I. II, p- 474- ^ , ,„, f„i ,63 : Dubois à Moul
" Arch. rfer /t//. Etrang., Espagne, t. 3o3, fol. iw
4 août 1721.
LES MARIAGES ESPAGNOLS
Réponse de Dubois
Nouvelle
uiiMîie cérémonial que pour le mariage de Louis XIV avec Marie- Thérèse et celui de Charles II et de Marie-Loui&e d'Orléans''.
Dubois consentait à tout, à une réserve près. î.e Régent avait s<'ul le pouvoir de stipuler pour le Roi; la garantie des princes du ang et des ducs et pairs ne garantissait rien. Si le Régent dispa- .i.is'^ait avant la majorité du Roi, un autre Régent lui succéderait qui aurait la même autorité et ne se soucierait pas des gariinlies. Mieux valait obtenir l'approbation du Conseil de Régence. Si \c roi d'Espagne consentait à écrire à Louis XV et au duc (l'Orléans des leUres pleines d'attachement à la France, lecture (•a serait donnée au Conseil qui apt)rouverait le mariage à l'unar^imité en sorte qu'au lieu d'une simple promesse on procéderait ;,u contrat de mariage. Enfin, on priait Philipi)e V d'écrire une |(.ilre [>ersonnelle au maréchal de Villeroy, qui, ne quittant pas Louis XV, pouvait l'influencer et lui faire prononcer le « oui » (,u 1(' (( ru>n » dont en définitive tout dépendait''.
Ces réponses parvinrent à l'Escurial le 2 septembre au soir. ^^^.^^^^ ^^ <- .IVus d'abord l'honneur, écrit Maulévrier à Dubois; de rendre Maulévrier ;, KL. MM. ce. les lettres de S. A. R. I^ Roi, qui étoit dans une i xlreme impatience de l'arrivée de mon courrier, les lut tout haut liaiis le moment en présence de la Reine et de moi, et il en fut si ému de tendresse et de joie qu'à peine pouvoit-il prononcer. U l'teine changea de couleur, se sentit comme foible et dit en pro- IMvs termes : « Pour moi, je suis si transportée et si pénétrée .i<N sentiments et des expressions de M. le Régent que le« jambes nie manquent; je crois que je vais tomber'\ Et en habile come- (iK'nne, elle s'appuya. (( Je suis aussi charmé, reprit le Roi, de l'amitié de M. le duc d'Orléans; nous voilà en beau chemin; et, .'adressant à Maulévrier, que vous mande-t-il dans le mémoire dont il me parle? — Je ne puis, Sire, fit l'ambassadeur, mieux rvposer les dispositions de coeur et d'esprit de S. A. R. en cette conjecture qu'en présentant à V. M. ma dépêche même et le mémoire qui l'accompagne; elle y verra non seulement toute la ivconnaissance du prince, mais encore le zèle qu'il a et les mesures qu'il croit qu'on doit prendre, sous le bon plaisir de V.M., pour l'heuix^ux succès du mariage. » Les observations présentées dans le mémoire furent agréées, et on se hâta de faire exécuter
- \rrh. des Aff. fAmnq.. E«pa-no, t. 3o/,, fol. io5 : Maulévrier à Dubois,
H' .«ont i7?,i. . , w ,1* •
'^ irrh. des Aff. Etranq., Espajnv. \. ^0/4, fol. 5i : Dubois a Maulévrier,
''f' «loût 1721 '^ \rrh. des Aff. Ëtrang., Espagne, t. 3oii, fol. loS-: Maulévrier à Dubois,
't '"''ptombrc 1721.
Im
Mesures
pour apprendre
au Roi son mariage
un portrait au pastol de la petite princesse pour le montrer à
Louis XV.
