‹ Histoire de la réforme protestante en Angleterre et en IrlandeChapitre 23 sur 32 · Mais la justice nous défend de passer aussi · texte numérisé non relu

Mais la justice nous défend de passer aussi

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brièvement sur le règne de Cromwell-, car nous allons voir la seconde réforme que ses auteurs ont appelée " réforme " toute pieuse , soutenir que la première réforme n'était qu'une chose à moitié faite , et que l'église d'Angleterre , telle que l'avait établie la loi , n'était que la fille de la vieille femme impure de Babylone. Cette réforme suivit la même marche que la première. Son objet principal était le pillage. Tout ce qui restait des propriétés de l'église fut alors , autant que le temps et les autres circonstances le permirent , confisqué et partagé entre les réformateurs, qui, s'ils en avaient eu le temps, auraient repris tout ce qui avait été pillé d'abord ( comme ils le firent pour une partie ) et se le seraient 'partagé de nouveau ! C'était vraiment une chose curieuse de voir ces pieuses personnes chassant des terres des abbayes les descendans de ceux qui s'en étaient emparés dans la première réforme : mais ce qui était surtout curieux c'était d'entendre les évêques et les ministres crier au sacrilège lorsqu'on les chassait de leurs palais et de leurs presbytères , eux dont les prédécesseurs avaient pendant toute leur vie cherché à justifier l'expulsion des évêques et des prêtres catholiques qui avaient sur ces biens le droit de prescription et surtout celui qui leur était assuré par la grande charte.

364- Comme si l'on eut voulu faire la seconde " réforme " en tout semblable à la première ,

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il y eut alors un cliangement de religion qui ne fut opéré que par des laïques. Le clergé de l'Eglise rétablie fat calomnié , comme l'avait été celui de l'Eglise catholique ; les évêques furent chassés du parlement , comme l'avaient été les abbés et les évêques catholiques. Les cathédrales furent pillées de nouveau; ces tables de Cranmer (mises à la place des autels) furent aussi brisées ; il se fit une croisade générale contre les croix , les portraits du Christ , les tableaux religieux , les peintures sur les fenêtres des églises , les images placées au dehors des cathédiales, et les tombes qu'elles renfermaient ainsi que les églises. Comme dans la première réforme on avait détruit les livres de messe , on détruisit les livres d'église dans la seconde réforme et l'on ordonna de se servir en place d'un nouveau livre appelé le Directeur , et qui n'était rien autre chose qu'une imitation de V Homme chrétien de Henri VIII et du Livre de Prières de Cranmer. Et pourquoi ce Directeur ne le remplacerait-il pas ? si le livre de messe , après avoir servi pendant neuf cents ans et après avoir été approuvé par tous les peuples a pu être détruit, certainement le livre de prières n'ayant que cent ans d'existence et n'ayant jamais été approuvé par la moitié du peuple , a bien pu l'être également. Si l'on a pu renverser le premier, et même, comme nous l'avons vu paragraphe 2 1 2 , à l'aide du glaive porté par des soldats allemands j on

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doit croire que l'on n'aura pas fait plus de mal en renversant le dernier à l'aide du glaive porté par des soldats anglais y à moins qu'il n'y ait, ce que l'on n'a pas encore dit , un attrait particulier pour les Anglais dans les coups du fer des Allemands.

365. Ces deux " réformes " se ressemblaient autant que peuvent le faire une mère et sa fille. La mère eut un Cromwell, ( voy. paragraphe 167) qui fat l'un des principaux agens de son œuvre, et la fille eut aussi un Cromwell; la seule différence qui existait entre eux était que l'un se nommait Thomas et l'autre Olivier. Le premier Cromwell fut chargé de faire une pieuse réforme des erreurs , des hérésies et des abus qui existaient dans l'Eglise ; et le second fut chargé de faire une réforme vraiment pieuse dans l'Eglise. Le premier Cromwell confisqua, pilla' et saccagea les biens de l'Eglise , et le dernier Cromwell fit absolument la même chose, avec cette différence cependant que le dernier ne vola pas en même temps le bien des pauvres comme avait fait le premier ; et , ce qui paraît une distinction bien juste, le dernier mourut dans son lit , tandis que le premier , lorsque le tyran n'eut plus besoin de ses services , périt sur l'échafaud.

366. Les héros de la seconde " Réforme " étaient de grands lecteurs de la bible , et presque chaque homme devint en même temps un

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predicant. Les soldats avaient rarement ce don; aussi réclamèrent-ils le droit de prêcher comme l'une des conditions auxquelles ils consentaient à porter les armes contre le roi. Chacun interprétait la bible à sa manière*, ils rejetaient toutes les bibles avec notes ou commentaires. Roger North ( protestant ) fait connaître dans son examen les blasphèmes et les horreurs de toutes sortes commises par ces hommes qui avaient empoisonné les esprits de presque toute la multitude. De là mille espèces de crimes monstrueux : à Douvres une femme coupa la tête à son enfant, disant que, comme Abraham, elle en avait reçu un ordre spécial de Dieu. On exécuta à Yorck une femme qui avait crucifié sa mère^ elle avait en même temps sacrifié un veau et un coq ^ et ce n'est qu'un échantillon de cette réforme toute pure. Mais pourquoi ces horreurs n'auraient-elles pas été commises? Nous voyons des meurtres dans la bible ; si chaque homme doit être son propre interprète de ce livre, qui pourra dire qu'il n'agit pas d'après son interprétation ? Pourquoi toutes ces nouvelles et monstrueuses sectes n'existeraient- elles pas? Si l'on peut faire une seule nouvelle religion, admettre une seule nouvelle croyance , pourquoi pas mille ? Quel droit avait Luther de faire une nouvelle religion , Calvin une nouvelle aussi, Cranmer d'en faire une qui différait de celles de ces deux hommes, et ensuite la bonne Bess d'améliorer

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celle de Cranmer. Pouvaient-ils tous avoir le droit de faire une nouvelle religion et les soldats éclairés de l'armée de Cromwell être privés de ce droit? Les premiers avançaient tous , comme leur autorité, l'inspiration du St. esprit. Pourquoi Cromwell et ses soldats devaient -ils être privés de l'avantage de pouvoir alléguer la même raison? Ces pauvres hommes pieux étaientils de tous les peuples de la terre les seuls qui n'eussent pas le droit de choisir une religion pour eux-mêmes et pour ceux qu'ils avaient sous leurs baïonnettes ? North rapporte qu'un des pieux soldats de Cromwell vint à Edalton par la Tamise y ayant une lanterne et cinq lumières , et disant à ceux qu'il rencontrait que Dieu l'avait chargé d'un message pour eux, et qu'ils seraient damnés s'ils ne l'écoutaient pas. Il sortit une des lumières , comme le signe de l'abolition du sabbat ; une seconde, comme le signe de l'abolition des dîmes et des revenus de l'Eglise; une troisième comme le signe de l'abolition de tous les ministres et de tous les magistrats; et enfin, avec la cinquième , il mit le feu à la bible , déclarant qu'elle était aussi abolie ! C'étaient vraiment là de beaux tours à jouer; mais c'était la conséquence naturelle et inévitable de la première " réforme. ''

367. Sous un rapport cependant ces nouveaux réformateurs différaient des anciens. Ils firent bien une nouvelle religion , commandèrent au

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peuple de la suivre , et infligèrent des peines à ceux qui s'y refusèrent. Mais ces peines étaient comme des lits de plume comparés à des planches de cliéne , par rapport à celles qu'imposaient la bonne Bess et son église. Ils défendirent l'usage du livre de prières dans toutes les églises et dans l'intérieur des familles j ils punirent la désobéissance à cet ordre d'une amende de cinq livres pour la première offense , de dix livres pour la seconde et de trois ans d'emprisonnement pour la troisième ; mais ils ne les pendaient pas , ils ne leur arrachaient pas les entrailles comme l'avait fait l'église des souverains d'Angleterre à ceux qui disaient ou entendaient la messe. Quelque méchans que fussent ces fa-^ natiques, quelque mauvaises et injurieuses que fussent leurs actions , ils n'exercèrent jamais et ne tentèrent même jamais d'exercer dans leurs persécutions la centième partie des cruautés qu'avait employées l'église d'Angleterre ; et c'est ce qu'elle fit encore aussitôt qu'elle eut recouvré son autorité après le rétablissement de Charles Il 5 car elle devint plus cruelle pour les catholiques qu'elle ne l'avait été sous le règne de la bonne Bess, et cela quoique des catholiques de toutes les classes se fussent signalés autant qu'il leur fut possible , en faveur de la cause royale , pendant les guerres civiles.

