‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 114 sur 193 · g HISTOIRE Di: LA BÈGKNr.K · texte numérisé non relu

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,,on.cs il sVmpètra dans le musical de ses phrases, bientôt se -.iqua de franchise et de dire des vérités, puis, peu à peu seh .uffant dans son harnois, des vérités dures et qm sento.ent •injure. Dubms, bien étonné, ne fit pas semblant de sent.r la orée de ces propos; mais comme elle s'augmentoa de montent à autre, Bissy, a^c raison, voulut mettre le hola 'n»*"^?'^; Lpliquer en bien les choses, persuader le maréchal quelle etot son intention. Mais la marée qui montoit toujours tourria tout à-fait la tète au maréchaH, et le voilà aux ii.ju.rs et aux plus s;.n alants reproches. En vain Bis.y le voulut faire ta.re, lui représenter combien il s'écartoit de ce qu'il lui avo.l promis et cha,g. de rapporter à Dubois, l'indécence sans exemple d aller maltraiter un homme chez lui, où il venoit que pour achever de consommer une réconciliation conclue. Tout ce que put dne ms!y ne fit qu'animer le maréchal, et lui faire vomir tout ce que l'insolence et le mépris peuvent suggérer de plus extravagant Dubois, confondu et hors de lui-même, ren ro.t en erre r'ns proférer un seul mot, et Bissy, justement outre de colère tâchoit inutilement d'interrompre. Dans le feu subit qu. avo.l a si le maréchal, il s'étoit placé de façon q"''» l-^^r^^^^f; le passage pour sortir, et en disoit toujours de plus belle La d'iniures il se mit sur les menaces et sur les der.s.ons, 1 d t t dE que maintenant qu'il s'étoit montré ^^^^^^^ n'étoient plus en termes de se pardonner 1 un a 1 autre qu il ^ou^r bien encore l'avertir que tôt ou tard il lui fero.t du p.s ou'i Dourroit mais qu'il vouloit bien aussi, avec la même candeu M donne^un bon conseil. .< Vous êtes tout-puissant, ajoutt-i'l "ôut Phe devant vous, rien ne vous résiste; qu'est-ce que es plus grands en comparaison de vous? Croyez-moi, vous n v^z qu'une seule chose à faire, usez de tout votre pouvo.r me lez-vous en repos, et faites-moi arrêter, si -«-J--- Q^'/^ vous en empocher? Faites-moi arrêter vous d.s-je, vous n ave aue ce parti à prendre. .. Et là-dessus, à paraphraser, a def.er STul^r cet homme qui très sincèrement, éto.t P*'';^"^^;;.'! ' ' tre escalader les deux et l'arrêter, il n'y avoit pomt de d.fferen . On i,i bîen s'imaginer que tant de si étonnants propos ne f .- ?entTas tlu TJ inter'ruptions et sans vives altercations du cardinal de Bissy. mais sans pouvoir en arrêter le torrent. Enfin outré de co ère et de dépit contre le maréchal qui lu. mn.^ au;irsi essenUeliement à lui-même, il saisit le rnarécha P Hras et par les épaules et l'entraîna à la porte qu >1 o"v>-"^ ^ m sortir eîsortit lui-même. Dubois, plus mort que v.f les su vt comme il put; » - ^alloit garder de cette assemblée de m.-

DUBOIS, PRINCIPAL MINISTRE

„i,lres étrangers qui attendoient. Tous trois eurent beau tacher d,. se composer, il n'y eut aucun de ces ministres qui ne s aper- ,nl au'il falloit qu'il se fût passé quelque scène v.olente dans le cabinet, et aussitôt Versailles fut rempli de cette nouvelle qu, lut bientôt éclaircie par les vanteries, les récits, les défis et les .lérisions publiques du maréchal de Villeroy".

n..l)ois entra dans le Cabinet du duc d'Orléans -, comme »" tourbillon, les yeux hors de la tête ,. demandant ou eto.t le prince. Saint-Simon, qui se t.ouvait là, repond.t qu il était dans a -arde-robc et Dubois s'y précipita criant : « Je suis perdu, ic Tuis perdu! » Le Régent l'entendit, accourut et lu. demanda ce que c'était. La réponse, entrecoupée du bégayement ordinaire f.it le recit qu'on vient de lire et la concl.ision qu « il fallo.t Mlle le duc d'Orléans vît tout à l'heure ce qu'il pouvoit et ce , uil vouloit faire et choisit entre Villeroy et lui. Quelques questions posées pour éclaircir et constater les faits n'amenèrent n. variations ni détours dans les réponses du cardinal qu,, a tous ,„oments présentait l'option, à tout* question renvoyait a Bissy „„'il proposait d'appeler. Saint-Simon consulté op.na pour le renvoi du maréchal sauf à réfléchir mûrement sur 1 exécution de façon à s'y prendre pour n'en avoir le démenti n, dans e U.nps ni dans la suite. lx> lendemain, le Régent consulta M. le Duc qui opina que « si le maréchal de Villeroy demeuroit dans sa place, il n'y avoit qu'à mettre la clef sous la porte », ce fut I expression dont il se servit, et il insista pour qu on s en défit incessamment. Alors le Régent, M. le Duc et Sa.nt-Simon décidèrent d'organiser un guet-apens auquel la fatu,te du gouverneur ne pouvait manquer de se prendre. Villeroy s eta,t m.s en tête qu'une des prérogatives de son emploi cons,sta,t a einperher que personne, sans excepter le Régent, parlât au Roi tete^ ;..,ête ou à l'oreille sans que le gouverneur vint fourrer son oreille entre le prince et le jeune monarque II y «^ait la matière à arranger un piège, qui devait être tendu «f que out se- ,ait prêt pour l'exécution et l'envoi à Villeroy ou le vieillard e reposerait un jour ou deux à cause de son âge, mais sous bonne Parde. Le duc de Charost serait nommé gouverneur .

Aucune reproche ne lui étant adressé, le maréchal se persuada qu'il n'en serait rien de plus, sa sécurité fut ent,ere d a,ll<.urs il avait assez souvent ,^pété que pour le séparer du Roi

" S.iint-Simon, Mémoires, t. XIX, p. 350-33i. "' Ihid., t. XIX, p. 331-343.

