A son arrivée en Angleterre, St. Aug us
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tin s'adressa au roi Saxon , dans les États duquel le Comté actuel de Kent était situé. Il obtint la permission de prêclier au peuple , et son succès fut aussi grand qu'immédiat. Il convertit le roi lui-même qui le prit en grande faveur , ainsi que ses frères , et leur fournit des habitations et tout ce dont ils avaient besoin , à Cantorbery. St. Augustin et ses frères , étant moines, vivaient en commun; et, de cette habitation commune, ils se répandaient dans l'intérieur du pays, pour y prêcher l'Évangile. Comme leur communauté diminuait par le décès des membres , on en ordonna de nouveaux pour les remplacer, et, par la suite même, leur nombre augmenta considérablement. On bâtit une Église à Cantorbery, et St. Augustin en devint naturellement l'Éveque ou Chef-Prêtre. D'autres Évêques lui succédèrent. A mesure que le Christianisme fesait des progrès dans l'île, d'autres communautés, semblables à celle de Cantorbery , se formèrent dans d'autres villes, telles que Londres, Winchester, Excester, Worcester, Norvsdch, York, et plusieurs autres où il existe maintenant des Cathédrales ou des Évêchés. De là provinrent dans la suite ces édifices nobles et majestueux , dont nous nous enorgueillissons , comme étant l'ouvrage de Jios aïeux ^ tandis que, d'une part , nous sommes assez fous , assez injustes et assez inconséquens , pour flétrir la mémoire de ces mêmes aïeux et de les taxer d'ignorance , de su-
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perstition et d'idolâtrie, et que, de l'autre, nous déployons notre petitesse d'esprit , en défigurant et en dégradant ces nobles édifices par cette multiplicité de monumens puérils qui , neuf fois sur dix , ne sont que le produit de la vanité et de la corruption.
49. A cette époque , le clergé subsistait au nioyen des offrandes ou dons volontaires, et quelquefois par la dixjne que les propriétaires des terres payaient eux-mêmes, ou fesaient payer par leurs tenanciers, bien qu'il n'y eût aucune obligation générale de payer la dixme que long-temps après l'arrivée de St. Augustin. Le Clergé vécut pendant bien des années dans cet état de communauté. Par la suite , à mesure que les propriétaires des terres embrassaient le Christianisnie , ils voulurent avoir des prêtres établis près (Feux , et toujours sur les lieux , prêts à célébrer les saints mystères de leur religion. Les propriétaires des terres étaient alors en petit nond^re; c'est pourquoi , ils firent construire des églises sur leurs domaines , et , en général , tout près de leurs babilations, pour leur bien et celui de leurs vassaux et de leurs tenancieis. Voilà pourquoi nous voyons aujourd'bui même, en beaucoup d'endroits , des églises de campagne qui tiennent à la maison du seigneur ( gentleman ). En construisant une église ils bâtissaient aussi une maison pour le prêtre , c'est ce qu'on appelle aujourd'hui la maisoji près bjtéralc {i^av&onn^e )>
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Quelquefois même on y joignait un champ , ou un pré, ou tous les deux, à l'usage du prêtre; c'est ce qu'on nommait sa glèbe ^ mot qui, dans son sens littéral , signifie la terre de dessus qui est tournée par la charrue. Conformément à l'usage établi dans les autres pays chrétiens , les propriétaires des terres fesaient donation aux églises du dixième du produit de leurs domaines.
5o. Telle est l'origine des paroisses. Paroisse signifie juridiction du clergé , de même que le territoire d'une ville signifie la juridiction de cette ville; de sorte que le domaine du seigneur devint alors paroisse. Il se réserva le droit de nommer le pasteur, ou curé, lorsque son poste devenait vacant; mais il ne pouvait le déplacer, après qu'il avait été nommé; la dotation entière devenait la propriété de l'Eglise, et était indépendante de son autorité. Ce ne fut que longtemps après , deux siècles , et peut être plus , que cette coutume devint une loi permanence dans toute l'étendue du royaume; mais elle finit par le devenir. Ce ne fut pourtant pas sans être soumise à certaines conditions importantes, que l'Église fut mise en possession de ces propriétés considérables ; or , c'est précisément sur ces conditions qu'il nous convient à nous , aujourd'hui, de porter une attention particulière; car nous sentons , maintenant plus que jamais, le manque d'exécution de ces conditions.
