‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 102 sur 193 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

La poursuite du Chapeau

(27 novembre 1719 — 19 mars 172 1)

Gualtorio et Uitilnu suftgèronl une combinaison. — Acquiescomont de Duhoi, — Présont au Prôtondanl. — Présents à la Cour pontificalo. — Con- Lcendanco de DuboU. - Exigences de Clémout XT^ - TuManc.» d. ,amnn. Refus du Pape. - Cont«;-o,oup de la débâcle du Système. - ^ouvelles .nstances et nouveaux refus. - Désistcmont teint de Dubois. - Intripie anglaise. Acquiescement de rKmpereur. — Dubois fait entendre des menaces. — Promesse de Clément XI. - Renoncinlion de Charles VI. - Résistance do Philippe V. — Envoi du cardinal de Rohan à Rome. — Promesse écrite do Clément XI. — Mort de Clément XI. — Position de Dubois.

Deux jours avant la promotion des dix cardinaux, alors que Ca.iterio ,1 l'échec de Dubois était certain. Lafitau adressait de Rome à son suggèr.nt patron une dépêche chiffrée de nature à ranimer son ardeur. ^^J2\>^^ Après avoir tendu la main à Torcy, à Cellamare, à Law, Jacques Stuart expulsé de Lorraine, de France et d'Espagne, éconduit (r\vignon. tenait à Rome l'emploi de « roi en exil >., pour lequel i! arrachait au Pape, non sans peine', une pension de douze mille écus romains. Le Stuart prétendait ne pouvoir soutenir son rang h moins de quatre mille écus par mois et son ami le cardinal Gualterio, ancien nonce à Versailles, protecteur des écrlisos d'Angleterre, s'ingéniait à découvrir les moyens de combler la différence. En sa qualité de souverain catholique. Jacques exerçait son droit de désignation dans le collège des cardinaux; il <n avait usé pour obtenir la promotion d'Alberoni, Gualterio

.'avisa de lui faire adopter un nouveau candidat. Par ses soins, lafitau fut averti que si Dubois pouvait faire payer au Prétendant la pension qui lui avait été promise par le Régent à son départ d'Avignon, l'exilé lui réserverait, en échange, sa nominalion au cardinalat*.

• 4rch. de, AfI. FJrann.. Rome. l. 58R : f-a Trfmfle. nu mg.nl. S, mai

1-18 -ihid t 5So : r.n Tr<'moi;je « Oiihoi.', j5 novembre 17 ■«• , ^ , .

= ;/<-';,« AIL F.trnn,.. Rome, t. fioo, fol. ,',«..',7 : L"!""" » D"'""'- 7 novombro 1719.

HISTOIRE DE LA RfîGENCE

LA POURSUITE DU CHAPEAU

Acquiescement (le Dubois

tins;

Gualterio était un ag^nt sûr. Outre les revenus d'une abbaye, il tirait de la France une pension lucrative en échange de renseignements discrets sur les affaires romaines; on 1 écouta volontiers quand il expliqua au Régent que le Pape et le Prétendant (' avaient mis en lui toutes leurs espérances^ ». Gualterio et Lafitau ne mettaient pas en doute l'ingéniosité de leur trouvaille. Le cardinal-neveu voulait s'y associer par prévoyance; avant de savoir l'opinion de Dubois, il se rendait chez Jacques Stuart et lui exposait les avantages d'une combinaison qui conservait un privilège de sa couronne et permettait au Souverain Pontife de récompenser un sujet utile et agréable au Saint-Siège*. Gualterio vint seconder Albani, aligna des chiffres, proposa d'exiger de la France un versement de trois cent mille livres. Le Stuart fit la grimace, s'évaluant à plus haut prix, suggéra une pension annuelle et débattit ses intérêts; mais la nuit porte conseil, et il se trouva le lendemain matin qu'il ne réclamait rien, ne souhaitait rien, sinon d'avoir la consolation de voir Dubois cardinal'. Celui-ci ne se pressait pas autant. La proposition était séduisante mais le laissait perplexe. Il n'ignorait pas que Georges P' n'était pas d'humeur à tolérer l'exercice de ce droit de nomination à son rival, il savait en outre que l'intervention du roi de la Grande-Bretagne à Vienne pourrait redevenir utile, en sorte qu' (( il ne pourroit convenir, répondait-il, au personnage que j'ai fait dans les affaires de l'Europe de paroître avoir dans ces temps-ci concerté mes avantages particuliers par ce canal, quelque bonne volonté, quelque compassion et quelque zèle que je puisse avoir dans le cœur en faveur de cette personne*. Il faut donc ou abandoner cette idée ou la retourner de manière qu'elle soit entièrement déguisée et impénétrable'. » Dubois se gardait bien de l'abandonner. « La seule personne, ajoutait-il, qui peut trouver des expédients qui conviendroient est le cardinal Gualterio en la sagesse et la droiture desquelles j'ai une telle confiance... que je le prie très humblement de vouloir être Tarchi-

» Arch. des Ajf. Êtrang., Rom<>, t. 6oi, fol. i4C : Lafiiau à Dubois, 27 no-

vombro 17 19.

