INTRODUCTION
Mes Ajîis. Kensington j le 29 novembre iS^^i
I. Il a paru tout récemment un rescrit du roi aux évêques, tendant à inviter leur clergé à faire des quêtes dans les diverses paroisses de l'Angleterre , à l'effet d'encourager V éducation religieuse du peuple. En communiquant à leurs subordonnés les instructions relatives à cet objet , les évêques les engagent à ■verser le produit dé ces quêtes entre les mains d'un certain M*". JosHùAr Watson , de Londres, qui, à ce qu'il paraît,^ est le trésorier de ce nouveau moyen cV éducatioii religieuse , et qui est , ou du moins était n'aguère , marchand de vin et d'eau-de-vie , dans Mincing-lane y F encliurch- Street. Ce même M»".- Watson est également le chef d'une société appelée , " Société pour V encouragement de V instruction Chrétienne^ Dans sa première injonction au clergé de son diocèse , l'évêque actuel de Winchester dit que cette société est " Vin-^
terprète fidèle des vérités évangéliques , et le ferme appui de F Eglise udnglicane y " en conséquence , il recommande fortement , de mettre entre les mains des élèves de ses écoles les ouvrages que cette société publie, et à l'encouragement desquels sont destinés les produits des quêtes ordonnées par autorité du roi.
2. Nous aurons , plus tard , occasion de demander quel est ce clergé qui ayant à dépenser, tant en Angleterre qu'en Irlande , huit millions (sterling) par an, fait un appel à la bourse de ses paroissiens , et les invite à envoyer de l'argent à un marchand de vin , afin de le mettre à même de faire donner une " éducation religieuse''' aux enfans. Sans m'arrêter maintenant sur cet objet, veuillez bien remarquer , mes Amis , que cette société pour l'encouragement de l'instruction chrétienne , ne cesse de mettre au jour des ouvrages dont le but réel est de faire croire au peuple Anglais que la religion Catholique est idolâtre et damnable ; par conséquent qu'un tiers de nos compatriotes sont idolâtres , voués à \dL perdition éternelle , et par suite incapables de jouir des mêmes droits dont nous , Protestans , jouissons. Ces calomniateurs savent très-bien , que cette même religion Catholique fut , pendant neuf siècles, la seule religion connue de nos pères. C'est un fait qu'ils ne peuvent cacher aux gens éclairés , et voilà pourquoi eux , aussi bien que le clergé Protestant, ne cessent d'approuver le chan-
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gement qui eut lieu , il y a environ deux cents ans, et qui est connu sous le nom de "Réforme." 3. Avant d'aller plus avant , entendons-nous bien sur la véritable signification des mots Catholique, Protestant et Réforme. Catholique signifie universel et la religion qui prend cette épitbète , était appelée universelle , parce que tous les peuples cbrétiens de la terre la recormaissaient pour la seule vraie religion , et ne reconnaissaient tous qu'un seul et même clief de r Eglise j or ce chef était le Pape, qui, bien qu'il siégeât ordinairement à Rome , n'en était pas moins le chef de l'Eglise en Angleterre , en France , en Espagne , en un mot , dans toutes les parties du monde où la religion Chrétienne était professée. IMais il vint vin temps où quelques nations , ou plutôt des fractions de quelques nations rejetèrent l'autorité du Pape ; et par suite cessèrent de le reconnaître comme cJief de l'Église chrétienne. Ces nations, ou fractions de nations , se déclarèrent , ou , si l'on veut , pj'otestèrent , contre l'autorité de leur chef primitif, ainsi que contre les doctrines de cette Église qui, jusqu'alors , avait été la seule Église chrétienne , et voilà la raison pour laquelle ils prirent le nom de protestors , ou Protestans, dénomination devenue depuis générique pour tous ceux qui ne sont pas Catholiques. Quant au mot " Réforme," il signifie changement y:)oz/^r le mieux ; et certes , il eut été bien maladroit à ceux qui
4 Réforme Protestante.
ont opéré ce grand changement s'ils n'avaient pu lui trouver vin beau nom,
4. Cependant , mes Amis , un examen franc et sincère nous convaincra facilement que ce chaDgement fut pour le pis , et que ce qu'on appelle " Réforme " fut enfanté par une incontinence brutale, nourri par l'hypocrisie et la perfidie, et cimenté par le pillage, par la dévastation et par des torrens de sang Anglais et Irlandais ; et que , quant aux suites plus éloignées , nous en voyons une partie aujourd'hui, dans cette misère , cette mendicité , ce dénuement , cette famine , ces querelles et cette haine éternelles , qui maintenant nous frappent les yeux et nous assourdissent , à chaque pas que nous fesons ; et qvie la " Réforme " nous a donnés , au lieu de l'abondance , du bonheur , de l'harmonie et de la charité Chrétienne dont jouirent si pleinement, et durant tant de siècles , nos pères Catholiques.
5. N'y eût-il pour faire cet examen d'autre motif que le pur amour de la justice , il serait, je crois, plus que suffisant pour la majorité des Anglais. Mais, abstraction faite de ce motif, il en est un d'une importance pratique , non moins grande que pressante. Un bon tiers de nos compatriotes sont encore aujourd'hui Catholiques; et si nous considérons que les principes de la " Réforme " sont mis en avant comme un motif principal pour les exclure des droits civils , et un prétexte pour les traiter de la manière la plus
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dédaigneuse , la plus cruelle et la plus rancunière ; si nous considérons qu'il n'est pas dans la nature de l'homme de supporter un pareil traitement , sans désirer et sans chercher une occasion de s'en venger; si nous considérons l'attitude formidable des nations étrangères , nos ennemis naturels, et la nécessité d'être tous unis de cœur , afin de conserver l'indépendance de notre pays : si nous considérons combien une pareille union est impossible , tant que ce tierà de nos compatriotes seront tiaités en exilés, par cela seul que, en dépit de deux cents ans d'une persécution inouie, ils sont restés fermes dans la religion de leurs pères et des nôtres; si nous pesons , disons-nous , toutes ces considérations, un examen franc et loyal auquel le seul amour de la justice devrait nous porter, devient pour nous un devoir sacré enveis nous-mêmes, envers nos enfans , envers notre patrie.
6. Si vous voulez me prêter votre attention, je vous démontrerai, dans le cours de cet examen, comment cette chose qu'on appelle " Réforme " commença , et la source d'où elle provint. Je vous prouverai ensuite comment, dans sa marche progressive, elle alla pillant, dévastant, infligeant les tourmens les plus cruels au peuple , et répandant son sang innocent. Je retracerai tout le cours de ses progrès jusqu'à ce que je parvienne à vous faire voir son résultat naturel dans les projets du ministre Malthus ,
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dans le " Oundle-Plan , " recommandé par Lord Russell, dans la misère inexprimable, qui, dans ce moment , règne parmi les classes ouvrières d'Angleterre et d'Irlande , et dans ce système , aussi odieux que détestable, qui a mis les Juifs et les feseurs de papier-monnaie en possession de la plus grande partie des domaines de ce royaume. -y. Mais avant d'entamer cette série de faits et de résultats, je dois vous soumettre quelques observations d'une nature plus générale, et propres à nous faire , tout-au-moins , douter que toutes les déclamations qu'on s'est permises contre la religion Catholique soient bien fondées. Nos oreilles sont si accoutumées à l'entendre bafouer, que nous avons d'abord de la peine à prêter notre attention à tout ce qui peut tendre à sa défense ou à son apologie. Ceux que vous allez voir bientôt en possession des dépouilles de l'Église Catholique , de celles des nobles , des bourgeois et même des pauvres Catholiques, eurent toujours le plus grand intérêt, un intérêt réel à faire croire au peuple que la religion Catholique était ou plutôt est, encore aujourd'hui, un objet fait pour inspirer la plus grande horreur. Dès notre plus tendre enfance, sur les genoux mêmes de nos mères , on nous a appris à considérer un Catholique comme un être pervers, faux, méprisable, cruel et avide de sang. Les mots Papisme et Esclavage nous ont tellement étourdi les oreilles que , soit que nous
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considérions les vertus publiques ou privées d'un Catholique , il ne nous est permis de voir en lui qu'un composé de tout ce qu'il y a de vil et de vicieux.