368. Cela semble d'abord n'être pas naturel , mais si nous considérons que cette église d'An-

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gleterre savait bien que ses possessions avaient autrefois appartenu aux catholiques ; que les cathédrales , les églises et les collèges éfeaient tous l'œuvre de la piété , du savoir et du désintéressement des catholiques , pouvons-nous être surpris que ces nouveaux possesseurs qui s'en étaient rendus maîtres par des moyens que nous connaissons bien , fissent tout ce qui dépendait d'eux pour empêcher le peuple de voir , d'entendre et de respecter ceux que ces nouveaux possesseurs avaient remplacés ? C'est ici la vraie et unique cause : faites disparaître les biens et l'hostilité tombera aussitôt, quoiqu'il y ait, en outre, une grande , et de leur côté , une désavantageuse différence entre un clergé marié et un clergé non marié. Le premier n'occupera jamais sur le peuple l'influence qu'obtiendra le dernier. Il y a aussi la supériorité , trop bien connue , d'instruction du côté du clergé catholique; à quoi il faut encore ajouter ( ce qui n'est pas moins notoire ) qu'en fait de controverse les catholiques ont toujours eu le dessus ; de là l'hostilité profondément enracinée, inflexible, persévérante et implacable de Véglise établie contre les catholiques , non comme hommes , mais comme catholiques. N'est-ce pas la cause pour laquelle aujourd'hui même on empêche les catholiques d'avoir des clochers et des cloches pour leurs chapelles , eux dont la religion nous a donné nos clocherg et nos chapelles? Quelle pourrait être

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l'autre cause pour laquelle les prêtres ne peuvent pas , même de nos jours , se montrer dans les rues ou dans des maisons particulières , a vec leurs habits ecclésiastiques , lors même qu ils doivent remplir leurs fonctions à des funérailles ? Pourquoi toutes ces peines pour empêcher la religion catholique de se montrer 7 Les hommes peuvent prétendre ce qui leur plait ; mais les peines qu'ils se donnent prouvent tout , excepté la conscience de leur droit de la part de ceux qui se donnent ces peines. Pourquoi, lorsque les religieuses anglaises se réfugièrent eu Angleterre pendant la révolution française , faire passer un bill au parlement | ( comme le fit le clergé anglais ) pour les empêcher de recevoir des élèves protestantes , et ne leur délivrer ce bill qu'après leur avoir fait promettre qu'elles n'en prendraient pas ? Pourrait-on conclure de là que les ministres de Winchester étaient persuadés de la vérité de la religion de l'évJîque de North et de la fausseté de celle de William DE WiCKLAM? Les ministrcs de l'église anglicane sont assez tolérans envers les sectes de toutes les sortes. Ils aiment volontiers le quaker qui rejette le baptême et le sacrement; ils donnent la main à l'unitaire , et lui permettent ouvertement de combattre ce qu'ils nous disent dans le livre de prières , qu'un homme ne peut pas être sauvé sans la foi; ils leur permettent à tous, et même aux juifs , de présenter aux bénéfices

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de l'Église , et ils refusent ce droit aux catholiques 5 à ceux dont la religion avait fondé tous ces bénéfices.

369. Et qui peut donc douter du motif de cette haine implacable , de cette vigilance perpétuelle , de cette jalousie invétérée qui ne se repose jamais ? Lorsque l'ennemi commun eut été renversé par le rétablissement de Charles II, l'église ( anglicane ) retomba de nouveau sur les catholiques avec plus de fureur que jamais. Ce roi qui revint d'exil pour monter sur le trône en 1660 , avec plus de prodigalité encore que son père et son grand-père , eut aussi beaucoup plus de sens que tous les deux à la fois , et malgré ses débauches bien connues , ses manières populaires en iirent un favori du peuple, îslais on le soupçonnait fortement d'être catholique au fond du cœur, et son frère plus honnête , son héritier présomptif, Jacques était ouvertement catholique; aussi le règne de Charles ne fut qu'une suite de complots réels ou supposés, et présenta une série non interrompue d'injustices, de fraudes et de faux sermens. Tous ces complots sont attribués aux catholiques, tandis que réellement ils étaient dirigés contre eux : on leur attiibua même jusqu'« V incendie de Londres qui arriva pendant ce règne , et l'on en lit encore aujourd'hui l'accusation écrite autour de la base du monument que Pope a indiqué dans ces deux vers :

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jyiicre London's column , pointing to the skies Like a tall bully lifts its head and lies.

Voici l'inscription. " Ce monument a été élevé en mémoire de l'incendie de cette ville protestante par la faction papiste , en sept. , A. D. 1666 , qui voulait détruire la religion protestante, V antique liberté anglaise , et introduire le papisme et Y esclavage ; mais la fureur des papistes n'est pas encore satisfaite. "

Il est assez singulier que cette inscription ait été faite par ordre de sir Patience Ward qui, comme le prouve Echard , fut plus tard convaincu ào. parjure. Burnet rapporte que Hubert, papiste français , avoua qu'il avait commencé le feu; mais liiggons ( rappelez- vous qu'il était protestant ) prouve que Hubert était protestant, et Rapin est d'accord avec Higgons. Personne ne connaissait mieux que le roi l'horreur de ce mensonge ; mais Charles II était un fainéant et vivait dans la débauche. Ces hommes ont toujours été insensibles et ingrats ; et cet homme qui deux fois avait dû la vie à des prêtres catholiques , qui dans cinquante- deux circonstances avait confié sa vie à la merci des catholiques ( dont quelques-uns étaient très-pauvres ) lorsqu'il se cachait dans sa fuite , qu'on offrait des récompenses immenses à ceux qui le prendraient, et que l'on menaçait de châtimens affreux ceux qui le cacheraient , ce roi débau-

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ché , dont l'ingratitude envers ses fidèles sujets irlandais ne trouve rien de semblable dans les annales de ce vice affreux , eut la bassesse et l'injustice de laisser subsister cette inscription. Elle fut effacée par son frère qui lui succéda ; mais on la rétablit après l'arrivée du Hollandais el\di glorieuse réi^olution ; et elle existe encore, quoique tout le monde sache bien, à l'exception de la dernière canaille , qu'elle ne renferme qu'un mensonge affreux.

370. En se conduisant ainsi, en encourageant les desseins pervers de la partie fanatique de ses sujets, Charles II prépara de loin ces événemens qui chassèrent pour toujours sa famille du trône. Leur grand objet était de faire rejeter son fjère qui était ouvertement catholique. C'était bien un projet monstrueux ; mais dans le fait , ce n'était autre chose que préférer l'illégitime Elisabeth à la légitime Marie Stuart. C'était déclarer par un acte que tout enfant naturel du premier hériterait de son trône : de quel droit l'église protestante s'en serait -elle plainte, puisque son grand fondateur, Cran mer, avait travaillé de tout son pouvoir à faire priver de leurs droits les deux filles de Henri VIII , et à placer sur le trône lady Jane Gray? enfin lorsqu'il s'agissait d'annuler les droits d'héritage, de s'élever contre la prescription , de mépriser la sûreté des propriétés et des personnes , de violer les lois fondamentales du royaume, il n'é-

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tait pas d'antécédens que ne put fouroir abondamment l'histoire de la " réforme, " et l'on peut regarder cette entreprise hardie de faire déshériter Jacques à cause de sa religion, comme un principe protestant j ce fut ce principe que quelques années plus tard on sut si bien faire valoir. S^i. Jacques 11 était sobre, frugal dans ses dépenses , économe dans les affaires publiques , ménageant les bourses de ses sujets , pieux et sincère ; mais il était faible , obstiné et catholique, sa piété et sa sincérité ne lui permettaient pas de combattre à armes égales avec ses artificieux ennemis qui étaient en grand nombre et il es- intéressés. Si la présence dans le pays de quelques missionnaires , cachés sous l'habit séculier , avait obligé à faire venir quatre mille hommes d'armes afm de protéger l'église protestante , si entendre la messe dans une maison particulière avait été regardé comme incompatible avec la sûreté de cette église , quelle devait être la destinée de cette église si le trône continuait à être occupé par un roi catholique? Il était aisé de voir que le ministère, l'armée, la flotte et toutes les places qui dépendaient du gouvernement ne seraient bientôt occupés que par des catholiques. 11 était encore aisé de voir que les catholiques rentreraient peu à peu dans les presbytères et les palais épiscopaux , surtout le roi étant aussi zélé que sincèie. La " Réforme " avait donné aux consciences une telle élasticité;

