‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 108 sur 193 · CHAPITRE LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUI

L'ambassade de Saint-Simon

(Septembre 1721 — mars 1723)

Saint-Simon demande l'ambassade extraordinaire. — Il se ménage Tappiii de Dubois. — Les préparaUfs. — Instruction. — Mission du duc d'Ossone. — Saint-Simon à Madrid. — Le Roi. — L'infante. — Le contrat. — L'audience solinnelle. — Audience de la Reine. — Signature du contrat. Le voyage de Mlle de Montpensier. — Voyage de l'Infante. — L'échange. — Le prince des Asluries. — La rencontre. — Santé et destinées de la princesse des Asturios. l^aint-Simon ruiné. — Maulévrier reste à son poste. — Voyage de l'infante. - Bordeaux. — Chartres. — Orléans. — Berny. — Bourg-la-Reine. — Aspoct de Paris. — Le cortège et les fêtes.

Au premier mot du mariage du Roi et de la venue de l'infante Samt-Simon d'Espagne le duc de Saint-Simon songea à l'occasion que lui lambassade offrait la confidence du Régent de faire la fortune de son second exiraordinis. Après avoir exposé un plan d'éducation, désigné une gouvernante et une résidence, improvisé et brillé tout à son aise, le duc d'Orléans lui dit qu'il avait raison mais qu'on ne pouvait adopter ses vues, la place de gouvernante ne se pouvant ôter à la duchesse de Ventadour qui n'était pas femme à s'enfermer au \ al-de-Grâce. Saint-^imon contesta un peu et dit au prince « que, H.iisque les choses en étoient nécessaiixîment à ce point, il devenoit instant d'envoyer faire la demande solennelle de l'infante 1.1 en signer le contrat de mariage, qu'il y falloit un seigneur de marque et titré, et que je le suppliois de me donner cette ambassade avec sa protection et sa recommandation auprès du roi d'Espagne pour faire grand d'Espagne le marquis de Ruffec-»; et ^ans lui donner un instant il récapitula tout ce que le Régent avait fait pour d'autres et n'avait pas fait pour lui : et La Feuillade, et Noailles, et Rrancas, et Ne vers I Le prince « eut peine a le laisser aéhever », accorda tout et tout de suite. Ce qu'il assaisonna de beaucoup d'amitié avec la demande d'un secret sans rési'rve et la recommandation de ne faire aucun préparatif, vou-

llseinéna<;e

l'appui

de Dubais

Les

préparatifs

,a„l « d«nno, lo t»„,. . de lourner .on D.boi, .1 de lui c« l.ini

•' (illl le IlUlUSirC VOUltlll mtiiaçjvi * v. ^ u^i ;^ f,,^

ae%hiU,pe V; . n.U.un.™nt. écnt^ au — ^^^^^ ^» 1 1 ompre' ..Toutefois Saint-Simon savait que Ir ménager co mmistre. \'""'"^*^ '^/"" ' ..„•,. ,^, ^^^uses au car-

r '■"^f"6%^eV.;mt'o 1 I^uboll répondit 'aux avancer très

' """Jf fï^nt Simon • - J'avois d.-viné, monsieur, ce qu<«

vous des.r.ez de me. «" "^.^^ ^ lancionnc amitié dont vous

senlimcnls que pouvo.t muspiu. ' ''"^ * . j ,„,

•„,avez autref..is honoré, <,m ^-^'^l^-^J "/"',. .^ritn'eu.

1';;;;;: ;:m:';;:^;nc ,...<. iuq.i.o>ai„e. nubois ..vau ç. .,,.

'èse l'indépendance d'un grand seigneur ■>''";*^;^;''"'Jj' , nolence dun ministre, il complota la r.unc de Saint-S.mon a m de e tenir à sa discrétion, et celui-ci le conq.r.t. n.a.s trop .1. Us'Jn Zgea, sachant ce que pèse la répu.a.i.u. dun nnn.s.n . îiifw.ivdp nersévéramment par un écrivain. .

^rfu'enl d'abord de la part de Dubois que l'-fu-."« ^- ; .i d'attachement et tous les artifices en usage afin d evul. . S.i enta^re et de rien discuter avec lui. Lorsque la da.,

. Sain.Si.on, Mémoires, édit. f^J^^^^^JZ^ fM^ifÀ '•-

Blbr.1. Dubois et Sainl-Smmn. ^"' »"]''''''"''\Z l h\\ D 37-73; Duhok . L. dans Kevue des QuesUons h..(or.que. .90., l- LXX, p. 3; 7 . corrfinalelpremiermmislre. L II. p.3b9-40.- ■ . g^^j^fc^

' Arch. des Ail- Étrang., Espagne, t. 3ii, loi. 28 octobre 1721- vviii ■>-,/

< Arch. des Mf. Êtmng., Espagne, t. 3o4. loi. 74 8 septembre 1731-

L'AMBASSADE DE SAINT-SIMON

du départ approcha, lo minisire changea de ton, prêcha la plus vvlrème magnUicence et entra dans les plus minces détails, se .écriant sur l'excès de simplicité, augmentant le train d'un luTs Saint-Simon se débattit, rappela l'état pitoyable des fi- „„ice« le déchet prodigieux du change et obtint pour réponse mie cela devoit C-\re ainsi pour la dignité du Uoi, et que c'étoit -, S M (le porter toute la dépense ... Le Uégent, persuadé par le "cardiual, tint le même langage; alors il fallut (pie Saint-Simon (iélaillàt le nombre et la broderie de ses habits, qu'il énumerat ee qui regardait la table et l'écurie et le cardinal augmenta tout ,l„ double. « Il fallut céder, quoique je sentisse bien qu une f.,is embar(pié, ils ménageroient la bourse du Roi aux dépens ,1,. la n.ienne\ .. L'ambassade fut déclarée le ■?.?, septembre et Saint-Simon partit en poste le t-H octobre. Ce mois, si on le pouvait raconter dans sa minutie serait pai-eil à une comédie ;.„l,,v,,.upée d'accès de rage, de fines iK-riidies et de harangues

( iillaiumées. ,. .

