craint de le profaner. Il se trouvait, comme je l'ai dit plus haut , dans une abbaye appelée Hyde-^b-^ bey j c'était Alfred lui-même qui l'avait fondée et qui l'avait choisie pour y être enterré. Outre les précieux restes d'ALFRED , cette abbaye renfermait encore ceux de saint Grim- BALD, moine bénédictin, qu'ALFRED avait attiré

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en Angleterre pour occuper la première chaire cV enseignement ouverte à Oxford. Mais qu'importaient aux brigands de la réforme les restes des bienfaiteurs du peuple? On démolit l'aljbaye et on la fit même sauter en partie à l'aide de la poudre à canon. Les tombeaux furent profanés et détruits; on vendit jusqu'au plomb des cercueils, et ce qui doit encore le plus indigner un cœur anglais et généreux, c'est que les terres qui dépendaient de l'abbaye, passant de mains en mains , se trouvent aujourd'hui dans la possession des ^J^TimGS, ces faiseurs d'emprunts, devenus de la sorte les successeurs du grand Alfred.

i86. Wriothesley obtint ensuite les manoirs de Micheldever et de Stratton , qui par la suite tombèrent par mariage dans la famille de Russel. C'est de cette famille que les Barings les acbe^ tèrent, il y a une trentaine d'années. Aujourd'hui ils sont la propriété de sir Thomas Baring, baronnet. Il faut , en vérité , convenir que rien n'est plus curieux que d'observer et d'étudier la marche de la prétendue " réforme. " Si elle n'avait point eu lieu, il n'aurait pas existé de mendians à Micheldeuer et à Stratton; mais en revanche, les Ru s SELS n'auraient pas pu avoir ces terres, et les vendre ensuite aux nobles Barings. Il est vrai aussi que, d'un autre côté, il n'y aurait pas eu de dette nationale, et qu'il n'y aurait pas eu àii faiseurs d'emprunts pour acheter ces

!2o6 Réforme PROTESTA^TE.

biens aux Russels. En outre, il n'y aurait pas eu de maison de correction construite sur les ruines mêmes de l'abbaye , et l'on n'aurait peutêtre jamais eu de tread-mill là où reposaient les cendres d'ALFREo; bien plus, il est probable qu'on n'aurait eu besoin ni de mcdson de correction ni de tread-mill. On rapporte qu'ÀLFRED avait réussi à rendre ses sujets tellement probes , qu'il pouvait suspendre des bracelets de grand prix sur la voie publique, sans craindre qu'on y touchât. Hélas ! comment est-il arrivé que les descendans de ce même peuple aient aujourd'hui besoin de tread-ndlls et de maisons de correction ? Ah ! du temps de ce bon roi , on ignorait en Angleterre ce que c'était qu'un mendiant ; de malheureuses créatures n'étaient pas obligées de travailler pendant des mois entiers sans jamais manger de viande; et la faim, cet horrible besoin, qui ne reconnaît aucune loi divine ou humaine , jie contraignait pas des milliers d'individus à se faire voleurs !

187. J'ai présenté une rapide esquisse des dévastations et des pillages que notre pays eut à souffrir à cette calamiteuse époque. Je vais maintenant commencer à entrer dans quelques détails au sujet de cette misère et de cette dégradation que j'ai dit avoir été la conséquence de ces dévastations ; je le prouverai , non à l'aide d'assertions vagues et gratuites, ou en citant des livres qu'on appelle Histoire d' Angleterre ; mais en

Lettre VI. 207

rapportant des actes du parlement et d'autres documens encore que tout le monde peut consulter, et de l'exactitude desquels personne ne saurait douter. Cependant avant d'entamer cet important sujet , je crois devoir vous montrer la fin du " monstre vice gérant , " ainsi que celle du tyran lui-même qui, pendant le cours des événemens que je viens de rapporter, avait continué à se " marier, à divorcer et à tuer ses femmes; " mais dont au reste la criminelle carrière ne fut pas de longue durée.

