‹ Histoire de la réforme protestante en Angleterre et en IrlandeChapitre 24 sur 32 · LETTRE XIV · texte numérisé non relu

LETTRE XIV

Triomphe de Guillaume sur Jacques et les catholiques. Besoin d'argent pour faire une guerre contre le papisme. Projet d'emprunt de fonds publics de Burnet. Origine des banques et des bank-notes. Énormes impôts , droit

d'eXCIRE 5 BILL septennal. On VEUT TAXER LES

Américains. Ils se révoltent malgré la doctrine de Blackstone. Reproches qu'ils font a Georges III.

Mes Amis, Kensington , le 28 dec. 182 5.

392. Nous avons vu dans la lettre précédente que la troisième " Réforme " appelée ordinairement glorieuse répolution vint directement de la seconde " Réforme " ; actuellement nous allons voir que la quatrième " Réforme " appelée j^évolution d'Amérique fut produite directement par la troisième " Réforme. " Dans cette lettre nous nous attacherons à montrer combien le peuple anglais a déjà été châtié ; combien plus sévèrement encore il doit l'être par la suite : résultat funeste de ces différentes ré-

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formes qui ont toutes été produites par la première réforme aussi naturellement que la tige et les branches de l'arbre sont produites par les racines.

393. Pxappelons-nous que le roi Jacques et ses descendans furent privés du trône parce qu'ils étaient catholiques , et n'oublions pas en même temps qu'ALFRED-LE-GRAND était catholique ; que ces rois d'Angleterre qui firent la conquête de la France et gagnèrent le titre de roi de France que Georges III a abandonné , étaient aussi catholiques. Mais ce qui doit surtout ici fixer notre attention, c'est que Jacques, Anglais, fut mis de côté , qu'on éleva sur le trône à sa place Guillaume, Hollandais, et que les héritiers de Jacques furent aussi privés de leur droit au trône , parce qu'ils étaient catholiques aussi bien que lui. Ayant toujours ces faits présens à l'esprit , nous verrons ce qui arriva ensuite ; la marche que suivit la " réforme " protestante jusqu'à l'époque où elle produisit la dette , les banques , les acheteurs de rentes et la révolutien d'Amérique.

3g4- Jacques trouva des partisans fidèles dans ses sujets irlandais qui combattirent pour sa cause avec cette bravoure et ce mépris de la vie dont tant dïrlandais ont donné des preuves. Mais avec le secours des armées hollandaises et allemandes, le libérateur finit par triompher de Jacques et des Irlandais , et tout le royaume se soumit à

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son gouvernement. Il n'est pas nécessaire de dire ici que dès ce moment les catholiques furent condamnés à souffrir des chàtiœens jusqu'alors inconnus , et que si leur croyance n'a pas cessé d'exister dans le royaume, on ne peut s'empêcher de l'attribuer à un soin particulier de la Providence. L'oppression sous laquelle ils avaient gémi pendant les règnes précédens avait cependant déjà été assez terrible : mais alors commença contre eux une série d'actes tels que le monde n'avait encore rien vu de semblable. Plus tard je donnerai un léger aperçu de ces actes que nous verrons aller toujours en augmentant pour le nombre comme pour la sévérité, et nous présenter à la lin une telle masse de châtimens que l'idée seule en fait frémir , quand tout à coup , dans la iS*^ année du règne de Georges III, arriva la révolution américaine , fille de la révolution anglaise , et qui ( voyez la justice de Dieu ) fut le premier relâche de cette législa-

tion sangumaue.

SgS. Mais comment la révolution américaine a-t-elle été amenée par la révolution glorieuse du libérateur hollandais ? Question très à propos et de la plus grande importance, mes ami;^, à laquelle mon devoir m'oblige de répondre de la manière la plus complète et la plus satisfaisante \ car elle appartient entièrement à mon sujet. Nous verrons la révolution d'Amérique avoir les résultats les plus élonnans ; nous de-

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vons donc rechercher avec le plus grand soin sa véritable origine 5 ce qui est d'autant plus important que d'après le calcul des probabilités humaines , l'Angleterre doit encore recevoir de ces pays des coups bien plus terribles qu'aucun de ceux qu'elle a déjà eu à supporter.