Villeroy

sacrilié

!t Uubois

HISTOIRE DE LA Rf^GENCE

DUROIS, PRINCIPAL MINISTRE

Allcrcation du llcgeut

et de Villeroy

« il faudrôit l'arracher par ks pieds" » et cette perspective devait faire reculer le Régent sans aucun doutel

Le lundi lo août, celui-ci alla à dix heures du matin travail lor avec le Roi, comnie il avait accoutumé do faire plusieurs jours marqués de chaque semaine". Ce travail consistait à montrer à l'enfant la distribution d'emplois vacants, de hénéfices, de certaines magistratures, d'intendances, de faveurs, de lui expliquer en peu de mots les raisons des choix et des préférences, parfois il était question des finances ou de nouvelles étrangères, quand il y en avait à sa portée. Par ce moyen, au moment de sa majorité, Louis XV aurait comme une teinture des affaires d'État. A la fin de ce travail, où Villoroy se trouvait toujours et où, quelquefois, Fleury se hasardait de rester, le duc d'Orléans pria le Roi de passer dans un arrière-cabinet et, où il avoit un mot à lui dire tete-à-téte'^ Le maréchal s'y opposa à l'instant. Le duc d'Orléans, ravi, lui représenta avec politesse que le Roi entrait dans un âge si voisin de celui où il gouvernerait par lui-même, qu'il était temps de lui rendre compte des choses qu'il pouvait maintenant entendre et qui ne pouvaient être expliquées qu'à lui seul, quelque confiance que méritât quelque tiers que ce pût être, et qu'il le prioit de cesser de mettre obstacle à une chose si nécessaire et si importante, que lui, Régent, avait peut-être à se leprocher de n'avoir pas commencée plus tôt, uniquement par complaisance pour lui. Le maréchal s'échauffant et secouant sa perruque répondit qu'il savait le respect qu'il lui devait, et pour le moins autant ce qu'il devait au Roi et à sa place, protesta qu'il ne souffrirait pas que S. A. R. parlât au Roi en particulier, parce qu'il devait savoir tout ce qui lui était dit, beaucoup moins têteà-tête dans un cabinet, hors de sa vue, parce que son devoir était de ne le perdre pas de vue un seul moment, et dans tous de rélK>ndre de sa personne. Sur ce propos, le Régent le regarda fixement, et lui dit avec un ton de maître qu'il se méprenait et s'oubhait, qu'il devait songer à qui il parlait et à la force de ses paroles, qu'il voulait bien croire qu'il n'entendait pas; que le respect de la présence du Roi l'empêchait de lui répondre comme

•» Archiv. des Aff. Étrang., Turin, t. i38, fol. 22, 28 : Dubois à M. Lozelière, 11 août 1722; Prusse, t. 70, fol. 280 : Cl]ambner à Frédéric-GuUlaum^ /«', 12 août 1722; Public Becord Office, France, vol. 364 : Schaub à Carteret, 12 août 1722.

'»> Saint-Simon, Mémoires, t.- XIX, p. 344-345.

" D'après M. Marais, op. cit., t. II, p. 327, il voulait annoncer au Roi îos fiançailles de Mlle de Beaujolais,

ii le méritait et de pousser plus loin cette conversation. Et tout de suite fit au Roi une profonde révérence et s'en alla".

Quand le Roi sortit de la messe, le maréchal aborda le Régent pour lui donner un éclaircissement sur ce qui s'était passé, le Régent lui dit qu'il n'avait pas le temps de l'écouter, mais qu'il n'avait qu'à se rendre à trois heures chez lui et qu'il l'entendrait. Au delà de la chambre à coucher du duc d'Orléans se trouvait un grand et beau cabinet, à quatre grandes fenêtres sur le jardin, et de plain-pied, à deux marches près, deux faces en entrant, deux sur le côté, vis-à-vis de la cheminée, et toutes ées fenêtres s'ouvraient en portes, depuis le haut jusqu'au parquet. Ce cabinet faisait l'angle et, en retour était un cabinet joignant où le prince travaillait. I^e mot était donné. Artagnan, capitaine des mousquetaires gris, se trouvait dans cette pièce avec force officiers sûrs de sa compagnie et d'anciens mousquetaires qui ignoraient ce qui se préparait. Il y avait aussi des chevau-légers répandus en dehors le long des fenêtres, et dans la même ignorance.

Villeroy arriva avec son fracas accoutumé, mais seuH, sa chaise Arrestation et ses gens restés au loin, hors de la salle des gardes. 11 entib ^ * ^'^^ en comédien, s'arrête, regarde, fait quelques pas. Sous prétexte de civilité on l'environne. Il demande d'un ton d'autorité ce que fait M. le duc d'Orléans. On lui répond qu'il est enfermé et qu'il travaille. Le maréchal élève le ton, dit qu'il faut pourtant qu'il le voie, qu'il va entrer, et comme il s'avance le marquis de La Fare, capitaine des gardes du duc d'Orléans se présente devant lui, l'arrête en vertu d'une lettre de cachet qu'il tient à la main et lui demande son épée. Le maréchal demanda à voir le Roi, on n'avait garde de le lui permettre; il demanda à voir le Régent et La Fare rentre dans le cabinet. Le Blanc, secrétaire d'État de la guerre fait répondre que le duc d'Orléans ne veut point le voir. Une chaise à porteurs qu'on avait tenue cachée, se plante devant le maréchal, on l'y pousse, on l'y enferme, on l'emporte par une des fenêtres latérales dans le jardin, La Fare et d 'Artagnan aux portières, chevau-légers et mousquetaires à la suite. On accélère l'allure, au bas de l'escalier de l'O-. rangerie, devant Ha grande grille ouverte attend un carrosse attelé <le six chevaux; on approche la chaise et Villeroy se coule dans le carrosse. D' Artagnan y monte à côté de lui, un officier de mousquetaires et M. du Libois devant lui, vingt mousquetaires

" L. Pérey, Le président Hénault et madame du D^ffand, in-8, Paris, ï^o3, p. ii3-ii5,

DUBOIS, PRINCIPAL MINISTRE

L'opinion publique

avec leurs officiers à chevall autour du carrosse, et touclu», cocher"*.

Ce ne fut pas un petit embarras que de porter cette nouvelle au Roi, quand on jugea que le prisonnier pouvait avoir fait deux ou trois lieues et qu'on était assuré de ne plus le revoir, le Régent monta chez le Roi, fit sortir de son cabinet tous les courtisans, et n'y laissa que fort peu de monde de ceux à qui leurs charges donnaient les entrées Au premier mot le Roi rougit; ses yeux se mouillèrent : il se mit le visage contre le dos d'un fauteuil, sans dire une parole, ne voulut ni sortir ni jouer. Le RT'gent se retira, laissant à M. le Duc et à Fleury le soin de justifier une mesure ci mal accueillie. On fit sur-le-champ fermer le cabinet du Roi pour Tempêcher de voir personne, on contremanda les gardes du corps et les carrosses qui attendaient l'heure de la promenade et l'après-midi se passa à raisonner sur l'événement. Le soir, le Roi soupa à son ordinaire sans laisser voir sur son visage aucune altération, ni rien qui pût faire juger do ce qui se passait en lui; à la fin du souper, il joua avec les jeunes seigneurs h qui il faisait ordinairement cet honneur, mai? quand il se fut retiré, il passa la nuit à pleurer. Saumcry, son sous-gouverneur, qui avait couché dans sa chambre h la place du maréchal, essaya en vain de le consoler, il sanglotait! On lui proposa un verre d'eau pour calmer l'oppression causée par la douleur, il répondit qu'il était assez grand pour en demander s'il en avait besoin. La journée du lendemain fut morose et quand vint le soir, l'enfant ne voulut jamais donner l'ordre quand le capitaine des gardes, fils du maréchal se présenta devant lui'\ La nouvelle faisait grand bruit à Versailles**, mais de ces bruits qui ne durent qu'un instant, en réalité l'affaire ne devait pas faire beaucoup plus d'éclat, que si on avait congédié le dernier officier de la Cour'^ « A Paris, on fut bien instruit de l'événement et on regretta le maréchal, <( ce bon vieillard », comme l'appelle M. Marais, qui croit « que le voyage de Versailles n'a été fait que pour cette expédition surprenante". » C'est aussi l'opinion de Rarbier qui fronde paisiblement : « Voilà la récompense des soins du maréchal pour l'éducation et pour la conscr-

•^ Saint-Simon, op. cit., t. XIX, p. ^'ifi-.S^;; L. Pt'rey, op. cit.. p. ii3-iir): P. Narbonm*, op. cit., p. 70.