5i. Il n'a jamais pu exister un état de société.
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c'est-à-dire un état de choses sous lequel un monopole de propriétés foncières fut reconnu et sanctionné par la loi. Un tel état n'a jamais pu exister, sans que les propriétaires des terres fussent obligés àe preiidre soin des indigens et les empêcher de mourir de faim. Les propriétaires des terres en Angleterre prenaient soin de leurs vassaux et des individus qui étaient sous leur dépendance. Mais lorsque le Christianisme, dont la base principale est la charité, fut établi dans le royaume, le clergé fut spécialement chargé de prendre soin des indigens. Au premier abord , il paraît monstrueux , qu'on eût donné une maison , une petite métairie , et la dixième partie du produit d'un domaine considérable à un prêtre qui ne pouvait avoir de femme et , par conséquent , point d' enfans. Mais le fait est que les dotations avaient un autre but, outre celui de l'entretien du clergé. Le produit du bénéfice devait être employé de la manière suivante : " Les prêtres recevront la " dixme du peuple, et tiendront un compte exact " de toutes les sommes qui seront versées dans " leurs mains ; ensuite ils en feront la distribu- " tion en présence de tels individus qui crain- " dront Dieu, conformément à l'autorité cano- " nique. Ils consacreront la première partie aux " réparations et aux ornemens de l'église ; ils " distribueront la seconde de leurs propres mains, " avec miséricorde et humilité , parmi les pau- " vres et les étrangers , et ils réserveront la
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" troisième pour leurs propres besoins. " Tels furent les ordres d'un évêque d'York dans un mandement qu'il publia. On adopta des réglemens un peu dillérens , à diverses époques et sous divers évêques -, mais il y eut constamment deux quarts , au moins , du produit annuel du bénéfice réservé pour les indigens et pour les réparations , ainsi que pour les ornemens de l'église.
52. Ainsi le soulagement des pauvres devint un des grands devoirs et des premières coutume3 de l'Eglise. Avant son établissement, les propriétaires des terres étaient chargés de remplir ce devoir. Ils devaient nécessairement l'être ; car , ainsi que Blakstone l'observe , " l'indigent a le " droit de demander à la partie la plus opulente ** de la communauté de quoi fournir à ses be- *' soins j c'est un droit dicté par les principes " de la société. " Cette tâche ne pouvait être confiée à des hommes plus convenables que le clergé ; car , en remplissant ses devoirs envers Dieu , il accomplissait l'œuvre de charité , il donnait à manger à ceux qui avaient faim , et des "vêtemens à ceux qui étaient nuds ; il soignait ceux qui n'étaient pas en santé, consolait la veuve et était l'appui de l'orphelin. De cette manière, la main sûre, charitable et impartiale d'un homme dont la résidence était fixe , d'un célibataire qui était chargé d'administrer des secours corporels et spirituels aux pauvres , aux malheureux et
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aux étrangers , fut substituée à la disposition inceitaiiie , à la charité précaire et capricieuse des riches.
53. Nous verrons bientôt dans quelle condition les pauvres étaient placés; nous verrons comment toutes les classes ouvrières lurent appauvries et dégradées , du moment où la dixme et les autres revenus de l'Eglise furent transférés à un clergé Protestant et marié ; et nous aurons en même temps occasion de voir , dans tout son jour , la barbarie inouie avec laquelle le peuple Irlandais fut traité à cette époque \ mais je n'ai pas encore parlé d'une grande branche ou partie constituante de l'Eglise Catholique , je veux dire , des monastères , qui présentent un sujet plein d'intérêt et digne de notre plus grande attention. Les traits les plus malins, les plus empoisonnés, distillés par la malice des écrivains protestans sont toujours choisis, lorsqu'ils entreprennent de tourner en ridicule les Moines, les Religieux mendians et les Nonnes. Nous avons vu Blackstone parler de " Vignorance et de la superstition des moines^ '' et nous entendons, tous les jours, des ministres et des évêques Protestans tourner en ridicule ce qu'ils appellent la Moinerie, parler de bourdons dans les monastères , avilir enfin toutes ces anciennes institutions , comme faites pour dégrader la nature humaine-, et à toutes ces invectives se joignent celles de trente ou quarante sectes métisses dont les
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trompettes bruyantes sont placées à chaque coin du royaume.