niibois montrait alors autant d'empressement qu il avait mar- ,|„é de nonchalance. 11 envoya presser les ouvriers, voulut voir un habit de chaque sorte de domestiques, livrées et autres, y .muta des galons; même il se fit montrer tous les habits faits pour l'ambassadeur et ses deux fils. Enfin l'impatience devint Irlle (luil fil transporter tout ce qui pût l'être sur des baquets ,.„ poste jusqu'à Bavonne. Il voulut encore connaître la suite, I . trouva bien choisie mais trop peu nombreuse et envoya dire m.d fallait emmener une quarantaine d'officiers. Saint-Simon . récria |)arla de folie de dépenses, fit entendre que cette belle jeunesse.' galante, indiscrète et française, lui susciterait par ses '.,v,ntures plus d'affaires que toutes celles de ll'ambassade. Fina- |. ni. ut on composa et l'ambassadeur n'emmena que vingt-neut oflieiers. Entre temps Saint-Simon écrivait, interrogeait, se l,„uiiait de renseignomenls, consultait Berwick, Amelot, Saint- \i-nan LouviUe. Ce dernier qui avait la prétention justifiée de -onnaître à fond l'Espagne traçait un véritable itinéraire et une iègle de conduite. M. de Saint-Simon ira ici. il ira là, il fera ceci,' et puis c-la .. Il verra le tombeau de la bienheureuse Marie d Agre- (ia qu'il verra bien dévotement et emi)èchera, s'il He peut, M. l'abbé de Saint-Simon de faire l'agréable ni de faire parade .l.> son jansénisme. S'il ne suit pas mes conseils, il pourroit Men ne pas revenir entier en Franc.-'. » Saint-Simon dressa une

■ Sainl-Sùnon, op. cil., t. XVllI. p. 228.

• Arch. detAfi. É»~«g.. Espagne, l. 3o5, fol. W ; Drumond, op. cU.. p. .01.

ri' I Ah:

Inslructions

Mission

du duc

d'Ossone

sorte de questionnilirc « sur des bagatelles qui pouvoient échapper! disaU-il, à nnstruclion attendue de Son Emmenée ..^ Duboi rénondi et Saint-Simon l'en remercia sur ce ton : « Toute m^n h^ileté ne peut esti* infusée que de la vostre qm est féconde en miracles. Une grande exactitude à vos ordres fera toutti ma conduite et une grande et pleine confiance en vous toutre ma sûreté. Je désire extrêmen.ent vous avo.r pu pla.re tantôt. Je conjutx. Votre Eminence d'estre bien persuadée que c'est le eoeur qui pa.le et qui lui est entièrement at ache » Ce fut dans ces sentin,ents qu'il lut une longue instruction q.a lui fut remise au momont du départ'.

Ek lui prescrivait de hâter le plus possible son voyage, réglai par avance certaines questions de eérémomal f /«tj^^^^fxigelnt, par exemple, que Mlle de Montpensier ^ "* ^« ff *=/J";r^è une fille de France, marquait tout ce qui avait ete fa, et HenTait par Maulévrier, donnait enfin un aperçu de la situa- Uon politique résultant des traités d'alliance signés auparavant ent"eTa France, l'Angleterre et l'Espagne. L'ambassadeur extraor^ nairc ne devait entretenir aucune relation avec les Bretons ïïDiés ni avec les partisans de Jacques Stuart, mais ne devait ,

teto^i^nei- aucune hostilité aux amis de la princesse des Ursins

OU du prince de Cellamare.

Enfin, Saint-Simon partit en p«le le ^3 octobre avec ses fils le comte de I.>rges, l'abbé et le major de Samt-Simon fut rejoint à Blaye par l'abbé de Mathan. à Bayonne par M. de Certste En chemin, au-delà de Poitiers, il rencontra le duc dOs- Sne' grand seigneur espagnol qui remplissait la fonction d am- Taïâdeur extraordinaire du roi d'Espagne, et arriva a Pau^ le ïo olbre'. Celui-ci fut, par une attention presque un.que^^^J eî défrayé avec sa suite à l'hôtel des Ambassadeurs extrao d naire On se hâta de faire faire à la future épousée sa première communL et, le i3, le duc d'Ossone fut conduit à l'audience pubZrdo Louis XV qu'il complimenta sur son mariage el . ïqu^il adressa la demande pour Mlle de Montpensier. U lo,

r ^^ k 'Kii fnl 68 • Saint-Simon à Dubois, ' Arrh des Aff. Êtrann., Espagne, t. Su, loi. oo . ouu,,

.;o!;L , ..! E. DruLnt, op. ci. p. :.â, n» . P; g^o ;

toS^n'u r" s;:; amorças:; :. <^-e ..-. sa.i.s..o. '^'tt[:::sL™ ^o£:t'xvm. p. .5.,5,. 33,-354.

L'AMBASSADE DE SATNT-SIMON

,hns l'après-dînée, eut lieu la signature du contrat. Le duc Xone conduit par le prince dElbceuf et le chevalier de Wot introducteur des ambassadeurs, dans un carrosse du Roi et don Patricio Laulès, conduit par le pr.nœ Charles de o Jne grand écuyer de France et par M. de Rémond, autre uTucteur des ambassadeurs, furent reçus aux Tu.Jer.es avec us les honneurs accoutumés et la plus grande magnificence. U rouvèrent le Roi dans un grand cabinet, debout sous un da,s. vaut un fauteuil derrière lui et découvert, une table et une •Stoirë devant lui. La duchesse d'Orléans avait prie la vieille Madame dîccompagner Mlle de Montpensier. Le Régent faisai face à sa mère aux deux boul^ de la table et le cardmal Dubo.s un peu en arrière du Régent. Les pnnces et princesses du sang en demi-cercle ainsi que le comte de Toulouse, les grands offices eT les principaux seigneurs. Le duc d'Ossone et Laules s apnro hèr nt firent un court compliment et se retirèrent aux iTctqu" eur étaient marquées, au-dessous des princes du sang .Tr ?a même ligne. 1. cardinal Dubois donna '-^ure^du con trat qui fut signé par le Roi et par tout ce qui était la présent du sang; puis, sur une autre colonne, par les deux ambassadeurs.

"L'^i'X'^'u après rendre visite à Mlle de Montpensier au Pahis Royal, ensuite à l'Opéra, qu'il vit pour la première fo. aS e souper aux Tuileries, Louis XV revint au Palais-Royal oùTouvritTbal avec Mlle de Montpensier, s'attarda une heure t d 2 et, en se retirant, traversa huit salles --P^s de -a^ nues magnifiquement parés. Bal et souper condu.s.rent jusqu a six heurL du matin. Le .7 vinrent, par ordre, le prévôt des archands et le Corps de Ville, complimenter la garnine royak dont Iles caprices bizarres et la perversité précoce allaient cons-

"Zdant'r tem^:'Snt.Simon poursuivait son voyage. Il s..,^.. ne se hat.il point, heureux de savourer les encens Provmci^x ,, «., dont on le régalait libéralement. Philippe le fit prier de pre^r sa marche'", l'ambassadeur extraordinaire n en fit r en pnt son temps et mit un mois entier à gagner Madrid, ou ,1 arriva dans la nuit du 21 au 2, novembi*. « J'espère. d>«ait-il' que . je ne feray point de honte à l'honneur de mon employ sur la