8. Mais , direz-vous , pourquoi quelques individus, et surtout nos compatriotes, se donneraientils tant de peine pour nous tromper? Pourquoi, depuis tant d'années se seraient-ils donné le soin d'écrire et de publier tant de livres , grands et petits , depuis Vin-folio jusqu'au pamphlet qui se vend pour un sou , pour nous apprendre à nous former une mauvaise opinion de cette religion Catholique ? Mes Amis , voici un exemple qui va résoudre ces questions. Les propriétés immenses de l'Eglise Catholique d'Irlande, dans lesquelles remarquez bien que les pauvres avaient une part , furent enlevées aux Catholiques , et distribuées parmi les évéques et les ministres Protestans. Ceux-ci n'ont jamais pu parvenir à changer la religion de la grande masse du peuple Irlandais, et les évéques et les ministres y jouissent d'immenses revenus, ayant à peine des troupeaux à soigner. Il en faudrait moins pour produire un grand mécontentement parmi ce peuple, pour tenir le pays dans un état de fermentation continuel , pour causer des dépenses énormes à l'Angleterre , enfin pour exposer le royaume entier à un danger imminent en cas de guerre. Maintenant , je vous le demande; si les individus qui jouissent de ces revenus immenses et ceux
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qui tiennent à eux par des liens intimes dans pe pays-ci , ne nous avaient pas fait accroire qu'il y a quelque chose de méchant , de pervers , et d'horrible dans la religion Catholique, n'aurionsnous pas eu raison de leur demander , depuis long-temps , pourquoi ils nous exposent à des dépenses si considérables à l'effet d'avilir cette religion ? Us ne nous ont jamais dit , et ne nous disent jamais , que cette religion Catholique était la seule qui fût connue de nos propres aïeux pendant l'espace de neuf cents ans. S'ils nous l'avaient dit , nous aurions pu leur répondre , que cette religion ne pouvait pas être si mauvaise , et qu'il vaudrait , par conséquent , beaucoup mieux laisser le peuple Irlandais en jouir paisiblement ; que puisqu'il n'y a que très-peu d'ouailles Protestantes, il vaudrait beaucoup mieuî pour nous tous, que les revenus de F Eglise fussent rendus à leurs propriétaires pj'imitifs.
9, Voilà , mes bons Amis , 2)oilà le vrai motif, la source réelle, de ces invectives sanglantes, de ces calomnies atroces dont on s'est plu à accabler et la religion Catholique et ce nombre considérable de nos compatriotes qui restent attachés à cette ancienne croyance. Si vous réfléchissez à la puissance de ce motif, vous cesserez d'être surpris des soins et des peines qu'on s'est donnés pour nous tromper. L'Écriture sainte ellemême a été pervertie pour mieux noircir les Catholiqiies. Dans des livres de toutes les formes,
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du haut de la chaire même , on nous a appris à croire, dès nos plus jeunes ans, que la grande bête , Vhomnie du péché et la prostituée vêtue de pourpre et à^écarlate , mentionnés dans l'Apocalypse , furent des noms que Dieu lui-même donna au Pape; on nous a, dis-je, appris à considérer le culte de l'Eglise Catholique comme idolâtre , et ses doctrines comme damnahles.
lo. Maintenant fesons-nous à nous-mêmes une ou deux questions , ou plutôt adressons-les à ces grands docteurs ; et nous apprécierons bientôt à leur juste valeur la modestie , la sincérité et la stabilité de ces détracteurs de la religion Catholique. Ils n'essayei'ont sans doute pas de nier que cette religion fut la seule et unique religion répandue dans le monde pendant quinze cents ans après la mort de Jésus-Christ. Ils avanceront peut-être que , durant les trois premiers siècles y il n'y eut pas de siège papal à Rome ; mais il avait existé pendant douze cents ans ,• et , durant cet espace de temps toutes les nations de l'Europe et une partie de l'Amérique avaient embrassé le Christianisme , et reconnaissaient le Pape pour leur chef dans toutes les matières religieuses ; en un mot , il n'existait à\iutre Éghse Chrétienne sur la surface de l'univers , disons mieux , on n'avait pas même songé à au- Gvine autre. Pourrions-nous donc croire que le Christ , qui mourut pour sauver les pécheurs , qui propagea son évangile comme un moyen
lo Réforme Protestante.
de salut , eût souffert que les hommes ne connussent , durant un si long espace de temps , d'autre religion (iu\\ne fai^sse religion Chrétienne ? Ces modestes aggresseurs de la foi de nos ancêtres et des leurs oseront-ils affirmer que , pendant l'espace de douze cents ans, au moins, il n'existât aucun vrai Chrétien dans le monde ? Nous diront-ils que Jésus-Christ, qui avait promis d'être avec les Apôtres de sa doctrine jusqu'à la fin des siècles , les aurait abandonnés entièrement et aurait souffert que des centaines de millions d'hommes fussent conduits à leur perdition éternelle par celui que ses disciples inspirés avaient nommé l'homme du pécher et la prostituée vêtue de pourpre et d'écarlate ? Oseront-ils nous dire que, pendant douze siècles, le Christ avait entièrement abandonné les hommes à V^ntéchrist ? Cependant ils le doivent ; oui , ils doivent maintenir hardiment ce blasphème impudent, ou s'avouer coupables de la plus noire calomnie contre la religion Catholique.
II. Mais parlons maintenant xle ce qui s'est passé chez nous et nous touche de près. Nos ancêtres devinrent Chrétiens environ six cents ans après la mort de Jésus-Chiist. Et comment le devinrent-ils? Quel fut le premier homme qui, parmi nous , prononça le nom de Christ ? Qui convertit les Anglais de païens en Chrétiens? Quelque Saint Protestant, sans doute, brûlant d'enthousiasme , inspiré par une victoire telle que
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celle de Skibbereen? Ah, non! Cette œuvre fut commencée, continuée, et accomplie par les Papes; un desquels envoya dans ce pays des moines ( dont nous aurons à parler plus bas ) qui s'établiient à Cantorbury , et par les ellbrts de ceux-ci la religion Chrétienne se répandit aussi rapidement que la graine de moutarde dans toute l'étendue de notie île. Quelles que fussent, donc, les notions que les autres parties de l'univers pouvaient avoir du Christianisme , avant que le Pape ne devînt le chef établi et reconnu de rEglise , V Angleterre y du moins , n'avait jamais connu d'autre religion Chrétienne que celle dont le Pape était le chef; et cette religion, avec le Pape à sa tète , prédomina exclusivement en Angleterre pendant neuf cents ans.