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sous elles les hommes avaient vu tant de cliangempns s'opérer , que ce dernier ( le remplacement de prêtres anglicans par les prêtres et les évêques catholiques ) n'aurait causé que peu d'alarmes dans le peuple en général, et surtout dans les classes les plus élevées. Mais il n'en était pas de même du clergé; il vit aussitôt son danger, et quoique inactif en apparence, il ne perdit pas de temps pour se préparer à le détourner. 372. Jacques se comporta , autant que la loi le lui permit , et que sa prérogative le mit à même de dépasser la loi , d'après les principes d'une tolérance générale. Par cette conduite il obtint l'appui des sectaires; mais l'Église s'était emparée de ce qu'il y avait de bon, et elle était résolue à le conserver si elle le pouvait. D'ailleurs quoique les terres des abbayes et les autres propriétés foncières de l'église et des pauvres fussent depuis long-temps restées paisiblement entre les mains de ceux qui les possédaient actuellement et de leurs prédécesseurs, cette époque n'était pas encore si éloignée que d'habiles légistes appuyés par une armée bien organisée ne pussent trouver quelque cause de nullité çà et là dans une concession de Henri VIII, d'E- DOUARD VI et de la vieille Betsy. Qu'ils aient pensé ce qu'ils ont voulu , il est toujours certain que les plus zélés, les plus puissans, les plus remarquables des chefs de la glorieuse révolution qui arriva aussitôt après, et tjui chassa

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(lu trône Jacques avec ses héritiers et sa famille, étaient du nombre de ceux dont les ancêtres ne s'étaient pas oubliés à l'époque où se lit le partage des terres des abbayes.

3^3. Avec d'aussi puissans motifs contre lui, le roi aurait dû être excessivement prudent et très-sage. Précisément il fut tout le contraire. Il se montra très-sévère contre ceux qui s'opposèrent à ses vues , quelque puissans qu'ils fussent. Il envoya à la tour quelques évèques qui lui présentèrent une pétition insolente, mais artificieuse ; il les fit poursuivre pour un libelle , et eut la mortification de les voir acquitter. Quant à la conduite des catholiques, on ne pouvait en attendre ni prudence ni modération. Rappelezvous les amendes , les fers rougis au feu , les tortures , les gibets et les couteaux à fendre le ventre des derniers règnes , et voyez s'il n'était pas naturel que leur joie et leur allégresse fut sans bornes! Hélas! cette joie ne fut que de courte durée ; car on avait fait le plan ( nous ne devons pas l'appeler un complot) de forcer le roi à renoncer à ses projets de tolérance , et afin de consolider le royaume, c'est ainsi qu'ils s'exprimaient, les faiseurs de plan, sans aucun acte du parlement, et sans consulter le peuple d'une manière quelconque, invitèrent Guillauivte, prince d'Orange, qui était le sladhouder de Mollande à venir avec une armée de Hollandais pour leur aider à consolider le royaume. Lois-

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que tout fut préparé, les soldats hollandais ( que par perfidie on avait laissé venir de Torbay à Londres dans l'armée anglaise ) se rendirent au palais du roi et en chassèrent sa garde -, mais le roi qui avait vu consolider un souverain sous le règne de son frère , et qui n'était point tenté de se faire consolider de la même manière, s'enfuit de son palais et de son royaume, et se retira en France , au lieu de fuir dans quelque ville anglaise éloignée , et d'y rallier son peuple autour de lui. S'il eût agi ainsi , les affaires (comme le prouve la conduite ultérieure du peuple ) auraient eu un autre résultat.

374. Alors arriva la glorieuse résolution ou la troisième " Réforme " j et lorsque nous l'aurons examinée dans sa marche et son accomplissement , nous verrons comment , par ses suites naturelles , elle arracha pour les catholiques si long-temps opprimés ce soulagement qu'ils n'avaient cessé de demander en vain pendant plus de deux cents ans , par des appels à la justice et à l'humanité de leurs persécuteurs.

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N° xin.

LETTRE XIIL

Glorieuse révolution , ou troisième " réforme. " Le roi hollandais et son armée libératrice. Crimes de Jacques II, avec des éclaircissemens. Pureté du parlement. L'évêque protestant Jo- CELYN. Sydney et autres patriotes protestans. L'acte habeas corpus. Fondation des colonies d'Amérique.

Mes Amis, Kensington , le Zi octob. 1825.

375. A la fin de la dernière lettre nous avons vu un Hollandais invité à venir avec une armée consolider le royaume. Nous avons vu les gardes hollandaises venir à Londres et chasser les gardes anglaises. Nous avons vu le roi d'Angleterre fuir pour sauver sa vie , et se réfugier en France après avoir été abandonné de sa propre armée que l'on avait séduite. Le champ se trouvant ainsi libre pour ceux qui jouaient un rôle actif dans cette affaire , nous allons voir à présent comment ils commencèrent leurs travaux , et nous trouverons qu'ils le firent aussi proraptement et avec aussi peu de cérémonie que le

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cœur le plus cordial , quoique proteslant , eût pu le désirer.

376. Lorsque le roi fut parti , le lord-maire et les échev'ms de Londres, avec un petit nombre de conseillers ordinaires, et ceux des lords et des autres membres du dernier parlement du roi Charles qui voulurent se joindre à eux, se réunirent en février 1G88 sans en avoir reçu l'ordre ni du parlement, ni du roi, ni du peuple, et se constituant en convention ^ ils donnèrent pour toujours la couronne à G \]iL.t.kvmY. {^Hollandais ) et à sa femme ( sœur de Jacques , mais qui avait encore un frère vivant); ils firent ensuite prêter au peuple un nouveau serment de fidélité, donnèrent au roi le droit d'emprisonner ceux qu'il soupçonnerait y bannirent à dix milles de Londres tous les papistes ou ceux qui étaient réputés tels et les désarmèrent par tout le royaume, ris accordèrent à leurs nouvelles majestés les droits d'assise, les impôts fonciers et la taxe par tête, afin de pouvoir défendre le royaume y ils déclarèrent former les deux cbambres du parlement , aussi légalement que s'ils eussent été convoqués selon l'usage ordinaire ; c'est ce qu'ils appelèrent une glorieuse " révolution , " nom que nous autres protestans lui donnons encore aujourd'hui. Après la seconde " Réforme " , h. l'époque de la réforme de Charles, on rendit les palais , les bénéfices et autres biens immeubles volés à ceux auxquels les très pieux

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les avaient pris , excepté cependant aux catholiques irlandais qui avaient combattu pour ie père du roi , qui avaient cruellement souffert pour ce roi lui-même , et qu'on laissa encore piller par les très-purs : ingratitude dont l'histoire du monde n'avait pas encore fourni d'exemple. Qtioi qu'il en soit , après la restauration , on prélendit ([ue les palais épiscopaux et les autres propriétés confisquées à leur profit pour les vraiment purs devaient rester entre leurs mains : on alléguait pour raison que si l'on révoquait ces donations on^ depait révoquer aussi celles de Henri VIII. Cela paraît fort juste; et voici un raisonnement que l'on put faire au clergé anglican et 2iwx possesseurs des abbayes. Si neuf cents ans d'une possession paisible , appuyée sur la grande charte, a pu être, annulée afin de faire une " Réforme " pure , pourquoi n'aurait-on pas annulé de même une possession de cent ans et non paisible pour se procurer une " Réforme " toute pure? Comment le clergé anglican répondit-il à cet argument ? Pourquoi le docteur H e y l i n qui fut recteur d'Abresford dans le Hamsphire et ensuite doyen de Westminster, qui était un grand ennemi des tout purs , quoiqu'il ne le fût pas moins des catholiques , y répond-il de cette manière dans l'épître dédicatoire qui est en tête de l'iiistoire de la première " réforme " où il est dit " qu'il doit y avoir une grande diiïërence entre les acquisitions qui furent fon-

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dées sur des actes du parlement revêtus lêgarfient de l'autorité du roi, et avec le consentement et approbation des trois états , et celles au contraire qui n'ont été faites que d'après un simple vote et les ordres des deux chambres seulement. " En raisonnant de cette manière on pouvait prétendre aussi que les deux chambres seules avaient le droit de déposer un roi.