•• SainUSimon à Dubois. Bayonne. «novembre „.,. ^f •J;^"'""*',^^; ..5, n° 4; p- "7. n" 5; Mémoires, édil. Cheruel, ,858, t. XVIU. p. îM,

L'infante

manière de paroistre icy". » Dès le lendemain, conduit par Gnmaldo et accompagné de Maulévrier, il fut présenté au roi d'Espagne". Le premier coup d'oeil m'étonna si fort, avoue-t-il, que j'eus besoin de rappeler tous mes sens pour m'en remettre. J<- n'aperçus nul vestige du duc d'Anjou, qu'il me fallut chercher dans un visage fort allongé, changé, et qui disoit encore beaucoup moins que lorsqu'il étoit parti de France. Il étoit fort courbé, rapetissé, le menton en avant, fort éloigné de sa poitrine, les pieds tout droits, qui se touchoient et se coupoient en marchant, quoiqu'il marchât vite et les genoux à plus d'un pied 1 un de l'autre. Ce qu'il me fit l'honneur de me dire étoit bien dit mais si l'un après l'autre, les paroles si traînées, l'air si mais, que j'en fus confondu. Un justaucorps, sans aucune sorte de dorure, d'une manière de bure brune, à cause de la chasse où il devoit aller, ne relevoit pas sa mine ni son maintien. Il porloit une perruque nouée, jetée par derrière, et le cordon bleu pardessus son justaucorps, toujours et en tout temps, et de façon qu'on ne distinguoit pas de Toison d'or qu'il porloit au cou avec un cordon rouge, que sa cravate et son cordon bleu cachaient presque toujours". » La première audience dura un quart d'heure et se passa à demander des nouvelles, à se réjouir des mariages. Ensuite le Roi entra chez la Reine et l'ambassadeur fut appelé et entretenu une demi-heure « qui ne fut qu'un épanchement

de tendresse ». i- j- j

Le ménage royal montra lui-même ses enfants, Ferdinand. Carlos et Philippe, enfin l'infante et « ce que j'en ay vu, écrit Saint-Simon à Louis XV, m'a paru beaucoup au-dessus de ce qu'on en a écrit ». L'enfant dansa « ce qu'elle fit avec beaucoup de grâce ». « La Reine me fit l'honneur de me dire, qu'elle commençait à apprendre assez bien le Français, et le Roy ajouta qu'elle oubliroit bientost l'Espagnol, sur quoi la Reine ecna qu'elle souhaittait qu'ele oubliast non seulement cette langue, mais l'Espagne et eux-mêmes, pour ne s'attacher et n'aimer que Votre Majesté. » Enfin ce fut le tour du prince des Asturies qui me parut « grand et parfaitement bien fait. Il me demanda avec beaucoup d'empressement des nouvelles de V.M. et ensuitte de Mlle de Montpensier et du temps de son arrivée. » L'audience

tl

Saint-Simon à Dubois, Madrid, 24 novembre 1721 édit. Dnimonl, p. 1^3,

n' II.

12 Saint-Simon, Tableau de Ui Cour d'Espagne fait à la fin de 1712 et au commencement de 1722, édit. Drumont, p. SSi-SgA- »3 Mémoires, t. XVIII, p. 270-271.

L'AMBASSADE DE SAINT-SIMON

folennellc fut fixée au 2n novembre pour demander et accorder l'infante et signer les articles du contrat'*.

Saint-Simon n'avait que trois jours pour tout réguler, entre son arrivée et son audience solennelle. Il conféra avec .Grimaldo a Maulévrier et ils s'aperçurent que le roi et la reine d'Espagne ]\c devaient pas signer au contrat, mais devaient confier tous leurs pouvoirs à des commissaii-es qui contracteraient* pour eux. rhilippe IV n'avait pas signé au contrat de sa fille Marie-Thérèse, c\ cependant les Instructions données à Saint-Simon prévoyaient la signature de Philippe V à qui on rendit compte de la difficulté, il décida qu'il signerait ainsi que la Reine''. Une autre difficulté fut soulevée : la coutume d'Espagne exigeait impérieusement la présence de témoins pour la validité d'un acte et notamment d'un contrat de mariage, quelle que fut la dignité des personnes contractantes. Saint-Simon déclara cette formalité (. inconnue », enfin il céda aux instances de Grimaldo et de Philippe V lui-même et toléra les témoins sur un acte séparé, à condition qu'ils ne signassent pas le contrat lui-même. Philippe V eût la bonne grâce de choisir les cinq témoins dans la famille de Saint-Simon'\

L'audience publique eut lieu le 25 novembre. Saint-Simon et Maulévrier furent reçus au bas de l'escalier par le duc de Liria, le prince de Chalais et le marquis de Valouse qui rendirent leurs devoirs en qualité de Français. L'escalier était garni de hallebardiers avec leurs officiers; les gardes faisaient la haie dans leur salle; des grands et des gens de la première qualité attendaient dans la pièce contigiie à celle de l'audience et vinrent léliciter l'ambassadeur. Après un quart d'heure la porte de la salle d'audience s'ouvrit et les Grands y entrèrent pour recevoir le Roi. Philippe V prit place sous un dais vers le fond de la salle; à quelque distance de lui le duc de Rournonville, grand (''Espagne, capitaines des gardes en quartier; du même côté, P'vsque au bout, le majordome-major du Roi; les Grands le long des murailles; plus près de la porte d'entrée, les gens de (jiialité en foule. Saint-Simon, cambré, dédaigneux, magnifi- <iuo, s'avança à pas comptés dans son habit d'or rechampi, — tel un coq faisan —, fit à l'entrée une profonde révérence pour

'* Saint-Simon à Louis XV, Madrid, ah novembre 1721, édit. Drumont, f. i/l'i-t/|6, no 12; Mémoires, t. XVIII, p,/566.

'' Saint-Simon à Louis XV, Madrid, 24 novembre 1721, édit. Drumont, p. 147-1A8, n^ 12; Mémoires, t. XVIÎI, p. 274-978.

'* Saint-Simon à Louis XV, Madrid, 24 novembre 1721, édit. Drumont p. i49-i5i, no 12 'y Mémoires, t. XVIII, p. 278.