12. Quoi, donc : nos doux précepteurs nous diront-ils encore que ce fût la prostituée vêtue cïécarlate et V Antéchrist qui introduisirent les bienfaits de l'Evangile en Angleterre ? Dirontils aussi que les millions et les centaines de millions d'iVnglais qui moururent pendant ies neuf cents ans, expirèrent sans avoir la moindre chance de salut ? Nous diront-ils , que tous nos aïeux auxquels nous devons l'érection de nos églises , et dont la chair et les os forment la terre de nos cimetières, à plusieurs pieds de profondeur, poussent maintenant des hurlemens dans les régions infernales ? La nature frémit à cette idée aussi impie qu'horrible! Tel doit être, néanmoins, le
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langage de ces hommes présomptueux , s'ils ne \eulent se reconnaître pour de vils calomniateurs, lorsqu'ils traitent le Pape d' ^4ntéchrist , lorsqu'ils appellent le culte Catholique idolâtre et ses doctrines damnahles.
i3. Venant maintenant à l'époque où nous vivons nous-mêmes et jetant les yeux autour de nous , nous verrons que , de nos jours , aujourd'hui même , à-peu-près les neuf dixièmes de ceux qui professent le Christianisme sont Catholiques. Jésus-Christ aurait-il donc souffert que l'Antéchrist régnât paisihlement jusqu'à ce jour? Jesus-Christ a-t-il formé l'église Protestante? A-t-il suggéré la " Réforme " ? Souffre-t-il donc , après lout, que les disciples de l'Antéchrist dépassent le iiomhre de ses propres disciples dans la proportion de neuf à un? Combien, sous ce point de vue, le clergé de notre église Protestante établie par la loi, ne doit-il pas s'estimer heureux ! Son troupeau , d'après un calcul raisonnable , ne comporte pas la cinq-centième partie des Catholiques, tandis que, remarquez bien ceci, son clergé perçoit plus de revenus , à lui seul , non-seulement que le clergé de toutes les nations Catlioliques ; mais même que les clergés de tout les peuples Chrétiens de la terre, Protestans ou Catholiques. L'Eglise prend le titre d'établie par la loi , et elle n'oublie jamais cette formule. Elle s'appelle " sainte y " " divine ; " elle traite ses ministres de " répérends j " et son culte et ses
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doctrines sont réputés évangéliques. Elle parle beaucoup de sa confiance en l'appui de son ^^fondateur " ( c'est ainsi qu'elle nomme Jésus-Glirist ), mais, en déduisant ses titres et ses qualités, elle n'oublie jamais la conclusion , " établie par la loi. " Cependant cette même " loi " est par fois forcée de recourir aux baïonnettes pour être mise en vigueur; et il n'est pas rare de voir les ministres de la religion, devenus juges-de-paix ^ en vertu de la loi, se mettre à la têle dC un piquet de soldats , pour pouvoir recueillir la dixme, i4- Pour revenir à notre sujet, devons-nous donc croire que le Christ a jusqu'à ce jour entièrement livré les neuf dixièmes des nations de l'Europe au pouvoir de " l'Antéchrist ? " Devons-nous croire , que si cette religion , " établie par la loi ^ " a été celle du Cliiist , et la Catholique celle de 1' " Antéchrist : " si cette religion, établie par la loi, notre " sainte religion, " comme George Rose l'appelait au mo nient même oii il mettait ses griffes au fond de nos poches ; si cette rehgion établie par la loi , cette " sainte religion " de Jolm Bowles , le commissaire Hollandais-, si les choses avaient été ainsi, devons-nous croire, que cette religion établie par la loi, cette " sainte religion " ( dont nous voyons les fruits dans ces dignes rejetons de l'Eglise, La Chrétienté Vitale et Jocelyn Roden ) ne compterait, au bout de deux cents ans qu'z/TZ seul membre contre environ cinq cents ( en y com-
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prenant tout le monde chrétien ) de celte église contre laquelle l'église " légale " a protesté , et proteste encore aujourd'hui ?
1 5. Méprisons donc, mes Amis, ces injures grossières contre la religion Catholique qui , après tout , est la religion de près des neuf dixièmes des Chrétiens qui existent ! Méprisons ces viles calomnies dont le but est, et a toujours été de s'assurer la paisible possession des dépouilles de l'Église Catholique, ainsi que de celles des -pauvres ; car nous allons voir bientôt , de la ma- ]iière la plus claire, comment les pauvres furent dépouillés en même temps que l'Église.
i6. Il nous reste maintenant à citer un ou deux exemples de l'invariabilité de ces détracleurs de l'Église et de la croyance Catholiques, Nous verrons par la suite comment les Protestans, dès le principe de leur réforme, se divisèrent en un nombre infini de sectes , dont chacune d'elles condamnait l'autre aux flammes éternelles. Je ne ])arlerai ici que de VEglise anglicane , vulgairement appelée, établie par la loi. Nous qui fesons partie de cette Église Protestante , nous croyons , ou , du moins nous fesons profession de croire, que le Nouveau Testament, tel qu'il est imprimé et distribué parmi nous , contient la vraie parole de Dieu : qu'il contient les paroles de la vie éternelle, qu'il nous indique le moyen , l'unique moyen de nous sauver de la damnation éternelle. Voilà ce que nous croyons.
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Mais qui nous a procuré ce Nouveau Testament? Qui nous a fourni cette vraie parole de Dieu? De qui tenons-nous ces paroles de la vie éternelle? Allons, Joshua Watson, marchand de vin et d'eau-de-vie, professeur de religion pour le peuple Anglais : allons, donc, Joshua, approchez et tâchez de résoudre ces questions? Ce sont des questions d'une grande importance, parce que si c'est là le livre , le seul livre qui contienne les instructions nécessaires au salut de notre âme, il est évident que nous sommes vivement intéressés à savoir de qui il nous vient , par l'entremise de qui nous l'avons reçu, et quelle preuve nous avons de son authenticité.
17. 0! Joshua Watson! marchand de vin et d'eau-de-vie! toi qui es à la tête d'une Société pour V encouragement de Vinstruction Chrétienne , que l'évêque de Winchester appelle le " fidèle interprète de la vérité évangélique , et le ferme appui de l'église établie par la loi. '* O ! Joshua, professeur de religion pour le peuple d'Angleterre , qui paie six ou huit millions sterling par an aux ministres qui t'emploient pour enseigner le peuple. O! Joshua, qu'il est révoltant pour nous , Protestans , d'avoir reçu ce Nouveau Testament, cette vraie -parole de Dieu, ces paroles de la vie éternelle , ce livre qui nous indique le moyen , le seul moyen de salut; qu'il est révoltant, dis-je , d'avoir reçu ce livre du Pape et de l'Eglise Catholique , tandis
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que vous, Joshua, et votre société pour l'en-' eouragement de l'instruction Chrétienne vous vous occupez à imprimer et à répandre au moins dixsept-traités différens dans le but de prouver que le Pape est la prostituée de Bahylone et que le culte de l'Eglise Catholique est idolâtre et ses doctrines damnables !