396. Le libérateur protestant avait amené avec lui une armée hollandaise pour soutenir la nation anglaise : ensuite il fallut supporter les dépenses et massacres d'une guerre civile pour être déliprés du papisme ; mais tous les maux qui en résultèrent ne furent rien si on les compare à ce qui arriva ensuite : tels étaient les châtimens qui avaient été destinés à la nation pour bien des âges, dont plusieurs sont encore à venir, et doivent avoir des effets que l'esprit humain ne peut calculer de sang froid.

397. Le roi Jacques avait été reçu en France, comme nous l'avons vu. Louis XIV le traitait comme roi d'Angleterre , d'Ecosse et d'Irlande. Guillaume en avait conçu une violente haine contre Louis, et c'était l'Angleterre qui devait payer cette haine. Tous ceux qui avaient contribué d'une manière remarquable à amener le libérateur se trouvaient alors exposés aux mêmes chances que lui. Ils étaient forcés de se conformer à ses désirs et de lui céder en tout. Ils n'avaient voulu , disent les historiens , donner la couronne qu'à sa femme, parce que, comme elle était fille de Jacques, ce changement res-

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semblait moins à une révolution qu'en donnant la couronne à un homme tout-à-fait étranger : mais Guillaume leur dit en propres termes qu'il ne voulait pas tenir son pouvoir par les cordons cVun tablier. Lorsque ce débat eut duré pendant quelque temps , il trancha court avec eux en leur déclarant que s'ils ne lui donnaient pas la couronne , il s'en retournerait en Hollande et les laisserait à leur ancien souverain. Il n'en fallait pas davantage \ ils lui accordèrent la couronne sans hésiter , et trouvèrent bientôt qu'ils s'étaient donnés, non-seulement un libérateur , mais aussi un maître.

398. Les mêmes raisons qui les avaient forcés à se soumettre ainsi au libérateur les engagèrent encore avec lui dans sa guerre contre la France. Jacques était en France, une grande partie de son peuple était encore pour lui ; si la France restait en paix avec l'Angleterre, on ne pouvait empêcher les communications. Dès-lors la guerre avec la France était donc absolument nécessaire pour que Guillaume conservât le trône; et si ce trône lui était arraché , que deviendraient ceux qui avaient obtenu de lui , pour prix de leurs services , des concessions immenses de terres de la couronne et difFérens autres émolumens énormes dont ils ne pouvaient pas espérer de garder la moindre des choses si Jacques était rétabli? Et même, dans ce cas, leurs propres biens et leur vie couraient un grand danger

et un très-grand danger , car ce que l'on avait appelé une glorieuse révolution aurait reçu un nom bien différent ; et ce nom n'eût pas été un simple nom : il est à croire qu'il aurait servi à appuyer la conduite qu'on aurait tenue , et probablement il n'y aurait eu qu'un très-petit nombre des principaux acteurs qui seraient venus à bout de se sauver. Il ne faut pas oublier non plus les possesseurs des immenses propriétés de l'Église fondée et dotée par nos pères. La confiscation de ces biens ne remontait pas à une époque si éloignée qu'elle eût été complètement oubliée. Les traditions se conservent long-temps, personne n'ignorait ce qui s'était passé : tous avaient entendu dire à leurs aïeux que l'Église catholique entretenait tous les pauvres , que le peuple s'en trouvait mieux ; et tous sentaient aussi que l'Angleterre avait perdu au change. Dès-lors si Jacques était rétabli, les possesseurs de biens d'églises , clercs ou laïques , pouvaient avoir des craintes assez fondées.

399. Ainsi toutes ces personnes si fort intéressées au maintien d'un tel état de choses , et qui étaient aussi les plus puissantes dans le royaume , penchèrent pour la guerre avec la France qu'elles regardèrent avec raison comme absolument nécessaire pour que Guillaume conservât le trône et qu'elles pussent jouir tranquillement de leurs grandes propriétés , sans qu'elles eussent rien à craindre pour leurs pro-