(( 11 conmionçoit, dit Saint-Simon, à être temps de déclarer le mariage du Roi et le duc d'Orléans ne laissoit pas d'être en pein<^ "comment il seroit reçu d<^ co prince, que les surprises effarouchoient, et du public, à cause de l'acre de l'infante encore dans la première enfance. Le Réorent résolut enfin de prendre un jour de Conseil de Régence, et le moment avant de le tenir, pour appi-endre au Roi son mariage et le déclarer sans intervalle au Conseil, pour que de suite ce fût affaire passée et eonsonimée... L'embarras fut grand du côté du Roi, qui, comme je l'ai dit, s'effarouchoit des surprises. Quelque coup d œil ou quelque geste du maréchal de Villeroy pouvoit le jeter dans le trouble, et oe trouble l'empêcher de dire un seul mot. 11 falloit pourtant \m oui et un consentement exprimé de sa part, et s'il s'opiniâtroit à se taire, que devenir pour le Conseil de Régence? Et si par dépit d'être pressé il alloit dire non, que faire et par où sortir? Cet embarras possible nous tînt M. le duc d'Orléans, le cardmal Dubois et moi, en consultations redoublées. Enfin il fut conclu que dans la fin de la matinée du jour du Conseil de Régence, qui ne seroit tenu que l'après-dînée, M. le duc d'Orléans manderoit séparément M. le Duc et M. de Fréjus, M. le Duc, dont il n y avoit rien à craindre... Fréjus pour le caresser par cette distinction M le Duc fut surpris, mais ne se fâcha point, et fit très bien auprès du Roi. Fréjus fut froid, il parut sentir que le besoin lui valoit la confidence, loua l'alliance, par manière d acquit, que M le Duc avoit fort approuvée, trouva l'infante bien enfant, ce qui n'avoit fait aucune difficulté à M. le Duc, dit néanmoins qu il ne croyait pas que le Roi résistât, ni qu'il en fût ni aise ni fâche promit de se trouver auprès de lui quand la nouvelle lui serait
apprise et fut modeste sur le reste... ^ ., . ^ xx i.
[ Le moment venu nous arrivâmes tous'aux Tuileries, ou M. le . duc d'Orléans, qui, pour laisser assembler tout le monde, etoit arrivé le dernier..., pirouetta un peu dans le cabinet du conseï , en homme qui n'est pas bien brave et qui va monter al assaut^ Enfin, il entra chez le Roi, je le suivis; il demanda qui etoit dans le cabinet avec le Roi, et sur ce qu'on ne lui nomma point Frejus, il l'envoya chercher. 11 s'amusa là comme il put, peu de temps, puis il entra dans le cabinet où étoit M^ le Daic, le marécha de Villeroy et quelques gens intérieurs. Enfin Frejus arrrva, la empressé comme un homme mandé et qui a fait attendre. Fort • peu après qu'il fut entré dans le cabinet, j'en vis sortir le peuple, ^tldire qu'il n'y demeura que M. le duc d'Orléans, le cardi-
LES MARIAGl^S ESPAGNOLS
liai Dubois, qui étoit entré avec lui, M. le Duc, le maréchal de Villeroy et Fréjus. Alors me trouvant seul de ma sorte et du Conseil de Régence dans cette chambixî, et ma curiosité satisfaite (le les savoir aux mains, je rentrai dans le cabinet du conseil, sans toutefois m'éloigner de la porte par où je venois d'y rentrer. ,( Peu après, les maréchaux de Villars, d'Estrées et d'Huxelles, vinrent l'un après l'autre à moi, surpris de cette conférence secrète qui se tenoit dans le cabinet du Roi. Ils me demandèrent ^i je ne savois point ce que c'étoit. Je leur répondis que j'en étois dans la même surprise qu'eux et dans la même ignorance. Us demeurèrent tous trois à causer avec moi, pendant un bon quart d'heure, ce me semble, car le temps me parut fort long, et cette longueur me faisoit craindre quelque chose de fort fâcheux et de fort'' embarrassant. A la fin le maréchal de Villars dit : ((Entrons là-dedans en attendant; nous y serons aussi bien qu'ici », et là-dessus nous entrâmes jusque dans la chambre du Roi, où il n'y avoit que de ses gens et les sous-gouverneurs.