i8. Après la mort de Jésus-Christ il s'écoula un long espace de temps, avant que l'Evangile fut mis sous la forme qu'il a maintenant. On le prêcha dans plusieurs pays , et l'on bâtit des éghses dans ces mêmes pays, long-temps avant (jue l'Evangile écrit fût bien connu, ou, du moins, longtemps avant qu'il servît de guide aux églises Chrétiennes. Au bout de cjuaire cejits ans j les Evangiles écrits furent soumis à un concile de l'Eglise Catholique dont le Pape était le chef. Mais il existait plusieurs Evangiles outre ceux de St. Matthieu, de St. Marc, de St. Luc et de St. JeakÎ Plusieurs autres avaient écrit des Evangiles. Tous ces Evangiles furent, comme je l'ai dit , soumis à un concile Catholique longtemps après la mort de leurs auteurs; et ce concile décida entre ceux qui étaient légitimes, et ceux qui ne l'étaient pas. Il préserva ceux des quatre Evangélistes ci- dessus mentionnés et décida que ceux-là seuls méritaient d'être conservés , et qu'il fallait rejeter tous les autres.
ig. D'après cela, la Société de Joshua JJ^atson se trouve sans évangile j sans aucune autre pa-
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role de Dieu ; sans aucun guide à la vie élei uelle 5 ou , du moins , sans aucun autre que celui que cette Société , ainsi que nous tous , avons reçu d'une Eglise que cette même Société appelle " idolâtre '^ et dont le chef est traité de *' bête j d'homme du jjéché , de prostituée aux habits de couleur écarlate , et d' ^dntéchrist.'''* Nous nous réduisons donc à un joli état en ajoutant foi à ces viles calomnies contre l'Eglise Catholique ; nous nous réduisons à un joli état , si nous sommes assez simples et assez stupides , pour prêter l'oreille à ceux qui noircissent cette même Église, parce qu'ils se repaissent de ses dépouilles. Nous tombons dans une jolie situation, si en écoutant ceux qui calomnient l'Église Catholique , nous proclamons à la face de l'univers que notre seul espoir de salut gît dans les promesses contenues dans un livre, que nous avons reçu " de la Prostituée aux habits d' écarlate , " et dont Tauthenticité ne nous est garantie que par cette " Prostituée aux habits d' écarlate ^'' et par cette Église , dont le culte est " idolâtre " et dont les doctrines sont " damnables " !
20. Ceci paraît assez complet , et cependant ceci , qui s'applique à tous les proteslans , n'est pas assez d'inconséquence , pour satisfaire l'Église anglicane, établie par la loi. Cette Église a une lithurgie prise en grande partie du service Catholique ; mais il y a deux credos y celui de Nicée et celui d'^éihanase. Le premier fut composé
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et promvilgué par un concile de l'Église Calliolique et par le Pape ; et le second fat adopté et ordonné pour l'usage des fidèles par un autre concile de la même Église auquel présidait le Pape. N'y a-t-il donc pas de l'impudeur dans un ministre de cette Eglise , établie par la loi , à traiter le Pape '■^ d'Antéchrist ^'' et d'appeler l'Eglise Catholique " idolâtre " î Sans doute , la plus grande ; mais nous ne voyons pas même encore l'inconséquence la plus manifeste de tout ceci.
21. Un Calendrier est annexé au Livre de PRIÈRES de notre Église établie par la loi\ et, dans ce Calendrier , on voit certains noms de Saints et de Saintes accolés à divers jours de l'année , pour rappeler leurs anniversaires , et inviter le peuple à les chômer très-religieusement. Or quels sont ces Saijits et ces Saintes ? Des Saints Protestans , sans doute ? Non , certainement , pas un. Ce n'est ni St. Luther , ni St. Cranmer , ni St. Edouard six , ni même " la Vierge" Ste. Elisabeth. Pas un d'eux. C'est une longue liste de Papes , d'Évêques Catholiques , d'hommes et de femmes canonisés par l'Eglise Catholique. Plusieurs vierges, mais ni " la Vier- GE-reine ," ni un seul individu de la race Protestante. Ceci paraît singulier, au premier abord, puisque ce Calendrier fut sanctionné par Acte du Parlement; mais la vérité est que, pour empêcher le peuple de se mutiner , et pour intro-
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duire par degrés la nouvelle religion dans sou sein, il fallut conserver quelques-uns des noms pour lesquels il avait toujours eu la plus grande vénération. Quoiqu'il en soit , voilà notre Livre de Prières qui offre à notre respect et à notre vénération une série de Papes et d'autres individus appartenans à l'Eglise Catholique , tandis que ceux qui nous apprennent à lire et à répéter le contenu de ce môme Livre de Prières, ne cessent de nous représenter tous les Papes comme des ^^ ^ntéchrists ,''^ et de nous affirmer que leur Eglise était , et est encore " idolâtre " dans son culte , et " damnable " dans ses doctrines !
22. J'ai entendu dire que M*". Bayley, l'un des douze grands-juges actuels, a fait un Cornmentaire sur notre Livre Ordinaire de Prières, J'aimerais bien à savoir ce que ce juge dit en voyant ces saints Catholiques portés exclusivement sur le Calendrier Protestant. Nous ferons voir , lorsqu'il en sera temps , de quelle singulière manière ce Livre de Prières fut d'abord fait, et comment il a été refondu à différentes époques. En attendant, il existe, encore aujourd'hui, avec la nomenclature des Saints Catholiques, annexée au Calendrier, ce qui prouve, que jusqu'à Charles II, sous le règne duquel le dernier changement fut fait, aucun Saint Protestant n'avait .encore pris la place des Saints Catholiques.
23. Mais il est encore un dilemme à opposer à ces détracteurs de la religion Catholique. Nous
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jurons sur le livre des quatre Evangelistes , et faites bien attention que nous tenons ce livre du Pape et d'un concile de l'Eglise Catholique ; en sorte que si le Pape est réellement " ^nté christ,^' c'est-à-dire, si ceux qui nous ont appris à injurier et à abhorrer les Catholiques , ne sont pas les êtres les plus faux , les plus pervers qui aient jamais existé , nous jurons sur un livre qui nous a été transmis par V " ^4ntéchristP Et , comme si l'inconséquence et l'absurdité qui résultent de cette calomnie Protestante ne devaient pas avoir de fin, nous jurons que la Chrétienté i\m.^ suivant les juges eux-mêmes , est " une partie et une fraction de la loi du pays " n'est autre chose que ce que nous apprend ce même Nouveau Testament; donc , si vous mettez de côté ce INouveau Testament , il ne reste plus vestige de cette partie et de cette fraction de la loi. Quelle devient alors notre situation? Quel rôle joueront ceUe partie et cette fraction de la loi du pays à l'égard d'une douzaine d'individus incarcérés pour l'avoir enfreinte? Quel rôle joueront cette partie et cette fraction si nous applaudissons les injures et les mensonges des détracteurs de l'Eghse Catholique ? Quel rôle joueront cette " partie et cette fraction j " si nous adoptons les maximes de nos maîtres , ou bien celles de la Société de Joshua Watson , ou bien enfin , si nous écoutons tous les braillards du pays , et si nous disons avec eux que le Pape ( de qui nous tenons
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cette partie et cette fraction ) est " V ^nté- . christ et la Prostituée vêtue de pourpre et (Fécarlate ? "
34. En voilà sûrement assez , ou plutôt plus qu'il n'en faut , pour nous faire "vivement regretter d'avoir été si long-temps les dupes de ces rusés et avides détracteurs de la religion de nos pères. Vit-on jamais en effet des êtres plus présomptueux, plus faux, plusinconséquens, et plus déhontés que ceux dont nous venons de tracer l'esquisse? Si nous ouvrons les yeux, et si nous approfondissons ce sujet, nous serons étonnés et honteux de notre crédulité, surtout en songeant que la plus grande partie d'entre nous se sont laissé égarer par des êtres qui ne possédaient pas la dixième partie de notre intelligence; par un tas d'hommes vils et ambitieux , mais infatigables y qui ne perdent jamais de vue leur butin, et qui, chaque jour, chaque année, cornent sans cesse leurs mensonges aux oreilles du peuple , dès sa plus tendre jeunesse , jusqu'à ce qu'il s'habitue à les avaler comme des paroles d'Evangile. Encore si ces mensonges n'avaient pas eu de suites y on aurait pu en rire, comme tout homme de bon sens rit du vieux conte que le dernier roi a rendu les juges indépendans de la couronne. Malheureusement, les résultats de ces impostures ont été terribles. Au moyen de ces grands mensonges Protestans , les Catholiques et les Protestans ont été maintenus dans
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un état continuel d'ijostilité ; et les uns et les autres, surtout les premiers, ont été, sous un prétexte ou autre, impunément opprimés et saccagés pendant plusieurs siècles.