377. Ce docteur mourut un peu trop tôt, car plus tard il aurait vu , non les deux chambres du parlement, mais un lord-maire de Londres, un petit nombre des conseillers ordinaires , et telles autres personnes qui voulurent bien se joindre à eux , déposséder un roi et en mettre un autre sur le trône, et cela sans avoir reçu aucune autorité ni du roi , ni du parlement , ni du peuple ; il aurait entendu qualifier cet acte de chose glorieuse; et, s'il eût vécu jusqu'à nos jours, il aurait vu d'autres choses également glorieuses en être le résultat direct ; et quoique Black STONE eût dit aux Américains qu'une glorieuse révolution ne peut pas se- j aire deux fois, le docteur Heylin leur aurait entendu répéter, presque mot pour mot, en les appliquant à Georges III, tous les reproches que le glorieux peuple avait faits à Jacques II, quoique ces médians Yankees sussent bien que depuis la glorieuse révolution le roi d'Angleterre ( étant protestant ) ne jDeut pas se tromper. L'ouvrage du docteur , écrit pour justifier la " Réforme " ,

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convertit , comme Pierre Orléans nous le dit, Jacques II et sa femme à la religion catholique : mais sa préface, dont nous venons de parler, ne réussit pas aussi-bien avec les protestans.

378. Nous verrons , quand il en sera temps , ce que coûta au peuple cette glorieuse révolution ; mais puisque cette révolution et les actes d'exclusion qui la suivirent ne furent fondés que sur ce que la religion catholique était incompatible avec la liberté publique et la justice , passons d'abord en revue les actes de ce roi catholique, et voyons jusqu'à quel point ces actes furent pires que ceux qui ont été faits sous les rois Protestans. Puisque Guillaume et son armées hollandaise ont reçu le nom de libérateurs, voyons aussitôt ce dont, après tout, ils délivrèrent le peuple. Et ici , heureusement , nous devons consulter le livres des ^ctes où se trouve encore la liste des charges intentées contre ce roi catholique. Mais avant d'examiner ces charges , la justice nous oblige à noter certaines choses que Jacques ne fit pas. Il ne fit pas venir ( comme l'avait fait le protestant Edouard VI) des troupes allemandes dans le pays pour forcer son peuple à changer de religion 5 on ne le vit point, comme ce jeune sainte marquer avec un fer rouge ses sujets affamés, sur le front ou sur la poitrine, leur faire porter des chaînes comme à des esclaves, pour les punir d'avoir voulu soulager leur faim en mendiant. Il ne fit pas usage (comme

/^.jO PiÉioRME Protestante.

la protestante Betsy) de fouets, de perforateurs de fer, de tortures, de gibets et de couteaux à fendre le ventre, pour convertir le peuple à sa croyance; il n'imposa même pas d'amendes dans ce but : mais au contraire il fit cesser, autant qu'il fut en lui , toutes les persécutions pour cause de religion. Ah ! mais je m'oublie : car nous verrons que c'est là un des crimes catholiques qu'on lui reprocha : oui , c'est une des preuves qu'il fut un tyran papiste, déterminé et intolérant! Il ne distribua pas (comme l'avait fait la protestante Betsy) diiïérens monopoles à ses favoris, de manière à faire monter le sel, qui, de son temps valait à peu près quatre pences (3 sous) le boisseau à quatorze livres (35o fr.) le boisseau, et ainsi de suite, au point que le parlement craignit , ce qui arriva cependant sous la bonne Bess, qu'on n'établît aussi un monopole du pain. Ce sont là de ces choses que Jacques, sans doute par une '^ bigoterie vraiment catholique '', ne voulut pas faire , parcequ'elles étaient d'origine tout-à-fait protestante. Mais maintenant arrivons aux choses qu'il fit réellement , ou au moins qu'on l'accusa d'avoir faites. 379. Il n'est pas commun de voir le jugement et l'exécution précéder l'accusation -, mais , soit pour une cause , soit pour l'autre , on remit à l'année suivante l'accusation de Jacques, et en attendant on donna la couronne au Hollandais et à sa femme. Peu importe : à la fin ces charges

Lettre XIII. /^5i

furent connues : elles sont au nombre de douze et on les trouve dans l'acte de la deuxième session de Guillaume et de Marie, chap. 2. Nous allons les examiner les lunes après les aulres , ayant bien soin de ne pas oublier qu'elles renfermèrent tout ce que l'on pouvait dire contre ce roi papiste.

i*'^ Charge. "Il prit et exerça sans le consentement du parlement le pouvoir de dispenser de l'observation des lois, de suspendre les lois ellesmêmes et leur exécution sans le consentement du parlement. " C'est-à-dire qu'il ne contraignit pas ses sujets à l'observation de ces lois cruelles qui avaient été faites contre les catholiques consciencieux pendant les règnes précédens ; mais Betsy et son successeur Jacques I ne dispensèrentils pas de l'observation des lois, lorsqu'ils admirent une composition pour les refnsans? Et nous-mêmes n'aurions -nous encore vu îa suspension ou la dispense d'aucune loi sans le consentement du parlement ? n'y a-t-il pas eu et n'y a-t-il pas encore d'exception à la loi sur V admission d'officiers étrangers dans l'armée Anglaise, et la concession de pensions aux étrangers par la couronne ? ne suspendit-on pas de loi , lorsque la banque cessa ses paiemens en 1797 ? le parlement consentit-il à l'acte qui les fit cesser? et a-t-il jamais donné son consentement à ce qu'on mît des étraii- ^é"/',9dans des places importantes ou dans le civil ou dans le militaire, ou à ce qu'on leur accordât des

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pensions de la couronne? Jacques suspendit-il jamais Fade de Vhaheas corpus ? ses secrétaires d'état pouvaient-ils mettre en prison qui il leur plaisait , dans le cachot ou dans le donjon qu'ils choisissaient , et faisaient-ils sortir les captifs loisqu'ils le voulaient? mais, dira-t-on , tous les actes de cette sorte qu'il fit lui-même ou par ses ministres (s'ils en firent jamais aucun) furent fails sans le consentement du parlement ; et qui est assez dépourvu de sens pour ne pas voir la différence immense qui existe entre un donjon avec le consentement du parlement, et un donjon sans son consentement ?

2™e Charge. " Il renvoya et fit poursuivre plusieurs dignes prélats pour avoir demandé humblement à être excusés de ne pas concourir à ses pouvoirs usurpés. " Il les poursuivit comme des libellistes et ils furent acquittés, mais il les renvoya devant un tribunal ^ et pourquoi? parce qu'ils refusèrent de donner caution, et ils prétendirent que c'était une tyrannie de sa part d'exiger une telle caution ! 0 ciel ! combien d'individus ont été emprisonnés pendant les huit dernières années pour le même refus, ou pour n'avoir pu donner caution pour un libelle ! Ces jours derniers encore M. Clément n'aurait-il pas été mis en prison s'il eût refusé de fournir caution , et pour un libelle écrit non contre un roi sur son trône , mais contre un professeur d'humanités protestant ! et n'y a-t-il pas six actes ,

Lettre Xlll. 4^^

adoptés par un parlement , d'où les catholiques sont exclus avec tant de soin , qui nous déclarent à nous protestans libres que telle a toujours été la loi ! Et est-ce là tout ? Oh non : car on peut nous bannir à perpétuité , non-seulement pour un libelle écrit contre le roi régnant , mais encore pour le moindre mot qui aurait tendance à déverser du mépris sur l'une ou sur l'autre chambre du parlement.

3^ Charge. " Il nomma une commission chargée d'ériger une cour , appelée la cour des commissaires pour les affaires ecclésiastiques. '^ Mais quoi! était-ce pire que l'inquisition réelle de la bonne Betsy établie sous le même nom? et , grand Dieu I n'avons-nous pas une cour semblable encore aujourd'hui? Sarrah Wallis (femme d'un laboureur de Hargrave , comté de Norfolk) ne fut- elle pas condamnée ( il n'y a que neuf mois ) par cette cour à payer 24. 1. o s. 5 d. ( 600 1. 5o c. ) pour s'être querellée dans un cimetière ; et ne l'envoya-t-on pas en prison parce qu'elle ne payait pas 5 et n'y aurait-elle pas fini ses jours , puisqu'elle ne possédait pas un liard au monde , si des personnes humaines ne s'étaient mises en avant pour la faire sortir par V insolvent acte 7 et cette cour ne pourrait- elle pas, d'après les actes de Saint Edouard, ce jeune protestant, sur lesquels fut fondée la sentence dont nous venons de parier , condamner celui qui engage un combat dans un cimetière

J^5/i Réforme Protestante.