" L. Peroy, op. cit., p. ii5.

•• Saint-Simon, Mémoires, t. XIX, p. 348; Ruvat, Journal, t. II, p. Au-

•^ Archiv. de Dresde, 1722, t. III : le comte de Hoym au roi de Poloqp \ 91 août 1722. ,

'' M. Marais, op. cit., t. Il, p. 324-325.

vation de la sartté du Roi. Il ne l'abandonnait jamais. Le silence du Roi à cet égard n'est pas une marque d'un bon caractère; on dit cependant qu'il pleura le soir; mais il est assez grand pour n'en pas rester là. D'ailleurs la jeunesse, ordinairement, n'aime pas la vieillesse. M. le cardinal Dubois et M. le Régent, qui sont j présent toujours avec le Roi, l'endoctrinent d'une autre manière, et Tont apparemment dégoûté peu à peu de son gouverneur avant de faire coup : coup hardi contre les loisl On ne doit point ôter le gouverneur du Roi; on dit même que l'on a déjà nommé M. le maréchal de Rerwick. Il est inouï qu'on mette le Hoi à la garde et aux mains d'un étranger. Mais enfin voilà un (îes premiers fruits du voyage de Versailles**. »

ÏTne semaine se passe pendant laquelle le Roi fit sa première communion^"*' (i5 août) et le duc de Charost fut nommé gouverneur^"\ Mais Dubois avait d'autres soucis. Le jour même de l'exil de Villerov un manifeste fut rédiofé et destiné aux Parisiens. Ruvat n'a pas manqué de prendre note de cette pièce et Marais aussi, qui l'attribue à Fontenelle qui n'y montre que ( s^ stérilité^"^ » : a L'autorité royale n'est, disait-il, comptable qu'à Dieu et de ses desseins et de l'exécution de ses projets. Cependant les rois et les dépositaires de leur puissance veulent quelquefois par bonté manifester- les raisons qui les font agir. Il est de certaines circonstances où la sagesse les sollicite de renoncer à leurs droits pour confondre les malintentionnés et ne pas scandaliser les faibles. Telle est la conjecture présente... » En même temps, le cardinal rédigeait un acte d'accusation formel contre le maréchal destiné à être placé sous les yeux du Roi"*, et une lettre explicative adressée à nos représentants à l'étran- ^'er : Destouches"', Tencin"*, Lozelière"*.

" Barbier, Journal', t. I, p. 23i-232.

*"° M. Marais, op. cit., t. II, p. 33o ; Barbier, op. cit., t. I, p. 234; Buvat, op. cit., t. II, p. 4i4; M- de Balleroy à sa femme, 21 août, dans op. cit., t. H, p. /481.

"* M. Marais, op. cit., l. II, p. 328.

'" M. Marais, op. cit., t. II, p. 339; Buvat, Journal, t. II, p. 4i2-4i3. Archiv. des Aff. Etrang., France, Mémoires et Documents, t. 1252, fol. 22; C. de Sévelinges, op. cit., t. II, p. 269.

^"* ArchiiK des Aff. Etrang., Angleterre, t. 3^2, fol. 190 : Dubois à Destouches, 12 août 1722; C. de Sévelinges, op. cit., t. II, p. 265.

Archiv. des Aff. Etrang., Rome, t. 64i, fol. 221 : Dabois à Tencin, ir août 172a.

Archiv. des Aff. Etrang., Turin, t. i38, fol. 21 : Dubois à Lozelière, '' août 1722, voir P. Biinxd, Dubois cardinal et premier ministre, t. II, P- '125-^26. ^ ■ '

DUBOIS, PRINCIPAL MINISTRE

L'opinioQ publique

avec leurs officiers à chevall autour du carrosse, et louche, cocher'*.

Ce ne fut pas un petit embarras que de porter cette nouvelle au Roi, quand on jugea que le prisonnier pouvait avoir fait deux ou trois lieues et qu'on était assuré de ne plus le revoir, le Régent monta chez le Roi, fit sortir de son cabinet tous les courtisans, et n'y laissa que fort peu de monde de ceux à qui leurs charges donnaient les entrées Au premier mot le Roi rougit; ses yeux se mouillèrent : il se mit le visage contre le dos d'un fauteuil, sans dire une parole, ne voulut ni sortir ni jouer. Le Rrgent se retira, laissant à M. le Duc et à Fleury le soin de justifier une mesure si mal accueillie. On fit sur-le-champ fermer le cabinet du Roi pour Tempêcher de voir personne, on contremanda les gardes du corps et les carrosses qui attendaient Theure de la promenade et l'après-midi se passa à raisonner sur l'événement. Le soir, le Roi soupa à son ordinaire sans laisser voir sur son visage aucune altération, ni rien qui pût faire juger tlo ce qui se passait en lui; à la fin du souper, il joua avec les jeunes seigneurs à qui il faisait ordinairement cet honneur, mai? quand il se fut retiré, il passa la nuit à pleurer. Saumory, son sous-gouverneur, qui avait couché dans sa chambre à la place du maréchal, essaya en vain de le consoler, il sanglotait! On lui proposa un verre d'eau pour calmer l'oppression causée par !a douleur, il répondit qu'il était assez grand pour en demander s'il en avait besoin. La journée du lendemain fut morose et quand vint le soir, l'enfant ne voulut jamais donner l'ordre quand le capitaine des gardes, fils du maréchal se présenta devant \uV\ La nouvelle faisait grand bruit à Versailles**, mais de ces bruitqui ne durent qu'un instant, en réalité l'affaire ne devait pas faire beaucoup plus d'éclat, que si on avait congédié le dernier officier de la Cour". (( A Paris, on fut bien instruit de l'événement et on regretta le maréchal, (( ce bon vieillard », comme l'appelle M. Marais, qui croit « que le voyage de Versailles n'a été fait que pour cette expédition surprenante". » C'est aussi Lopinion de Rarbier qui fronde paisiblement : « Voilà la récompense des soins du maréchal pour l'éducation et pour la conser-

•^ Saint-Simon, op. cit.. t. XIX, p. ^^C>-:^^: : L. Péroy, op. cit.. p. ii.S-ii'): P. Narbonn<^, op. cit., p. 70.

*' L. Péroy, op. cif., p. ii5.