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près vies. Dès-lors cette guerre aurait dû être appelée guerre entreprise pour conserver les propriétés de l'Eglise , les biens de la couronne et d'autres grands gains à leurs possesseurs actuels. Mais ceux qui font les guerres , comme ceux qui confisquent les propriétés de l'Église et des pauvres , savent ordinairement trouver un heau nom : aussi ils ne manquèrent pas de dire et de proclamer que cette guerre n'avait pour but que de conserver la religion protestante, et d'empêcher le retour du papisme et de V esclavage. C'était vraiment une guerre contre le papisme , et quoiqu'elle ait été suivie de résultats terribles pour la nation y elle eut tous les effets qu'en attendaient ceux qui l'avaient excitée. L'histoire de cette guerre sous le rapport militaire est de peu d'importance pour nous. Elle fut en effet sous ce rapport assez honteuse , mais elle remplissait le grand objet que s'étaient proposé ses auteurs : elle ne fit aucun tort à la France , elle ne débarrassa pas Guillaume de Jacques et de son fils , mais elle identifia dans l'esprit du peuple anglais leur ancien roi et son fils avec les ennemis extérieurs de l'Angleterre j c'était ce que voulaient les fauteurs de cette guerre , ce fut ce qu'ils obtinrent complètement. En vain le roi Jacques protesta qu'il ne voulait aucun mal à V Angleterre ,• en vain il voulut rappeler au peuple qu'il avait été forcé de se retirer en France \ en vain il déclara que les Français n'a-

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valent d'autre but que de le rétablir dans ses droits. Ils le virent en France ; ils virent les Français combattre pour lui et contre l'Angleterre ; c'en fut assez : les hommes ne raisonnent pas dans une telle position , et c'est ce que savaient très-bien les auteurs de la guerre.

4oo. Mais quoique la passion aveugle facilement les hommes , quoique même un honnête sentiment puisse faire taire la raison , il est rare que l'on vienne à bout de réduire ainsi la bourse au silence : et cette guerre entreprise pour défendre la religion protestante et empêcher la rentrée du papisme et de Vesclaçage commença bientôt à faire sentir ses funestes effets sur des objets qui sont devenus pour ainsi dire une partie essentielle de l'organisation humaine. Les dépenses de cette fameuse guerre , point cle papisme — Grand Dieu ! quels maux ce cri plein d'horreur et d'hypocrisie n'a-t-il pas causés à notre patrie ! . . . les dépenses de cette fameuse guerre , point de papisme , furent énormes. Les impôts durent donc être en rapport avec ces dépenses : le peuple qui déjà payait quatre fois plus d'impôts que sous le gouvernement de Jacques commença non-seulement à murmurer, mais même à donner des preuves non douteuses du regret qu'il avait d'avoir été délivré. La France était puissante , le roi de France était généreux et zélé, et l'état des affaires n'était rien moins que rassurant. Ou usa d'abord assez amplement de la

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force autant que la loi et la suspension de la loi put le permettre. A la fin on trouva un moyen de se procurer de l'argent , et qui avait l'avantage de pai'aitre ne pas prendre de force , cet objet si précieux, la bourse.

401. Le parlement lit en 1694, la cinquième année du règne de Guillaume et de Marie, un acte ( chap. 20) dont le titre est conçu dans les mots suivans ; mots que tout homme devrait graver dans sa mémoire , mots qui furent funestes à la paix et au bonheur de l'Angleterre ; mots qui annonçaient le plus grand fléau dont aucune partie de la création de Dieu eût jamais été affligée. " Cet acte a pour but d'accorder à Leurs Majestés plusieurs taxes et droits sur le tonnage des vaisseaux et des navires , sur la bière y l'aile et les autres liqueurs , et d'assurer des récompenses et des avantages spécifiés dans ledit acte , à ceux qui avanceront volontairement la somme de quinze cent mille livres destinée aux frais de la guerre contre les Français ,• " cet acte désigne ensuite certains droits qui seront consacrés au paiement de l'intérêt de cette somme de quinze cent mille livres j il indique la manière dont on doit souscrire , le mode que l'on suivra pour le paiement des intérêts et des annuités , et enfin il promet que si toute la somme est souscrite avant le temps, on donnera aux souscripteurs une charte sous le titre de gou[^erneur et compagnie de la banque d'Angleterre.