à avoir une oreille coupée , et si le coupable n'a pas d'oreilles ( ce qui nous en dit plus que bien des volumes sur l'état du peuple sous le protestant Edouard), à être hrùlé à la joue avec au fer rouge , cl en outre à être excommunié. Et n'est-ce pas pour notre avantage que les proteslans de la révolution, qui dressèrent ces cbarsjes contre Jacoues, ont laissé celte loi en j)leine force ?

4^ Charge. " Il leva des impôts pour l'usage de la couronne , sous prétexte de prérogative , à des époques et par des voies différentes de celles qu'avait fixées le parlement. " On ne prétend pas qu'il leva plus d'argent qu'on ne lui en avait accordé ; mais qu'il ne fut pas exact pour le temps et la manière de le lever. Le parlement avait-il donné à Betsy le droit de lever de l'argent par la vente des monopoles , par des compositions avec les coupables et par divers autres moyens ? jMais depuis quelque temps n'a-t-on pas changé d'année en année Icc taxe du droit du houblon ? Certainement , et avec sagesse ; mais je doute fort que Jacques se soit jamais écarté beaucoup de ce que prescrivait la loi , puisque tout son revenu n'excédait pas ( en tenant compte de la différence de la valeur de la monnaie ) au-delà de seize fois le montant du droit d'une bonne année de houblon.

5^ Charge. " Il tint en temps de paix une armée sur pied sans le consentement du parle-

Lettiie XIIT. /p5

ment. " x\b ! sans le conaeiilenient da jmrlement ? bien sur ? c'était fort mal. Il n'y avait que sept ou huit mille hommes , et on n'avait jamais entendu parler auparavant d'niie Larraque. Mais sans le consentement du parlement ! pensez à la vaste dislance qu'il y a entre une baïonnette qui vient avec le consentement du parlement et celle qui vient sans ce consentement. Rappelez-vous cependant que le nère de ce roi avait été détrôné et avait eu la tète tranchée par une armée entretenue apec le consentement du parlement. L'histoire ne nous dit pas si du temps de Jacques il y eut quelqu'affaire semblable à celle qui arriva à Manchester le i6 août 1819. Elle ne nous dit pas si quelqu'un des prêtres de Jacques touchait la demisolde militaire. Elle ne nous dit pas s'il accordait la demi-paie ou la retenait à son bon plaisir et sans le consentement du parlement ; de sorte que sur ce point nous n'avons aucun moyen d'établir une comparaison. Nous sommes dans le même cas pour ce qui regarde les armées étran- !jçères , car nous ne voyons reprocher nulle part à Jacques d'en avoir amené en Angleterre, ni surtout d'avoir donné à des généraux étrangers le commandement des troupes anglaises et de la milice dans des districts entiers de l'Angleterre, (S^ Charge. " Il fit désarmer plusieurs bons sujets protestans en même temps que des papistes étaient armés et employés contre les lois. "

456 Réforme Protestante.

Six actes désarmèrent assez des sujets du roi ; mais alors ceux-là n'étaient pas des bons. Ils avaient besoin d'une réforme de la chambre des communes. Et s'il est des gens qui ne comprennent pas quelle différence immense il y a entre être désarmé par la loi et désarmé par une proclamation , il est bien inutile de se fatiguer pour eux.

7« Charge. " Il viola la liberté des élections des membres du parlement. " O monstruosité î quoi ! aussi évidente que le soleil en plein midi. Levez-vous, ombres sacrées de Perceval et de Castlereagh ; venez , électeurs de Larum et de Gallon ; assemblez- vous tous , chastes enfans de la pureté des élections , morts ou vivans , et venez condamner ce méchant roi pour avoir violé la liberté des élections. Mais venez, car nous ne devons pas laisser passer ceci impunément. Proleâtans qui me lisez, croyez-vous que cette violation de la liberté des élections pour se procurer des membres qui le servissent fut un crime pour le roi Jacques? On ne l'accuse pas d'avoir fait tout cela lui-même, par ses discours, ses propres écrits ; mais de l'avoir fait avec le secours de plusieurs médians ministres et conseillers. Bien : mais croyez-vous , mes lecteurs protestans , que cette violation de la liberté des élections fut une mauvaise chose et une preuve des médians principes du papisme ? Si vous le croyez, écoutez les faits que je vais vous rap-

Lettre XIII. 4^7

porter , ils doivent trouver leur place dans un ouvrage comme celui-ci ; la vérité , l'honneur et la justice veulent que je les cite ici et je le ferai aussi brièvement que possible. Sachez donc et retenez-le pour toujours, que les catholiques sont exclus du trône depuis plus de cent ans ; qu'ils ont été chassés du parlement anglais depuis le règne de Charles II, et du parlement irlandais depuis la vingt-deuxième année du règne de Georges III; que dès-lors le parlement n'était rempli que de protestans en 1809; que, en 1779, long-temps après que les catholiques eurent été chassés du parlem.ent anglais, la maison des communes prononça que tout ministre ou ministres ou autres personnes attachées à la couronne dans la Grande-Bretagne , qui se sert directement ou indirectement du pouvoir de sa charge pour influencer V élection des membres du parlement se rexïàtrès-CYixnmeXj et que chercher à exercer cette influence c'est attaquer la dignité , l'honneur et l'indépendance du parlement , c'est enfreindre les droits et les libertés du peuple , c'est saper la base de notre libre et heureuse constitution. Que, en 1809, ^*^*'^ Gastlereagh, ministre et conseiller privé, ayant été accusé devant la chambre d'avoir voulu acheter un siège dans la chambre, celle-ci décida le 25 avril de celte année que bien que la chambre fut obligée à veiller en tout temps avec le plus grand soin sur tout ce qui peut conipro-

4^8 Réforme Protestante.

mettre sa pureté j et à ne rien laisser passer qui pût être contraire à ses privilèges, dans ce cas, Il tentative ( celle de lord Castlereagh et de M. Redikg ) n'ayant pas réussi , la chambre ne croyait pas qu'il fût nécessaire de prendre aucun mo3'en rigoureux. Que le ii mai 1809 ( seize jours seulement après cette dernière résolution), Guillaume Madocks, député de Borton, prononça ce qui suit : " J'affirme que M. Dick a acheté un siège dans la chambre des communes, pour le bourg de Gashel, par le moyen de l'honorable IIekri Wellesley, qui agissait pour le trésor \ que , dans une queslion récente et de la plus liaule importance, M. Dick ayant résolu de voter selon sa conscience, le noble lord Castlereagh intima à ce gentleman la nécessité ou de voter pour le gouverneinent , ou de céder son siège dans la cliambre -, que M. Dick ])lutôt que de voter contre sa conscience préféra prendre le dernier parti, et conséquemment laissa sa place vacante. J'accuse l'honorable gentleman ]M. Perceval , comme étant complice, et ayant participé à cette transaction. C'est ce que je m'engage à prouver par des témoins amenés devant votre harre , si la chambre daigne me permettre de les faire venir; " rappelez-vous que, après cette accusation , M. Madocks fit une motion pour que l'on fît des recherches sur cette affaire-, que, après des débats , la question fut mise aux voix -, qu'il y avait dans la chambre trois cent quatre-

Lettre XIIL 45^

vingt-quinze membres , tous protestans ( venez tous et écoutez , vous qui accusez Jacques et la religion catholique); qu'il y eût qualre-vinglhuit voix pour les recherches, et trois cent dix contre; que ce même parlement protestant, d'après la motion de ce même lord Castlereagh , fit une loi par laquelle chacun de nous peut être banni à perpétuité s'il publie quelque chose qui ait tendance à attirer du mépris sur cette même chambre ; que ce lord Castlereagh était secrétaire d'état pour les affaires étrangères ; qu'il continua d'être le premier ministre dans la chambre des communes ( entièrement protestante ) jusqu'à la fin de la session de 1822 , qui arriva le 6 août de la même année; que le 12 du même mois il se coupa la gorge et se tua à Nort-Gray dans le Kent ; qu'un jury nommé par la couronne déclara qu'il avait été fou; qu'il était évident qu'il avait été aliéné depuis plusieurs semaines, quoiqu'il eût dirigé la chambre jusqu'au 6 août, et quoiqu'il fût , au moment où il se tua , secrétaire d'état pour les alFaires étrangères et aussi secrétaire temporaire du département de l'intérieur et de celui des colonies ; que son corps fut enseveli dans l'abbaye de Westminster , que ses collègues le pleurèrent , et qu'au moment où on le descendait de la voiture , une grande masse de peuple qui était réunie poussa de grands cris de joie qui furent long-temps continués. 8*^ Charge. " Il fit poursuivre devant la cour