25. Après avoir démontré que la censure répandue sur la religion de nos ancêtres est, nonseulement injuste, mais absurde et monstrueuse; après avoir prouvé qu'il n'y avait aucun motif fondé y pour convertir la religion d'Angleterre de Catholique en Protestante; après avoir exposé enfin toutes les calomnies d'une poignée d'hommes aussi vils que cupides , et préparé l'esprit de tout homme sensé et impartial pour l'examen franc et loyal dont j'ai parlé dans le paragraphe 4 > je vais aborder cet examen et prouver, en premier lieu, comment la " Réforme , " ainsi qu'on l'appelle , fut engendrée par une incontinence brutale. 11 me reste néanmoins encore un sujet à traiter dans ce premier numéro de mou opuscule.
sG. La vérité a , sous le rapport dont il s'agit fait de grands progrès en Angleterre, depuis une douzaine d'années. Les hommes ne se laissent plus entraîner par le cri de '^ ^ bas le Papisme, '' et celui de ^^ rEglise est en danger. " Le Ministre Hày , de Manchester , le Ministre Dent, de Northallerton , et plusieurs autres de la même trempe répandus dans tout le pays , ont beaucoup fait pour nous éclairer. Le Ministre MoRRiTT, de Skibbereen, a aussi beaucoup
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coiilribuc à celle œuvre de lumières. Il ne tàut pas non plus oublier le Très-Révérend Père en Dieu , Protestant , qui nous a cerlainenient plus ouvert les yeux qu'aucun autre évêque que je sache ; ensorte qu'il n'est lien moins que rare aujourd'hui d'entendre des Protestans déclarer hautement que, quant à ce qui concerne la fol y la morale et le salut, la religion Calhoii({ue est suffisamment bonne. Il existe même parmi le peuple Anglais une foule d'individus qui ne se font pas scrupule de déclarer ouvertement que les Catholiques ont été cruellement maltraités , et qu'il est tenjps enfin qu'on leur rende justice.
27. Malgré ces notions exactes , il ne règne pas moins parmi les Protestans, en général, une opinion que la religion Catholique est peu favorable à la liberté civile , ainsi qu'à l'exercice des talens et aux progrès du génie. A l'égard du premier point, j'aurai occasion de prouver y dans le cours de cet ouvrage , par l'expérience affligeante de ce pays , qu'un manque total de liberté civile fut inconnu en Angleterre , tant que la religion Catholique y prédomina. Je prouverai en outre ({uc , du moment où elle perdit la protection du Pape , ses rois et ses nobles devinrent d'horribles tyrans, et le peuple le plus abject, le plus maltraité des esclaves. C'est, encore une fois, ce que ]e prouverai , en temps et lieu , et je vous prie de vous souvenir, mes
^4 Réforme Protestante.
amis, que j'en prends l'engagement envers vous. 28. Passons maintenant au second reproche qu'on fait à la religion Catholique ; savoir , qu'elle est peu favorable à l' exercice des talens et aux progrès du génie. Non-seulement je vais prouver que ce reproche est mal fondé , mais même absurde et ridicule. Je vous ferai seulement remarquer auparavant qu'il provient de la même source que tous ceux qu'on a faits aux Catho^ liques. " Ignorance et superstition des moines '' sont des mots que vous trouvez dans tous les historiens Protestans, depuis le règne de la "Vierge" Elisabeth jusqu'à ce jour. Ils sont devenus avec le temps une espèce de diction vulgaire^ comme le sont les mots " glorieuse révolution /^ " heu-^ reuse constitution ^ '' " bon vieux roi , " " V envie des nations voisines , '^ et autres semblables. Mais toute fausse que puisse être cette notion^ comme je le prouverai bientôt, il a toujoua's existé un motif suffisant pour l'inculquer danè l'esprit du peuple. Blackstone , par exemple , dans ses Commentaires sur les Lois d'Angleterre, ne laisse jamais échapper une occasion de se moquer " de V ignorance , et de la superstition des moines. ^' Blackstone n'était pas bête. En écrivant ses Commentaires , et en les lisant aux étudians d'Oxford , il savait qu'il vivait des dépouilles de l'Eglise Catholique , des dépouilles des nobles , et même des dépouilles des pauvres Catholiques. C'est ce qu'il n'ignorait pas. Il n'i-
Lettre I , Introduction. aS
gnorait pas aussi que si chacun eût eu son dû y, il ne se serait pas engraissé là où il était. Il savait fort bien aussi que ceux qui assistaient à ses leçons, connaissaient aussi bien que lui la nature des dépouilles dont il faisait son profit. Toutes ces considérations suffisaient, pour l'engager à vomir des invectives contre l'Eglise Catholique, et à afibcter de voir avec mépris le règne passé du Catholicisme. 29. Aucun peuple de la terre n'a surpassé les hommes influens ( gentry ) de la " Réforme'^ en impudeur froide , calme et tranquille. Blacks- TONE, lui-même, semble avoir hérité, en ligne directe , de cette qualité précieuse de quelque pillard des autels du règne de ce doux , de ce jeune Saint Protestant, Edouard-six. Si Blackstone n'avait réellement pas eu les dépouilles des Catholiques sur la conscience , il n'aurait pas oublié que toutes les institutions dont il fait un si bel éloge, la grande charte , le jury , les sheriffs, Xo.'à juges de paix , les constables y et tant d'autres prirent naissance dans les jours "de l'igiiorance et de la superstition des moines. ^' Si les dépouilles de l'Eglise Catholique n'avaient pas tourné la tète à Blackstone, ce grand commentateur n'aurait pas oublié que Fortescue et Lyttleton, le plus célèbre de nos avocats, naquirent, furent élevés et moururent dans les jours " de la superstition et de \ignorance des moines. '' Mais ce même Blackstone pouvait-il ignorer que la maison qu'il habitait, au moment
26 Rkforme Protestante.
même qu'il traçait ses invectives contre nos ancêtres Catholiques , avait été construite par ces mêmes ancêtres? En jetant les yeux sur ces nobles édifices qui, en dépit du temps, qui détruit tout, attestent encore aujourd'hui ce que furent nos aïeux , ne sentait-il pas qu'il n'était qu'un pigmée auprès de ceux dont il avait l'impudeur de ravaler le mérite?