'(( Très peu de temps après que nous y fûmes, la porte du cabinet s'entr'ouvrit, je ne sais ni pourquoi ni comment, car je causois le dos tourné à la porte avec le maréchal d'Estrées; un peu (!(» bruit me fit tourner, et je vis le maréchal d'Huxelles qui entroit dans le cabinet. A l'instant le maréchal de Villars qui étoit avec lui nous dit : « 11 entre, pourquoi n'entrerions-nous pas? » et nous entrâmes tous trois. U dos du Roi étoit vers la porte par où nous entrions; M. le duc d'Orléans en face, plus rouge qu'à <on ordinaire; M. le Duc auprès de lui, tous deux la mine allon- (nV; le cardinal Dubois et le maréchal de Villeroy en biais; et M. de Fréjus tout près du Roi, un peu de côté, en sorte que je le voyois de' profil d'un air qui me parût embarrassé. Nous demeulAmes comme nous étions entrés derrière le Roi, moi tout à fait derrière. Je m'avançai la tête un instant pour tâcher de le voir tle côté, et je la retirai -bien vite parce que je le vis rouge, et les veux, au moins celui que je pus voir, pleins de larmes. Aucun de ceux qui étoient avant nous ne branla pour notre arrivée m ne nous parla. [^ cardinal Dubois me parût moins empêtré, quoique fort sérieux, le maréchal de Villeroy secouant sa perruque tout a son ordinaire : « Allons mon maître, disoit-il, il faut faire la chn,e de bonne grâce. » Fréjus se baissoit et parloit au Roi a demi bas et l'exhorta, oe me sembla, sans entendre ce qu il disoit. Les autres étoient en silence très morne et nous, derniers entres, fort étonnés du spectacle. A la fin je démêloi que le Roi ne vouloit point aller au Conseil de Régence et qu'on le pressoit larlessus, je n'osai jamais faire aucun signe h M. le duc d Orléans
îl
Le mariage
déclaré tu Conseil
2|g HISTOIRE DE LA RÉGENCE
ni au cardinal DuIk^îs, pour tâcher 'ï'-^!Î^^"-'^i^''7^,^,
Tout ce n,anège dura P-^^^^^^'" ^ ^M J- 'O^-- FivPÎim avant encore parle bas au noi, il au a m. ic uu qùoTRoTiroit au Cons.-il, mais qu'il lui falloU quelques mo-
T'ier;l;:";:n:U quoique .érenité sur les visages. M. le duc ÎMéans répondit que rien ne pressoit, que tout le monde étoU fai pour a tendre i.s moments; puis s'approchant entre le Ro et F é us, tout-contre, il parla bas au Roi. pu.sd.t tout haut . Le Roi va ^enir, j. crois que nous ferons bien de le laisser », ^rtU eTnous ton;, tellement qu'il ne demeura avec le Ro. que M le Duc le maréchal de Villeroy et l'évèqu.. de Frejus. En chemin T^r' aller dans le cabinet du conseil, je m approchai de Ml 'd" d'Orléans qui me prit sous le bras et -. «t^j^"-^ oreille s'arrêta dans un détroit de porte, et me dit que le Roi, a oitîiiit^, »anv. y^^'L ^îc .\ r»!oiiror* au ils avoient eu
la mention de son mariage, s etoit mis •' P^'''^"' - q» ' toutes les peines du monde, M. le Duc, Frejus ei lui, d en tirer un ouT et après cela, qu'ils avoient trouvé la '"ême repugn n^ à n.l ron.eil de Ré-ence. dont nous avions vu la fin. Il neiit p'ioTsir de m'en dir; là davantage, et nous entrâmes dans le pas ioihii m essentiel qu€ l-e Roi y
fT\i:Z^J^^ t ifrLntt la déclaration de son maiTgnui l^i hosTs^ perron'nelle qu'elle n'y pouvoit pas^r ^ns ..f Ceux nui le composoient et qui étoient demeures dans le cabiiSt duZ eil. surpris de cette longue et inusitée conférenc danst ibinet du Roi. nous voyant rentrer ^'.^-f/^^; ^^ <^..riosité sans toutefois oser demander ce que c etoi tous avoieni rarS^cuS M le duc d'Orléans s'amusa comme il put avec les
:rCon"s;;i r VégeL dep^s quil portoit la calotte rouge s en étoit allé tout de suite au sortir du cabinet du Ro.
„ Assis tous en place, les yeux « porte ent sur le Roi^ q avoit les yeux rouges et gros, et avoit 1 air fo ^rieux^ 11 y e auelques moments de silence pendant lesquels M. le d"c cl "
repassa les yeux sur toute IV^-P^^^^J'^Pr em nd" grande expectation ; puis, les arrêtant sur le Roi, il ui '"'man S tuvoit bon qu'il fît part au Conseil de son -Y^^-^^^^^;, répondit un oui sec, en assez basse note, mais jJ^y^'J," „ des quatre ou cinq plus proches de chaque cote, et aussitôt M.