54- Lorsque j'aurai à parler des moyens dont on se servit pour voler , dévaster , et détruire les monastères en Angleterre, je ferai voir combien sont injustes , viles et déloyales , j'ajouterai même sottes , les railleries qu'on se permet contre les moines. Je ferai voir sous combien de rapports différens ils furent très-utiles à la communauté ; je démontrerai même combien ils ont opéré en faveur des classes ouvrières et pauvres du peuple. Mais, ici, je me contenterai de tracer, aussi succinctement qu'il me sera possible , l'origine et la nature de ces institutions , de faire voir à quel point elles s'étendirent en Angleterre. 55. Monastère signifie un lieu où résident des Moines , et le mot moine vient d'un mot grec qui signifie une personne isolée ou une personne qui vit dans la solitude. Il y avait des moines , des religieux mendians , et des nonnes. Le mot frère vient du mot \diûv\ frater , en Anglais brother , et le mot nonne , en Français , signifie une sœur en religion , une vierge séparée du monde. Les hommes ou femmes qui composaient une de ces communautés religieuses, s'appelaient couinent ; quelquefois même on donnait ce nom aux bâtimens et aux enclos dans lesquels résidait la communauté. La résidence des moines s'appelait monastère ; celle des nonnes un couvent de religieuses. Gomme , néanmoins , nous n'a-
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vons pas à traiter ici de la différence qui pouvait exister dans les rcglemens , les ordres et les coutumes des personnes qui appartenaient à ces institutions, je les comprendrai tous sous le nom de monastères.
56. Quelques-unes de ces maisons étaient appelées ahhayes ^ d'autres , des prieurés. Il suffira de dire qu'il n'y avait d'autre différence entre elles, si non que les premières étaient d'un j^aiig supérieur aux dernières et qu'elles jouissaient de privilèges d'un grand prix. Une abbaye avait à sa tète un abbé ^ ou une abhesse ^ un prieuré, un prieur , ou une prieure. Il y avait aussi plusieurs ORDRES de moines , de religieux y et de nonnes ; et ces ORDRES avaient différens régiemens pour leur gouvernement intérieur et leur genre de vie \ ils étaient aussi distingués par leur habillement. Au reste , nous n'avons guère que faire ici de ces distinctions; car nous verrons bientôt tous ces corps enveloppés dans une dévastation commune.
57. Les individus attachés à un monastère vivaient en commun ,♦ ils vivaient sous un seul et même toit. Ils ne pouvaient posséder aucune propriété individuellement. En entrant dans les murs du monastère , ils renonçaient entièrement au monde et faisaient un vœu solennel de célibat; ils ne pouvaient rien léguer par testament ; chacun d'eux n'avait qu'une simple jouissance viagère , et rien de plus , dans les revenus qui ap-
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partenaient à la communauté. Quelques-uns des moines et des religieux étaient en même temps prêtres ; mais pas tous ; et la principale occupation de la communauté était de dire des messes , de réciter des prières , et de faire des actes d' hospitalité et de charité.
58. Des individus s'isolèrent entièrement du monde et commencèrent par adopter ce genre de vie; ils vivaient dans une solitude complète, passaient les jours entiers à prier , et se vouaient entièrement au service de Dieu. On donnait à ceux-ci le nom d'hermites ; et leur conduite leur attirait le plus grand respect. Par la suite , ces liermites , ou d'autres hommes qui avaient la même vocation , se formèrent en sociétés , convinrent de vivre sous le même toit et de tout posséder en commun. Les femmes en firent autant \ et de là provinrent ces lieux appelés monastères. La piété, l'austérité et surtout les oeuvres de bienveillance et de charité exercées par ces individus les rendaient des objets d'une grande vénération ; et , par la suite , ils devinrent les intermédiaires de la bienfesance des riches envers les pauvres. Des rois, des reines, des princes, des princesses , des nobles et des seigneurs fondèrent des monastères; c'est-à-dire qu'ils bâtirent des édifices et leur assignèrent des terres pour leur entretien. D'autres , soit pour expier leurs péchés , soit par quelque autre mouvement de piété , donnèrent , pendant leur vie , ou à leur
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lit de mort, des terres, des maisons, ou de l'argent aux monastères déjà érigés. De telle manière que, par la suite du temps, les monastères devinrent propriétaires de domaines considérables. Ils étaient seigneurs d'innombrables fiefs et avaient des tenemens d'une étendue prodigieuse , surtout en Angleterre , oii les ordres monastiques furent toujours en grande vénération , parce que ce fut une communauté de moines qui introduisit le Christianisme dans le royaume.