Le contrat

L'audience solennelle

'■5 * il

laquelle le Roi leva son chapeau et se recouvrit; l'ambassadeur arrivé au milieu de la pièce s'inclina de nouveau pu.s une troisième fois au pied du trône et le Roi se découvrit encore et se

Saint-Simon parla de l'union des deux couronnes de la joi. desTeux nations, de l'union des deux familles et demanda h main de l'Infante, ensuite il remercia pour le choix du prince Ts Asturies et «e congratula lui-môme d'avoir ete appelé a figurer Ïns cette occasfon. « La joye du roi ^^^^^^ Cependant sur son visage et sur toute sa personne S. j a vo s été écrit Saint-Simon, surpris à la première vue du roi d hsnagne à mon arrivée, et si les .audiences que j'en avo.s eues iufqu'à ceTle-ci m'avoient si peu frappé, il faut dire ici avec la jusqu d ce littérale vérité que l'étonnement ou me

Sir s/répoiL'eT me mU presque' hors de moi-même^ H Cndit à chaque point de mon discours dans le -««- -*-' Jec une dignité, une grâce, souvent une ^'"«J^^f • «"^^"^^^^^^^ choix si étonnant d'expressions et d- Paroles pa leur just^se et un compassement si judicieusement mesure, que je crus en t2e\e feu Roi, si grand maître et si versé en ces sortes de

'^^Philippe V sut joindre l'égalité des personnes avec un cerlan air dTplus que' la déférence pour le Roi son neveu, che Tsa maison, et'laisser voir une tendresse inn^-P;>- ^ ^ d'un frère qu'il avoit passionnément aime et qu il regretioii toujours Il'laissa étincTler un cœur françois sans cesser de s montrer en même temps le monarque des Espagn • " fi sent aue sa ioie sortoit d'une source plus pure que 1 intérêt de » luronne je veux dire de l'intime réunion du même sang; et u"2ard du mariage du prince des Asturies, il sembla remonte qu iques degiJde son trône, s'expliquer avec une ser.eus bontt entir moins l'honneur qu'il faisoit à M. le due d Orle ns en fa;eur du même sang, que la grâce signalée qu il Im ^.^ St.. Cet endroit surtout me charma par la de^çatesse a^ec Sauëue sans rien exprimer, il laissa sentir sa supériorité tout ntïr la grâce si peu méritée de l'oubli des choses passée» :rï ieau !i fort inespérable que sa bonté daigno.t y app^e . Tout fut dit avec tant d'art et de finesse, et coula toutefois s naturellement, sans s'arrêter, sans bégayer,- sans chercher, qu

L'AMBASSADE DE SAINT-SIMON

fit sentir tout ce qu'il étoit, tout ce qu'il pardonnoit, tout en même temps à quoi il se portoit, sans qu'il lui échappât un seul mot ni une seule expression qui pût blesser le moins du monde, et presque toutes au contraire obligeantes... Je regretterai à jamais de n'avoir pu écrire sur-le-champ des réponses si singulières et de n'en pouvoir donner qu'une idée si dissemblable à une si surprenante perfection". »

Après la présentation des officiers des troupes faisant partie A«f^"^^«/« de sa suite, le Roi se retira, les ambassadeurs français et l'assistance se rendirent dans l'appartement de la Reine. Foucault de Magny, un des Bretons traîtres à la France, s'y trouvait majordome^ de semaine et devait conduire à l'audience. Il fut remplacé et invité à ne se trouver nulle part où il pût rencontrer lo duc de Saint-Simon. Les autres Bretons, coupables du même crime, se tinrent pour avertis et évitèrent partout le regard de

Tambassadeur". , ,,o ' > v x

La Reine avait le visage marqué, couture, défigure a 1 excès par la petite vérole; maigre, mais la gorge et les épaules belles, la taille dégagée, bien prise, parlant français avec correction, facilité et un léger accent italien; une grâce charmante, continuelle, naturelle, sans la plus légère façon, un air de bonté, même de politesse qui n'excluait pas un air de grandeur et de majesté qui ne la quittait pas". Le discoure roula sur les mêmes choses qu'à l'audienoe du Roi. Elisabeth Farnèse se trouva embarrassée par sa propre joie, répandit cependant en bons termes toutes les banalités dont l'enchaînement prévu compose les improvisations du cérémonial des cours".

Ensuite vint l'audience du prince des Asturies, où tout se passa sans aucune cérémonie, conversation plus qu'audience; de là on i.assa chez l'infante. Grimaldo avait promis qu'elle dormirait, — (lie dormait!" A quatre heures de l'après-dînée, Saint-Simon et Maulévrier revinrent au palais avec la même pompe que le matin l)our la signature du contrat. On les introduisit dans le Salon des Grands, où se trouvaient les Grands d'Espagne, le Président de

■" Saint-Simon à Louis AT, Madrid, 27 novembre 1721, édit. Dmmont,

p. 173, n<> 20; Mémoires, t. XVIII, p. 286. T^ ♦

=° Saint-Simon à Louis XV, Madrid, 27 novembre 1721, édit. Drumonl, p. 173, n° 20; Mémoires, t. XVIII, p. 287.

^' Saint-Simon, Mémoires, i: XVIII, p. 271. ,j. T^ ♦

" Saint-Simon à Louis XV, Madrid, 27 novembre 1721, edil. Drumonl.

p. 174, n° 20; Mémoires, t. XVIII, p. 288-291. ,j. 1^ »

" Saint-Simon à Louis XV, Madrid, 1^7 novembre 1721, edit. Drumonl, p. 175, n*> 20; Mémoires^ t. XVIII, p. 292.

Signature Ha contnt

mi

If

CastilL-, les doux secrétaires d'État, les cinq témoins français. Un moment après arrivèrent le Roi, la Reine le prmce des As lunes, linfante avec sa gouvernante et les .nfan.s. Is pr.ro,,! place devant une table disposée au n.iiieu du salon es gran.!. d'Espagne faisant cercle tout autour; le nonce au bout de la tabi.. à drc.ite; lan.bassadeur extraordinaire derr.ere le nonce to„l près du Roi, ce qui conq.orlail une véritable prescnnec enco .■ que déguisé;, sur le représentant .lu Pape. n..n José Rodr.g.. In, ;. contrat du n.ariage en espagnol et lit ensu.te la lecture d „n double du n,èn,e contrat et en même langue, puis de 1 acte s<-pa.v où il était fait mention des nou,s cl qualités des d.x tenK,:ns et de r présence de toux ceux des grands .l'Espagne qu. se lro>.vau.nl là Le Roi et la Reine signèrent, la R'eine guida a nunn de infante puis le prince .les Asturies et ses j.-unes fr.-res. Les aml.asslSeurï français. „u,duils à uneju.he table, signèrent a cote .les Tir>Tn< flo^ deux doriiiers infants . . , i

T la nui, illumination, souper, bal. feu d'aHin-..; le Icn e- Jin Te n'u.,n solennel à Notre^Danve d'Ato.ha et nouvell.-s

jouissances. Le :>- novc-nbre. Saint-Sin..n apprd que Ile < Mintp.-ns:er s'acheminait vers la frontière d Espagne d I al , fnn ne r au ménage roval qui attendait celle nouvell.- avec la Z vii impatien.^. A la demande d'être introdu.ts, cur rejH.ud aue leurs Majestés étaient encore au lit. ma.s que les amba^deT.: pouvaiei entrer néann.oins. 1. Ro"., .>-.'-;-',-;:. ché sur des oreillers, avec un petit numteau de l>l < e >at.n bl. n h Reine à son séant, un morceau d'ouvrage de tapisser,.- a a „n n Tla .^auche du Roi. des pelotons près d'elle: des pap.e,> Srs' su 1.^ reste du lit et sur un fauteuil au chevet, tout pre< d^Roi qu ' étoit en bonnet d.- nuit, la Reine auss, "t - niant... .;; Tù 'ous deux entre deux draps q..e rien ne earho. .p e l,iers fo,t imparfaifment". Celte n<u.velle d.. .lepart de \\ \ 5S. n p niie " iausa une exlr.^me satisfaction el 1» c-ve-a ';' s proie ngea pemlanl une heure. Le jour n,éme 1 mfan e pa t ,oûr Alcala et le Roi et la Reine pmn- Lern.a où deva.t être cel. bré le mariage du prince des Astunes' .