LES MARIAGES ESPAGNOLS
duc d'Orléans déclara le mariage et la prochaine venue de l'infaiile, ajoutant tout de suite la convenance et l'iniportance de 1 idliancc, et de resserrer par elle l'union si nécessaire des deux branches royales si proches, après les fâcheuses conjectures qui les avaient refroidies. Il fut court, mais nerveux, car il parloit à merveille et demanda les avis; on peut bien juger quels ils furent. Puis M. le duc d'Orléans parla encore un peu sur l'una- Min.ité des suffrages à laquelle il s'étoit bien attendu sur un mariage si convenable, sur quoi il s'étendit encore un peu. Puis se tournant vers le Roi il s'inclina, et dun air souriant, comme pour l'inviter à prendre le même, il lui dit : « Voilà donc, Sire, votre mariage approuvé et passé, et une grande et heureuse
iiffaire faite. » ,. , . ..rv i'
„ Le conseil fut levé... .Te laissai rentrer M. le duc d Orléans M. Palais-r\oval, |.uis j'allai l'y trouver, curieux de savoir plus ,11 détail ce qu'il n'avoit pu me dire qu'en gros à l'oreille entre ces deux portes. 11 ne fil en effet qu'étendre ce qu'il m'avoit dit, j.mee qu<' tout s'étoit passé avec peu de paroles. Il me dit qu'après avoir dit au Roi la convention de son mariage sous son bon plai^r, il ne doutoit pas qu'il n'y voulût bien consentir et qu'il ne l'approuvât; sur quoi voyant ses yeux rougir et s'humecter ,n *ilenee il n'avoit pas fait semblant de s'en apercevoir, et setoit mis à evi'.liquer à la compagnie la nécessité et les avantages de (•<• mariage, tels (lu'il avoit estimé devoir passer par-dessus 1 inconvénient de l'âge de l'infante, que M. le Duc, après ce court discours, l'avoit' repris et approuvé fort bien en deux mots; que 1,. cardinal Dubois avoit étendu les raisons, et atténué l inconveuient de l'âge, par l'avantage d'élever ici l'infante aux manières fiançoises, et d'accoutumer ensuite le Roi et elle réciproquement, tout cela néanmoins* en asse? peu de mots, tandis que les larmes tomboient des yeux du Roi assez dru, et que de fois a u.tre Frejus lui parloit bas, sans en tirer aucune réponse; que le maréchal' de Villerov. avec force gestes et quelques phrases, avoit .lit qu'on ne pouvoit s'empêcher de reconnoître l'utilite de la réunion des deux branches, ni aussi l'importance que le Koi .ùl des enfants dès qu'il en |)ourroit avoir et que, dans une iiffaire aussi désirable, il étoit malheureux qu'il ny eut point en Rspagne de princesse d'un âge plus avancé; que néanmoins il ne- dm.toit point que le Roi n'y donnât son consentement avec joio, et tout de suite lui en dit quelques paroles d exhortation. M. le duc d'Orléans reprit là-dessus la parole sur les avantages >". la nécessité incomparablement plus considérables que 1 inconvénient de l'âge, mais en deux mots. Le cardinal Dubow ne
vj
L'intrigue
des mariages espagnols
parla plus et ils attendirent en grandes angoisses ce que l'affaire deviendroit entre les mains de Fréjus, qui étoit leur seule espclance. Ce prélat parla peu sur la chose. 11 dit en s'adressant au Roi qu'il devoit marquer sa confiance aux lumières de M. le duc d'Orléans, sur un mariage qUi le réunissoit si heun-usement avec te roi son oncle, comme il la lui donnoit sur le gouvernement de son royaume, puis parloit bas au Roi à reprises, et par-c, par-là quelques paroles d'exhortation sèches et tout haut du maréchal de Villeroy, jusqu'à ce qu'enfin le Roi eût prononce qu il
consentoit. », ■ j j-n
„ Le cardinal Dubois arriva en tiers comme M. le duc d Orléans raisonnoit avec moi sur tout ce détail qu'il veno.t de n.e raconter, et tous deux convinrent que, sans l'éveque de Frejus qui encore s'étoit fait attendre et n'avoit pas montré agu- de trop ïon cceur, ils ne savoient ce qui en seroit arrivé. 1,'ango.sse en avoit été si forte, qu'ils s'en sentoient encore tous deux Aussitôt on dépêcha un courrier en Espagne et un autre au roi de Sardaicrne <.rand-père du Roi. La nouvelle courut Paris dès que ceux du Conseil de Régence en furent sortis; les Tuileries et le Palais- Roval furent bientôt remplis de tout ce qui venoit se presen er devant le Roi et faire des compliments au Régent de la conclusion de ce grand mariage, ce qui continua les jours suivants. Le Roi eut peine à reprendre quelque gaieté tout le reste du jour mais le lendemain il fut moins sombre et, peu après, il n y pan.l
plus". » (i4 septembre 1721).
Dans le public la » nouvelle- surprit tout le monde et donna lieu à beaucoup parler» .- ; on s'étonna d'un mar-age dont les fruits ne pouvant q'u'être si tardifs et qu'il faudrait attend,.. douze ans. Le nœud de l'intrigue qui avait procure cette alliance disproportionnée échappait à tout le monde, Le Mémoire du jurisconsulte Obreeht n'avait pas été ébruité, mais plus do deux mois avant les suggestions qu'il renfermait, l'idée <'^-' -"'.. au Palais-Royal d'unir une fill.- du Régent au fils de Philippe V et il semble que Dubois s'en soit ouvert à l'abbé de Mornay au moment où oelui-ci opérait mystérieusement à Madrid . Morna> répondit en chiffres et conseilla à Dubois de gagner de plus en
•= Saint-Simon, Mémoires, «Ut. r.Wruol, t. XVIII, >. .lî"^"- ..
