‹ Histoire de la réforme protestante en Angleterre et en IrlandeChapitre 30 sur 32 · Mais les papistes pouvaient travailler da · texte numérisé non relu

Mais les papistes pouvaient travailler da

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vantage que les protestans éclairés , ils pouvaient faire plus d'ouvrage en un jour. Ceci e&t contraire à toutes les assertions des filosofes , car ils soutiennent que la religion catholique rendait les hommes paresseux ; mais pour terminer cette question, examinons le prix du travail, ce que l'on donnait pour faucher un acre de pré et pour battre un quarter de blé ; et voyons quels sont aujourd'hui les prix des gages comparés aux prix de la nourriture. Je puis citer l'autorité du parlement depuis 1821 , époque à laquelle on imprima par l'ordre de la chambre des communes un rapport qui contenait la déposition de M. EUman de Sussex sur les gages , et celle de M. George de Norfolk sur le prix du froment. Le rapport est daté du 18 juin 1821 ; le calcul est basé sur vingt années dont on a pris le terme moyen , depuis 1 808 inclusivement. Nous allons voir à présent comment l'Anglais dévot soutient la comparaison avec l'Anglais point de papisme.

Le catholique pour faucher un acre de pré. o 6

— Pour battre un quarter de blé. o 4 Le protestant pour faucher un acre

de pré. 3 7^4

— Pour battre un quarter de blé. 4 o Voici certes une bien grande améhoration; mais

examinons maintenant le prix relatif du froment que l'ouvrier a du acheter avec ses gages. Nous

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avons vu que le superstitieux papiste payait son boisseau de blé cincj pences, et le rapport de M. George nous apprend que le protestant éclairé devait le payer 10 sliellings , c'est-àdire 24 fois autant que le sot papiste qui se laissait tromper par des prêtres. De sorte que l'homme éclairé , pour se trouver aussi bien traité que celui des siècles d'ignorance , aurait dû recevoir 12 shellings au lieu de 3 s. 7 Yj d. pour faucher un acre de pré ; et de même il aurait dû recevoir pour battre un quarter de blé , 8 shellings au lieu de 4 qu'il reçoit. Si nous avions les pièces nécessaires, nous trouverions sans doute que l'Irlande était dans le même état.

467. Voilà , je crois , qui est prouvé : et si la société biblique j si celles dites d'éducation et de la connaissance du christianisme voulaient , comme elles le pourraient , mettre ce petit livre dans les mains de leurs millions d'élèves , la question de la religion serait décidée pour jamais , au moins quant à ce qui regarde ce royaume. J'ai prouvé maintenant que la description que nous fait Fortescue de la vie heureuse de nos ancêtres catholiques était exacte. Les preuves étaient inutiles, mais j'ai voulu les donner : je pourrais rapporter plusieurs autres actes du parlement appartenant à des siècles différens, et qui confirment tous la vérité du récit de Fortescue. On trouve beaucoup de preuves dans l'ouvrage de l'évêque Fleetwood que les ouvriers

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étaient traités avec beaucoup de bonté par leurs supérieurs et surtout par le clergé. Par exemple , on trouve dans une fourniture de couvent cet article : 3o paires de gants d'automne pour les domestiques. C'était là une cruelle superstition. Dans notre siècle éclairé , parmi nos lecteurs de bible , qui pense à donner des gants aux ouvriers? Nous avons des prêtres comme les bommes des siècles d'ignorance en avaient ; les nôtres se tiennent aussi bien à cheval que les leurs , mais ces derniers se servaient plus souvent des rênes et employaient moins l'éperon. Il est intéressant d'observer que le salaire des personnes qui occupaient de grandes places était, par rapport à ce qu'il est aujourd'hui, bien faible si on le compare avec le salaire des classes ouvrières. Si vous calculez le revenu annuel du conducteur de tombereau , vous trouverez en le multipliant par vingt pour l'élever à la valeur actuelle , qu'il ne monte qu'à 91 1. par an, tandis que les émolumens des juges ne passaient pas 60 1. par an (valeur de ce temps), et dès-lors n'excédaient pas 1,200 1. de notre monnaie. Ainsi un juge n'avait pas les émolumens de quatorze terrassiers. Nous devons croire que les juges dans ces siècles d'ignorance où vivaient et écrivaient Littleton et Fortescue, avaient de quoi vivre honorablement : car Fortescue dit qu'ils menaient une vie de repos et de contemplation, qu'ils ne restaient jamais plus de trois

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heures au tribunal , depuis huit jusqu'à onze ! s'ils avaient vécu dans ce siècle éclairé , il leur serait resté peu de temps pour leur contemplation ! ils n'auraient pas manqué d'ouvrage , ils auraient trouvé que leur charge n'était pas une sinécure et que dix revenus comme le leur n'eussent pas suffi pour compenser leur énorme travail. Ceci nous fournit en outre une autre preuve indubitable de la félicité générale , de l'honnêteté et de l'innocence qui régnaient à cette époque. Les juges menaient une vie de loisir; ce fait cité accidentellement par un homme qui avait été pendant vingt ans lord-chef de la justice nous fournit un vrai caractère de la religion de nos pères si long-temps calomniée.