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4o2. C'est de là que vinrent les emprunts , les fonds , les banques , les banquiers , les m banh-notes et la dette nationale , toutes choses inconnues à l'Angleterre avant cette guerre ^, faite pour défendre la religion protestante étor- ^ blie par la loi ; sous lesquelles elle avait parcouru avec gloire un grand nombre de siècles , et avait été le pays le plus célèbre et le plus heureux du monde ; chose dont elle n'aurait même jamais pu entendre parler sans ce que l'on nomma audacieusement la " réforme ; " puisque de tous temps, prêter de l'argent à intérêt , c'est-à-dire pour en retirer du profit, ce qui veut dire recevoir de l'argent pour l'usage de l'argent , avait été et est encore une action contraire aux principes de V église catholique ,• et jamais , parmi les chrétiens , on n'entendit parler d'une semblable spéculation avant ce que l'on nomme impudemment la " réforme. " ]M. O' Callaghan a montré dans son excellent petit ouvrage que j'ai eu l'honneur de republier l'hiver dernier , et qui devrait être entre les mains de tous les hommes et surtout des jeunes gens , que les anciens philosophes , les pères de l'église , les deux testamens , les canons de l'église , les décisions du Pape et des conciles , sont tous d'accord sur ce point et déclarent que c'est pécher que de prendre de l'argent pour l'usage de l'argent : en effet on ne songea point à ce genre de commerce avant que le brutal

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Henri VIII, eût rejeté la suprématie du Pape; les juifs le faisaient, mais alors les juifs n'avaient aucun droit civil ; on ne les laissait exister que par une simple tolérance ; ils pouvaient être renfermés ou bannis , ou même vendus au bon plaisir du roi ; on les regardait comme une espèce de monstres qui se vantaient de descendre en droite ligne et de conserver les opinions de ceux qui avaient mis à mort le fils de Dieu et le Sauveur des hommes ; on ne leur permettait pas de pratiquer ouvertement leurs blasphèmes ; s'ils avaient des synagogues elles étaient inconnues au peuple , et ces êtres horribles étaient obligés de se cacher eux-mêmes les dimanches et les jours de fête. On ne leur permettait pas de souiller par leur présence les rues ou les routes , les jours consacrés à la dévotion publique. Chez des hommes aussi dégradés on tolérait l'usure , qui consiste à recevoir de l'argent pour l'usage de l'argent , précisément comme on tolère pour la même cause l'inceste entre les chiens.

4o3. Je ne sais pas jusqu'à quel point l'esprit de l'usure a pu se répandre parmi les catholiques eux-mêmes , et ce fait n'est d'aucune importance pour ce qui m'occupe dans ce moment. Il est certain qu'avant la " réforme " on ne savait pas ce que c'était parmi les chrétiens que de recevoir de l'argent, ou un gain quelconque, simplement pour l'usage de l'argent. Il serait

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facile de montrer que cette méthode entraîne nécessairement de très-grands malheurs , mais nous verrons assez de ces malheurs à la fm; qu'il nous suffise dans ce moment de remarquer que cette usure nationale , qui fut inventée alors pour la première fois, est venue de la " réforme."

404. Non- seulement cette horrible invention, l'usure, ou système d'emprunt public, fut une invention protestante ; non-seulement elle vint de la " réforme, ^^ non-seulement elle fut établie dans le but spécial de fournir aux dépenses d'une guerre entreprise pour la conservation de cette église anglicane contre 'les ejforts du papisme y mais son inventeur Burnet fut l'avocat le plus infatigable qu'ait jamais eu la " réforme. " Ainsi non-seulement ce projet fut une invention des proteslans pour nuire aux catholiques , que Dieu adopta dans sa sagesse comme un fléau , et qui devait être le plus terrible des fléaux pour les protestans eux-mêmes j non-seulement il devait à la fm inspirer à l'église " établie par la loi " des craintes très-vives , mais ce qu'il y a de plus remarquable c'est que , pour remplir ç^s différcns buts , c'était l'instrument le plus propre que l'on put trouver au monde.