» M. Marais. Journal cl Vénn.lr.^. \. 11. ,.. .9T. >5 soploml.,- .7U . lî."
bior, Journal, t. I, p. 1 59. m^rnnv « Dub<^'fX'
. •' Arch. des AH. PArang., E.pagno, t. .97. M- "« = «"'"«y " '"""
29 décembre 1720.
LES MARIAGES ESPAGNOLS
plus l'amitié et la confiance du P. Daubenton". Mornay succomba à la peine, mais le Régent ne perdait pas de vue la négociation et le 9 juillet nous voyons reparaître une ancienne connaissance, le sieur de Sourdeval, compagnon de Dubois eh 1716 lors de son voyage à la Haye. Ce jour-là, Sourdeval prenait la route de Madrid avec les ratifications des traités récemment signes et une lettre de Dubois à Maulévrier contenant ces mots : a Si 1.. roi d'Espagne demandait sur quelle princesse S. A. R. lui conseille de jeter les yeux, il devrait répondre qu'il ne croit pas que le Régent prenne la liberté de rien suggérer à S. M. G. sur une
affaire de cette nature". » . .. j
Sourdeval était chargé d'offrir à Grimaldo un portrait de 1 ouis XV entouré de diamants et de lui faire insinuer l'acception d'une pension de trente mille livres « pour favoriser l'union des deux couronnes" ... Pendant ce temps, Maulévrier se plaindrait des projets de mariages autrichiens; auparavant un piège avait été adroitement tendu dans lequel on espérait voir Philippe V se i,.t.>r de lui-même; par des affidés, on était parvenu à lui faire entendre que le Régent avait formé le dessein de faire épouser „ne de ses filles, Mlle de Montpensier, ou Mlle de Beaujolais a I ouis XV Philippe rumina son projet de mettre sa propre fille .ur le trône de France et afin d'en écarter plus sûrement la jeune Montiiensier, il lui offrit le trône d'Espagne. Jamais dupe ne sCMirna plus habile". Sourdeval arriva à Madrid le 20 juillet, et dès le lendemain à quatre heures du matin il entrait à l'Escurial, .lù il passait trois jours en conférences avec le P. Daubenton Grimaldo et la reine Elisabeth. U^ ^4, il regagnait Madrid ou il arrivait le 25 et conférait avec un sieur Sartine qui fit agréer a Mme Grimaldo l'équivalent de la pension de trente mille francs en bijoux et en diamants". Or ce fut le 25 juillet que Maulévrier apprit de Daubenton et, quelques heures plus tard, de Philippe V les nouvelles dispositions de oe prince. ]^ 26, on la vu, Grimaldo faisait retarder le départ imminent de Sourdeval afin
■• Arch. de. Ajj. Élrang., l'orlngal, 1. 55, fol. 167 : Dubois à Mornay,
■''..^'r;;': ZaH. É.,.na.. E.p<.«no. U 30. roi. ... : D^^o. « Mau^Vn^, .. iuillot 1,2,, im., t. 3o,, fol. =35 : /nsfrucf.ons a M. de Sourdeval.
'=" Voir E. Bourgeois, Le Secret de Dubois, p. 3o5-3o6. „ .
- Public necord Ojjice, Fnmcc, vol. 363 ;. Schaab « lord Carlerel, Pans,
' "'£: Grimaldo stipula l'envoi annuel de bijoux et de vi- de Bou ogne H .1- Cl,amp..gne pour le montant de la pension. Qu'on se rappelle le5 envois 'le vins fins à Georges I" cl à SIflnbope.