46o Réforme Protestante.

du banc du roi des causes qui n'étaient du ressort que du parlement , et il fit plusieurs autres actes arbitraires et illégaux. " C'est-à-dire, qu'il appela devant un jury j des causes que le parlement voulait garder pour lui-même ! à roi méchant et arbitraire, appeler devant un jury les hommes du parlement , au lieu de les laisser les juger eux-mêmes ! Quant aux difîerentes autres choses arbitraires, comme elles ne sont pas spécifiées, je ne puis dire ce que c'était. 9*^ Charge. " Il fit composer les jurys d'hommes partiaux, corrompus, qui n'avaient pas le droit d'en faire partie, et qui n'étaient pas propriétaires. " C'est très mal si c'est vrai, maison ne cherche à en donner aucune preuve, ni aucun exemple. Au moins il n'y avait pas dejurjs spéciaux j car ces derniers ne furent établis qu'après l'expulsion des rois catholiques. Sans parler de cette protestante Betsy, qui se dispensait de toute espèce de jury quand elle le voulait, qui faisait juger et punir même les vagabonds et les mutins par la loi martiale y ne voyonsnous pas à une époque aussi éclairée et aussi libérale que la nôtre, transporter beaucoup d'hommes pour sept ans sans V intervention d'aucun jury 7 et même dans un très-grand nombre de cas ; ainsi pour être restés plus de quinze minutes de suite hors de leurs maisons ( que la loi appelle leurs châteaux ) , entre le coucher du soleil et son lever ; eh ! mais c'est avec le

Lettre XIII. 4^i

consentement du parlement I oh ! je l'avais oublié, c'est une réponse.

lo^ Charge. " Il a été exigé des cautions excessives ( c'est donc par les juges ) de personnes impliquées dans des affaires criminelles, afin d'éluder le bienfait des lois établies pour la liberté des sujets. "

ii« Charge. "Il a été imposé des amendes considérables , et l'on a infligé des châtimens illégaux et cruels.

i2« Charge. " Il promit et accorda des amendes avant la conviction et le jugement de la partie. "

38o. Je réunis ces trois charges. Quant aux amendes et aux cautions, il suffit de se rapporter aux règnes de la protestante Betsy et du protestant Jacques I*^'". Mais si nous en venons à notre propre époque , moi-même , pour avoir exprimé l'indignation que je ressentais en voyant fouetter des milices anglaises dans le centre de l'Angleterre, sous la garde des troupes allemandes, je fus renfermé pendant deux ans dans une prison destinée aux criminels , et à l'expiration de la peine j'eus à payer une amende de mille livres (25,000 francs), et deux sûretés de deux mille livres chacune ( 5 0,000 ). La convention qui nous a donné le libérateur protestant ne cite aucun cas, mais nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître la douceur de la législation des cautions dans l'affaire du révérend père

462 Réforme Protestante.

en Dieu, Percy Jocelyn , évêque protestant de Cloglier , frère du feu et oncle du présent duc de RoDEN, auquel on ne demanda que 5oo livres de caution. Cet évêque prolestant était accusé (conjointement avec John JVLovelly , soldat dans la garde à pied de Londres ) , sur les sermens de sept témoins , d'un crime contre nature y et se déroba au jugement en prenant la fuite. Quoique notre législation protestante des amendes paraisse si douce et si aimable dans ce cas , puisqu'elle n'exigea qu'une caution de 5oo livres avec deux sûretés de chacune 200 livres ^ d'un évêque protestant , ( accusé , sur les sermens de sept témoins, d'un crime aussi épouvantable ), dont le revenu avait été depuis bien des années de 12 ou i5 mille livres par an ( 3 ou 400,000 fr. ) -, quoique , disons-nous , notre législation protestante des amendes ait paru si aimable et si douce envers cet évêque et envers le soldat (complice de l'évêque), dont on n'exigea que 200 livres, avec deux sûretés de chacune 100 livres. Ce soldat ayant été aussitôt relâché n'attendit point le jugement, et comme l'évêque, il prit la fuite, bien qu'il fût porté sur les contrôles de l'armée j et que son régiment fût à Londres. Enfin , quoique nous ne puissions nous empêcher d'avouer que notre législation protestante des amendes ait montré une grande douceur dans ces cas mémorables , rappelons-nous cependant qu'elle ne fut pas toujours aussi bonne et aussi

Lettre XIII. 463

compatissante j qiven 1811 Jacques Bjrne catliolique , (jui avait été cocher dans la famille Jocelyn, ayant assuré que ce même évêque protestant avait voulu commettre sur lui un crime contre nature, ce Jacques Byrne fut aussitôt emprisonné avant l'accusation y et fut mené de sa prison au tribunal comme un criminel; que, devant le tribunal cet évèque protestant déclara avec serment que Byrne l'avait accusé faussement; que Byrne fut condamné sur les sermens de cet évèque protestant , à être renfermé dans une prison criminelle pendant deux ans, à être fouetté trois fois en public et à donner une caution pour la vie de 5 00 1. avec deux sûretés de 200 1. chacune ; que Jacques Byrne fut mené en prison après avoir été fouetté presque jusqu'à mort; que au bout des deux ans Byrne resta encore plusieurs mois en prison parce qu'il ne pouvait trouver de caution; que cet évêque protestant était alors évêque de Ferne, et qu'il fut ensuite promu à Févêché de Clogher et nommé membre du conseil cF éducation. Ainsi nous voyons que notre législation protestante n'a pas toujours été aussi douce. Et même si nous voulions en ce moment porter nos regards dans nos prisons, nous y verrons un homme qui ne possède pas la valeur d'un liard au monde, et qui a une caution de 5oo 1. à payer avec deux sûretés pour la vie, et qui, je ne dirai pas peut-être, mais probablement doit terminer sa vie dans celte

464 Réforme Protestante.

prison par l'impossibilité où il est de payer son amende et de trouver les sûretés qu'on lui demande. Nous devons donc jusqu'à ce que quelqu'admirateur de la glorieuse révolution veuille bien nous fournir des renseignemens positifs sur les amendes et les cautions du règne de Jacques, nous devons, dis-je , nous abstenir, par prudence , même de citer cette charge contre l'infortuné monarque , car si on les censurait avec trop de liberté , on serait peut-être interprété d'une manière qui ne serait rien moins que charitable. Mais , nous dit-on , sous son règne on infligea des punitions cruelles et contraires aux lois. Quelles punitions? vit-on des bûchers, vit-on des tortures, comme on en avait tant vu sous les règnes protestans de Betsy et de Jacques I? Pourquoi sir John Cox Hippesley soutint-il dans une pétition adressée au parlement, il y a un ou deux ans , que la marche du moulin est un châtiment cruel et contraire à la loi, et cependant on l'ordonne pour les fautes les plus légères. Sir John peut s'être trompé ; mais ceci nous prouve qu'il pourrait y avoir aussi deux opinions sur les chàtimens du temps de Jacques. Nous regrettons cependant que ceux qui ont amené le libérateur ne se soient pas donné la peine de spécifier quelques-uns de ces cas qui nous auraient mis à même d'établir, sur ce point une comparaison entre un roi catholique et un roi protestant. — Mais il accordait les amen-

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des avant la condamnation de la partie. Réellement? mais quoi ! à notre époque fortunée, sous un roi protestant, n'accorda-t-on pas d'avance les amendes aux délateurs de toute sorte ? Ah ! mais c'est avec le consentement du parlement ! Je l'avais encore oublié. Je suis réduit au silence. 38i. Telles furent les fautes du roi Jacques; telles furent les raisons rapportées dans le livre des statuts de la glorieuse révolution pour lesquelles selon l'expression du même acte, on délivra ce royaume du papisme et du pouvoir arbitraire y et l'on empêcha la religion protestante d'être entièrement renversée. Et puisqu'elle fut aussitôt suivie de l'exclusion perpétuelle du trône pour les catholiques et ceux qui épouseraient des catholiques , il est évident que cette révolution fut complètement protestante , et que cet événement fut un résultat direct de la "Réforme." Puisqu'il en est ainsi , je devrais actuellement examiner quelles furent les conséquences de ce grand changement qui fut la troisième réforme, et surtout de ce qu'il nous coûta. Mais il est encore quelques points que de faux rapports et des préjugés vulgaires reprochent à ce malheureux roi catholique qu'il me faut examiner. On dit que ce fut lui qui conseilla à son frère tous les actes de son règne qui ont été regardés comme mauvais, et surtout la mort de lord Rus sel et de Alyernon Sidney pour cause de haute trahison.