* Arch. des Aff. Ëtrang., Rome, t. 606, fol. 95 : Lafitmi à Duhoir, 9 jan-

- vier 1750. , r% 1. • t t'

' Arch. des Aff. Êirang., Rome, t. 607, fol. 234 : Lafitaa a Dubois, 24 février 1720. . w . r 1 ^

• Dan« la correspondance secrète, le Prétendant était désigné sous le nom de la personne principale ou plus simplement la personne.

' Arch. des Aff. fArang., Rome, t. 606, fol. 278 /. Dubois à Lafitau, 7 lévrier; C. de Sévelinges, op. cit., t. I, p. 3o2 ; Seilhac, op. cit., t. H, p. 23o.

tecte de cet ouvrage. » Pour plus de sûreté, Dubois ébauchait une combinaison pour tirer parti des Stuarts sans indisposer les Hanovre. A la remise du chapeau on payerait au Pape un potde-vin de trois cent mille livres; celui-ci les donnerait au Prétendant comme venant de sa générosité, le Prétendant touché de cette grâce donnerait le chapeau de cardinal à Alexandre Albani, deuxième neveu du Pape, qui attribuerait à Dubois la pourpre jusque-là destinée à son neveu.

Toute cette combinaison, ou si l'on veut, ce marché simoniaque était si ingénieux qu'il ne semblait pas pouvoir manquer. L'indigence de Jacques Stuart, l'avidité de Gua'îterio, l'ambition de Dubois répondaient de tout. « lî ne tiendra pas à moi, écrivait Jncques à Dubois, que vous n'ayez au plus tôt la grâce qui vous ist si justement due par rapport à votre mérite personnel. J'en ai conçu une si grande idée, que je mé suis déterminé sans peine à faire les démarches nécessaires dv ma part me rapportant du reste à ce que votre bon cœur, votre bon esprit, et votre bon amour pour la justice vous inspireront dans la suite*. » Il existe des gens avec lesquels la reconnaissance est la plus onéreuse de toutes les traites. Jacques Stuart tirait à vue non seulement sur Dubois mais encore sur le Régent. « Les effets, disait-il dans la l(»ttre qui vient d'être citée, prouvent plus que les paroles le désir * que j'ai de faire plaisir à votre maître et à vous-même, et je ne négligerai certainement rien pour me conserver l'amitié du premier, et pour mériter vos bons offices auprès de lui. » Le premier de ces bons offices fut l'envoi par courrier le 27 mars au Prétendant d'un cadeau de cinquante mille écus romains, quittes de change, qui représentaient alors à Paris plus d'un demi-million. « Je supplie très humblement Votre Éminence, écrivait Dubois il Gualterio de faire agréer à cette personne que je m'abstienne d'écrire. Je demande cette grâce par ménagement pour ses intérêts et par des raisons essentielles pour son service. Je suis comblé de sa générosité... Vous verrez le premier effet de mes soins. Si petit que soit le secoitrs que j'ai obtenu, il viendra régulièrement. Je prendrai de profondes mesures pour travailler aux autres choses de plusieurs espèces, et je ne vous ferai confidence* de ma sape que lorsque j'aurai fait quelque chose qui puisse être utile... Je ne veux d'autre récompense que celle de satisfaire ies sentiments dont je suis pénétré* . » On s'y fut mépris si, à la

« Arch. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 33A, fol. lU ' Jacques Stuart à ^hihois, 4 mars 1720; C. de Sévelinges, op. cit., t. I, p. 3i7.

• Arch. des Aff. Ëtrang., Rome, t. 607, fol. 352 : Dubois à Guulteno, a-j . niars 1720; C. de Sévelingef, op. cit., t. I, p. 323.