188. Apiès la mort de Jeanne Seymour , qui fut mère d'Edouard VI , et qui , de toutes les femmes du tyran, fut la seule qui eût assez d'esprit et de bonheur pour mourir reine et pour expirer clans son lii-y après sa mort, dis- je, qui arriva en i537 , Henri resta deux années entières à se chercher une autre femme. Ce ne pouvait être qu'une femme grossière et tout-à-fait dénuée de sentimens qui consentit à avoir quelque chose de commun avec un homme qui plongeait sans cesse ses mains dans le sang. Néanmoins, en 1539, il parvint à trouver Anne, sœur de l'électeur de Clèves. Lorsque cette princesse arriva en Angleterre, le roi ne se gêna point pour dire combien elle lui déplaisait ; mais en attendant il crut toujours prudent de l'épouser. En i54o, après six ou sept mois de mariage, il divorça d'avec elle , sans cependant oser l'envoyer à l'échafaud. Il n'y avait d'ailleurs aucun pré-

2o8 Réforme Protestante.

texte légitime pour ce divorce. Le roi n'aimait point sa femme, c'était là tout : et l'on se borna aussi à alléguer ce singulier motif. Cranmer, qui l'avait déjà aidé à divorcer avec deux femmes , ne se refusa pas non plus cette fois à briser de nouveau ses chaînes. Le roi et la reine redevinrent donc libres j mais le monarque avait déjà en vue une très-jolie femme. Le nom de cette dame était Catherine Howard ; elle était la nièce du duc de Norfolk. Comme la plupart des membres de l'ancienne noblesse , le duc haïssait mortellement Cromwell; aussi saisit-il avidement l'occasion qui se présentait à lui pour s'en venger. C'était Cromwell qui avait été la principale cause du mariage du roi avec Anne de Clèves; d'ailleurs, comme ses talens pour le pillage et le brigandage n'étaient plus nécessaires, le tyran trouvait assez commode de s'en débarrasser.

189. Cromwell avait amassé d'immenses richesses , tant par ses emplois nombreux et lucratifs , que par le pillage des églises et la spoliatioîi du bien des panures. Il s'était adjugé une trentaine de terres magnifiques appartenant autrefois aux monastères. Sa maison , ou pour mieux dire , son palais regorgeait des fruits de ses vols et de ses brigandages. Il avait été créé comte d'Essex et avait obtenu la prééminence à la cour sur tous les autres courtisans. Souvent même il représentait le roi au parlement , au-

Lettre VI. 209

quel il présentait ses lois attentatoires et spoliatrices, et devant lequel il les défendait. Sa cruauté et sa barbarie envers des moines et d'innocentes religieuses avaient été sans exemple; jamais, sans un tel ministre , on ne serait parvenu à connaître tant de crimes et tant de brigandages. Mais on n'avait plus besoin de lui, et le scélérat n'avait déjà que trop vécu. Les ruines des couvens semblaient appeler elles-mêmes sur sa tête criminelle la vindicte publique. Le 10 juin i54o, au matin, son pouvoir était encore sans bornes , et dans la soirée du même jour, il languissait au fond d'un cachot sous le poids d'une accusation de trahison. Sa captivité ne dura que peu de jours, et il put éprouver par lui-même ce que sa manière d'expédier les affaires de justice avait de bienfaisant et de consolant. Nous avons vu , dans la lettre précédente , qu'il était l'inventeur d'un mode d'envoyer les gens à l'échafaud ou à la potence, sans aucune forme de procès y et simplement en vertu d'un acte législatif qui les condamnait à mort. C'était ce mode de jugement dont s'était servi cet odieux scélérat dans l'affaire de la comtesse de Salisbury; il était destiné à le voir employé envers lui-même. Il ne survécut que quarante-huit jours à son arrestation ; ce n'était pas la moitié assez de temps pour énumérer en détail tous les vols et les assassinats commis par ses ordres. Il ne paraît cependant pas avoir employé ce temps à prier Dieu de lui pardonner

\2io Réforme PROxESTiiNTE.