Ouvrage de Dubois
Il le
reconnaît
de lui remettre les propositions de mariages suggérées par Sartine qu'inspirait Sourdeval lui-même". ^
Toute cette manigance était l'œuvre de Dubois, il sut n en rien laisser voir afin que Philippe V s'attachât à ces mariages comme \ son œuvre personnelle, mais le Régent savait et disait indiscrètement que Dubois avait tout fait en un « tourne-mam ». Dès que la nouvelle fut publiée la vanité du cardinal l'emporta sur la modestie et il ne sut pas se refuser l'honneur de ce nouveau succès Le mariage fut déclaré le i4 septembre et le Régent assura, dans le cercle des ministres étrangers qu'il n'avait d'autre mérite que d'avoir sur-le-champ et sans hésiter accepté l'offre du roi d'Espagne. Schaub n'en crut rien. S'entretenant, le i5, avec Dubois, u au lieu de commencer, dit-il, par me plaindre du mvstèixî qu'il nous avait fait, je me mis à le louer de ce nouvel échantillon de son habileté. » ï.e cardinal s'en défendit. « Nous n'avons pas, réi3ondit-il, l'honneur de l'invention; c'est le roi d'Espa-no qui s'en est avisé lui-même^\ » Lord Garteret accueillît très^imablement l'annonce officielle qui lui fut faite par Destouches. Alors Dubois craignit i)eut être qu'on n'ajoutât trop de créance à ses dénégations et laissa entrevoir son rôle véritable : « Le cardinal, écrit Sutton à son ministre, s'est découvert à nous en avouant que les trois lettres du roi d'Espagne [à Louis XV et à Villeroyl avaient été concertées avec cette Cour [de France] et que ce party est le propre ouvrage de ses mains. » ^ l<^ i^fP^.ésente comme le meilleur moyen d'apaiser le ressentiment de Philippe V pour la destruction de sa flotte, et de le « rapatrier » avec l Angleterre et la France. « Vous voyez, Milord, par la date de ces circonstances, que M. le cardinal ne soutient plus que ce mariage est une chose nouvelle. » Comme Georges 1- avait |)aru surpii> que l'affaire eût été conduite d'une manière si secrète, Dubois s'en excusait sur ce (fue dans une quinzaine de jours le roi d'Angleterre se sentirait obligé au Régent de lui avoir caché une chose de nature à n'être pas communiquée pendant qu'elle était
en négociation". - a^
le •>8 septembre, Schaub célèbre la glorieuse semaine de . notre cardinal » qui lui a expliqué qu'il a dû garder le secret afin que l'affaire fût hâelée sans que le parti <( vieille Gour » en
23 Arch. des Aff. Etmmj., Espajrn<., t. 3«.S, fol. ii6 ijh'latinn du voyaue de
Sourdeval, du /» août 1721. . , , . ^ 1 .1 ParU
=^ Public Becord' Office, Franci.', vol. 363 : Schaub a lord CartereJ, lari«^,
28 ^septembre 1721. . , . r^ t ^4 Pari«
'^ Public Becord Office, France, vol. m : Sation a lord Carteret, Pnri..
16 sopt<imbre 1721.
LtS MARIAGES ESPAGNOLS
Annonce
connût rien et que tout le monde fut bien persuadé qu'ils ne possédaient pas exclusivement la confiance du roi d'Espagne. Dubois se divertit à voir la confusion de Villeroy qui, après s'être réjoui (le ce mariage espagnol, songe qu'il va pendant longtemps prol„nger les chances et rautorité du duc d'Orléans. L'entourage (In maréchal découvre de suite que le Roi, à sa majorité, pourra chercher une princesse d'un âge mieux proportionné au sien; ot (( vous jugez, Mylord, poursuit Dubois, que ces menaces n'effiaient guère le Régent. La reine d'Espagne, au premier déplaisir ,pie le roi son époux causeroit à son Altesse Royale, seroit exposes' à la honte de se voir renvoyer sa fille. » Dans le téte-à-tête iivec Schaub, le cardinal s'ouvre presque sans réserve. « Le cardinal m'a fait lecture des lettres que le roi d'Espagne a écrites au jeune Roy, au Régent et au maréchal et quand je lui ai (Icnlandé si c'était luy qui les avoit dictées ou composées, il ne
la pas trop nié^*. »
U Régent, comme on l'a vu, jugea prudent de ne pas déclarer ^^ ^^^.^^^ les deux mariages à la fois. Rien lui en prit; il laissa ainsi s'a- deMiiede paiser les humeurs et se refroidir les esprits, cependant il fallait Montpensier {ir.ir cette affaire. Dès le 19 septembre, Dubois écrivait au cardinal de Rohan : « Le public qui aime à faire faire de belles actions aux |)iinces, étant informé avec quel zèle S. A. R. a appuyé la proposition du loi d'Espagne, ...sans aucun retour sur les espérances dont sa famille se pouvait flatter, annonce que le Roi Catholique, par reconnaissance, pourra demander Mlle de Mont- (K'nsier pour le prince des Asturies''. » Le 21 septembre, à sept heures du soir, le courrier api)ortait à Ralsaïn l'acceptation de louis XV, dès le lendemain Philippe V consultait pour la forme son fils le prince des Asturies et envoyait la demande officielle de Il main de la princesse''; cette demande arriva le 27 à Paris". Le Régent « alla chez le Roi, après avoir confié son secret à M. le Duc et à- M. de Fréjus. Il les trouva dans le cabinet du Roi, il en fit sortir tous les autres, et entrer le cardinal Dubois, et là il (lit au Roi l'honneur que le roi d'Espagne lui vouloit faire, et lui- demanda la permission de l'accepter. Cda se passa tout uni-
'' Public Record Office, France, vol. 363 : Schaub à lord Carteret, Paris,
:<S sopteinbro 1721. .
-' Dubois à Ilohan, 19 scptc-mbre 1721. dans Anecdotes sur Vélévation de l>ubois, ms. du la Bibli. de l'Écolo Siiinte-Genevièvc, V, fol. 22.