59. Pour vous donner l'idée la plus exacte que je pourrai de ce qu'était un monastère, je vais vous faire une description , aussi fidèle que ma mémoire le permettra , d'un édifice de ce genre que je vis en France, en 1792, immédiatement après que les moines en fuient expulsés , et au moment où il allait être mis en vente. Sa circonférence close d'un mur de 20 pieds de haut, était d'environ huit acres anglais. C'était un carré oblong. A l'extrémité d'un des côtés, était un grand portail avec un passage pour les voitures et des portes-cochères aussi élevées que les murs, au milieu desquelles était une petite porte pour l'entrée et la sortie des piétons. Le grand portail donnait entrée à une cour spacieuse , proprement pavée. D'un côté, et à l'extrémité de cette cour, étaient la cuisine , les logemens pour les domestiques , un réfectoire pour eux , pour les étrangers et pour les pauvres, des écuries, des remises et divers autres bàtimens. De l'autre côté de
la cour 5 se trouvait une porte qui nous conduisit dans les logemens des moines. Il y avait ici un terrain carré d'environ un demi-arpent qui servait de cimetière. Sur les quatre côtés de ce carré était un cloître , dont le toit , du côté du cimetière , était supporté par des piliers , et sur le derrière, par un bâtiment peu élevé, qui fesait le tour des quatre façades. Dans ce bâtiment se trouvaient les dortoirs ou chambres à coucher des moines. Chaque moine avait deux pièces , une qui lui servait de chambre à coucher , et l'autre de cabinet. Dans la chambre de derrière était une porte qui donnait dans un petit jardin d'environ 3o pieds de largeur sur 4o de longueur. A l'un des côtés du cloître , on voyait une seconde porte qui donnait entrée au réfectoire où se trouvait un pupitre , du haut duquel un moine fesait la lecture pendant que les autres mangeaient en silence , conformément aux réglemens des CHARTREUX auxquels ce couvent appartenait. De l'autre côté du cloître , une porte donnait dans un jardin potager parfaitement bien tenu , et dans lequel on voyait une quantité d'arbres fruitiers. Enfin dans le quatrième côté du cloître était une autre porte qui conduisait à l'église , laquelle, quoique petite, était une des plus jolies que j'aie jamais vues. Je crois que, d'après leurs statuts , les moines ne pouvaient jamais sortir de leur couvent. Les gens de la campagne parlaient de ces moines avec le plus grand respect , et
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regrettaient vivement leur peile. Ils avaient des propriétés considérables , et fournissaient entièrement aux besoins des pauvres, à plusieurs milles à la ronde.
60. L'Angleterre était peut-être le pays de l'Europe où de semblables institutions étaient les plus communes , et plus ricliement dotées que partout ailleurs. L'un dans l'autre , il y avait plus de vingt établissemens de ce genre dans chaque comté. Nous en verrons bientôt le nombre exact. C'était donc là une riche proie pour un tyran cruel et injuste , et à laquelle les Messieurs de la " Réforme " pouvaient espérer d'avoir une bonne part. Il y avait de quoi engager les voleurs en grand à jeter les hauts cris contre " r ignorance et la superstitioji des moines. " Il ne faut donc pas s'étonner si le cœur des Granmer, des Knox et de toute leur clique métisse, était mu de compassion en jetant leurs chastes yeux sur toutes les fermes , sur tous les fiefs et sur tous les ornemens d'or et d'argent qui appartenaient à ces communautés. Nous verrons bientôt avec quelle joie ils les renversèrent, les pillèrent et les détruisirent. Nous verrons comment ils saccagèrent , sous les plus vils prétextes , jusqu'aux autels des églises paroissiales, jusqu'aux plus insignifiantes de ces églises, que dis-je? jusqu'à la valeur de cinq schellings. Mais nous devons d'abord peser les motifs qui engagèrent le tyran Henri VIII à mettre en mouvement leurs moyens dévastateurs.