Présent

au

Prétendant

Prcscnls à la r.nur poiUificalc

suite n'était venu cet avertissement : « Sa Sainteté veut m'amuser et je ne veux pas l'Ôtr€ davantage. Elle veut tirer des avantages ultérieurs et faire des marchés conditionnels... Mais je croirois ternir mon ministère et faire uno contenance mdecente, s. ie continuois à être si longtemps suppléant et postulant". »

En effet, dès que Clément XI avait vu renaître l'ambition de Dubois il avait pensé à accroître ses exigences. Dès le mois d« février,' il demandait une promesse écrite du Régent d'intervenir en faveur des droits que le Saint-Siège faisait valoir au Congrès de Cambrai sur les territoires de Parme et de Plaisance. A cette demande il n'avait obtenu de Dubois que cette réponse -. « Je ferai mon devoir avec tant de fidélité et de zèle, que i espère au'ils seront h l'épreuve du dégoût même qu'un honnête homme doit trouver h ce que l'on marchande toujours avec lui et qu on ne lui fasse aucune grâce... qu'en voulant la lui faire acheter » Cette verte riposte s'explique par la conviction robuste de Dubois que l'argent et les cadeaux devaient suffire à tout, sans y mêler la politique. L'acquisition du chapeau n'est à ses yeux au une affaire de courtage sur laauelle il ne lésine pas. car c est k France qui paie. 11 écrit au cardinal Gualterio : « Mandez-moi à quoi s'attendrait le cardinal Albani, afin aue je me mesure et m expli- • aue bien nettement". » 11 écrit h T.afitau d'acheter le mobilier du défunt cardmal de la TrémoiUe et d'en faire présent au cardinal Corradini". Mais I.afitau, qui songe à tout, indique que le Pape n'est nas invulnérable; pour le prendre par son faible, il faudrait, dit-il, envoyer deux ou trois caisses de livres de VImpression dn Louvre bien reliés. » Sa passion est^ de se faire une bibliothèque". » Qnh cela ne tienne. « Soins, offices, gratifications, estamnes. livres, bijoux, présents, toutes sortes de galanteries, répond Dubois; chaque jour verra quelque chose <le nouveau et d'imprévu pour plaire et pour surprendre : cest le fond de mon naturel; c'est ainsi aue je me sms conduit toute ma vie, les plus grandes puissances de l'Europe l'éprouven S. Sa Samteté le veut, il n'y aura aucun jour de sa vie quelle en reçoive de moi quelque consolation, et quelque amusement qui lu. fera

10 îhîH C de S«velinîî<\«;, op. cit., t. T, p. 3^6. , ^ ,, •

n S: lr.4//. fAra.,., Bomo, t. O07, fol. 35. : Duhof. à GunUr.n. 27 mars 17^0; C. <\c S^^vclin^os, op. cit., t. I, p. :^i5.^ i« Ihifl ' C de Sevelinffcs, op. cit., t. T, p. 3i6. .3 S:'<li ffi.fArar,;., RoL. t. 608. fol. 8. : O-hm,, ,'. UU,a„. .k m.r-

''"".rch. to Ml. eirano., R-c. .. 60,, J.ajUan à Dul^oi., ,7 «ovon,br.

LA POURSUITE DU CHAPEAU

illcndrc chaque poste avec impatience; ses désirs n iront pas <i loin que mon industrie". » Dubois consentait volontiers a recourir au savoir-faire du jeune évêque de Sisteron pour ces présents, dont le détournement de leur destination était impossible, par contre il évitait de le charger des maniements de fonds dont I afitau serait trop tenté de détourner une partie pour satisfaire ■1 ses propres prodigalités. Le répugnant marchandage auquel se livrait l'entourage du Souverain-Pontife est raconté en ces termes à propos du subside envoyé par Dubois au Prétendant : „ .T'avois promis au Pape qu'au moment où il auroit fait ce que «i \ R attendoit de lui, je lui ferois toucher une somme d ar- ..cnt dont je lui spécifierois toute la valeur. Cette ouverture fut écoutée avec plaisir, et j'entrevis parfaitement que si elle étoit bien ménagée, elle .allait infalliblement produire son effet. C étoit aussi l'idée de M. le cardinal Albani. .T'écrivis, le 4 avril, qu on fit venir cet argent, afin que je pusse le montrer au Pape, bien .-.«siiré que quand il se trouveroit en état de s'en rendre maître, la tentation seroit si violente qu'il y succomberoit. mais aussi qu'il ne falloit pas donner un sou jusqu'à ce que 1 affaire fut finie" » Albani était d'autant plus vigilant qu'il continuait à recevoir chaque année trois cent mille livres sous la seule condilion que Rome ne contrarierait pas les tempéraments de la paix ian^^ni^te et il possédait la promesse écrite d'un riche présent ■m moment de la promotion. Lafitau mit cet engagement sous les veu^ du Pape qui s'attendrit et réclama aussitôt une somme considérable sous le nom de -. droit de propine ... pourboire de nninze pour cent sur l'expédition des bulles. ' Puisque sa candidature n'était qu'un perpétuel marchandage. Dubois recourait parfois à des avertissements de nature à donner ,■> réfléchir (C Les courriers qui vont de Paris à Rome, disait-il. ne . .'en vont pas les mains vides, comme ceux qui viennent de Rome ;> Paris". .. La pourpre de Dubois avait pris aux yeux de Clément XI une valeur budgétaire; vieillard fin et habile, le Pape voulait tirer de cette ambition tout ce qu'elle pouvait rendre de ,.,ofits pécuniaires et politiques. Pendant que son neveu Alexandre Albani mettait son concours au plus haut prix possible, Cement XT prétendait faire servir Dubois à sa rancune contre