405. Burnet, doait le premier nom était Gilbert y fut d'abord ministre politique. Il devint bientôt historien , mais des plus infidèles ; il se fit Écossais et reçut à la fin les remercîmens du parlement pour son histoire de la " réforme ,''''

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c'est-à-dire pour la masse la plus honteuse de mensonges et d'absurdités dont on ait jamais souillé le papier; en sorte que \ instrument était le plus propre que l'on eût jamais pu trouver sur la terre à l'avènement de Jacques II. Cet homme se retira en Hollande où il devint secrétaire de Guillaume (plus tard libérateur) et où il se lia de correspondance et de projets avec les glorieux révolutionnaires de l'Angleterre. En i68g, l'année qui suivit la délivrance, le libérateur le fit évêque de Salisbury pour le récompenser de ses services dans la glorieuse révolution. 406. C'était l'homme du monde le plus propre à inventer ce qui pouvait être un fléau pour l'Angleterre. Quoiqu'il fût devenu évêque il n'en était que plus ardent à la politique; et lorsque, au moment de commencer la guerre point de papisme y on fut arrêté par le besoin d'argent, et que les craintes, que j'ai exposées dans le paragraphe 400 5 devinrent très-sérieuses, ce fut cet évêque de l'église " établie par la loi " qui inventa , qui conseilla et qui, poussé par le libérateur, fit adopter le projet d'emprunter , d'hypothéquer les taxes y et d' engager la propriété et le travail des générations futures. Belle délivrance! Mais ce projet, outre les grands avantages de ménager la bourse du peuple et d'apaiser son mécontentement pour l'énormité des impôts, avait encore un autre but et bien plus important , car il forçait tous ceux qui avait de l'ar-

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gent à prêter , à désirer de voir se maintenir le nouveau roi, la nouvelle dynastie, et toutes les concessions et les gains de la glorieuse répolution. Tel fut le but permanent de ce projet , point de papisme.

407. Voilà précisément ce qu'il faut bien comprendre, car c'est là la vraie cause de nos craintes actuelles, de nos dangers et de nos misères. Jacques II et son fils avaient été écartés du trône parce qu'ils étaient catholiques : une glorieuse révolution avait été opérée ; et les principaux auteurs de cette révolution avaient des possessions immenses qui avaient appartenu au public ou à l'Église. Si Jacques remontait sur le trônej tous ces biens leur seraient indubitablement enlevés avec tous leurs titres de noblesse, tous leurs évêchés , et enfin tout ce que le libérateur leur avait accordé ; et comme le libérateur pouvait venir à mourir , il fallait que ces grands possesseurs , ces fauteurs glorieux prissent soin , si c'était possible, que Jacques ou son fils ne pussent pas être les successeurs de Guillaume. Le parlement fit plusieurs actes pour remédier à ce danger; mais l'expérience avait montré que, dans quelques cas, les actes du parlement n'étaient que d'un fajble secours, lorsque la masse du peuple leur était opposée ; dès-lors il fallait quelque chose qui liât la multitude à la nouvelle dynastie : le en, point de papisme y avait bien quelque force, mais il n'en avait point as-

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sez pour contrebalancer ce que, dans des temps pins modernes, Castelereagh eut l'insolence d'appeler l'ignorante impatience des impôts : impatience par laquelle les Anglais de toutes les époques se sont toujours fait remarquer.

408. Le libérateur, tous ceux qui avaient contribué à le faire venir, et tous ceux qu'il avait engraissés ou élevés, étaient, comme je l'ai déjà dit , embarqués sur le même navire ,- mais la masse du peuple n'était pas encore ainsi embarquée, et en effet il n'y en avait encore qu'une petite partie. Mais si tous ceux , ou une grande partie de ceux qui avaient de l'argent à prêter pouvaient , par l'espoir d'un grand gain , être amenés à prêter leur argent à intérêt au gouvernement , il était facile de voir que si on pouvait les amener là , toutes ces personnes seraient aussi embarquées sur le même navire ; et que toutes appartenant nécessairement à une classe qui jouissait d'une grande influence dans la communauté , elles seraient les partisans les plus zélés du libérateur , et deviendraient les soutiens , les complices de la révolution qui venait d'avoir ïieu.