U ,..y.pc Tout avait été prodigué pour rehausser 1 eJal d \^-^ «t^rnst Mlle de Montpensier à travers la France, jusqu a celle .le e.leb.

» Saini.Sin.on à Louis XV, Madru. .7 nov,.mbre .„., cdit. Dru.non,.

p. ^l^-"l^'''''^'!'';2::r^-^J!^'':, novembre .7.., «dU. Dnn„o..:. '*'• Saint-Simon a Loms AV, •^l'»^y^^|' if

-«'*;;.:;s:;.r.T;"v:'MaS''^ timbre ,7^., .au. Dn..o,.., p. 18'^; Mémoires, t. XVllI, p. 325.

L'AMBASSADE DE SAINI-SIMON

dite des Faisans, sur la Bidassoa, où se ferait l'échange des princesses. Cette fillette [)erverse, fanlasquc et opiniâtre était présen- \vv par Dubois coniine une pieuse et douce enfant. <( Toutes les in- (ili nations de Mlle de Montpensier, écrivait-il, tendent au bien, à l'honneur, à la dignité, à la piété, et il semble qu'elle soit née pour vivre auprès de Leurs Majestés Catholiques; en sorte qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître que la même. Providence qui :i formé. cette princesse, a inspii^ au Roi Catholique le dessein de la choisir pour le rang qui lui est destiné^' ». « On ne peut rependant pas dire, écrivait l'aïeule qui la voyait de plus près, (pie Mlle de Montpensier soit laide; elle a de jolis yeux, la peau line et blanche, le nez bien fait quoique un peu mince, la bouche fort petite; avec tout cela c'est la personne la plus désagréable (pie j'aie vue de ma vie; dans toutes ses façons d'agir, qu'elle jjarle, qu'elle mange, qu'elle boive, elle est insupportable; elle n'a pas versé une larme en nous quittant, et c'est à peine si elle nous a dit adieu'' ». Elle avait grandi, ou pour mieux dire, pouss(\ ainsi qu'un joli animal, dans un appartement de ce Palaishoyal où personne ne s'occupait à former sa conscience, son intelligence et son cœur. Le i8 novembre, le duc d'Orléans, le duc de Chartres, la duchesse de Ventadour, la princesse de Soul)ise et la comtesse de Cheverny, encadrés de cent cinquante gendarmes et ([ualiH?-vingts gardes du corps conduisirent la jeune lUine d'Espagne jusqu'à Bourg-la-Reine d'où elle devait poursuivre sa route" sous la surveillance de trente ou quarante brigands de la bande fameuse de Cartouche qui ne la quittèrent pas jusqu'à son entrée à Madrid". L'avocat Barbier avait raison de dire qu' (( il y a des préparatifs étonnants pour ce voyage-là; on dit qu'il marche près de quatre mille personnes, cela nous coûtera des sommes"'! » Le catalogue des livres que la princesse em- [►orta en Espagne a été conservé, ce n'est que (( rapsodies de la j.lus forte mysticité, et tels que les aurait choisis une vieille servante imbécile". » Le voyage dura six semaines, la jeune Reine

" Arch. des AJf. Étrang., Espagne, t. 3o8, fo. 2o3 /. Dubois à Maulévriery 18 novembre 1721.

=* Madame à la raagrave Louise, 6 dtîccnibre 1721, dans Correspondance, édii. 'i. Brunet, t. II, p. 355.

" Buvat, Journal, t. II, p. 3o4 ; Saint-Simon, Mémoires, t. XVIII, p. 334-

*" P.-E. Lémontey, Histoire de la Bégence, i832, t. I, p. 434-

'' Barbier, Journal, t. I, p. 172.

" P.-E. Lémontey, Les filles du Régent, dans Revue rétrospective, i« série, l. I, i833, p. 200. Toutes réserves à faire sur oe jugement.

iH ■

L'AMBASSADE DE SAINT-SIMON

étant partout reçue solennellemervt". De Bazas elle ecnvait à son Xe ces quelques lignes en caractères plus qu'enfantms A Ba- Lse ce M de^cembre. Fermeté mon chère papa que j ail Ihonnoeur en vous souhaitent davence une bonne aoie de prendre encore con^ de vous et de vous asurer nuls terme ne pouvan esprTmer ma vive reconnessence de toust ce que vous aves fait uou moy que je vous le marquerez toute ma vie par ma bonne SuTte" oi application à vous playre Trouve bon ausi^qu ïndent justice à la maison du roy je men loue ^n^^f^^P^-^f ^^"; Basoncoirt m'a fait très grande et bonne chère. Le flerge qui !.f trèTbten composée a eu toute lexattitude possible"... » a Lfprinrd?Rohan qui attendait la princesse à Bayonne alla à W"' s. renconïe accompagné d'une nombreuse suite à cheval et lu. • donnaTa main à la descente du carrosse. Le lendemain Mlle de donna la main * , . . , Rgme douarière d Espagne,

frrHX Ta fXiti en reine. Uuise-Élisabeth en

^rde^rShcs présents". De son côté. ^'^^^^^^^^^ZT^Jl la'frontière sous la -nduite du marquis de «-^ ;Cru J^n^^

St ramener la jeune princesse des A^^"-- ^--»^- ^, ,,„. Le 6 Mlle de Montpensier arriva a Saint-Jean^e-Luz et un f^ntP à'ozarzun- le 8. le prince de Rohan et le marquis de Sanla- Gru •aSè;ent, 'disc'utèrent le, fonnules ^t le protocole d racte d'échange, les dispenses pontificales étaient prêtes céi^monie fut fixée au 9 janvier àj-d.

Ce jour-là les deux P"n«>esse« - ^"^'^mZ\oi de France A K^ic KpII^ et bien meubke, batie aux aepens uu i^i d'anf nie dis Faisa^ avec des matériaux enlevés par ses troupes

« Us rapports dee Inlendanls sur ces réceptions dans 4rch. de. AfL É'«.ng..