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6 1 . Ce roi succéda à son père , Henri Vil , en l'an i Sog. Il eut en partage un royaume grand et prospère, des trésors considérables, un peuple heureux et satisfait , qui s'attendait à trouver en lui la sagesse de son j^ère , exempte de l'avarice qui semblait avoir été le seul défaut de l'auteur de ses jours. Henri était âgé de i8 ans lorsque son père mourut. Henri VIII avait eu un frère aîné, nommé Arthur qui, dès l'âge de douze ans , avait été fiancé à Catherine , quatrième fille de Ferdinand, roi de Castille et d'Aragon. Lorsque Arthur eut atteint l'âge de qua^ iorze ans , la Princesse vint en Angleterre , et l'on célébra le mariage; mais Arthur, étant trèsjeune, faible et maladif, mourut avant la fin de l'année; et le mariage ne fut jamais consommé. Et , en effet , qui pourrait croire qu'il le fût ? Henri voulut épouser Catherine, et les parens respectifs donnèrent leur consentement à ce jnariage ; mais il n'eut pas lieu avant la mort de Henri VU. Aussitôt que le jeune roi fut monté sur le trône , il prit des mesures pour se marier. Catherine étant, bien que nominalement, la veuve de son frère, il fallut obtenir du Pape, comme chef de l'Église , une dispense qui rendit le mariage valide aux yeux de la loi canonique. Comme il n'y avait aucun obstacle légal à la dispense , on l'obtint facilement et le mariage fut célébré, à la grande joie de la nation entière, dans le mois de Juin 1609, c'est-à-dire, moins
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de deux mois après l'avènement du roi au trône.
62. Henri vécut dix-sept ans avec cette princesse qui était belle dans sa jeunesse, et qui possédait des vertus supérieures de tous les genres ; il en eut trois fds et deux filles. Un seul de ces cinq enfans survécut. Ce fut Marie , qui devint ensuite reine d'Angleterre. Au bout de 17 ans de mariage , le roi n'en ayant que 35 et la reine 43 , ce monarque jeta son dévolu sur une dame d'honneur de son épouse, appelée Anne Boylen, et feignit de croire tout-à-coup qu'il vivait dans le péché y parce qu'il avait épousé la veuve de son frère , bien que, comme on l'a déjà vu, le mariage n'eût jamais été consommé ; que les parens des deux parties eussent donné leur consentement à ce mariage ; que le conseil du roi lui-même l'eût approuvé d'une voix unanime ; que le Pape, comme chef de l'Église, l'eût sanctionné , et qu'enfin les cérémonies et les pratiques religieuses , dont Henri lui-même avait été le zélé défenseur depuis son mariage , eussent été régulièrement observées.
63. Mais les passions du tyran avaient été soulevées , et il résolut de satisfaire son incontinence brutale y au prix de sa réputation, et quoiqu'il en pût coûter d'or ou de sang. Il adressa d'abord au Pape sa demande en divorce. Le Pape l'aimait beaucoup, il était très-puissant et il appuya sa demande de plusieurs autres motifs également forts y mais cette demande était pleine
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d'injustice; et il eut été si cruel envers une reine si vertueuse de l'accorder , que le Pape ne put et ne voulut jamais y consentir. Dans l'espoir néanmoins que le tyran se relâcherait avec le temps , le chef de l'Eglise ordonna que son légat et Wolsey tinssent une Cour en Angleterre, pour y entendre et résoudre la question. La reine no voulut pas s'abaisser au point de paraître devant cette Cour ; et le légat l'ayant dissoute , renvoya la décision de la question au Pape , qui refusa de nouveau son consentement au divorce. Le tyran devint alors furieux; il résolut d'abbattre la puissance du Pape en Angleterre , de se constituer , lui-même , chef de l'Eglise , et de faire tout ce qui d'adleurs pourrait être nécessaire pour se livrer sans frein à sa concupiscence brutale , et assouvir sa vengeance.
64. En se faisant chef suprême de l'Église , Henri VllI se rendit maître de tous les biens qu'elle possédait , sans en excepter ceux des monastères , parce qu'il avait à ses ordres l'épée et la potence. Ses conseillers et ses courtisans en pressentirent les suites ; et comme on découvrit bientôt qu'une confiscation en masse allait avoir lieu , le parlement ne fut pas en arrière pour seconder ses desseins , parce que chacun de ses membres espérait participer au pillage. Le premier pas fut de faire des actes tendans à ôter au Pape tout pouvoir et toute autorité sur l'Église , et à donner au roi toute autorité quel-
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conque en malières ecclésiastiques. Son conseiller et son instigateur principal fut Thomas Cran MER, homme digne d'une exécration éternelle, et dont nous ne saurions prononcer le nom sans douter, pour ainsi dire, de la justice divine, si nous ne savions pour certain que ce scélérat, aussi perfide qu'impie, expira au milieu des flammes qu'il avait tant contribué à allumer.