409. Ce fat dans cette vue que l'on inventa le système ai emprunt public : il présentait deux avantages : il fournissait de l'argent pour la guerre , point de papisme , et il attachait au gouvernement , point de papisme , toutes ces personnes qui désiraient placer leur argent à un

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taux très-élevé ; et comme cela est ordinairement, ces personnes appartenaient à la classe du peuple qui est la plus avide , la plus intéressée , la plus vile et la moins patriotique. Le projet, qui du reste était bien digne de l'esprit de l'évêque protestant Burnet, réussit complètement : il mit le libérateur à même de faire la guerre, point de papisme ; il attacha au parti du libérateur et de ceux qui l'avaient amené ces hommes intéressés et insensibles qui avaient de l'argent. Le projet accomplit bien ce qu'on s'était proposé : mais grand Dieu ! quel fléau ne prépara-t-il pas aux générations futures ! que de troubles, que de commotions, que de souffrances il préparait à un peuple dont les chefs, dans un moment d'embarras, eurent recours à de tels moyens pour faire fouler aux pieds ceux qui n'avaient pas commis d'autre crime que de rester fermement attaches à la foi de leurs pères !

4 10. La somme que l'on emprunta d'abord n'était qu'une bagatelle. Elle trompait par son apparente modicité : mais il s'en fallait de beaucoup qu'ils voulussent s'arrêter à cette niaiserie. Les inventeurs savaient bien où ils en voulaient venir ; leur désir était d'hypothéquer graduellement l'Angleterre tout entière , toutes les terres , toutes les maisons , enfin toutes les autres propriétés et même tous les genres d'industrie, à ceux qui prêteraient de l'argent à l'état : bientôt la somme se trouva considérablement augmen-

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tee ; et avant la fin de la glorieuse ^nerre, poi?it de papisme , l'intérêt seul de la dette , r intérêt annuel montait à i ,3oo,ooo 1. par an ; ce qui déjà était une somme beaucoup plus considérable que les impôts que l'on payait sous le règne du catholique Jacques II ! Ainsi on venait d'établir/?owr toujours un nouvel impôt; ainsi seulement pour cette glorieuse révolution que l'on n'avait faite que pour se débarrasser d'un roi catholique, on établit, et pour toujours, de nouveaux impôts qui seuls étaient plus considérables que tous ceux levés par ce roi catholique! telle est la justice de Dieu ! Le traitement qu'éprouvaient les catholiques à cette époque était horrible : la masse du peuple anglais ou l'approuvait, ou n'y faisait aucune attention. Quoique ce projet financier n'eut été inventé par un épêque protestant que pour chasser entièrement du royaume la religion catholique , cette religion y subsiste cependant encore : bien plus , les catholiques y sont plus nombreux que les sectateurs d'aucune autre religion. Et cependant ce projet si plein de ruse , si profond y a dès son origine fait paraître des essaims de juifs, de quakers, d'usuriers de toute sorte , et les a engraissés des richesses de l'Angleterre , jusqu'à ce qu'enfin il ait produit, ce que le monde n'avait pas encore vu, la famine au milieu de V abondance \ Oui, certainement c'est là le tableau que nous présentons au monde! Les ministres de l'Église " éta-

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blie " font à Dieu, dans tous les temples, des remercimens pour r abondance des récoltes, tandis que le peuple à qui nous les devons est plus mal nourri et plus mal habillé que ne le sont les criminels dans les prisons î

4ii. Mais n'anticipons pas sur l'avenir : nous verrons plus tard les derniers effets probables de cet affreux projet. Actuellement il nous reste à voir comment ce projet , avec la glorieuse révolution dont il était le fruit , a amené la révolution d'Amérique , ou la quatrième reforme qui a eu deux grands résultats. Le premier fut la séparation d'une vaste et importante partie des possessions de l' Angleterre ; le second , la création d'une nouvelle puissance maritime et marchande , capable de lui disputer cet empire de la mer , qui depuis tant d'années lui a procuré une si grande gloire, et sans lequel elle doit devenir en Europe une puissance du second ordre. Tels furent les résultats de la révolution d'Amérique. Voyons donc à présent ce qui a produit cette révolution, ou plutôt voyons comment elle est venue directement de la glorieuse révolution , des ses guerres et de son emprunt, point de papisme.