4GG Réforme Protestante.

382. Comment avons-nous pu être trompés sur ce point ? Pendant long-temps je regardai ces deux hommes comme deux victimes innocentes. Mais la recherche de la vérité et l'abandon de tout ce qui sent le roman m'a bien appris le contraire. Les protestans sous le règne de Charles II ne cessèrent de tramer des complots papistes et de faire arriver à l'échafaud et au gibet d'innocens catholiques par les machinations les plus diaboliques ; ayant toujours soin de refuser au roi la prérogative de pardonner à leurs victimes ou d'adoucir leur châtiment. Mais à la fin le roi acquit les preuves irrécusables d'un complot protestant. Pendant qu'il était malade , un complot avait été fait pour déposer son frère par la force des armes si le roi venait à mourir. Le roi recouvra la santé ; mais les conspirateurs ne s'en tinrent pas là. Ils firent le projet de se soulever contre le gouvernement, de faire venir une armée de protestans écossais, et enfin d'efîectuer alors cette troisième " Réforme " qui n'arriva, comme nous l'avons vu, que quelques années plus tard. Russel et Sidney étaient deux des principaux chefs de ce complot protestant. Russel ne voulut pas nier qu'il eut pris part à la conspiration ; le seul objet de sa plainte fut que la condamnation n'était pas conforme à la loi ; mais on lui dit , ce qui était vrai, qu'elle était parfaitement d'accord avec de nombreux antécédens pris des jugemens des

Lettre Xiil. 4^7

conspirateurs papistes ! Arrivé au lieu de l'exécution , Russel lie nia point sa faute , mais il ne l'avoua pas expUcilement. La partie de soû jugement qui ordonnait qu'on lui arracherait les entrailles tandis qu'il serait encore vivant , et qu'il serait écartelé , fut reniise à l'intercession de sa famille par le roi , qui , en consentant à leurs prières, dit finement " milord Russel verra que j'ai la prérogative qu'il jugeait à propos de me refuser pour lord Strafford. "

383. Quant à Sidney , il avait été l'un des plus influens dans l'œuvre de la purification sous le dernier règne , et il avait fait partie de la commission qui jugea Charles I'^'' et le conduisit à l'échafaud , quoique au rapport de ses amis, il n'eut pas pris part à ce jugement. Lors de la restauration de Charles II, il s'était retiré à l'étranger -, mais comme il confessa les erreurs de ses premières années , et qu'il promit d'être loyal à l'avenir , ce roi entraîné par un frère papiste lui pardonna , quelque grandes que fussent ses fautes, et cependant il conspira de nouveau contre le gouvernement de ce roi, ou tout au moins, pour priver du trône ce même frère, et cela par la force des armes , par une révolte contre le roi qui lui avait pardonné , et sans craindre de plonger de nouveau dans toutes les horreurs d'une guerre civile ce même pays qu'auparavant il avait contribué à ravager. Si jamais mort ignominieuse fut méritée, ce fut certainement

468 Réforme Protestante.

celle de Sidney. Il ne nia pas et il ne pouvait pas] nier que la conspiration eût existé, et qu'il en fût un des principaux chefs. Il ne se plaignit que d'une chose , de V évidence employée contre lui. Il n'y avait dans ses actes qu'w/r seul témoignage verbal , et la loi de l'Angleterre en veut deux dans le cas de haute trahison. Mais c'est ici qu'un reste de pudeur ( si cela est possible ) devrait rougir le front de ceux qui injurient les papistes : car cette même loi , cette loi qui a sauvé la vie à tant d'innocens , cette loi qui mérite de la part de chaque Anglais la plus vive reconnaissance pour son auteur, cette loi était due à la reine Marie , cette papiste que d'adroits fripons ont habitué des générations à appeler la sanguinaire et qui fut l'épouse de ce Philippe II que nos fourbes ont voulu aussi nous faire regarder comme un papiste sanguinaire. 384- Comme Sidney avait tant d'attachement pour cette loi papiste , et qu'il n'y avait réellement qu'un seul témoignage contre lui; comme il ne pouvait pas supporter l'idée de mourir sans avoir deux témoignages contre lui , les avocats du roi ( qui étaient protestans, faites-y attention , et qui avaient tous abjuré les détestables erreurs du papisme ) imaginèrent de lui en procurer une couple, en cherchant dans son secrétaire , et en trouvant un second témoignage contre lui dans ses propres papiers ! ce fut en vain que dans son procès il s'arrêta toujours sur

Lettre XIII. 469

ce défaut. Personne n'ignorait que des centaines de catholiques avaient souffert la mort avec bien moins de raison que l'on n'en avait contre lui. Ce misérable subterfuge ne pouvait être approuvé de personne ; et l'opinion générale de tous les hommes de sens et de justice fut qu'il avait reçu ce qui lui était dû , mais rien de plus.

385. Nous nous sommes occupés de la bonne vieille cause pour laquelle Hampden mourut sur le champ de bataille et Sidney sur Féchafaud. Combien avons-nous été crédules, et surtout combien l'ai-je été moi-même! mais, dira-t-on, ces protestans n'avaient en vue que l'insurrection et l'introduction des armées étrangères. Et quel autre crime reprocha-t-on à O'Quigly il y a environ vingt-sept ans? Quels autres reproches fit-on à Shearses et à lord Edward Fitzgerald et à Pf^att ^ et à Downic , et à Despard et à tant d'autres? Que reprocha-t-on de plus à Thistliwood , à Ings , à Brunt et à Tidd ? rien de plus , et même beaucoup moins. Et s'ils furent condamnés , ce ne fut pas pour avoir attenté à la vie du roi , mais à celles de ses ministres : crime qui n'est devenu de haute trahison que depuis le règne du protestantisme et sous un parlement d'où les despotiques papistes ont été complètement exclus. Il y eut un nommé Keyling^ qui , de conspirateur protestant se lit dénonciateur, et qui , afin de donner plus de force à son témoignage , fit entrer son propre beau -frère

^no Réforme Protestante.

parmi les conspirateurs pour les trahir et les dénoncer à la justice. Bon : mais n'avons-nous pas eu aussi nos Castlese, nos Olivier et nos Edoiia?'dy et M. Brougham n'a-t-il pas dit dans la chambre des communes que tant qu'il y aura dans le monde des hommes tels que Ings , on y trouvera des Edouard ? Il n'est cependant aucun historien , quelque protestant , quelque ennemi qu'il soit de la mémoire de Charles et de Jacques, qui ait jamais eu l'impudence de les accuser l'un ou l'autre d'avoir employé et récompensé des gens qui en excitassent d'autres à commettre des crimes de haute tiahison , et les amenassent à l'échafaud,

386. On a dit , et je crois avec vérité , que Charles II avait , à une époque, fait un traité pécuniaire avec le roi de France pour rétablir l'église catholique en Angleterre. Mais n'avait-il pas autant le droit d'en agir ainsi, qu'EoouARD VI de faire venir des troupes allemandes pour détruire l'ancienne Église qui avait duré pendant 900 ans , et qui était consacrée par la grande charte ? Et si Charles a eu l'intention d'obtenir ce changement à l'aide de troupes françaises, quel droit ont de s'en plaindre ceux qui trouvent bon que l'on ait fait venir des troupes hollandaises pour consolider le royaume ? Mais «près tout , si c'était un si grand crime de la part d'un roi papiste d'Angleterre de faire un traité pécuniaire avec le roi de France, traité

Leïïrk XllI. 471

sur lequel le roi ni les catholiques ne se sont jamais appuyés, quel nom donnerons-nous donc au protestant et atiti-catholique Sidney, à Hampden le jeune , à Armstrong et à plusieurs autres qui étaient vraiment pensionnaires de bonne foi et payés de ce même roi de France? fait qui est devenu irrécusable d'après les mémoires de Dalrymple , page 3 1 5 de l'appendice.