•• Saint-Simon, Mémoires, t. XIX, p. 3^8; Ruvat, Journal, t. II, p. An-

'^ Archiv. de Dresde, 1722, t. III : le comte de Hoym au roi de Poloqp\ 21 aoiit 1722. ,

'" M. Marais, op. cit., t. II, p. ^24-325.

vation de la santé du Roi. Il ne l'abandonnait jamais. Le silence du Roi à cet égard n'est pas une marque d'un bon caractère; on dit cependant qu'il pleura le soif; mais il est assez grand pour n'en pas rester là. D'ailleurs la jeunesse, ordinairement, n'aime pas la vieillesse. M. le cardinal Dubois et M. le Régent, qui sont j présent toujours avec le Roi, l'endoctrinent d'une autre manière, et l'ont apparemment dégoûté peu à peu de son gouverneur avant de faire coup : coup hardi contre les loisl On ne doit point ôter le gouverneur du Roi; on dit même que l'on a déjà nommé M. le maréchal de Rerwick. Il est inouï qu'on mette le Hoi à la garde et aux mains d'un étranger. Mais enfin voilà un (ies premiers fruits du voyage de Versailles". »

Une semaine se passe pendant laquelle le Roi fit sa première communion'"" (i5 août) et le duc de Charost fut nommé gouverneur"". Mais Dubois avait d'autres soucis. Le jour même de l'exil de Villeroy un manifeste fut rédigé et destiné aux Parisiens. Ruvat n'a pas manqué de prendre note de Cette pièce et Marais aussi, qui l'attribue à Fontenelle qui n'y montre que . s^ stérilité'" » : « L'autorité royale n'est, disait-il, comptable qu'à Dieu et de ses desseins et de l'exécution de ses projets. Ge|)endant les rois et les dépositaires de leur puissance veulent (luehpiefois par bonté manifester les raisons qui les font agir. Il est de certaines circonstances 011 la sagesse les sollicite de renoncer à leurs droits pour confondre les malintentionnés et ne pas scandaliser les faibles. Telle est la conjecture présente... » En même temps, le cardinal rédigeait un acte d'accusation formel contre le maréchal destiné à être placé sous les yeux du Roi'", et une lettre explicative adressée à nos représentants à l'étranf^'er : Destouches'"^ Tencin"*', Lozelière'"*.

" Barbior, Journal', t. I, p. a3i-232.

'""M. Marais, op. cit., t. II, p. 33o ; Barbier, op. cit., t. I. p. 234; Biivat, 'V- ('it., t. II, p. 4i4; A/, de Balleroy à sa femme, 21 août, dans op. cit., t H, p. 48i.

'"* M. Marais, op. cit., t. II, p. 328.

'"' M. Marais, op. cit., t. II, p. 339; Buvat, Journal, t. II, p. 4i2-4i3.

Archiv. des Aff. Étrang., Franco, Mémoires et Documents, t. 1262, fol. 3y; C. de Sévelinges, op. cit., t. II, p. 269.

Archiv. des Aff. Etrang., Mglotorre, t. 3^2, fol. 190 : Dubois à Des- ^^"u,5^^' 12 août 1722; C. de Sévelinges, op. cit., t. II, p. 265.

Archiv. des Aff. Étrang., Rome, t. 64i, fol. 221: Dubois à Tencin, i:^ août 1722.

Archiv. des Aff. Ëtrang., Turin, t. i38, fol. 21: Dubois à Lozelière, ^'■' i»nût 1722, voir P. Bliard, Dubois cardinal et premier ministre, t. IL P '1:^5.426.

Fuite de Fleurv

Lettre

du Père

Daubeutoii

On commonçail à oublier Villeroy, qui s'acheminait vers son gouvernement de Lyon, quand éclata une nouvelle aussi singulière que celle de sa disgrâce. Le précepteur du roi, Fleurv. ancien éveque de Fréjus avait disparu : fugitif, disaient les uns, enlevé, soutenaient les autres. Sous prétexte du besoin de repos. Fleury monta en chaise et partit sans que personne s'aperçut d<^ son absence qu'au moment de la leçon du Roi (17 août). 11 laissait deux lettres destinées au Régent et à M. le Duc, mais nul ne savait où il s'était retiré. Ceux-ci le croyaient à la Trappe'", ceux-là à Issy, tous se trompaient. Fleury délivré de la tyrannie d'un bienfaiteur incommode n'avait cru pouvoir mieux faire que de décamper. Au premier moment l'émoi fut vif à Versailles, la désolation du jeune Roi était plus embarrassante que la disparition du vieil éveque. Dans l'après-midi du 18 le secret de sa retrait^ s'ébruita. FleuiT s'était rendu à Bâsville chez M. de Lamoignon Belle-Isle et Le Pelletier des Forts y coururent. Us en rapportèrent une lettre au Roi parlant d'un mal de tète et du besoin de repos. Le Roi i^pondit par ce billet : « Vous vous et^es assez reposé; j'ai besoin de vous; revenez donc au plus tôt . » Lt Fleury revint le soir même. , , »

Rassuré sur le sort de M. de Fréjus, Dubois prit la plume et écrivit au P. Daubenton. 11 sentait la nécessité d'exploiter son succès • a Son Altesse Royale, lui disait-il, a été particulièrement blessée d'une opposition secrète qu elle a trouvé de la part de plusieurs seigneurs dans toutes les occasions où elle a voulu faire rendre à l'infante les distinctions qui lui sont dues, ...M. 1<' duc de Noailles n'a été exilé que parce qu'il avoit dit que le bru. et l'éclat que faisoit le mariage du Roi et de l'infante ressemb oit et auroit le même sort que le succès de M. Law, ^^t/^^ij^^^^^^^^^^^'; nement par une pareille catastrophe... Le maréchal de Villero> au lieu de favoriser la familiarité et la communication journalie.v entre le Roi et l'infante, y faisoit naître chaque jour quelque obstacle et a enfin fait deux actes d'une impudence éclatante sur co suiet avant dit d'une part à des courtisans dans la chapelle pendant h. messe du Roi, où assistait la Heine, qu'elle avoit (|uel,,... esprit mais qu'elle étoit laide et petite, même au-dessous de s(.n âge, et, d'autre part, m'ayant reproché ce mariage en presenro du cardinal de Bissy, qui est un prélat très vertueux et qui en fut

"' Sant^Simon, Mémoires, t. XIX, p. 348-3^9; Buvat, op. cit., t. II, p. hU

^'^l^:S^!'i. ca.:t' XIX, p. 350-^3 ; M^ Mara., op. cit p. 3V 532; Barbier, op, ciU, t, I, p. 235-236; P.-E. Umonley, op, ott., t. H, p. 70,

bUBOÎS, PRINCIPAL MINISTRE

indigné, ce qui étant relevé de ma part avec vivacité fut accompagné de la sienne de beaucoup de circonstances et de discours très odieux qui ne laissèrent au cardinal ni à moi aucun doute sur sa mauvaise volonté*"'. »