4 12. L'invention de Burnet réussit très-bien dans le premier moment : elle empêcha la nation d'écouter les avertissemens de ceux qui annonçaient les malheurs qu'il devait entraîner j tous ceux qui étaient intéressés dans les fonds

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devinrent les défenseurs des impôts; le riche se trouvait vivre aux dépens du pauvre sans éprouver aucun sentiment d'humanité pour ceux qui supportaient tout le poids des taxes. Enfin la nation se trouva divisée en deux classes, ceux qui payaient les taxes et ceux qui les mangeaient y mais ces derniers étaient soutenus par le gouvernement. Un des droits les plus précieux du peuple anglais avait toujours été qu'on ne pourrait lui imposer aucune taxe sans son propre consentement. Tel fut toujours , dans les temps catholiques, le grand principe du gouvernement anglais ; on le trouve expressément et très-explicitement exprimé dans la grande charte que l'on devait surtout aux soins d'un archevêque catholique de Gantorbéry ; mais comment pouvait-on espérer que ce grand principe serait observé , lorsqu'une grande partie des riches vivaient eux-mêmes sur les taxes ; quand les uns recevaient ce que donnaient les autres ; quand enfin la communauté était complètement divisée en deux parties dont l'une avait un puissant in térêt à garder ce qui était ruineux pour l'autre? 4i3. Les impôts furent donc toujours en augmentant , et la dette suivit la même marche. L'intérêt du protestantisme demandait d'autres guerres , et produisit d'autres guerres civiles. Les impôts augmentaient rapidement , et c'est ce que le peuple ne pouvait aimer. A l'époque de la glorieuse révolution on avait décidé que

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l'on convoquerait le parlement une fois au moins tous les trois ans , et l'on avait regardé cette concession comme l'une des grandes conquêtes de la glorieuse révolution. Une autre grande conquête était qu'aucun pensionnaire de l'état , du gouvernement , ne pourrait siéger dans la chambre des communes. Ces deux points furent arrêtés et mis au nombre des lois ; on les présenta au peuple comme de grandes conquêtes faites par la révolution glorieuse. Mais le dernier de ces actes fut bientôt révoqué, et depuis, les pensionnaires et les fonctionnaires n'ont cessé de siéger dans la chambre des communes. Quant à l'autre acte , celui qui assurait au peuple un nouveau choix tous les trois ans au moins , c'était une loi de la plus grande importance. Dans le nouvel état de choses , au milieu des impôts et des dettes , dans une position où chaque année l'on avait besoin de nouveaux impôts , il fallait absolument de nouveaux parlemens , de nouveaux choix à de courts intervalles pour donner au peuple une chance d'éviter les impôts accablans , et en effet toutes sortes d'oppressions ; enfin ce fut le seul moyen de défense que conserva le peuple.

4i4- Mais pour soutenir ce nouveau système, il fallait encore abattre jusqu'à cette barrière de la liberté et de la propriété ; et ce fut la première année du règne de Georges, en 17 15, que cette loi , cette loi de vie , ce pacte solen-

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nel entre la dynastie protestante et le peuple fut annulé et aboli pour toujours. Les trois ans furent changés en sept, et cela par les hommes mêmes que le peuple avait choisis pour ne siéger que trois ans ! Ainsi des hommes nommés par le peuple pour siéger pendant trois ans décidèrent qu'ils siégeraient pendant sept 5 qu'euxmêmes resteraient sept années , et que ceux qui les avaient nommés ne pourraient plus choisir que ceux qui d'après le bon plaisir du roi siégeraient pendant sept ans !

41 5. Nous ne devons pas ici donner un libre cours à notre indignation et à notre juste colère , cela nous serait inutile : nous devons conserver notre calme. Mais rappelons-nous bien que ce n'est pas des catholiques que nous tenons cet acte qui nous a châtié d'une manière si terrible ; ils n'y contribuèrent en aucune manière ; et outre qu'il passa sous la nouvelle dynastie protestante y cet acte , dont on ne trouve rien de semblable dans l'histoire du monde , il fut encore dirigé spécialement contre la religion de nos pères ! Grand Dieu ! que n'a pas souffert la nation ! que n'a-t-elle pas encore à souffrir de cette hostilité ! A peine trouverait-on une seule grande calamité parmi celles qui ont accablé le peuple anglais pendant les trois derniers siècles dont on ne pût facilement trouver la cause dans cette source fatale.

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