3o. Lorsque nous entendons un Juif, un Orangiste , un ministre juge-de-paix , ou Jocelyn le Saint , parler " de l'ignorance et de la superstition des moines, " nous détournons la tête avec mépris; mais Blackstone doit être traité d'une tout autre manière. Ce fut à Oxford qu'il composa ses Commentaires , et qu'il en fit la lecture à ses élèves. Or il savait bien que les fondeniens des principaux collèges et de l'université elle-même avaient été jetés et perfectionnés, nonseulement dans le temps des 77ioines , mais en grande partie par les moines eux-mêmes. 11 savait bien que les Abbayes étaient des écoles pubhques dans chacune desquelles se trouvaient une ou plusieurs personnes , uniquement occupées " de Véducation de la jeunesse du voisinage , sans aucuns frais quelconques pour les parens. '' Il savait que " chacun des grands mo- *' nastêres avait une résidence particulière dans " les universités , et tandis qu'à l'époque des " moines, il y avait près de trois cents col- " LÉGES et écoles particulières à Oxford ,
Lettre t , Introduction. S'j
" il n'en restait pas plus de huit Vers le mi- " lieu du i7<= siècle, " ( \. la vie du Cardinal Pole par Philipps, Part. I, p. 220 ) c'est-à-dire, environ 100 ans après que la " Réforme " eut commencé. Cette année, 1824, il reste, dit-on, CINQ collèges seulement, ei pas une seule école. 3i. J'aurai ailleurs occasion de démontrer plus amplement la folie , ou plutôt la bassesse de tourner en ridicule les institutions monastiques en général ; je me bornerai seulement , pour le moment , à repousser le reprocbe qu'on fait à la religion Catholique d'être peu favorable au génie y aux talens y en un mot , à \ exercice des facultés intellectuelles. C'est une notion bien étrange , et l'on ne peut en entendre parler sans soupçonner qu'il y a d'une manière ou d'autre , quelque idée de pillage dans ce qui ne paraît d'abord que stupide. Ceux qui ont l'insigne impudeur de lui faire ce reproche ne nous font pas la grâce de nous donner des raisons pour croire que la religion Catholique a réellement une tendance semblable. Ils se contentent de le mettre en avant , ne supposant pas même qu'il y ait le moindre moyen de le réfuter. Ils le considèrent comme une assertion opposée à une assertion ; et , dans une discussion où la victoire reste à celui qui erre le plus fort , ils se croient parfaitement certains de triompher. Cependant c'est une question qui admet une preuve , et même une preuve assez forte. La " Réforme "
^8 Réforme Protestante.
fat à-peu-près terminée en Angleterre , vers l'an 1600. A cette époque " V ignorance et la superstition des moines " avaient entièrement disparu. Les monastères étaient déjà à-peu-près abattus ; les sujets du jeune Saint-Edouard avaient dépouillé les autels, et la " Vierge "-reine avait mis le comble au pillage ; ensorte que , en l'an 1600 , tout était devenu Protestant à souhait. Fort bien. IjC royaume de France , au contraire, était resté enseveli dans " la superstition et l'ignorance des moines^'' jusqu'à l'année 1787; c'està-dire, 187 ans après que V heureuse Albion eut vu la lumière éclatante du Protestantisme. Maintenant, si nous examinons attentivement quel fut le nombre d'hommes remarquables par leur génie , leurs talens et leur science ; si nous comparons avec soin le nombre des hommes de ce genre produits par la France dans ces 1 87 ans et le nombre produit par l'Angleterre j l'Ecosse , et V Irlande , durant le même espace de temps , nous aurons , à coup sûr , d'assez bonnes raisons pour apprécier les effets des deux religions par rapport à leur influence sur l'instruction, le génie et ce qu'on appelle les sciences en général.
32. " Oh ! non , " s'écrient les fauteurs de " la " Réforme ", " ( fire-shovels ) la France est *' beaucoup plus gi^ande et plus peuplée que " nos trois royaumes réunis ; ainsi la partie n'est " pas égale. " Ne vous alarmez pas , Messieurs les ( fire-shovels. ) D'après votre propre compte ,
Lettre I , Introduction. 29
notre royaume-uni contient vingt-et-un millions d'iiabitans, et la France en compte trente. Je vous passe donc un tiers pour la différence ; et si , après cette déduction , la France ne compte pas trois hommes célèbres contre nous deux , alors je serai forcé d'avouer que l'Eglise établie par la loi a\ec sa famille de Muggletoniens , de Caméroniens, de Sauteurs, de Trembleurs, de Quakers et de tout le reste de la clique Protestante, est plus favorable à la science et au génie que l'Eglise Catholique. 33. Mais comment constater le nombre des uns et des autres ? A merveille. Je me référerai à un ouvrage qui se trouve dans toutes les bonnes bibliothèques du royaume; je veux dire, le "Dictionnaire Universel, Historique, Critique, ET Bibliographique. " Ce livre qui est considéré partout comme fesant autorité, quant aux faits , contient des listes d'individus de toutes les nations, célèbres par les ouvrages qu'ils ont publiés j et tout le monde sait que pour figurer sur ces listes, il a fallu avoir réellement un mérite distingué , et que leurs ouvrages doivent avoir été dignes de l'attention publique. C'est donc d'après ces listes que j'établirai mon calcul, ainsi que je l'ai déjà proposé. Il ne sera pas même nécessaire de parcourir tous les genres de sciences et d'arts. Huit ou neuf suffiront. Peut-être même ferai-je bien d'y comprendre les Italiens aussi bien que les Français ; car nous savons tous qu'ils vivaient dans un état dégoûtant " ^ignorance
3o Réforme Protestante.
et de superstition monacales ; " que dis-je? Que les pauvres malheureux y vivent, encore aujourd'hui, sans avoir été dépouillés de leurs biens. 34- Voici donc cet état. Remarquez seulement que les chiffres représentent le nombre d'hommes ou femmes qui se sont distingués dans le genre de science ou d'art qui est mentionné en face de ces chiffres. Cet état date de l'an 1600 et va jusqu'à 1787*, il embrasse par conséquent un espace de 187 ans, durant lequel ( pour me servir de l'expression du jeune George Rosi: ) la pauvre France gémit sous ^' le despotisme obscur de r Eglise Catholique^ ^' que B lackstone, de son côté appelle " Ignorance et superstition monacales , '' et pendant lequel temps les lies Britanniques furent éclairées par \q foyer des lumières, émanées du cerveau de Luther, de Cranmer, de Knox et de leurs sectateurs. Voici cet état.
Angleterre , Irlande, Ecosse. France. Ilulic.