65. Le tyran étant maintenant devenu Pape et Roi, nomma Cran mer à Y .Archevêché de Cantorhery qui venait d'être vacant; et ce vil instrument de la volonté royale dévint par conséquent chef-juge dans toutes les aflaires ecclésiastiques. Mais il se présenta un obstacle. Le tyran professait encore la religion Catholique; et, le nouvel archevêque devant être consacré d'après les formes pontificales , se voyait forcé par cela même de jurer obéissance au Pape. Ceci donna lieu à un arrangement qui nous fera voir , d'un seul trait, de quelle trempe étaient Messieurs les fauteurs de la " Réforme. " Avant de se présenter à l'autel pour être consacré, Cranmer passa dans une chapelle qI jura sur l'autel que, par le serment qu'il allait prêter et qu'il était en effet obligé de prêter pour la forme y il n'avait réellement pas l'intention de s'obliger à faire quoique ce fut qui pût tendre à empêcher le roi de faire telles '^'^ réformes '' qu'il jugerait utiles à l'Église d'Angleterre. J'ai connu jadis un fripon du pays de Galles , qui ayant prêté sciem-
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ment un faux serment ( ainsi qu'il Vapoua en particulier , devant un comité d'élection de la chambre des Communes ) fut interrogé sur le motif qui avait pu le décider à rendre un pareil témoignage? Il donna pour raison " qu'avant de sortir de chez lui dans la matinée , il avait fait serment de se parjurer dans le courant du jour. " Il est probable que cet honnête homme était imbu des principes de ce même Archevêque , qui aujourd'hui occupe le plus haut rang dans le livre mensonger du menteur Fox sur les Martyrs Protestans.
ÇiÇ). Le monarque , s'étant pourvu d'un juge si célèbre en matières ecclésiastiques , ne perdit pas de temps à lui soumettre la position pénible où il se trouvait et à lui demander justice. Il était dur et pénible en effet d'être forcé de vivre avec une épouse de quarante-trois ans , quant pour la peine seulement de le demander , il pouvait en avoir une de dix-huit à vingt. Le cas était vraiment dur et il était naturel que le roi cherchât du soulagement y avec tout l'empressement possible maintenant qu'il avait un juge si droit eiû impartial. Ce que je vais rapporter maintenant de la conduite de cet Archevêque etdes autres individus impli([ués dans cette affaire, suffirait pour nous faire frémir d'horreur , pour nous soulever le cœur de dégoût , pour nous faire tomber ce papier des mains et nous détourner d'aller plus loin. Il ne faut pourtant pas céder à ces sentimens, si nous
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désirons connaître la vraie historié de la " Réforme " Protestante. Nous devons conserver notre sang-froid ; nous devons raisonner d'après l'impulsion ordinaire ; nous devons, en un mot, imposer silence à la nature pour un moment ; car , du commencement jusqu'à la fin , nous ne verrons rien qui ne soit fait pour nous remplir d'horreur et de dégoût.
67. Il y avait déjà quatre ou cinq ans que le roi et Cran MER ruminaient le projet du dii^orce ; mais, en attendant, le monarque avait entretenu Anne Boylen, ou, pour me servir d'une locution moderne , elle avait été " sous sa protection " pendant environ trois ans. Maintenant permettez que je vous fasse remarquer que le Dr. Bayley, dans sa vie de l'Evêque Fisher, assure en termes précis qu'ANNE Boylen était la propre tille de Henri VIII , et que Lady Boylen, sa mère , dit au roi , au moment où il était sur le point de l'épouser. " Sire , pour l'amour de Dieu , prenez " garde à ce que vous faites en épousant ma " iille ; car , si vous faites un retour sur votre " conscience , vous vous souviendrez qu'elle est " aussi bien votre propice fille que la mienne." A quoi le roi répondit , " N'importe de qui elle „ soit la fille, elle n'en sera pas moins ma femme." Pour ce qui me concerne , je déclare que \'a~ joute foi à ce fait, mais je ne le donne pas comme une vérité incontestable. Lorsque je le trouve consigné dans les écrits d'un homme qui était,
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avec raison , le panégyriste de l'excellent évêque FiSHER , lequel se voua à la mort pour défendre courageusement la cause de la Reine Catherine, j'ai lieu de le croire; mais, encore une fois , je ne le donne pas , comme les autres faits que je rapporte , pour une vérité incontestable. Dieu sait , d'ailleurs , combien il est inutile de rendre ces hommes plus noirs qu'ils ne sont dépeints par les historiens protestans euxmêmes, lors même qu'ils nous rappellent dans des termes favorables leurs horribles actions.