" n«b„i,, à Lo/ilau, 9.-.. juin 17.0, d.nns C. de Sévelingc*. op. cit., t. I, p. 34i ;

Î'.-E. Ix^montev, op. cit., t. II, p- îJ-i'- „ ^ , . . ' „ ^;, . tl

•• lainanàPecqueU .7 dôcembro ,7.0, dan. P.-E. I>.n,ont<.y, «P- "'•- '• "■

" ''"n.ihoî. à Um». 24 mnrs n^^o; V. de Seilhac, op. cit., t. II, p. 2',i-

Coucle^eeQ- (le Dubois

'lu, note 29.

172 mSTOTRF PE LA RËGFNCE

Alberoni. Fugitif el inipuissanl, celui-ci redoutait la colère du vieux pontife qui voulait que la république de Ciènes lui livrât l'indigne afin de le faire passer en jugement pour « le dépouiller de la'^pourpre el procéder ensuite contre sa personne". « Pour y léussir Clément réclamait l'appui de la France afin de surmonter la résistance du Sénat de Gènes". Le Conseil de Régence estimait cette intervention dégradante". Dubois ignorait ce5 scrupules; ayant, à l'entendre, si fort à coeur de combler la mesure et de prouver à Sa Sainteté son "entier dévouement, il arracha au Régent la promesse d'écrire au Sénat de Gènes pour appuyer la requête pontificale'^ en outre, le chargé d'affaires de Gènes en France reçut l'invitation de faire savoir « que le Roi s'intéressoit à ce que Sa Sainteté avoit fait demander à la République..., il sauroit donc gré de la satisfaction qu'on lui donneroit. Sa Majesté étoit si unie au Saint-Siège et à Sa Sainteté qu'Elle s'inlérèssoit à tout ce qui la regardoit, comme si cela touchoit sa personne et son rovaume" » Dubois fit plus encore, il ébranla Scotti à Madrid et Pendtenriedter à Paris et conclut triomphalement : V Voilà tout ce que le Pape pouvoit désirer de S.A.R. dans un cas qui intéressoit sa générosité, et dans une matière très délicate, accordée selon son désir et au-delà de ce qu'il y avoit lieu

d'espérer**. » .

Exigences Clément XI ne refusait pas le cha[^au si convoité, il en retardait Cément XI indéfiniment la concession afin d'exploiter une ambition résianée à tout. Dubois, aveuglé, se sou^iettait à chaque nouvelle exigence et, dès le mois d'avril 1720, la tactique pontificale était nettement arrêtée". Chaque concession était suivi d'une exigence nouvelle. Le Pape voulait un Congrès où ses -représentants seraient admis à faire valoir les droits pontificaux sur les duchés de Parme et de Plaisance et à plaider la conservation de Castro et Ronciglione; cependant les Italiens les plus avisés douUient qu'on

>« Arch. des Aff. fJrang., Rome, t. 608, fol. 5 : Ufitan au né(ieut.

^^Arch.^des Aff. fJrang.. Bomo, t. 608, fol. H : Diihoh à Lafitau, 2^ mar^

1 "20 '" .4rch. des Aff. Eirang., Rome, t. 608 ,fol. 84 : Duhoh à Lnfitau. a'i mnr^

I "20 '«>'4rch. des AU. ttrang.. Borne, l. 608, fol. ^5 : U Féqent à Lafilnu. » Arch. des Aff. FArang., Borne, t. 608, fol 8', : Dubois à Ufilan, 2', mors

'"Arch. des Aff. Ëtrang., Borne, t. 608, fol. 85 : Dubois à I-afitoa. 2^ mnrs

''"Co^Hmo à Dubois, 7 «t 8 mai .720, dan» C ,1..' S.-votin?e,. op. dl., t. I, p. 333.