Dubois avait évincé, exilé tous ses adversaires, abaissé tous 1rs obstacles, il ne pouvait attendre longtemps le couronnement de cette vive et habile campagne. Pendant que, suivant son habihide, le Régent se divertissait à faire jaser Saint-Simon sur les premiers ministres''", il accordait cette distinction à l'homme auquel il ne voulait, ne pouvait et ne savait rien refuser. Schaub soutenait Dubois avec la même ardeur et presque le même crédit (ju'eût pu avoir Stanhope; le comte de Hoym s'y employait aussi de son mieux"'. Le projet avait été dressé le i5 août sous la dictée du cardinal par Pecquet qui présenta au Régent, à l'insu de tous, les arguments nécessaires au rétablissement de cette grande charge, les bienfaits de la centralisation, la capacité exceptionnelle de Dubois et les services rendus par lui à l'Europe et à ^Egli5e"^ Le Régent admit les conclusions, mais il se réserva la présidence des Conseils et les honneurs d'un rang que Villeroy c(MM|)arait à celui d'un lit'utenant-général du royaume. Les conli- <ieiits tombèrent d'accord de n'en plus parler au duc de Bourbon cl les patentes furent préparées cm grand secret.

Aussi indolent qu'il était vaniteux, le Régent hésitait à abandonner le plus clair de son autorité. Dubois, dévoré d'inquiétude, redoutait l'opposition de M. le Duc, mais il gagna à prix d'ar- ^-ent Mme de Prie, celle-ei expédia au cardinal un courrier pour lui dire que M. le Duc ne s'opposait plus, et le soir même, à neuf heures, 22 août 1722, le duc d'Orléans présenta le cardinal à Louis XV en qualité de principal ministre. Le lendemain, Dubois pièta serment entre les mains du Roi. C'était le titre, l'autorité «ju'avaient exercé Richelieu et Mazarin, et la dignité lui valait deux cent mille livres par an""'! a Pour le coup, écrit l'avocat Barbier, voilà une belle fortune I Cet homme est d'une politique infinie pour son ambition"*. » Parmi les applaudissements et les

Dubois principal ministre

Archiv. des Aff. Ëtrang., Espagne, t. 820, fol. i45 : Dubois à Dau- ^x'nton, 18 août 1722.

"*' Saim-Simon, Mémoires, t. XIX, p. 362-389.

*" Hoym à Dubois, 22 août, dans C. de Sévelinges, op. cit., t. II, p. 286.

"* Archiv. des Aff. Êtrang., France, Mémoires et Documents, t. 1252, fol. i^; C. de SéveUnge«, op. cit., t. II, p. 276.

"* Biivat, Journal, t. II, p. 4i5.

"* Barbier, Journal, t. I, p. 287.

propositions que suscita cette nomination, un officier se proposa pour la charge de capitaine des gardes du premier ministre, qui répondit : « J'ai mon bon ange, je n'ai besoin que de lui pour me garder ». Gela parut d'un homme d'esprit et de courage'^'. »

"* M. Marais, Journal, t. II, p. 336.

GHAPliKE LVl

Le sacre du Roi

(23 août — 25 octobre 1722 )

Applaudi&s^TiK'nts. — Plan de travail de Dubois. — Éducation du Roi. — Hapports du Mvgent et de Dubois avec le Roi. — PTe&sentimenf.s du public MU le jeune Roi. — Le camp de Porchéfontaine. — L'iniprinierie du Cabinet . — InIrijjMjc nouée contre Dubois. — Les préparatifs du sacre. — L'attouchement des écrouellcs. — Voyage du Roi. — Le Roi arrive à Reims. — Décoration (le la cathédrale. — Entrée des pairs. — Le réveil du Roi. — La procession. — Arrivée de la sainte ampoule. — Les serments. — Les onctions. — L'intronisation. — 'La messe. — Le festin royal. — Les jours suivants. — La fête de Villers-Cotterets.

Parvenu au but de son ambition, Dubois ne songea pas un seul Applaudis mstant à en esquiver l'écrasant labeur, l'insipide cérémonial et la redoutable responsabilité. En signe de réjouissance, il distribua 10.000 livres aux ofllciers de la chambre du Roi' et, le 27 août, commença de travailler avec le jeune Louis XV^ Les journées qui suivirent se passèrent en représentation. Compliments, harangues, poésies, lettres et dépêches affluèrent; députations, délégations se succédèrent. Tour à tour défilèrent le Prévôt des marchands, l'Académie française, la Chambre des comptes, la Cour des aides, l'Université, la Sorbonne; seul le Parlement continue il bouder et s'interdit toute démarche. De l'étranger les félicitalioirs arrivent chaleureuses et le jésuite Daubenton, « pénétré de la plus vive satisfaction », escompte (( ce degré d'honneur et de crédit » au profit de <( la Bonne cause » qui en « a besoin pour triompher enfin absolument de l'erreur... Le roi d'Espagne marque une joie particulière de cette élévation, espérant qu'elle sera très avantageuse à l'Église' ». Tencin, qui a depuis longtemps

' A' à Mme de Balleroy, 3 septembre 1722, dans Les correspondants de la rfyirquise de BaUeroy, t. II, p. A84.

* Ibid., 3 septembre 1722, op. cit., t. II, p. ^84; M. Marais, Journal et Mémoires, t. II, p. 338.

■^ Archiv. des Aff. Êtrang., Espagne, t. 821, fol. 57 : le P. Daubenton à Uahois, ifi ^ptembre 1722.

l'Un de travail de Dubois

2gi5 lIlSTOlUli DK LA HÊGENCE

son opinion fait* sur les sentiments religieux de son niinislic, ne s'allarde pas aux bagatelles mais il feint la surprise à la vue d'un événement si singulier et si Oattcur pour Dubois que de voir la France et les étrangers tomber daccord pour lui offrir une dignité jadis odieuse à la nation et redoutable aux puissances de î'Europe\ Enlin, l'honnête U Dran admirait de bonne foi et trouvait « beau à la France de fournir de t<-ls sujets, que le stnii mérite élève aux places les plus éminentes'. »

Attentif aux éloges sans se laisser distraire par eux, le premier ministre réglait, dès le lendemain de son entrée en charge, le travail de tous les ministères. Sa passion de centraliser et d'accaparer allait se donner carrière sans tenir compte de la limite des forces humaines. « Le temps, s'était permis de lui écrire un modeste érudit, est le seul bien que vous puissiez désii^cr »: et Dubois se refusait à compter avec le temps, et le temps lui manquerait! Aucun de ses collaborateurs ne devait rapporter d'affaires au duc d'Orléans qu'en sa présence et après l'avoir prévenu. Toutes les demandes de grâces ou d'emplois lui seraient préalablement transmises; aux Affaiixîs Étrangères, moins que iiulK- par ail leurs on ne ferait rien sans l'agrément du cardinal . Quant a lui, il serait debout chaque jour dès cinq heures, et, après avoir consacré deux heures au dépouillement de son courrier et répondu à quelques lettres particulières, il se présenterait a huit heures trois quarts au lever du Roi. C'était l'affaire de quelques instants. Les dimanches, lundis et samedis il recevrait les iminstres ou les personnages mandés, les mercredis seraient reserves aux ambassadeurs, les jeudis aux audiences publiques Entre temps il signerait les dépêches, écouterait les rapports des premiers commis et, à onze heures, assisterait aux Conseils Conseil de Réo-ence, le dimanche: de conscience, le miuii; d.'s fmi.iucs le mardi; des dépèches, le samedi. Dans l'après-midi le travail reprenait entre trois heures et huit heures, faisant f'n'P^ra.tre devant lui au moins une fois la semaine chaque branche distincte d'administration*.