68. Il y avait trois ans que le roi avait Anne '■'■ sous sa protection, " lorsqu'elle devint enceinte pour la première fois. Il était donc pleinement temps " d'en faire une honnête femme. ^' Un mariage secret eut lieu en i533. Comme sa grossesse ne pouvait plus être cachée , il fallut aussi avouer le mariage. C'est pourquoi on pressa le •procès du divorce -, car il aurait paru singulier y même aux hommes de la " Réforme " de voir le roi vivre dans la bigamie. Ce fut donc alors que le fameux juge ecclésiastique, Cranmer, eut à commencer à jouer son rôle ; et , si son hypocrisie ne fit pas rougir le diable , c'est que le diable n'était par doué de la faculté de rougir ( blushing faculties ). Dans le mois d'avril i533 , Cranmer écrivit une lettre au roi, le suppliant au nom de la Nation et pour le salut de son âme , de lui accorder la permission de juger la question du divorce , en lui représentant le danger
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de vivre plus long-temps dans un " état d'f/zceste. ^^ Incomparable , étonnante hypocrisie ! Cranmer savait , et le roi savait que Cranmer savait ; et Cranmer savait que le roi savait que Cranmer savait, que Henri VIII, avait épousé Anne, trois mois auparavant y et qu'elle était enceinte à l'époque où il l'avait épousée.
69. Le roi condescendit , açec grâce , a suivre cet avis spirituel de son pieux primat , et fut si inquiet du salut de son ame royale que, en sa qualité de chef de l'Eglise, il accorda, sans délai , au père spirituel CRANJMER qui , contre le vœu qu'il avait fait en entrant dans les ordres ecclésiastiques , avait en particulier une femme à lui ^ le roi, dis-je , accorda à ce père spirituel la permission de tenir une Cour ecclésiastique, pour y décider la question du divorce. La Reine Catherine, qui avait reçu ordre de ne plus paraître à la cour, résidait à cette époque à Ampthill, dans le Bedfordshire, à peu de distance de Dunstable. C'est dans ce dernier lieu que Cranmer ouvrit sa cour , d'où il somma la Reine de paraî-re devant lui , mais elle traita sa sommation avec le mépiis qu'elle méritait. Lorsque sa Cour eut resté ouverte le nombre de jours requis par la loi , il prononça sa sentence contre la Reine , par laquelle il déclara son mariage avec le roi nul dès le principe. Après avoir prononcé cette sentence , il ferma sa cour burlesque. Nous le verrons faire
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d'autres petits traits de ce genre , mais c'est ainsi qu'il termina son premier coup d'essai.
•yo. Le résultat de ce procès , d'après la décision de cet incomparable juge , fut communiqué au Roi par cet étrange hypocrite qui le supplia , gravement , de se soumettre at^ec 7'ésignation à la volonté de Dieu que lui avait fait connaître la décision de la cour spirituelle , après avoir agi conformément aux lois de la sainte Église. Ce monarque pieux et soumis se résigna, en effet, et alors Granmer tint une autre cour à Lambeth, dans laquelle il déclara que le Roi avait été légalement marié à Anne BoYLEN, et qu'il confirmait le mariage, en verlu de son autorité pastorale et juridique qu'il tenait des successeurs des apôtres. Nous verrons bientôt ce même Archevêque exercer la même autorité , pour déclarer ce second mariage nul et comme non avenu dès le principe , et prêter son assistance pour en rendre le fruit illégitime. Nous suivrons maintenant M"^®. Anne Boylen, que les écrivains Protestans s'efforcent de blanchir , jusqu'à ce que nous soyons parvenus à la fin de sa carrière.