LÀ POURSUITE bu CIlAPlilAU

Kiir ouvrit l'accès de ce Congrès, à moins que Dubois ne s'entreluîl en leur faveur, auquel cas la reconnaissance du Pape lui était assurée". Aussitôt Dubois s'adressait à lord Stanhope, le priant (l(. umsentir à recevoir au Congrès les délégués du Saint-Père"; <l le Pape mécontent de n<î rien (rbtenir dans la question des duchés répondait à ce « mauvais vouloir », ainsi qu'il l'appelait, par des diflicullés de forme sur l'induit pour l'archevêché /le Cambrai''. Alors Dubois s'emportait : « La Cour de Rome, ,'crivait-il à Lafilau, est un labyrinthe dont nous ne sortirons l„'ul-elre jamais. On compte ix)ur rien les services reçus, et on ne promet que pour en obtenir de nouveaux, on consume la Mc des aspirans; il n'est ni d'un homme sensé, ni d'un homme (1 honneur de passer sa vie dans ce purgatoire". »

Pendant que Dubois se trémoussait dans le purgatoire de la caiulidature, l'imagination fixée vers le paradis du cardinalat, il n'oubliait pas « que le naturel du Pape est très opposé à la ilécision dans les moindres choses », et s'arrêtait un moment à une combinaison qu'il jugeait devoir être efficace. « 11 est bon (lue vous examiniez, disait-il à Lalitau, si les trois cent mille livres offertes au roi d'Angleterre au lieu d'être données pour les usages de ce prince, étaient distribuées dans la famille du Pape, rllos feraient conclure laffaire plus facilement". » Lafitau s en lint au Prétendant, moins onéreux et plus maniable que les neveux (lu Pape 4't leurs maîtresses. Toute occasion lui était bonne pour rappeler au Saint-Père les avantages solides qu'offrait la nomii.alion de Dubois. Un jour que Clément XI s'avouait dans limi>()ssibilité de subvenir plus longtemps au train de vie de l'exilé, ! alilau insistait sur l'opi^rtunité d'un choix qui l'exonérerait, liais après l'avoir laissé dire, le Pape, une fois de plus se déro-

Le Prétendant ne se refuse aucune platitude, u Pour gagner Kion point, dit-il, je me suis soumis jusqu'à des bassesses, et s'il

Arch. des Aff. Êirang., Rome, l. O09, fol. 107 : Lafitau à Dubois,^*' avril

' ^Arch. des Aff. Ëtrang., Augleteri>e. t. 33a, fol. 19 : Dubois à Destouches,

juillet 1720'. -. «

Dubois à Lafitau, li mars 1720, dans V. de Seilhac, op. cit., t. 11, P- 12.,

/"Jbois à Lalitau, 7 »v.il n'o. dans P.-K. U-monley. op. cit., l. II.

"\rch. .les Aff. PArang., Rome. t. 607. fol. 348 : Dub.HS à Ufitm, li mars .

irob. .les Aff. fArong.. Uonu-. I. »««,. fol. ... : UfiU,» ^ P"*^^«i avril 1720.

losUnces de Lafitaa

Refus du Fa^'^

,-st nécessaire ie m'y soumettrai encore; car «lies changent de nom quand dits servent à la reconnaissance". » Il veut gagner consciencieusement ses cinquante mille écus, va trouver le bamt- Père se plaint doucement des refus et des retards qu on oppose à sa demande. Clément XI qui a réponse à tout, réplique que le droit de présentation reconnu aux couronnes, n enlevait pas au Souverain Pontife son droit de décision; or il n'était pas satisfait du candidat et tenait le Régent pour le plus grand ennemi que l-Église et le Saint-Siège eussent alors. N'ayant plus qu un souffle de vie, le Saint-Père lanternait tout le monde, car il s était promis à lui-même de ne plus commettre la faute qui avait introduit dans le Sacré-Collège Albcroni. Toute excuse lui était bonne pourvu qu'elle l'aidât à gagner du temps. Il ne pouvait, a len croire, créer un cardinal français sans faire la même grâce a Autr che et à l'Espagne, ce qui l'obligeait à attendre tro^ vacances. Dubois n'en croyait rien, et pour gagner 1 Espagne e r Autr che signait avec la première le traité de Madrid pendant que l'Anglelern. pèserait sur l'Autriche, et afin de ne pas déplaire •. cette dernière puissance la diplomatie française se déroba aux avances de la Porte ottomane, à celles du Tsar et aux conven-