=" Arch. des Aff. Etrang., Espagne, t. 3o5, fol. 9 : Maulévrier à Dubois,
'•> septembre 1721.
•• Arch. des Aff. Etrang., Suède, t. 149. fol- ^90 : Dubois à Campredon,
2tt septembre 1721.
m€nt, sans la moindre difficulté, mais le maréchal de Villeroy ne put s'emi>echev dans le compliment qu'il fit sur-le-champ à M. le duc d'Orléans, de témoigner son élonnement qui sentit fort le dépit. Le lendemain 28'", le duc d'Orléans en fit la déclaration au Conseil de Régence, le Roi présent". » Avis et compliments ne furent qu'une même chose; les maréchaux de Villeroy, de Villars et d'Huxelles y parurent le visage enflammé et ne purent cacher leur dépit pom* ne pas dire leur désespoir. Le lendemain, le Roi alla au Palais-Royal, puis à Saint-Cloud, faire compliment c. sur ce grand et incroyable mariage », et en ce moment Dubois s'entretenait avec Schaub. « Il faut avouer, concUiait Schaub à la suite de cet entretien, que rien n'a été mené plus adroitement, et que si jamais mystère a été pardonnable, c'est celui que le cardinal nous a fait dans cette rencontre. Car, sans le plus profond secret, il n'auroit pas été possible de faire agir ainsi le roy d'Espagne comme de son [)ur mouvement. Maulévrier même n'a pas été dans le secret; et toute sa part a été de porter les lettres du cardinal au confesseur''. » Les deux compères s'entendaient à demi-mot. Daubenton, personnage avisé, n'entendait [)as que sa part de collaboration dans un événement de cette importance fut oubliée, et Dubois le rassurait sur ce i)oint : .< Ces deux mariages, lui écrivait-il, sont si utiles à l'union des deux monarchies, et cette union si nécessaire au bien de la religion que votre piété et votre zèle pourroient bien vous y avoir fait contribuer; et, en ce cas je vous féliciterois et vous remercierois en même temps de la part que vous y auriez prise; mais toujours je me réjouis avec vous de ce que Dieu répand ses bénédictions sur nous et nous regarde d'un œil de miséricorde". »
Telle fut, d'après les témoins les mieux informés et les documents les plus sincères, cette négociation des mariages espagnols qui mit le sceau à la réputation diplomatique de Dubois, découvrit ses qualités exceptionnelles de perspicacité, de décision, son adresse à garder son secret, à poursuivre son dessein et à réaliser son grand ouvrage dans toutes ses parties. Saint- Simon, qui avoue n'avoir jamais rien connu de cette négociation reconnaît qu'il faut convenir que de porter une fille du Régent
*" .T. Biivat, Journal, t. II, p. 299.
-31 Saint-Simon, Mémoires, édit. Chéruel, i858, t. XVIII, p. 223. 3= Public Becord Office, France, vol. 363 : Schaub à lord Carterel, Pari!*,
3c septembre 1721. T^ k
» Arch. des Aff. Êirang., Espagn<^, t. 3o5, fol. 69 : Dubois au P. Daubeu-
torii octobre 1721.
Les mariages espagnols
Cour»
suffoquée de celère
sur le trône d'Espagne fut un chef-d'œuvre de l'audace et et d'un
bonheur sans pareir.
u Si la nouvelle de la déclaration du mariage du Roi avoit bien u • Vieille étourdi et affligé la cabale opposée à M. le duc d Orléans, celle de la déclaration de celui d'une des princesses ses filles avec le prince des Asturies l'atterra. Ce fut un accablement si marqué lians toute leur contenance, qu'il les distinguoit aux yeux les moins perçants et les tint plusieurs jours dans un morne silence... Us n'avoient [eu] que l'Espagne dans la bouche, qui étoit l'ancre de leurs espérances, la protection de leurs mouvements, le ^eul moyen de l'accomplissement de leurs désirs, et par tout ce que Dubois n'avoit cessé de faire contre elle en faveur de l'Angleterre, l'occasion continuelle et sans indécence de fronder et décrier le Régent et son gouvernement qui, d'ailleurs, leur avoit donné beau jeu du côté des finances et celui de sa vie domestique Toutes ces choses si flatteuses qui, malgré le peu de succès de leur malignité, de leur haine, de leurs efforts, faisoient toutefois encore la nourriture de leur esprit,' de leur volonté, de leurs vues non seulement tomboient et disparaissoient par ce double mariUe mais se tournoient contre eux, et les laissoient, dans le ,nome''nt même, en proie au vide, à la nudité, au désespoir... Néanmoins ayant un peu repris ses esprits au bout de quelques jours elle se mit à détester l'Espagne et à la même mesure qu elle s'y étoit attachée, et ce contraste fut si subit, si entier, si peu inesuré qu'il ne falloit (iiie le voir et l'iMitendre pour en sentir la cause... Aux cris contre l'Espagne, ils en joignirent contre le (hic d'Orléans qui, disoient-ils, sacrifioit le Roi à un enfant sorti •1 peine du maillot, pour marier si grandement sa fille, et pour 1? criminelle espérance qu'ion retardant sa postérité, il pût manquer avant l'âge [nubilel de l'infante et le duc d'Orléans régner en sa place, après s'être fait un appui de l'Espagne, si justement <'t si longuement son ennemie personnelle. On les méprisa et on ne songea plus qu'à exécuter promptement tout ce qui pouvoit l'être de ce traité de double mariage". »
A Madrid, l'écho de ces colères v\ de ces menaces se perdit au sein de l'allégresse d'unc^ Cour ravie, Maulévrier remit le 21 septembre à Philippe V ses dépêches et le Roi les lut à trois reprises, sextasiant sur la manière dont le Régent avait agi pour obtenir l'acceptation du Roi de France et du Conseil de Régenee. Ensuite i! pleura, la Reine pleura, Maulévrier pleura; les courtisans entrè-
•'' Saint-Simon, Mémoires, t. XVIII, p. 22A.