* Archiv. <les Aff. Êtrang., Ron.c, l. 04., fol. .36 : Tencin <ï /X.'-' 5 septembre 1722. , r. k •

• Archiv. des Ajj. Êtrang. . France, Mémoires et Documents, i.aa, fol. i\)

îinnuet à Dubois. 28 août 1722. r / 1 ^c •

? 1 c"ur des AfI. Êlrann.. Franco. Mémoire, et n>K;unent. ..5.. fol. ,> Mémôi^ «>,ur concentrer tout le travail entre 1<« main, do Son Eminc-

ce », 23 août 1722. I » TT r^ î^i'i-

« G. de Scveiinges, op. cit.. t. II, à la fin; J. Buvat, Journal, t. II, p. oi^ 5i/i.

LK SACKK 1)1 MOI

Paimi tant d'affaiies, Dubois iVoubliait pas la plus importante (|ui riait de se maintenir au pouvoir. Or Louis XV atteindrait (lan.. (pielquos mois à peine sa majorité légale et cette date pouv,u\ devenir celle d'une- disgrâce éclatante, si on ne disposait tout |M,ur la prévenir. Le cardinal, au sein de son élévation, n'ounliait pas (pielle était le couronnement de l'art séducteur qu'il i.vail déployé pour eoncpiérir et dominer l'enfant qu'il avait eu jadis comme élève, <^t il songi'ait à exercer sur le jeune Roi le niénie prestige. Malgré rattachement de celui-ci pour son maître, 1 eveque Fleury, le cardinal vint à bout de lui faire souhaiter de devenir son élève'. En [jersuadant au jeune prince qu€ le successeur de I^Miis le (ùand se devait d'imiter ses exemples, l>id)ois se trouva tout placé pour entrer dans le p<»rsonnage de .Ma/arin. Dès le :^3 août, l'abbé de Ta.gnv avait lecu l'ordre de Kchercher dans les livres d<; la Bibliothèque du Roi' ce qui conccM'nait l'éducation politique de Louis XIV et le cérémonial (bservé'". On se nn't à l'œuvre. Le Blanc, secrétaire d'État à la ^:iierre, et son premier commis Bricpiet, rédigèrent une instruclinn militaire"; Le Dran, chef du dépôt des affaires étrangères, disserta sur la diplomatie et les pièces dont il avait la ga'î-de''; Tagon et d'Ormesson, intendants des finances, abordèrent ce siij('t'\ mais les instructions sur les finances furent l'ouvrage de i un des frères Paris^\ Le plan de travail quotidien comporte (in(| levons par semaine, d'une demi-heur<» chacune^^ Le première leçon commença le mercn^di '^6 août j-r?., à dix heures il demie du matin. Le Roi s'assit dans un fauteuil devant sa l'Hile table, ayant à sa droite le duc d'Orléans, à sa gauche le «lue de Bourbon. En face du Roi, le premier n)inistre s'assit sur un pliant, avec le duc de Charost, gouverneur, à sa droite et un l'<'i en arrière, et l'évéque Fleury, à sa gauche. Dubois entreprit In lecture d'un mémoire dans lequel il parlait au nom du Régent «I jiislifiait ou glorifiait son administration'\ Ensuite on passait

* Bihl. \fnzar., m^. 253:'i, fol. /119; Vie de Dubois.

\rrhir. dvK Aff. Elramj., Fran:v, Mémoires et Documents, t. 1252, fol. Iiininy à Dubois, 25 août 1722.

• \rrhiv. ilr., Aff. Etramj., Franco, Mémoires et Documents, t. 1202, fol "M ■ Ihilhns à Le Blanc, 26 août 1722.

' \rrhiv. des Aff. Êtrtiny., franco, Mémoires et Documents, i. 4qi, ''' "ire de U- Dran. . , ^y ,

'^ l*.-K. I/'monloy, liislinrc de In lUujence, i832, t. Il, p. 7G. ^^ Mi< (le Lucliol, Histoire de MM. Paris, in-S. Paris, 1776, p. 75. Jrrhiv. des Aff. Êtrang., France, Mémoires et Documents, t. 1262,

" J^ibl. nat., ms. CJairambault, n*» 629 : Recueil de Cangé.

TOMlt III 19

Eflu<^alion (lu Roi

LE SACRE DU ROÏ

Rapports

du Récent

tlde Dubois

> .me exposition plus détaillée et le cardinal lisait une audc sur a une expo.! on p impositions". Do temps en temps, le

ëgruire^X^itel^donnlIit une exp.ica..on en .uel^ues n.oU

^^^'^H^rtï'Sg-- 4- -no...a,ion. le foreé et fajx

du Récent ..aipable de toutes les manières et de t»"^ '.^^^^y^*; ,^5^.,, ,,,, ,ide Dubois P'''^"" , ...niant nlaire, a écrit bainl-ï5imon. nitn m

.,ec..Roi Dubois, même ':'' ^^T; .^^^^ renonciation, leMéri,.,,,

plus gracieux m de plus ''^''-['''^ d'Orléans, mùme sans

^' """à X^'^ttH^ncc-. ii laiÎ^ne impression naturelle penser a plane, ctue umc i . j^ j.^i de cliv

:ilj;:n;= en.nt cpro-n. .^^^^^^ -;-; ^--;

très glorieux, très ^^^f^^^^'^J^^^Z., „ voyoil et lui parne lui ^<=happoU sa s 1 U^se. vo . ^^ .^ ^ ^^^.

loit avec un an- de famil.dute ti ot i j^

découvroit aisément le dessein de s «" P;^>^' /' ,"^1^ j, ,,.[ .n Le duc d'Orléans, au contraire, " ;MM>- ^o^ J^^^^ec le mémo public et en quelque particulier qu ,1, '"r*"^' /^j^^^^j, „ „,„;„. f de respect qu'il ^^^^-^^C;!!, 'ZÏ'...^ g-'^ce, sa..