ses vols et ses crimes , mais à supplier lâchement le tyran d'épargner sa vie. Peut-être de tous les scélérats qui aient reçu le digne châtiment de leur crime , fut-il le plus vil et le plus méprisable. Lui , qui au temps de sa puissance , était l'homme le plus insolent et le plus cruel , fut ^ dans sa disgrâce , le plus bas et le plus abject. Au reste, il n'était coupable envers le roi d'aucun crime. Quoique accusé d'hérésie et de trahison, il n'était pas plus hérétique que le tyran lui-même ne l'avait été ; et quant à l'accusation de trahison , elle n'avait pas même une ombre de fondement. Il en était tout aussi coupable que ces abbés de Headings de Coichester et de Glashury , et de tant d'autres encore qu'il avait envoyés au supplice. C'était pour s'emparer de leurs terres qu'il les avait fait mettre à mort ; et je ne crains pas de dire qu'on ne le fit monter à l'échafaud que pour s'approprier ses richesses et tous les objets précieux qu'il avait pillés. C'était lui qui avait fait profaner le tombeau de Thomas Becket et fait jeter ses cendres au vent. Le même peuple, qui avait été témoin des excès de ce monstre , devait maintenant voir son sang criminel inonder le pavé et y être léché par des pourceaux et par des chiens. Le lâche scélérat semble n'avoir eu , dès le premier moment de son arrestation, d'autre pensée que celle de sauver sa vie. Il écrivit plusieurs fois au roi , dans l'espoir d'en obtenir sa grâce, mais toujours en

Lettre VI. an

vain. Il avait accompli sa mission ; Fœuvre de pillage et de dévaslalioii touchait à sa liu. D'ailleurs il s'clait fait dans le butin une part trop grosse, et il était par conséquent, selon les vrais principes de la " réforme , " de les lui arracher avec la vie. Dans ses lettres au roi , il protesta avec force de son innocence. Eh ! personne au monde n'en doutait, i.îalheureusement il n'était pas plus Innocent que tous ces abbés et ces moines qu'il avait massacrés , pas plus innocent que ces milliers d'individus de tout â^e et de tout sexe qu'il avait fait écarteler , pendre , brûler ou voler. Et certes , parmi toutes ces victimes , il n'y en eut jamais de plus coupable que lui. Dans ses lettres au tyran , il le cajole et le flagorne de la manière la plus dégoûtante -, il compare " son sourire enchanteur et son front radieux à celui de la Divinité ; " il le supplie de lui permettre de baiser encore une fois sa main balsamiqu-e y persuadé que le baume que ses lèvres y aspireront suilira pour feimer les plaies de sun cœur. L'odieux et bas scélérat aurait mérité la mort , quand même il ne se serait rendu coupable que d'avoir écrit des letties aussi dégoûtantes. Fox, le martyrologiste du protestantisme, appelle ce Cromwell, le vaillant soldat de la *^ réfo?yne. '^ Il est de fait que vous avez dû avoir peu de soldats qui s'entendissent mieux que lui à piller et à dévaster. C'était un homme plein de valeur quand il s'a-

212 Réforme Protestante.

gissait de détrousser des passans , ou de massacrer des religieuses aux pieds même de l'autel , et de les tramer sur une claie pour leur tirer l'aveu de prétendues trahisons et conspirations. Nous n'en disconvenons pas; mais convenez aussi , qu'en face de la mort , ce valeureux champion de la " réforme '^ se conduisit comme le lâche le plus consommé. Il est presque inutile d'ajouter que ce même homme est un grand favori de Hume, qui déplore amèrement le sort de Crom- WELL , quoiqu'il n'ait jamais trouvé une seule expression de pitié pour les innombrables victimes de ce scélérat. Gomme tous les autres historiens, il a grand soin de retrancher ces expressions abjectes qui se trouvent à la fin d'une lettre qu'il écrivait à son digne maître. " Infortuné " captif, je suis prêt à mourir quand il plaira à " Dieu et à votre majesté de commander ma mort. *' Cependant la fragilité de la chair m'engage à " implorer mon pardon et ma grâce, ainsi que *' l'oubli de mes offenses. — Ecrit à la Tour , avec " un cœur surchargé et d'une main tremblante , " par le très-misérable captif et très-infortuné es- " clave de votre altesse. — Miséricorde, miséri- " corde, miséricorde, très-grâcieux prince ! " Voilà le langage de celui que l'on appelle un vaillant soldat ! Sans doute que Fox n'a pas entendu dire par-là qu'il fût courageux en présence de l'ennemi ou sur l'échafaud, mais seulement qu'il était brave dès qu'il s'agissait d'arracher des ba-