Espagne, Mémoires el Docu,ments i. f'^^lj^^ ^';.; ^^ Lé„ontey, op.

ii Mlle de M°-'^f "-- «J''"pf;;;',rde " r^^^^^^ irançaises e. e.

Sie;::.ie!r."^'^^^^ - — ""•^■

'^rr'c:r;.i.'l'T:^. a mLÏbI;..,, . janvier .,». dan. L« Correspomianis de h Marquiez de BaUeroy, l. H, p. Sîo.

L'échange

des princesses

lors de rexpédition de Passage". Deux appartements égaux, Tun du côté de France, l'autre du côté d'Espagne, n'étaient séparés que par un salon destiné à l'échange. On y abordait des deux côtés par un pont de bateaux fort spacieux. Une foule considérable bordait la rivière sur laquelle se voyaient un grand nombre d'embarcations.

Deux compagnies de grenadiers des régiments de Touraine et de Richelieu étaient postées à droite et à gauche de l'entrée du pont. On choisit vingt hommes pour mettre dans Tîle aux deux côtés de l'appartement de France. Les gardes du corps se mirent en bataille vis-à-vis le pont, ayant à leur gauche, «ur le chemin de la princesse les régiments de cavalerie de Chartres et de La Tour. Les troupes espagnoles imitèrent cette disposition. Le cortège du prince de Rohan, composé de quarante gentilhommes, de seize pages, de cinquante hommes de livrée, et celui de la (iurhcsse de V(*ntadour, occupaient une grande partie du pont. La livrée du Roi, les pages et les douze Suisses tenaient le côté k plus près du salon.

Ive prince de Rohan donna la main à Mlle de Montpensier, à la descente du carrosse, et la mena à son appartement. Au même instant, l'infante entrait dans le sien. Après que les princesses se furent reposées quelque temps, elles entrèrent, suivies de leur Cour, chacune de leur côté, dans le salon et s'avancèrent jusqu'à Ir. table qui était au milieu. Le prince de Rohan était à la droite de Mademoiselle, la duchesse de Ventadour et le prince de Soubise à sa gauche. Le marquis de Santa-Gruz et la duchesse de Montellano étaient aux côtés de l'infante. On se dispensa de relire les actes examinés la veille, ils furent présentés et signés, cl les doubles en furent remis réciproquement. Le prince de Kohan remercia au nom du Roi tous ceux et celles qui avaient pris soin de l'infante, on échangea des politesses, les princesses VtMiibrassèrent et furent reconduites chacune dans son nouvel .ippartement. Une demi-heure plus tard chaque cortège s'ébranla dans sa diirection*\

Saint-Simon qui l'attend et bientôt l'observera recueille oe qui se dit de la princesse des Asturies : avec beaucoup d'esprit et (î'onvie de plaire, elle manque de l'éducation la plus commune; libérale, charitable, haute, volontaire, peu de bienséance, abu-

"' P.-E. Lémontey, Histoire de la Régence, t. I, p. 433.

'' Arch. des Aff. Ëtmng., Espagne, t. 299, fol. 3^2 : Relation de réchange (l«' l'infante et de la princesse d'Orléans, fait à l'Ile des Faisans, le 9 janvior 1722. Ibid., fol. 346 : Acte de l'échange de l'infante d'Espagne et dç Mlle de Montpensier, 9 janvier 1722. •

Le prince des Asturies

lu

L'AMBASSADE DE SAINT-SIMON

La

rencontre

sant de la complaisance qu'on lui témoigne, peu de souvenir de la France et de ses parents, des enfantillages'*. Son jeune fianciî est (( fait à peindre ». Allongé, maigre, lluet, délicat, mais sain, h. chevelure blonde, le visage laid. .Danseur, chasseur, tireur, il avait reçu l'éducation d'un jeune faune et ne donnait ni ne rendait aucun salut, mêmes aux dames. Le tempérament exeité au point qu'il fallut retirer de sa chambre le portrait de sa fiancée dont l'image troublait ses nuits et à laquelle il envoyait pour premier présent deux fusils de chasse". Par aversion pour tous ses maîtres, il aimait la France qu'eux n'aimaient pas; l'intelhffence était celle d'un enfant, la curiosité celle d'un adolescent, les passions celles d'un homme ".

L'impatience de posséder la jeune fille était si grande que Philippe V lui fit brûler les étapes et elle arriva à Cogollos, à quatre lieues de Lerma, le 19 janvier, le jour même où Saint- Simon, remis de la petite vérole, put se présenter à la Cour. Le roi d'Espagne, sa femme et son fils se rendirent en cachette à Cogollos où le duc del Arco pria la princesse de se laisser voir il des gens de sa suite, personne n'osa faire un signe indiscret et après peu d'instants le duc dit à la princesse que ses domestiques étaient devenus ses maîtres. Elle ne fut pas déconcertée, on s'embrassa et après une heure de conversation publique et debout. Le lendemain 20, ce fut l'entrée solennelle à Lerma. La Reine apercevant Saint-Simon lui dit avec un transport de joie qu'elle tenait maintenant la princesse, qu'elle était à eux, plus à nous et qu'ils la sauraient bien garder. Comme on était convenu, à eause de l'âge des deux enfants, de retarder la consommation du mariage, Saint-Simon exigea que les époux parussent dans le même lit en présence de toute la Cour, tenant cette cérémonie pour essentielle à Ha sdlidité du lien, à défaut de la cohabitation''. La princesse des Asturies tint son père au courant de ces événements : (( Mon chère papa, avant jere le loy la reine et le prince me vinre voire je netait pas encore ariver ici le lendemain-git arrivoixît je fut marie le même jour cependant ili a eu aujourduit encore des cérémonie a faire le roy et la reine me traite fort bien pour le prince vous en aves ace oui

»• Saint-Simon, Tableau, p. 862.

" Arch. des Aff. Ëtrang.y Espagne, Robin à Dubois, 3 novembre 1721. *" Saint-Simon, Tableau, p. Sôg, 36i.

•*! Saint-Simon à Louis XV, Villalmanzo, 22 janvier 1722, édit. Drumonl, p. 226, n° 32; p. 233, n° 33.

,iire je suis avec un très profond respec votre très heumble et 1res obisanle iile Louise Élisabeth'^ »

La princesse des Asturies arrivait en Espagne malade et les ^^^^V^yJ^^ (^landes du cou engorgées. L'enthousiasme des parents n'avait la princesse pas duré plus d'une semaine; le 27, ils appelèrent Saint-^Simon des Asturies (! lui avouèrent leurs inquiétudes, leur humiliation en songeant (|ne la malheureuse avait dans ses veines le sang corrompu que lui avait transmis un père, dont les rnœurs honteuses étaient connues de tout le monde. Saint-Simon cherchait des excuses, invoquait l'Age de la fillette, les bienfaits que la nature lui apporteraient sous peu plus complètement; mais on lui répondait . que tout le sang qu'on luy avoit tiré étoit pourri'' » et on ^entait grandir l'angoisse de ces parents bizarres, on l'accordera, mais sincèrement honnêtes et qui entrevoyaient la souillure indélébile que cette malheureuse imprimerait peut-être à leurs

descendants.