1, à lui eï devant lui, avec ^-^'1- .^^ ^r" x et dôuceiiunt et qui ne faisoit que bannir les nde. d" f^"^ ^ lécèremeul, apprivoiser l'enfant. T^-^lant avec Im, a^^ ^ta.oit le. ^^^^^^^^

pour lui marquer ^" •'«" "^^ Jj^ , j, ,,ortée de l'âge, et t.uice qu'il proporlionnoit et courten eiu a ,^

,J„ .„e rai, du ,nln,.,™ .-J«^«- ^'(V „t,,* , pension,, i.

gouvernements, places, at. uu ^Visons des demandeurs

fes proposoit P-eou-t brievemen^ c.^ ,.,..

proposoit celui qm devoil être P'^»*';-' " ^ ^j,,; é, mais que Jouter qu'il lui disoit son av comme 1 y eto.t ^ ^^^^ ^^ ^^ ,.,

ce n'étoit pas a lu. a ^«""f'^.'/"*', ' , .„,,,„is même il l'en prosn'avoit qu'à choisir et à décider, ^"«^'f " %"'^.„,ni, ,« Roi l"i soit qua'nd le choix étoit I-^^f ca^ > loTt"; glorieux H paraissoit pencher pour q"elqu ""- ^«^ ' ^J d'Orléans y

U timide pour s'en bien expliquer e M^ e duc ^

avdt toujours grande at^nUo^'^J,^- f-\;- ^^^ ,,,,%,. , Sept r sï.ricf q^poL-^U rendre compte, vous .0-

IT

,M<i., Mémoire sur les /..«"«s e. général, P.enV...re par.ie venus du Roi, p. 3oo.3i5.

il<> Re-

poser, recevoir vos ordes et les exécuter. » Et à Tinstanl la chose éloit légèrement donnée sans la faire valoir le moins du monde, el il passoit aussitôt à autre chose. Cette conduite en public et en particulier, surtout cette manière de travailler avec le Roi, charinoit le petit monarque; il se croyait un homme et il comptoit

régner

Avec Dubois, au contraire, il se sentait un enfant et un enfant (pi'on fait jouer. Moins de six semaines après l'ouverture des leçons de politique, Dubois ne songeait plus qu'à distraire et à dissiper son élève. « Je vous prie. Monsieur, écrivait-il à Deslouches, de faire rechercher par quelque ami... toutes les curiosités des Indes, de toutes espèces, de grand prix ou de peu de valeur, soit chose naturelle, soit ouvrage, et d'en faire une liste que vous m'enverrez -de huit en huit jours. Vous aurez la bonté de charger quelqu'un de prendre le même soin à l'égard de tous les bijoux, montres singulières et autres curiosités qui se font à londres... Vous ferez la même chose à l'égard des estampes... l/objet que j'ai en cela est, en premier lieu, d'avoir mille choses [)our ma commodité; mais le i)rincipal est de trouver et de faire venir de temps en temps des choses agréables et dignes de la curiosité du Roi, selon le goût de son âge dont je puisse faire de pilils présents journaliers pour lui faire ma cour''. »

Certains louaient encore, en public, l'assiduité et le zèle du jeune Roi au travail'"; d'autres s'exprimaient sur son compte de façon très différente. Un jour du^mois de septembre, l'avocat sur le jeune B.ubier va se promener à Versailles et s'y place sur le passage de *^^* ladolescent « qui se porte bien, dit-il, a un bon et beau visage, il l)on air, et n'a point la physionomie de tout ce qu'on dit de lui : morne, indifférent el béte. Je le vis se promener à pied dans l<'^ jardins, son chapeau sous son bras, quoiqu'il fît vent et froid : •i il une très belle tête''. » Quoi(ju'il en dise, Barbier revient, quel- <iu<'s pages plus loin, sur la tacilurnité du Roi, dont (( on se plaijit lorl. On ne sait de quel caractère cela provient" »; mais on s'éloime et on s'inquiète de découvrir en lui « le plus secret et le plus discret enfant qui ait jamais été, chacun cherche à le péné-

'• S;iint-SLmon, Mémoires, i85S, t. XVII, p. 359-862.

" Archiv. des AJf. Etrang., Anglolerre, t. SSg, fol. 34i : Dubois à Destouches, 3 octobre 1722.

V. <lo Scilhac, L'abbé Diiboif\ t. II, p. 270; J. Buvat, Journal, t. II, P- 'J7^; X ù Mme de Balleroy, 3 avril i7u3, dans op. cit., t. II, p. 529. Harhier, Journal, t. I, p. 238; 3 soplombre 1722. " Barbier, Journal, t. I, p. 267; février 1723.

Pressenlimenls du public

LE SACRE DTT ROT

,..e,-, .nais inulilen..-nt". » Taudis 4ue lu l-^.''^'";";;;,';;^.^;^^';;; eée, conquict tous les ^^^ j-;^:j:;; ^n d J^ ne nS.. ms rtMo Uu soir .,ue tous deux assistent à un feu d.art.l.c,

h liflol c s-ac^ite, s exclame, inlcnoge, ins.st* et u arrache <•., la untuc srto"^'^. ,. — i( Mais vrai-

réponse à ses questions qu un « oui » to c n stc. ... >nt s'écrie-l-ellc, il m'a pourtant parle! »

c'est i^ un enfant vicieux, que les jeunes courtisans, ad nus dans son iMi.nitè. ont instruit et initié de bonne heure a gou.n- '."p "i rsolitaires". Dès lors, .< il cherche à éviter le inonde

n'i Inaimc point; il craint et veut èlre pres.pie seul ... < n I.

"0 le lon.p gnons pervers, il le trouve bon; on le sépare pi ne (il bts u 1 o I entendre que le bien de

1 Liai icciai u. la „.,>,,.., ^l « le public est fâche contre

et si^iie tout ce qu on lin piesuiu , n >^ i

t ÀT.ieslé" .. I se d..nu.nde si celte laciturmte n est que d..Mrl;;;n^n s; cest inibéciini. ,^ n.ù.r.^^^^^^^^

::- ; ::as: r rX -.r^ur . l ...ne de s .

Riut, 1. „ l'î.wtint le Ué^^i^nt, en ayant ele inloinu,

.i-, . Vnil-, l'enveloppe .., et la jctlc dans le feu . papier, dit . « Voila 1 enveio, ,,^/ ballets et les bais insp.-

Le c.n,p de La musique, la comédie, la dai e les D i„„„,u,„i,le".

PorcJon- ,^„i ,u j,une l>.oi une aver.ion qu. le d dg

^-' Pour le divertir selon son ^^-^'^^^^^ S'ontainc. Ix-

« X . .,„e ,U B««e.o,. .S a.ce„.t>..e ... dan. .es co.espo..a«., .c

,,,;;,rrv;;, -E " .?r;;;.t:;.^; ». .,.-. „,. ,*. .. n. ,.

9(>6- ^3 mars 1722. . tt « -i..., inril 1-*»!; •'• '»"^''^'

" M. Marais, Joun.«l cl Mcmcnrcs, I. It, p. i.<^. -«"'l ' ' • •

Journal, l. H, p. 4io; i" aoiH i'^^- ., 3 " M Marais, Journoi et Mémoires, l. II, V- <^' '

'-' Barbier, Journal, t. I, P- 2«o; f"'""''" ''■'•'• , „^ ^„ ., , n, p. 509:

» X à Mme rfe BaUeroy, .» déc.-,n.brc ,7^^, dans op. c..., 1. P

M. Man.is, op. ci(., t. II. P- ^<^ l^:^,;;iZ.on, A<uniions au Joan.l ^

3« Riirbier, Journal, t. 1, P- 2J9 , «^••«"«^ » n „ ^nr.