Publicistcs 6 5i 9
Mathématiciens 17 52 , 1 5
Médecins et Chirurgiens . . i3 72 21
Naturalistes 6 33 11
Historiens 21 1 39 22
Auteurs Dramatiques 19 6(3 6
Grammairiens 7 4^ ^
Poètes 38 157 34
Peintres , , 5 64 44
Lettre I , Introduction. 3i
35. Celte échelle est la même qu'un modeste écrivain Ecossais citait dernièrement , lorsqu'il disait que, dans toute l'Europe, les Protestans sont placés plus haut que les Catholiques dans V Echelle de V entendement , et que les Catholiques qui avoisinent les Protestans , sont beaucoup plus intelligens que ceux qui en sont à quelque distance. Voilà vraiment un échantillon de l'insolence de cette secte parvenue. Pour la confondre , il sullit de jeter les yeux sur Vétat qui jirécède. Défalquez un tiers du nombre des Français à cause de leur population supérieure, et il leur restera encore 4^1 hommes ou femmes célèbres contre 182 des nôtres; en sorte que, individu pour individu , ils ont eu trois fois et demie plus d'intelligence et d'esprit que nous , bien qu'ils aient été ensevelis, pendant tout ce temps-là , dans " Vignorance et la superstition des moines , '' et qu'ils n'aient pas eu de voisins Protestans pour leur communiquer \intelligence. Les Italiens , eux-mêmes , nous ont surpassés sous le rapport de V intelligence ; car leur population est inférieure à celle dont nous nous enorgueillissons, et cependant le nombre de leurs hommes de génie excède de beaucoup le nôtie. Mais, ne me trompé-je pas? Peut-être que par le mot intelligence, notre Ecossais entend l'art de faire , non pas des livres et des tableaux , mais des mandats , des lettres-de-change y des obligations, des billets de F Echiquier , des bank-
32 Réforme Protestante.
notes inimiiahles y et autres choses semblables. Ne voudrait-il pas dire par hasard, \ait de spéculer sur les emprunts, F agiotage , les polices d'assurance, les annuités à lo pour cent ( Jcite- Jljing ) et tant d'autres transactions intellectuelles du Change-udlley ', sans oublier surtout les efforts surnaturels d'esprit , tels que ceux des Aslett et des. Fauntleroy. Alors , certes , je suis forcé d'avouer qu'il a raison. Les Protestans en effet occupent un rang distingué d'après cette Echelle. Je serais même porté à croire qu'il est presque impossible pour un Catholique de vivre dans leur voisinage , sans devenir plus intellectuel ; je veux dire, plus fripon, plus judaïque que s'il en était très-éloigué.
36. Voilà, mes Amis, voilà. Anglais justes et sensés , la fin de cette lettre introductoire. Je vous ai ouvert les yeux sur la manière grossière dont nous avons été trompés , dès noire plus tendre jeunesse. Je vous ai démontré non-seulement l'injustice, mais même l'absurdité des invectives que des hommes intéressés à nous tromper ont entassées sur la religion de nos pères qui étaient aussi les leurs. Je vous en ai dit assez, pour vous convaincre qu'il n'y avait évidemment aucun motif juste et plausible pour changer la religion de notre pays. J'aurai probablement fait naître en vous le désir de savoir de quelle manière cet étrange changement s'est opéré , et je ferai tous mes efforts pour le satisfaire dans mes let-
Lettre I , Introduction. 33
très subséquentes. Remarquez seulement que mon objet principal est de vous prouver que ce cbangement a appaupri et dégradé la masse du peuple comparativement à l'état où elle se trouvait avant qu'il n'eût lieu ; qu'il a entièrement banni de notre sol cette vieille hospitalité anglaise, qu'on n'y connaît plus que de nom ; et qu'en place de cette hospitalité, il nous a plongé dans un état de misère et de pauvreté, dont le nom même avait été jusqu'alors inconnu en Angleterre.
34 Réforme Protestante-.
N.o IL
LETTRE n.
Origine de l'Eglise Catholique.
Histoire de l'Eglise , en Angleterre , jusqu'à
l'époque de la " Réforme. " Commencement de la " Réforme" par Henri VIIL
Mes Amis, Kensington, le 3o décembre i8r?4-
S'y. Ce ne fut pas une réforme qu'on opéra ; mais une dévastation complète de l'Angleterre : à l'époque où cet événement eut lieu, ce pays était le plus heureux que le monde eût encore vu ; et mon objet principal est de prouver que cette dévastation a appauvri et dégradé la masse du peuple. Mais, pour vous présenter cette dévastation sous le vrai point de vue qui la caractérise , et vous inspirer contre les dévastateurs et leurs apologistes le juste degré d'indignation qu'ils méritent , il faut d'abord vous mettre sous les yeux le tableau fidèle des objets sur lesquels ils exercèrent leurs fureurs dévastatrices.
38. La majeure partie de ces livres qu'on publie , sous le titre d^ Histoire d' Angleterre , ne valent guère mieux que ceux qu'on appelle Romans, Ils traitent de batailles , de négociations ,
Lettre II. 35
d'intrigues de cour, des amours des rois, des reines et des nobles. Ils contiennent les commérages et le scandale des anciens temps , et se bornent à-peu-près à cela. Il y a des histoires d'Angleterre, telles que celle du Dr. Goldsmith, à Vusage de la jeunesse ; mais après les avoir lues , les jeunes gens n'en sont guère plus instruits qu'auparavant. Pour être d'une utilité grande et réelle, l'histoire doit nous apprendre comment les lois , les usages et les institutions se formèrent , les causes qui les firent naître , ^ effet qu'ils produisirent sur le peuple ^ de quelle manière enfin ils contribuèrent au bonheur public y or , voilà précisément ce à quoi la plupart de ces hommes , qui prennent le titre d'historiens , n'ajoutent aucune espèce d'importance.
39. Nous ne comprenons jamais si bien la nature et les parties constituantes d'une chose , que lorsque nous l'avons faite nous-mêmes ; si nous ne l'avons pas faite , il faut l'avoir vu faire ; mais si nous ne pouvons nous procurer aucun de ces deux avantages, nous devons, du moins, s'il est possible, chercher à en connaître la description et l'origine. Je vous entretiendrai d'abord de l'Église Catholique en général ; ensuite de l'Église en Angleterre; et, sous ce chef, je comprendrai les paroisses, les monastères, les dixmes et autres revenus de l'Église. Il est donc essentiel que je vous explique comment l'Église Catholique prit naissance , et comment les Églises, les monastères, les dixmes
36 Réfor:vîe Protestante.
et les autres revenus de l'Église furent établis en Angleterre. Lorsque vous serez imbus de ces notions , vous concevrez parfaitement bien quels furent les objets sur lesquels se porta la dévastatîon d'Henri VIII , et des hommes de la " Réforme." Je suis même persuadé que , après avoir lu ce Numéro de mon opuscule , vous en saurez plus toucliant votre pays que vous n'en avez jamais appris , ou que vous n'en apprendrez jamais par la lecture de quelques centaines de ces livres volumineux qu'on appelle " Histoire d'Angleterre."
40. L'Église Catholique tire son origine de Jésus-Christ lui-même. Il mit Pierre à la téie de son Eglise. Le nom de cet Apôtre était Simon; mais son ]\Iaître l'appela Pierre , qui signifie un rocher j \\r\e pierre , et il dit : " sur cette pierre , je bâtirai mon Eglise " ( Voy. l'Evangile de St. Matthieu XVI. i8, 19, et celui de St. Jean XXI. 1 5 et suivans. ) Vous y verrez qu'il faut ou nier la vérité des Saintes Ecritures, ou avouer que Jésus-Christ lui-même promit un chef de l'Eglise à toutes les générations à venir.