A cette angoisse vont s'ajouter les mortifications publiques. La princesse pouvait réparer par son caractère, ses attentions, SI, tendresse ce lamentable début; sa nouvelle famille la chérissait presque avec excès et dans cette Cour compassée et monotone au lieu d'apporter la gaieté, la naïveté et l'innocence de s(.n âge, Louise-Elisabeth ne montra que caprices, humeurs et mutineries. Refus formels de sortir de sa chambre et d'assister au bal en dépit des supplications du roi et de la reine d'Espa- ^'ue, es|)iègleries dans lesquelles l'indécence rivalise avec la napule, incongruités qu'on ne peut aller lire que dans les pages où Saint-Simon raconte son audience de congé. La déception des s(niverains, la détresse du jeune é\xyux étaient sans limites et [MMit-iMre que sans la précaution prise par Saint-Simon de faire (iéliler toute la Cour devant le lit de parade, la validité du ma- I iagc eut été mise en question et l'impure jeune fille rendue à son père et au cardinal Dubois. Mais on supiK)rtait tout afin (le ne donner aucune atteinte à ifétablissement de l'infante. Afin trapprivoisér la jeune princesse des Asturies, peut-être aussi i.îln de l'instruire, l'Inquisition lui offrit le régal d'un auto-da-fé; ii y eut onze suppliciés dont cinq femmes (22 février). Plus heu- 1 IX que Louise-Elisabeth, Saint-^Simon allait à Tolède écouter la liturgie « en langue Mozarabique » et, ayant obtenu la Toi-

Lo princesse des Asluries au duc d'Orléans, pi jmvier 1722, d?.ns Revue

f^'nspective, i833, p. 201.

Saint-Simon au duc d'Orléans, Madrid, 2 février 1721, édit. Drumont., I> '49, n® 39; ibid., 7 février 1721, op. cit.. p. '^^i, n° 43. .

TOMB Ul

Saint-Simon ruiné

Maulévrier

resle à son

posle

2^2 UlSTOÎKE DE LA RÉGENCE

son d'Or pour son fils aîné, la Grandesse pour ««" «'*^* '«>- • prêtait quitter lEspagne, avec ses .. barbottours de chapele Ls mangeurs d'ail, dhuiic puante et de '"«done, .. 11 ava. nuelaues autres raisons de rentrer en France e d y ramenei ^TaUwpe dorée" » attachée à ses pas; car Dubojs ava.t calcule a la tioupt uuitrc l'ordinaire for-

juste, le grand seigneur était lume. leiie eiai

"re tn- t^Sn^^tru ZZtl ^uel point rin.pécuniosité de is plultrouches adversaires pouvait ^^"^^^^^l^^^^, La duchesse lui écrivait que se «. ^oyaiU d- ^ ^s ^t Wii, Hp trouver un sol a empruniei nidiç^it: w ^^v on^' .. eue s'adLsait à lui et le cardinal ricanait • .< J ai mar- ■ Mr^P la duchesse de Saint-Simon combien j'y eto.s sensible r,i'if ne a 'oist e de la fausse luonnoie, je courrois grand

iufdTrcômber . la ^^^^^J^^ j^^^J^HZ po2...ousUr.Ji;e.;b^^^^^^^

raretna'r^mm: îépui surent en .mer.ments. ^^^^ leur inaptitude complète à a gestion d le nsb^^^^^^ ^^ ^^^^^

pensait s'acquitter de t«"' ^5^f " f ^^^ j^ Saint-Simon lui Hp \ladrid 1 écrivait a iJurwis que mn» , j„ c p

; 7 . ù Mlanterie de lui envoyer le mandement de S.h^ avait lait la gaianieiie uc lu •'^„„„ j„„ .o,,™ nui mont

sur le Jubilé. .. dans lequel j ay reconnu des ^^m. ^n

fait vous reconnoître, et je ne ^^-<^-l^'J^;j^^ZTheLou, U- temps d'écrire vous mesme une sorte d ""J'-«g«/*""; ** ^ ,. ,.rlts sans affaires ont c<>utume de s de ^. ger su ^^^^^

SeTcor; ::;%"! trrf que par des pl^es qui en

ce genre seroient enviées des maistres ...

'^ . '•! 11.; fallait dévorer sa naine coiiut: L^y**^

Maintenant qu il lui fdllail atvoit.i ^ ^^ .,,1

.. Snlnt-Simon au duo a'OHean., Madrid. .. Kvricr .7.. ; op. ci... P- =90.

^"^ 5i. . T, * n«a fol 288 : Dubois à Saint-Simov,

-^ Arch, des Aff. Ëtrang., Espagne, t. 299, f^l. 288 .u

n décembre 1721. » -u, fn "^32 : Afme de Saint-Simon »

^« .4rch. des Afj. Êtrang., Espagne, t. 3n, fo. 3^2 ,.