'' Saint-Simon, Mémoires, édit. Chéruel, i858, t. XVIII, p. 225-227.
La joie en Espagne
^ri
LES MARIAGES ESPAGNOLS
Contrat de rinfante
et de
Mlle de MoDtpensier
rent et ce furent des compliments, des effusions, des embrassades et pour linir un Te Deum que suivit un baP*. Philippe V annonça lui-même à sa fille, âgée de trois ans, sa nouvelle destinée : « Je ne veux pas que vous appreniez par un autre que par moi-même ma très chère fille, que vous êtes reine de France. J'ai cru ne pouvoir mieux vous placer que dans votre même maison et dans un si beau royaume. Je crois que vous en serez contente. Pour moi, je suis si transporté de joie de voir cette grande affaire conclue que je ne puis vous l'exprimer, vous aimant avec toute la tendresse que vous ne sauriez vous imaginer. Donnez à vos frères cette bonne nouvelle^ et embrassez-les bien pour moi. Je vous embrasse aussi de tout mon cœur'*'.
En même temps que l'acceptation de Louis XV , deux projets de contrats avaient été envoyés à Madrid. Celui du Roi et de l'infante prévoyait les démarches à faire pour obtenir les dispenses de proche parenté, l'envoi immédiat en France de l'infante, dont les épousailles auraient lieu à l'âge de douze ans accomplis. La dot s'élevait à cinq cent mille écus d'or sol en échange de laquelle Anne-Marie-Victoire renoncerait à toute prétention sur aucune partie de l'héritage de ses parents pour elle et pour ses descendants; celte renonciation ne serait pas valable si l'infante demeurait veuve sans enfants ou contractait un deuxième mariage. Le Roi Très Chrétien donnerait à l'infante cinquante mille écus à son arrivée dans le royaume et trois cent mille livrer lors de la célébration du mariage. Pour son douaire, elle aurait une i^nte de vingt mille écus d'or sol assignés sur des terres dont la principale aurait le titre de duché".
Mlle de Montpensier recevait la même dot de cinq cent mille écus dor sol, mais tandis qu'en Espagne le Roi dotait sa fille, en France c'était le trésor qui dotait la fille du Régent dont la libéralité se bornait à cinquante mille écus d'or. En cas de veuvage, la princesse pourrait sortir d'Espagne et retomber à la charge de la France".
•'»« Arch. det: Aff. Êtrang., EspagiK-, t. 3o5, fol. 9 : Maalévrier à Dubois, 22
septembre 1721. . ; , i
" Arch des Aff. Êtrang., Espagne, t. i5o : Mémoires et documents.
3" Arch. des Aff. Êtrang., Espagne, t. 299^ fol. i/i3 : Articles accordes
entre le commissaire-député par le roy T. C. et celuy du roy d'Espagne pour
parvenir au mariage qui se doit accomplir entre très haut, très exceUent et
Très puiss^mt prince Louis XV, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre
H très haute et trè« puissiinte princesse: Dôna-Anma-Mana-Viclona, infante
d'Espagne, etc.
»» Arch. des Aff. Êtrang., Espagne, t. 299, fol. 161: Contrat du prince de« Asturies et de Mademoificllc de Montpensier.
Philippe V approuva tout et les deux contrats furent signés le 5 octobre, à Balsaïn, par Maulévrier et par Grimaldo, ratifiés le 20 par le Roi. Dès lors chacun allait s*ébranler : princesses, iiinbassadeurs, cortèges chemineraient en sens inverse avec un luxe et une. dépense infinis.