41. St. Pierre mourut martyr à Rome, environ 60 ans après la naissance de Jésus-Christ ; mais il fut remplacé par un autre , et il est de la dernière évidence que la chaîne de succession n'a pas été rompue , depuis cette époque jusqu'à ce jour. Lorsque dans le paragraphe 10 , j'ai dit qu'on pouvait m'ol^jecter qu'il n'y eut pas de
Lettre U. 37
Pape sur le siège de Rome pendant les trois premiers siècles , je n'ai jamais entendu admettre ce fait-, j'ai seulement voulu aller au devant d'un prétexte qui , dans tous les cas , ne saurait s'appliquer à l'Angleterre , car ce roya.ume fut converti ou rendu Chrétien par des missionnaires envoyés par un Pape , successeurs d'autres Papes, qui avaient déjà siégé à Rome pendant plusieurs siècles. La vérité est que, d'après les persécutions , que l'Eglise eut à souffrir pendant les trois premiers siècles , les Chefs-Évêques , successeurs de St. Pierre , n'eurent pes toujours les moyens de maintenir ouvertement leur suprématie ; mais ils n'en existèrent pas moins sans interruption. Il y eut constamment un Chef- Èvêque y et sa suprématie fut toujours reconnue par l'Église , c'est-à-dire par tous les Chrétiens qui existaient alors dans le monde.
42. Plus tard , le Chef-Évêque a été appelé dans notre langue Pope, et en français Pape. En Latin, il est appelé Papa, qui est une union al)régée des deux mots Latins Pater Patrum ^ ce qui signifie Père des Pères. De là est dérivé le nom de Papa , que les enfans de toutes les nations Chrétiennes donnent à leurs pères , et qui dénote le plus haut respect et l'affection la plus tendre , la plus sincère. Jâîinsi donc , chaque Pape, en montant successivement sur le siège, devint le chef de l'Église , et son pouvoir et son autorité suprêmes furent reconnus , ainsi que je
38 Réforme Protestante.
l'ai remarqué dans le paragraphe 3 , par tous les évêques , et par tous les prédicateurs chrétiens de toutes les nations chez lesquelles cette religion existait. Le Pape était, et est encore assisté par un corps , dont les membres prennent le titre de Cardinaux ou Grands Conseillers; et, à diverses et nombreuses époques , il a été tenu des Conciles de l'Église, à l'effet de discuter et régler des affaires du plus haut intérêt pour l'unité et le bien-être de l'Église. Il a été tenu de ees Conciles dans tous les pays de la Chrétienté; plusieurs même en Angleterre. Les Papes eux-mêmes ont été indifféremment élus parmi des hommes de toutes les nations Chrétiennes. Le Pape Adrien IV était Anglais , et le fils d'un pauvre laboureur. Il fut d'abord servant dans un monastère ; on l'y éleva , et il devint moine. Par la suite , il se rendit célèbre par sa science , ses talens et sa piété , et finit par devenir le Chef de l'Église.
43. La Papauté ou dignité du Pape, ne cessa pas d'exister à travers les grandes et nombreuses révolutions des royaumes et des empires. L'Empire Romain qui , au commencement de l'ère Chrétienne , était au faite de la gloire , et s'étendait sur presque toute l'Europe et une partie de l'Asie et de l'Afrique , tomba en lambeaux , mais la Papauté resta ferme et inébranlable ; et à l'époque où la dévastation , communément appelée la " Réforme " d'Angleterre commença ,
Lettre II, So
il avait déjà existé , pendant quinze siècles , environ deux cent soixante Papes, qui se succédèrent sans la moindre interruption.
44» L'histoire de l'Église cV^4ngleterre jusqu'au temps de la " Réforme " , est un sujet de la plus haute importance pour nous. Un coup d'oeil, la seule esquisse des principaux faits sullira pour démontrer la fausseté , l'injustice et l'ingratitude de ceux qui ont cherché à avihr l'Église Catholique , ses Papes , ses Moines et ses Prêtres. Quelques écrivains , appuyés par de bonnes autorités, ont présumé que la Religion Chrétienne fut introduite partiellement en Angleterre dès le second siècle après la naissance de Jésus- Christ. Mais ce qu'il y a de certain , c'est qu'elle y fut introduite avec le plus grand succès , en 596, c'est-à-dire, 928 ans avant que Henri VIII eût commencé à la détruire.
45. A l'époque où cette religion y fut introduite , l'Angleterre était sous la domination de sept rois, et cet état était appelé Heptarchie. Tous les habitans étaient PAÏENS. Oui, mes Amis, nos ancêtres étaient PAÏENS. Ils adoraient des dieux faits de leurs propres mains, et sacrifiaient des enfans sur les autels de leurs idoles. L'Angleterre se trouvait dans cet état, lorsque le Pape d'alors, Grégoire I, y envoya quarante moines , avec le moine Austin ou Augustin à leur tête , prêcher l'Evangile aux Anglais. Jetez les yeux sur le Calendrier de notre Livre Ordinaire
4o Réforme Protestante.
de Prières , et vous y verrez le nom de Grégoire LE Grand, sous la date du 12 mars, et celui d'AuGusTiN , sous celle du 26 Mai. Il est probable que c'est à la première de ces époques que le Pape donna ses ordres à Augustin, et que c'est à la dernière qu'Augustin débarqua dans le Comté de Kent; peut-être aussi ces deux jourslà sont-ils les anniversaires de la naissance de ces deux grands bienfaiteurs de l'Angleterre.
j^6. Maintenant veuillez bien vous rappeler que ce grand événement eut lieu en 596. Les auteurs Protestans ont été étrangement embarrassés pour prouver f\yxe, jusqu'à cette époque, ou à-peu-près, l'Église Catholique ïwijmre , et marcha sur les traces des Apôtres ; mais que , depuis lors, cette même Église devint corrompue. Ils louent le caractère , ils approuvent les actes du Pape Grégoire ; ils en font de même à l'égard d'Augustin; ils n'ont pu, par honte, omettre leurs noms dans le Calendrier, et cependant ils s'efforcent de prouver qu'il n'y eut pas de Religion Chrétienne 7;///-^^ du moment où le Pape en devint le chef visible et reconnu , et fut en possession de l'autorité suprême. On a de la peine à en trouver deux qui soient d'accord sur ce point. Quelques-uns disent que ce fut 3oo, d'autres 400 , d'autres 5oo , d'autres enfin 600 ans auparavant, que l'Église Catholique cessa d'être la vraie Église du Christ. Toutefois aucun d'eux ne nie, ou plutôt n'essaie de nier, que ce fut
Lettre II. 4*
la religion Catholique , telle qu'on la professait* à Rome i que ce fut réellement la religion Catholique Romaine qui fut introduite en Angleterre, en 596, avec tous ses dogmes, ses rites, ses cérémonies et ses pratiques religieuses, tels qu'ils continuèrent d'exister j usqu'à l'époque de la " Réforme " et qu'ils existent dans cette Église même au jour où nous sommes. Il suit évidemment de là que si l'Eglise Catholique était corrompue à l'époque de la " Réforme ", ou est corrompue aujourd'hui ; si elle est radicalement mauvaise aujourd'hui , elle devait nécessairement l'être en 596; vient ensuite la conséquence, non moins horrihle qu'impie , mentionnée dans le paragraphe 12 que " Tous nos pères qui construisirent „ d'abord nos églises, et dont la chair et les os ,, forment la terre, à plusieurs pieds de profon- „ deur dans nos cimetières, poussent maintenant „ des hurlemens affreux dans les régions des „ damnés. "
47. " On connaît l'arbre par son fruit. ^^ Ne perdez pas de vue que ce fut la foi Catholique telle qu'on la professe aujourd'hui , qui fut introduite en Angleterre par Grégoire le Grand; et bien pénétrés de ces faits , examinons quels furent les ejjets de cette introduction ; voyons comment cette croyance prit racine en dépit des guerres, des invasions, des tyrannies et des révolutions qui eurent lieu.