Dubois, i3 décembre 1721. ' 3 .. Dubow à Sainf-Simur,

*T 4rc/.. des Ajj. Éfranç?., Eepagne, t. 299, fol. ^17

16 décembre 1721. w , 1 n mars 1-722, édil. Dnimonl, p- ^'''^

« SairK-Simon à Dubois, Madrid, 9 mars 1,22,

L'AMiJASSADE DE SAÎNT-SIMON

! ambassadeur ordinaire une lettre de pure bienséance qui se teiniinail par cette formule : « Je vous honore parfaitement ». Maulévrier se jugea insulté et on eut Ix^aucoup de peine à l'apai- <or. Une fois rapprochés les deux ambassadeurs vécurent sur W pied de paix, mais d'une paix brûlante et assez semblable à 1 hostilité ouverte : Bêtise de Maulévrier; conduite énorme, lionte de Maulévrier'', tel est le vocabulaire de Saint-Simon qui, Jans ses dépêches, relève malignement ce qui pouvait nuire à ^on subalterne. Dubois, qui ne pardonnait rien à personn-e, .oulait rappeler Maulévrier, à qui il tenait rigueur de sa mala- «liesse lors des négociations du traité de Madrid, et envoyait de i*armc, M. de Chavigny pour le remplacer. Saint-Simon fut i lié de travailler à l'accréditer. Il échoua si complètement qu'il en dût convenir lui-même"". Chavigny fut reçu avec froideur il défiance, mais Philippe V s'était accoutumé à la société de Maulévrier et n'admettait pas qu'on le lui enlevât; il fallut rapl>eler Chavigny promptement'^ et maintenir son prédécesseur. Pendant ce temps la petite infante, retirée tout en larmes des hras de la duchesse de Monteiliano", et suivie d'une seule espagnole, sa remueuse, dont il ne fut pas possible de la séparer, (ommença parmi les pou()ées, les jouets et les bijoux la longue (Hoinenade triomphale qui l'amènerait à Paris". Elle traversa l;i France, haranguée, encensée, cajolée, amusée dans chaque ville. A Bordeaux, où elle entra par la porte Saint-Julie, elle passa sous un arc de triomphe « de l'ordre dorique », fut saluée ,'»ar la jurade, passa en revue la milice, traversa un deuxième iîrc de triomphe (( de l'ordre composite » sur lequel on voyait Mjiie de Ventadour sous les traits de la Vertu et le maréchal de \illeroy sous ceux de Mentor. L'écho des réceptions et la description des cortèges parvenaient jusK^iu'à Paris où certains

M'iif^eaient et disaient tout bas

C'est à toutes ces histoires-là

<pie notre argent est employé"*. » On apprit que la princesse

' Saint-Simon, Mémoires, édil. Chéruel, i858, t. XVIII, p. agS-So^.

Arch. det Ajj. Êlrang., Espagne, t. 299, fol. 445 : Saint-Simon à Dubois, n mars 1722. *

!/<' P. Danbenlon IVxigea par sa lettre du 29 juin 1722; Arch. des Ajj. ^ ''">y., Espagne, t. 3i9, fol. 207, suiv. Dubois à Chavigny, 27 juillet 17"'.

liaihii'r, Journal, t. I, p. igfi ; II. Gaulhier-Villars. Le mariage de Louis XV, î"^!- Paris, 1900, p. 1-17.

Arch. des Ajj. Etrdng., Espagne, Mémoires et Documents, t. i5o, fol. i5H; \os:.rjo de l'infante à travers la France. Arch. nat. K i'5g.

Biirbier, Journal, t. I, p. 191.

Voyage de rjDfaut?

fiordeauv

Chartres

Orléans

lierny

244 ■ HlSTOtUE DE LA KÉGËNCË

M u Hh... les boues en deçà de Poitiers", puis son entrée à «tait " dan» k» j'»"^* *" . ^ j „ ij^Uo Eniinencc » et Mme Chartres. Le cardinal de '^^'han, la . ut ^^^^^.^

A,- Soiibise \ étaient venus a sa lenconue. ^cn. ?enfant qVle cardinal était plus laid encore que 1 evcpie d.- Ba" do' 1 laideur lavait effrayée. Quand le cardiiu. vil fn « ne, a ,H-lite liUe baissa le nez, mit ses mains sur son vitt Tn 'é arU a les doigts pour regarder; à -" ^ "J. "ue demi-heun- après, elle dit : » H faut donner le fouet a Mme de Soubise parce (lu'elle a menti".

l 'infante Dartil dOrléans pour arriver a Fdus le 2 niais t comme il flut toujours amuser un peu le peuple de Pans.

A la vue de cette mignonne, au contact de ^^^^^\.^^ ,

rr t x.;:;;f.r!i;rr rv:rL;; !-

'•«^ M Marais, ./ounof et Mémoires, t. 1, p. 2b2 , m '^ ,. ,o,

V/,./!/. »;;//.n>y, r^ mars x--^ <!-- ^- Correspond, m /s, ». H. P- ••>' BarbiiT, JoiirnaU t. I, p. iQ^-iQ-^-

^^ Cotait le cardinal de Bissy. R„/;.rov 'i«' mars 1722, dans U^

- Af. Caumartin de Boissy à Mme de Balleroy. 1

Correspondants, t. H, p- '\^^;

^" Barbier, Journal, l. 1, P- 19^. " Correspondance, t^iit.

«^ Madame à la raagrave Louise, 26 mars iy-.a, a

G. Brunet, l. H, P- ^62.

L'AMBASSADE DE SAINT-SIMON

Bourgla-Ueine

Aspect de Paris

en amitié et olk court au-devant de moi dans son antichambre, los bras grands ouverts et m'embrasse avec affection''. »

le 2 mars, l'infante monta en carrosse avec Madame, les nrincesses du sang et Mme de Ventadour et gagna Bourg-lalloine où le Roi, Les princes et la Cour l'attendaient. Dès que l'infante arriva, le Roi se rendit à la rencontre. L'enfant se mit h genoux, l'adolescent i)loya un genou devant elle et la releva; il était rouge « comme une cerise » et ne sut rien dire que ces mots : « Madame, je suis charmé que vous soyez arrivé en l)()nne santé" », il l'embrassa et la conduisit dans ra|)[)artement où elle reçut les hommages des princes. Ensuite tous les deux montèrent dans des carrosses différents; l'infante devant faire ,me. entive solennelle et le Roi allant l'attendre au Louvre.

Paris était en fête, répandu sm* les places et dans les rues, bavant aux derniers préparatifs, aux dernières décorations; épelant les inscriptions latines, s'entassant sur le parcours du corlècro fixé par une Ordonnance, s'extasiant à la vue des arcs de triomphe élevés sur l'emplacement de l'ancienne porte Samt- [acques, devant la façade du Petit-Châtelet, au bout du pont Notre-Dame, rue de la Ferronnerie et à l'entrée de la rue du Chantre". On avait dressé des échafauds dans toutes les boutiques de la route, les fencMres à louer conservaient leur écrileau,^ i^ayant pas, à raison de la misère générale, trouvé preneurs-; et cependant « on n'étoit occupé que de cette arrivée ». ^^ ^^^^^^^ D'abord le Roi parut, menant la marche, ayant dans son car- ^^i^fêtes rosse le Régent, le duc de Chartres, M. le Duc, le comte de Charolais et le prince de Conti. Une partie de la maison du Roi servait d'escorte. 1^^ maréchal d< Villars à cheval, avec son fils et un gros d'officiers derrière eux. Les ambassadeurs étaient

aussi à cheval. 1 1 r> • . t?,,

A un intervalle assez long suivait le cortège de la Reine. Ln t.Me des inspecteurs de police le guet à cheval et toute la maison (lu Roi • grenadiers à cheval, mousquetaires, chevau-legers, gendarmes et les quatre compagnies des gardes du corps Le duc d'Ossonne, .ambassadeur extraordinaire d Espagne avait un bel équipage, huit pages à cheval, vingt-quatre va ets de pied et quatre carrosses magnifiques, garnis de domestiques. Venait en-

«« Madame à la rnuçjrave Louise, -.G mars 17-. <^^^^ Corre.pn.d.nre, édit.

Page 1