-y I . Elle mit au monde une fille , ( qui fut ensuite la Reine Elisabeth ) huit mois après son mariage. Le roi n'en fut point satisfait, parce qu'il désirait un fils , et il fut assez dénaturé pour lui en témoigner son mécontentement. Les époux continuèrent à vivre ensemble pendant
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tî'ois ans , sans se quereller , du moins ostensiblement , ce qui est assez remarquable , si nous considérons le grand nombre d'obstacles que le vice oppose au repos et au bonbeur. Le mari , toutefois , ne resta pas oisif. Se trouvant maintenant Chef de l'Église ^ il avait assez de besogne sur les bras. Il s'était imposé , le pauvre bomme , la tacbe pénible de faire une nouvelle religion , de composer de nouveaux articles de foi, de nouveaux réglemens de discipline, il avait enfin mille autres cboses de tous les genres à disposer. Il était occupé , en outre , comme nous le verrons dans le procbain numéro , à faire décapiter , pendre , mettre en pièces ou écarteler , quelques-uns des plus dignes bommes de son royaume, ou qui eussent jamais existé dans tout autre royaume ou pays quelconques. Il avait aussi , comme nous le verrons , commencé la grande œuvre de confiscation, de pillage et de dévastation ; ensorte qu'il n'avait guère de temps à perdre en querelles de famille.
72. Si, cependant, il n'avait pas le temps de se cbamailler avec Anne, il n'en avait pas non plus assez pour la surveiller , ce qui n'est pourtant pas à négliger, lorsqu'un bomme épouse une femme plus jeune que lui de moitié ; et nous allons voir que cette " grande réformatrice " ( c'est le nom que les écrivains Protestans lui donnent ) avait un peu besoin de vigilance maritale. Ses maiiières libres, pour ne pas dire dis-
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solues , si différentes de celles de la vertueuse Reine que la Cour et la Nation Anglaise avaient eue pour modèle, pendant tant d'années, scandalisèrent les personnes les plus sensées , et excitèrent les railleries , ou plutôt donnèrent lieu a jaser à celles d'un caractère opposé. En Janvier i53G, la Reine Catherine mourut. Elle avait été bannie de la Cour. Elle avait vu son mariage annullé par Cranmer , et sa fdle , son unique enfant survivant , rendue illégitime par acte du Parlement. Le roi , dont elle avait eu cinq enfans^ ce mari de la " Réforme " avait eu la barbarie de la tenir éloignée de sa 'fille , et de ne jamais souffrir , après son bannissement , qu'elle jetât les yeux sur cette enfant. Cette Reine mourut , comme elle avait vécu , chérie et révérée de tout ce qu'il y avait de bon et d'honnête dans le royaume , et fat enterrée au milieu des sanglots et des larmes d'un immense concours de peuple , dans l'Église de l'Abbaye de Peterborough.
73. Le roi , dont le cœur d'airain , à ce qu'il paraît , fut attendri , pendant quelques instans , par la lettre très-affectueuse qu'elle lui adressa de son lit de mort , ordonna aux personnes qui l'entouraient de porter le deuil , le jour de son enterrement. Mais notre fameuse " Réformatrice " , loin de prendre le deuil , affecta de se parer de ses habits les plus élégans et les plus somptueux , exprima sa joie excessive , et s'écria
Lettre II. 65
qu'enfin elle était réellement devenue Reine. Hélas ! Celle " grande Réformatrice " ne survécut elle-même que trois mois et seize jours à sa joie. Elle mourut aussi , non pas comme la vraie Reine était morte , dans son lit , vivement regrettée de toutes les âmes droites et sans qu'homme vivant pût lui imputer un seul vice ; mais sur un échafaud y par un arrêt de mort signé de la main de son propre mari, et accusée de trahison, ^adultère et ^inceste.
74. Dans le mois de Mai 1 536, assistant avec le Roi à un tournoi , à Greenwich , Anne lâcha par mégarde un signe d'affection à un des combattans , qui était aussi son amant, et ce signe suffit pour confirmer dans l'esprit du Roi des soupçons qu'il avait déjà entretenus à ce sujet. Il revint sur-le-champ à Westminster, donna ordre de l'enfermer , ce soir-là même , à Greenv^ich , et de la ramener, par eau, le lendemain à Westminster. Chemin fesant , un nouvel ordre survint pour qu'on la conduisît à la Tour; et, comme si l'on avait voulu lui rappeler l'injustice dont elle s'était rendue coupable en contribuant , de tout son pouvoir , à l'emprisonnement de la vertueuse Reine décédée , comme si l'on avait voulu lui dire : " Voyez , après tout , Dieu est juste " ; elle fut enfermée dans l'appartement
même où elle avait passé la nuit qui précéda son couronnement.