387. Mais si l'on fait retomber sur Jacques tout ce que l'on appelle les médians actes du règne de son frère, nous ne pouvons, en toute justice , lui réfuser le mérite des bonnes actions de ce même règne. C'est de ce règne que nous tenons l'acte de Vhabeas coi'pus que Blackstone appelle la seconde grande charte de la liberté anglaise. Ce règne nous offre encore beaucoup d'actes qui tendent à assurer les libertés et tous les droits du peuple 5 et quand cet acte eût été le seul , n'eût-il pas suffi pour prouver que le peuple n'avait rien à craindre d'un roi incliné vers le papisme. Ainsi ces tyrans papistes Charles et Jacques ont cédé d'un seul trait de plume, par une seule signature de Charles , toutes les prérogatives qui leur donnaient le droit qu'avaient eu leurs prédécesseurs , de faire mettre leurs sujets en prison et de les y faire rester par un ordre seulement du ministre. Etait-ce donc là une preuve de cette disposition à l'arbitraire dont nous les entendons accuser tous les jours? Nous nous vantons sans cesse de ce fameux acte de

^-ji Réforme Protestante.

V habeas corpus ; mais avons -nous jamais été assez reconnaissans pour observer qu'il nous vient de ceux contre lesquels Russel et Sidney conspirèrent , et dont le dernier fut enfin chassé de son palais par les gardes hollandaises en 1688? 388. Cet acte fut-il jamais suspendu pendant les règnes de ces rois papistes? jamais; pas même un seul jour : mais aussitôt que la glorieuse résolution ou troisème *' réforme ^' arriva , le libérateur hollandais fut autorisé par la convention protestante , qui ne travaillait qu'à renverser ce pouvoir arbitraire, à mettre et à tenir en prison tout anglais que lui ou ses ministres pourraient soupçonner. Mais pourquoi chercher des exemples si loin ? N'avons-nous pas vu nousmêmes la seconde grande charte de la liberté anglaise suspendue pendant sept ans de suite ; et en outre n'avons- nous pas vu le roi et ses ministres autorisés à emprisonner qui il leur plairait , dans le cachot ou dans le donjon qu'ils désigneraient , à priver les prisonniers de toute communication avec leurs amis , leurs femmes , leurs maris , leurs pères , leurs mères et leurs en fans ; à leur refuser l'usage des plumes , de l'encre , du papier et des livres , à leur refuser le droit d'être confrontés avec leurs accusateurs, la spécification de leurs crimes et le nom de leurs accusateurs ; à les faire sortir de prison lorsqu'ils voudraient sans aucun jugement , et enfin à exiger d'eux une caution pour leur

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bonne conduite , et tout cela, remarquez-le bien, sans leur donner le nom des témoins qui déposaient contre eux , ni sans leur faire connaître la nature de leurs fautes ? C'est là ce que nous avons vu dans nos temps chéris du protestantisme, tandis que les tribunes de nos chambres et les chaires de nos églises retentissent des louanges de la glorieuse révolution qui nous a délivrés du papisme et de l'esclavage.

389- Un des mémorables événemens des règnes de ces rois papistes , ce fut l'établissement des provinces (aujourd'hui étals) de l'Amérique. 80US le règne de la bonne Bess sir Tf^alter Raleigh y ce favori si dissolu , qui sous le règne suivant perdit sur l'échafaud une vie qu'il aurait dû y perdre trente ans plus tôt , avait tenté de faire un établissement en J^irginie ; mais il avait complètement échoué. Ces élablissemens ne firent que peu et même très-peu de progrès : ce ne fut que sous celui de Charles II que l'on accorda des chartes et des lettres-patentes , que la propriété devint réelle , et que la population et la prospérité augmentèrent. Ce fut un grand événement, grand en lui-même , mais plus grand encore par ses conséquences dont plusieurs se sont déjà fait sentir , dont nous en éprouvons quelques autres en ce moment , et dont il en reste pour l'avenir d'une bien plus grande importance.

3go. Toutes ces belles colonies furent fondées

474 Réforme Protestante.

par ce roi incliné vers le papisme et par son frère vrai papiste. Deux d'entre elles , les Carolines , ont reçu leur nom du roi lui-même ; une autre , et c'est aujourd'hui la plus considérable de toutes , New- York , fut ainsi appelée du nom du frère du roi , qui était duc de la ville qui porte ce nom dans la vieille Angleterre. Tels furent les hommes qui fondèrent ces colonies , les plus belles et les plus heureuses que le soleil ait jamais éclairées et échauffées sur la terre. Elles furent fondées par les papistes, qui donnèrent d'eux-mêmes, de leur propre mouvement , selon l'expression de la loi , ces chartes et ces lettres-patentes , sans lesquelles ces contrées ne seraient peut-être encore aujourd'hui que de vastes déserts. C'est donc de ces rois papistes que nous tenions nos colonies ; mais qui nous les a. fait perdre ? on ne dira pas au moins que ce furent ces rois papistes tant de fois injuriés et calomniés. Nos ancêtres catholiques avaient à différentes époques conquis à l'Angleterre plusieurs parties de la France. Le protestant Edouard VI perdit Boulogne et la protestante Betsy troqua Calais et le comté d'Oye pour 100,000 couronnes, et ainsi mit son sceau protestant à l'expulsion définitive de l'Angleterre hors du continent européen. Après un autre règne protestant , le plus honteux que l'on puisse citer , vinrent ces deux rois papistes auxquels nous devons les colonies qui étaient plus que la

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compensation des pertes faites en FAirope. Alors arriva cette glorieuse révolution qui fournit tous les principes à l'aide desquels au bout de soixantedix ans cette compensation nous fut arrachée , et , bien plus , devint un état , un puissant état maritime, dont le nom seul fait pâlir aujourd'hui ces mêmes Anglais ( qu'ils en disent ce qu'ils voudront) autrefois si liers et si audacieux. 391. Dans la prochaine lettre, après avoir jeté nos regards sur les tourmens infligés aux catholiques ( irlandais et anglais ) sous les règnes de Guillaume , d'ANNE et des Georges , nous suivrons les traces de cette troisième réforme jusqu'à la quatrième; nous montrerons que malgré les beaux raisonnemens de Blackstone , les actes de la réforme pouvaient très-bien être imités ; nous verrons que la liste des charges contre Jacques , dressée par le lord-maire de Londres , les échevins , les conseillers et d'autres , pouvait aussi bien servir en 1776 qu'en 1688. Nous verrons cette troisième réforme produisant dans sa marche ce monstre en législation, cette nouvelle espèce de tyrannie inconnue jusqu'alors appelée les hils des châtimens et des amendes (]ui sont d'origine purement protestante • et nous verrons enfin que cette fameuse et glorieuse révolution, toute protestante qu'elle était amena , quoiqu'elle eût traversé l'Atlantique pour l'aller chercher, cette aurore de la liberté que les catholiques coraînencèrent à apercevoir à la

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fin d'une longue nuit du plus cruel esclavage qui avait duré plus de deux cents ans. Mais, de peur de l'oublier plus tard, je dois faire remarquer ici, et prier le lecteur de remarquer avec soin que , de ces colonies , les seules qui s'abstinrent complètement de toutes persécutions religieuses , les seules qui , dès le moment de leur établissement, proclamèrent la liberté religieuse , furent celles qui avaient été accordées par des lettres-patentes du duc d'Yorck ( depuis le catholique Jacques II), à lord Baltimore , seigneur catholique , et à Guillaume Penn qui souffrit un long emprisonnement pour son attachement à ce roi papiste. Nous verrons encore toutes les colonies déclarer unanimement qu'elles trouvaient dans la conduite d'un roi protestant tous les actes qui peuvent appartenir à un tyran. Mais nous devons surtout retenir que les colonies fondées par les catholiques et par Penn y partisan de Jacques, furent les seules qui , depuis le commencement jusqu'à la fin , proclamèrent et maintinrent strictement la liberté complète en fait de rehgionj et quand ? lorsque les protestans de la mèrepatrie persécutaient cruellement et sans relâche les catholiques depuis plus de cent ans.

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No. XIV.

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