468. Quant à ce fait important, que la masse du peuple a été avilie et appauvrie depuis l'époque de la " réforme; " quant à ce fait important , dis-je , il ne peut plus rester aucun doute dans l'esprit de quiconque a lu jusqu'ici ce petit ouvrage ; et je crois que de même personne ne peut plus douter que cet appauvrissement et cet avilissement ne soient dus à V événement que Von a appelé la '•^ réforme , " puisque dans les lettres précédentes , et surtout dans la i5«^ j'ai fait voir dans cet événement l'origine de nos dettes et de nos énormes impôts. Mais je ne puis terminer avant d'avoir tracé les progrès horribles de cet appauvrissement. Le fait bien connu que dans les temps catholiques on

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n'entendait parler ni de collectes forcées pour les pauvres, ni même du nom avilissant de pauvre, et que ces nouveautés furent dues à la " réforme," ce simple fait pourrait suffire et suffit bien en effet; mais voyons les progrès de cet appauvrissement protestant.

469. On trouve le commencement des lois des pauvres dans un acte de la 27^ année du règne de Henri VIII ( chap. 25). Les monastères ne furent détruits que l'année suivante ; mais déjà Faction de l'Église catholique était arrêtée de fait , et aussitôt on vit de tous côtés des indigens et des mendians , que le gouvernement avait toujours eu en grande horreur et qui commencèrent à déshonorer ce pays naguère encore si heureux. Pour y mettre un frein, cet acte autorisait les schériffs , les magistrats et les marguilliers, à faire lever des aumônes volontaires, et en même temps il punissait les mendians qui persévéraient dans leur état en leur faisant couper une partie de l'oreille , et en les mettant à mort comme des criminels , s'ils y retombaient de nouveau ! telle était l'aurore de cette " réforme " qu'on veut nous forcer à louer et à admirer !

470. he Jeune saint Edouard, comme Fox l'appelle avec impiété, le martyr commença son règne protestant par un acte ( i^^ année d'Edouard, chap. 3 ) qui pour punir les mendians les faisait marquer avec un fer rouge et les

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faisait réduire à V esclavage pendant deux ans , donnant à leurs maîtres le droit de leur faire porter un collier de fer , de les nourrir au pain et à l'eau et de les priver de viande j car à cette époque il y avait encore de la viande pour ceux qui travaillaient ; les jours des pommes de terre et du pain et de l'eau n'étaient pas encore arrivés : ils étaient réservés pour nos jours de lumières y nos jours de jouissances intellectuelles ^ nos jours où l'on lit tant la bible, dans ces temps heureux l'on ne paraît même pas avoir pensé à la chair de clieval; si l'esclave cherchait à se sauver ou désobéissait , cet acte le condamnait à l'esclavage pour la vie. Au reste cet acte n'était que le précurseur de ceux qui devaient établir l'église d'Angleterre ! horrible tyrannie ! on avait enlevé au peuple une ressource que la grande charte , la justice , la raison , la loi naturelle lui avaient donnée ; on ne la remplaçait d'aucune manière , et on voulait les réduire à l'esclavage, les marquer d'un fer rouge, les enchaîner parce qu'ils cherchaient à soulager par leurs prières les tourmens de la faim, 471. Vint ensuite la bonne reine Bess qui après avoir tenté en vain huit fois de faire soulager les pauvres par des aumônes , fit l'acte obligatoire qui est encore en vigueur aujourd'hui. On avait eu recours à toutes sortes de moyens afin d'éviter d'en venir à cet acte. Pendant ce règne et les deux précédens, on avait accordé

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des licences pour mendier ; maâs à la fin l'acte obligatoire arriva , cette marque indélébile de l'église protestante " établie par la loi. " On remit aussi long -temps qu'on le put cette cotisation , et même elle ne fut jamais goûtée de ceux qui avaient entre les mains les dépouilles de l'église et des pauvres , mais c'était une mesure d'une nécessité absolue. Toutes les tortures ^ toutes les lois martiales de ce règne cruel n'auraient pu maintenir le peuple sans cet acte , dont les auteurs semblent avoir eu honte de donner les raisons , car il n'a pas de préambule. Le peuple , si heureux dans les anciens temps, ce peuple que Fortescue nous a fait connaître , était devenu une nation de misérables. Defoe , dans l'un de ses traités dit que la bonne Be s s traversant son royaume, et voyant l'aspect misérable des bandes qui accouraient pour la voir , s'écriait souvent : pauper ubique jacet , c'est-à-dire la terre est couverte de mendians. Cette contrée était celle dans laquelle Fortescue avait laissé un peuple jouissant de tout ce qui peut rendre la vie heureuse et agréable !