Lettre XL 2i3

gnes des doigts d'une femme et de l'or et des pierres précieuses de la couverture d'un livre. Ce fut là en effet en quoi consista toujours la valeur de la '^ réforme. " Hume dit de Cromwell qu'il méritait un meilleur sort. Cependant jamais sort fut-il plus juste ? Quel zèle ardent et oflicieux n'avait-il pas déployé à exécuter tous les forfaits commandés par son maître? N'était-ce pas lui qui le premier avait imaginé de condamner et exécuter les gens sans aucune forme de procès ? Que pouvait-on donc faire de plus que de le faire périr de la même manière? On ne vit point verser de larmes lors de sa mort ; elle ne produisit sur les spectateurs d'autre effet que celui que l'on éprouve en voyant un grand scélérat expier ses crimes à la potence.

190. Pendant les sept années que le tyran survécut à son cruel et odieux ministre , il ee vit accablé de tourmens et de vexations de toute espèce. Au bout de quelques mois , il s'aperçut qu'il avait retrouvé dans sa nouvelle épouse luie autre Anne Boylen , et l'envoya sans plus de cérémonies à l'échafaud , avec ses propres parens et ses amans. Il se livra ensuite , comme une véritable bête féroce, à tous les excès de la rage la plus déréglée, établissant les lois les plus sanguinaires, pour se protéger à l'avenir contre l'impudicité et l'infidélité de ses femmes , et se rendant un objet de ridicule pour son peuple et pour le reste de l'iiurope. Enfin , il se résolut

21 4 Réforme Protesta?,'te.

à prendre une femme encore une fois; il ne trouva qu'une veuve qui consentît à affronter la rigueur de ses lois , et encore celle-ci n'échappa-t-elle qu'avec la plus grande peine au sort des autres. Dans les dernières années de sa vie , ses débauches et sa gloutonnerie Pavaient rendu d'une telle corpulence , qu'il ne pouvait se mouvoir qu'à l'aide de mécaniques qu'on inventait pour son propre usage ; et cependant , il avait toujours conservé son ancienne férocité et sa passion pour le sang. Il était étendu sur son lit de mort , et personne n'osait l'informer de son état, car la mort la plus prompte n'eût pas manqué de suivre cet avertissement. 11 mourut donc avant d'avoir su qu'il était près du terme de sa vie , et laissant une foule de condamnations capitales qu'il n'avait pas encore eu le temps de signer.

if)i. Ainsi expira en i5'j7, à l'âge de cinquante-six ans, et dans la trente-huitième année de son règne , le plus injuste , le plus vil et le plus sanguinaire des tyrans qui eussent encore désolé l'Angleterre. Ce pa>'s, qu'à son avènement au trône , il avait trouvé paisible , uni et heureux , il le laissa déchiré par les factions et les schismes , et ses habitons en proie à la misère et à la mendicité. Ce fut lui qui y introduisit cette immoralité , ces crimes , ces vices et cette misère qui produisirent de si horribles fruits sous le règne de ses enfans , aussi ignorans que méchans, et avec qui s'éteignirent quelques années

Lettre VI. 2i5

après son nom et sa maison Je me propose de démontrer , dans la prochaine lettre , comment il érigea en système le pillage des églises et les spoliations du bien des pauvres ,• comment ses successeurs réussirent à perfectionner encore le système de confiscation qu'il avait déjà poussé si loin ; comment on vit disparaître peu à peu les traits distinctifs de notre caractère national , et s'épuiser les sources de notre prospérité j comment germèrent les principes de cet horrible système dont nous voyons aujourd'hui les désastreux effets , dans l'appauvrissement et la dégradation de la masse du peuple d'Angleterre et d'Irlande; et je me flatte de prouver d'une manière convaincante que de tous les désastres qui aient encore affligé notre pays , le plus grand fut sans contredit la " réforme protestante. "

3i6 Réforme Protestante.

N« vn.

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