'T^ni^éS^^^ InTlongtemps dans le cercle intin.e du '-rr Pont frpoùr accorder la moindre créance aux prétendus scrupuauirn,e les de Clément XI; il lalla trouver et le serra de si près que c ■ vieillard finit par dire : -< Si vous prenez un peu ^^jf-^^^

vous réponds que vous aurez ce chapeau pour M. 1 abbe Dubo. , mais si vous me pressez davantage, vous me ferez niounr de chagrin, et vous me mettrez par ma mort hors d état de le Im don ncr" » Une défaillance, un évanouissement mirent fin a 1 audience et il semble que le vieillard ait goùlé une sorte de plaisir oue'r ainsi ceux, dont sa vigueur épuisée ne ui ..ermettai. plus de repousser les instances. Il iu> fallait tenir tête a I ahlau àGualterio, à Jacques Stuart, à ses neveux qu'il ne pouvait chasser ni disg acier. A Gualterio, le Pape se plaignait .lu an.eli.iu.' • Txilé qui dévorait ses revenus et ne le payait que de tracas

Deva'nt le consistoire abasourdi, il dép'orait d'avoir nomme deja Uop de cardinaux français, « criait .. (c'est le terme dont use oStedo) contre le cardinal de Noailles, griffait en passant 1- ÏÏÏal de Mailly et concluait qu'il ne pouvait obhger les cou-

3. Bibmhiqae de VÉcole Sainte-Genevlive, Anecdotes sur l'clévalion de Du-

bois, t. in, fol. 557. . . , «,

3» C. de Sévclinges, op. «f., l. I, P- •"«•

LA POURSUITE DU CHAPEAU 175

loniics à attendre". La raison de cette vive attaque nous est livrée par Lalitau, « L'édit du 21 mai, voilà le coup de massue qui fut porté à l'affaire du chapeau. Le Pape, entendant dire qu il n'y avoit plus d'argent en France, désespéra d'en recevoir aucun secours''. » Cependant les finances pontificales étaient en pire condition que les nôtres, et la nécessité de faire un présent à l'occasion des couches de la femme du Prétendant obligea Clément XI à écouter la promesse du tentateur Lafitau, d'une somme de vingt mille écus romains au moment où il donnerait l'engagement écrit du chapeau et la perspective de trente mille autres le jour de la promotion''. Une négociation aussi regrettable était conduite en même temps sur un autre théâtre. Alexandre Albani, neveu de prédilection du Pape, ancien colonel de dragons devenu d Église, résidait à Vienne en qualité de nonce à la Cour imp'ériale. C'était un libertin, joueur, endetté, dépravé et encore hésitant entre le mariage et les ordres sacrés. Ce dernier parti eut fait de lui, pour Dubois, un concurrent redoutable. Le ministre français n'imagina rien de plus efficace que l'envoi à Vienne d un joaillier de Paris, appelé Levieux, chargé d'entretenir l'irréfiolution de don Alexandre et de faire diversion aux pensées sérieuses par les galanteries ruineuses.

A peine sacré archevêque de Cambrai, Dubois parut saisi d'une ardeur nouvelle vers la conquête du chapeau. Le 22 j-uin, le Uégcnt écrivit au Pape pour lui rappeler (( qu'il est dû à Sa Majesté une compensation des chapeaux accordés extraordinailement à l'Empereur et au roi d'Espagne », en conséquence il demandait la môme grâce pour Dubois et u je ne verrpis qu'avec peine, disait-il en terminant, les nouveaux délais que Votre Sainteté apporterait à m'accorder la grâce que je lui demande''. \ la même date, Dubois informait Lalitau d'une indiscrétion commise à Vienne par don Alexandre et se répandait en promesses alléchantes; les cardinaux de Rohan et de Bissy s'assouaient à la demande du Régent. Bissy souscrivait un mémoire 4ui lui aura été donné tout i^digé, dans lequel iL s'inquiétait de la pacification de l'Église si Dubois ne se chargeait de tirer tous

" BritisJi Muséum, Papiers de Giiallerio, Gualterio à Dubois, Rome, 7 nini

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