472. Les choses ne prirent pas un meilleur aspect sous les règnes des Stuarts , si on en excepte cependant ce qui était l'effet des lois des pauvres. Ainsi les cruautés que l'on avait exercées jusqu'alors étaient devenues inutiles depuis cet acte , et tant que les impôtg furent légers , on ne vit réellement qu'un petit nombre de pau-

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vres ; mais aussitôt que les taxes commencèrent à s'élever , les faiseurs de projets se mirent à chercher les moyens de détruire la pauvreté. Parmi eux fut un certain Child, marchand et banquier , et qui avait aussi été chevalier ou baronet , car on l'appelait sir Josiah. Son projet, qui était bien digne de lui, supposait une comniission d'hommes désignés exprès et qui porteraient le nom de pères des pauvres. Un autre article de ce projet portait que ces pères auraient le droit d'envoyer autant de pauvres qu'ils le jugei^aient à propos dans quelqu'une des plantations de sa majesté ( c'est-à-dire de les déporter et de les faire esclaves ). Eh ! grand Dieu! c'est là le pays que nous a dépeint Fortescue ! c'est là ce pays de la grande charte ! et ce monstre a osé publier son projet ! et nous n'apprenons pas que personne ait eu l'humanité de condamner la conduite d'un misérable aussi barbare ;

473. Quand le libérateur fut venu , quand la révolution glorieuse fut consommée , quand on eut fait une guerre , créé une dette et une banque, et tout cela pour renverser pour toujours le papisme , le nombre des pauvres augmenta dans une telle proportion que le parlement renvoya devant le bureau du commerce pour chercher et indiquer un remède. Locke était un des membres de la commission , et voici un passage du rapport du bureau qui est vraiment

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curieux : " La multiplicité des pauvres et la nécessité de raugmeiitation de la taxe pour leur soutien est tellement avouée de tout le monde qu'il ne peut plus y avoir aucun doute à ce sujet ; et ce n'est que depuis la dernière guerre que ce mal nous entoure de tous côtés ; il est devenu un fardeau très-lourd depuis bien des années, et déjà sous les deux règnes précédens, il allait en croissant comme il le fait aujourd'hui. Si l'on veut en chercher les causes, nous croyons qu'on trouvera qu'il vient, non de la rareté des vivres ni du défaut de travaux pour les pauvres y puisque la bonté de Dieu n'a pas accordé une moindre abondance à nos temps qu'aux temps anciens , et qu'une longue paix durant trois règnes a fait fleurir notre commerce autant que jamais. L'augmentation du nombre des pauvres doit dès-lors avoir une autre cause , et on ne peut l'attribuer qu'au relâchement de la discipline et à la corruption , la vertu et V industrie étant aussi nécessairement les compagnes de la première , que le vice et la paresse le sont de la dernière. "

474- Ainsi la faute était du côté des pauvres eux-mêmes, et M. Locke ne parait pas avoir pensé qu'il fallait une cause pour cette cause elle-même. Il savait bien qu'à une certaine époque il n'y avait pas du tout de pauvres en Angleterre -, mais jouissant d'une bonne place sous le libérateur , il ne pouvait même penser à faire

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allusion à ce fait important , relâchement de la discipline, quelle discipline! Qu'entendait-il par discipline ? La spoliation des biens de l'église et des pauvres , l'augmentation des impôts, la faiblesse des gages comparés aux prix de la nourriture et de l'habillement ; le vol des gains du pauvre pour les donner aux marchands de rentes et autres mangeurs d'impôts. C'étaient là les causes de ce mal honteux ; il le savait tièsbien , et dès-lors il n'est pas étonnant que son rapport n'ait présenté aucun remède.

475. Après Locke vint, sous le règne de la reine Anne, Defoé qui semble avoir été le père des faiseurs de projets de nos jours; car Malihus et l'avocat Scarlett n'ont fait que suivre ses traces. Il voulait que l'on n'accordât aucun secours aux pauvres : il attribuait leur pauvreté à leurs crimes et non leurs crimes à leur pauvreté , et il attribuait leurs crimes à leurs excès, à leur orgueil et à leur paresse. Il dit que les ouvriers anglais mangent et boivent trois fois autant que ceux des autres nations ! Combien étaient différentes les notions de cet insolent protestant français de celles du chancelier Fortescue,, qui regardait la bonne nourriture du peuple comme la meilleure preuve possible de la bonté des lois, et semblait prendre plaisir à dire que les Anglais étaient nourris abondamment de toute espèce de viande et de poisson,

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