Dangeau t. XVIII. p. .3o; M. Marais, op. cU., t. Il, p. 370.

du fort et visita ensuite le parc d'artillerie placé sous les ordres de M. de Ressons. La moitié du régiment du Roi, commandé par M. d'Esclavelles, lieutenant-colonel, défendrait le fort contre l'au- !re moitié dont les altacpies seraient conduites par M. de Pezey, colonel. Celui-ci tenait table ouverte, soir et matin, de cent couverts. Le 19, le fort fut investi; le :>o, la tranchée fut ouverte, et Ir Roi ayant fait le tour de la place avec son escoite, fut fait prisomiier, mené dans le fort et relâché moyennant une gratification. Tout Paris allait voir la « petite guérie », et chaque aprèsmidi le Roi s'y rendait à cheval. On se battait avec des bombes iu carton, chargées de sable et pesant six livres; on faisait sauter des mines, chose très curieuse pour les gens qui ne seront jamais <|ii(' spectateurs. Quelques-uns attrapèrent des bombes ou brûlèrent leur perruque, parmi la foule, plusieurs furent blessés. Tous les jours on inventait quelque épisode nouveau, orî relev; il les morts et les blessés par persuasion et on transportait les officiers sur des civières, les soldats sur les épaules, au milieu des nlopés boitant et geignant. Le Roi paraissait prendre intérêt it ce jeu; il entra dans le fort après la capitulation et accorda à l:i garnison les honneurs de la guerre. M. d'Esclavelles gagna à ce divertissement le cordon rouge^\

Une autre distraction, moins bruyante, imaginée pour l'enfi:nt-roi avait été, dès 1718, V(( Imprimerie du ('abinet », à hupielle il prit un certain plaisir. Jacques Collombat, qualifié

• imprimeur ordinaire du Roy, Suite, Maison, Bâtimens, Arts et Miiuufactures de Sa Majesté » se donna beaucoup de mouvement pour intéresser son élève à l'art typogiaphique, composa et imprima un manuel à son usage, en quatre» pages, ainsi que <î'autres productions sur feuilles volantes ou [)lacards de diffé- 1^ nts formats*^. Outre les dernières paroles du feu Roi à son i"'lit-fils", les autres imj)ressions du Cabinet du Roi offient des I' vie:* de mnxiuH's el senleuees morales *di\<*rses; cv sont sans

• '•'Ule là les seuls essais de lyjjographie qu'on puiss<* avec vrai-

'inblance attribuer à Louis XV lui-même :

^' Hiirbh^r, Jonninî, i. I, p. a^p-^Ai ; M. Marais, op. cit., t. II, p. 85ç)-

' : V () Madame de BaUeroy, 18 sept. c\. oot. 17?.?., dans op. cit., t. IT. p. 487,

l'îî : 1'. NiirlKTdHK', Journal, ôdil. .T.-\. Le l^oi, i86(), p. 70-7 r? ; \. Dnlilloiix,

1 »' fnrf, /«' s'uuje (le Moiilreuil et le camp de Porc.héjon,ta\ne, <\\\n^< Versailles

illustré, iQoi-iQf)'), t. VI, p, ii«)-ir».r!. i9.ç)-i?>fi, f^ravuivs.

■*■ H. Omonl, L'Imprimerie du Cabinet du Bol au Château des Tuileries •"^""N- Louis XV (1718-1730), dans Bulletin de la Société de VHistoire de Paris '•' 'le rile-derFrance, 1891, t. XVIII, p. 35-^5.

llùd., p. .'iL<-43; voir plus haut, t. I, cliap. III, du présent ouvrag<i.

L'imprimerie du r.aliinct

Un Roy doit ses plus pretienx moments, au gouvcrnament de son état, c'est la son obligation principalle, et dont Dieu lui demandera un compte rigoureux.

Le Prince ne doit user des moïens rigoureux quapres avoir amploïc inutilement les plus doux.

Le Prince qui se laisse emporter par ses passions devient bientôt le jouet de celles de ses ministres.

D«ux thèmes latins, les commandements de Dieu et de 1 Eglise, ks Préceptes de Sagesse, la mosure du Hoi : Trois pieds dix pouces et trois lignes, le seizième jour do juillet 1718. Puis c'est le ■Cours des principaux fleuves et rivières de l'Europe, comporH- et imprimé par Louis XV, el après ce gros effort d'un livre de eoizanto-douze pages, on ne trouve plus guère que des pièces relatives aux jeux et divertissements, badinages et récréations. En 1717 on avait imaginé YOrdre du Pavillon, à l'usage des petits compagnons du Roi; en 1718, on dresse l'état des gouvernements de la Terrasse qui confère la direction des jeux, tentes, cahutes, volières, etc.; en ^y^^, il sera un moment question de YOrdre de la Moustache et déjà on en rédige les statuts lorsqu on s'avise que cette plaisanterie pourrait bien avilir le cordon bleu et donner naissance à un vrai ordre".

Fâcheux Les actions du Roi, dit-on, ne sont que des - enfance. »; car sjmpiômes ^^ commence à s'alarmer à son sujet et ceux qui souhaitent la majorité avec impatience, se prennent à craindre en même temj.s que le caractère de Louis XV ne soit mauvais et féroce; il ui est arrivé une vilaine aventure qui a donné à rélléchir. On a parle dej. d'une biche bl inrhe (piil avait nourrie et élevée, laquelle ne mangeait que dans sa main et qui laimait fori: il l'a fait mener a la Muette et a dit qu'il la voulait Hier. Il l'a fait éloigner, l'a liree et I a blessée. La biche est accourue vers lui, il l'a fait remettre au loin et l'a tirée une seconde fois et tuée. Le public trouve cela bien dur" 11 n'est pas plus indulgent à certaines espiègleries déplacées. Un jour, devant le duc de Louvigny, on dit à ce Roi de onze ans que Mme de Louvigny est grosse; à quoi il répond qu U souhaite que l'enfant naisse posthume. « Sire, dit un courtisan, savez-vous bien qu'on ne peut rien dire de plus offensant pour M. de Louvigny. — « Je l'ai fait exprès », répond Louis XV qui

• » M. Man,is, Journal et Mémoires, t. H, p. '.'|S: "V" '7,^: f' !"'^" avaient un insijrne, voir Dclormo, Médaille, de l'or,lre de '« "«'"'''e «^ J ' (Sceaux i7oS>, <lans Bulletin de la Société archéolog.que du Midi de la Fravn . 1888, t. I, p. IIO-IlS. u . 1 It

" Rirbier, Joiirml. t. I, p. 2ti-5ia, avril 175,. \ow r^hn t.^..t. t. Hp. 5o2,

LE SACRE DU ROT

continue sa partie de reversi''*. Un autre jour, « il demande au iiiar(iiiis d-c Nesle s'il «toit au s<?rvico; Ncsle répond qu'il n'y étoit |;lus, mais qu'il avoit servi dans la gendarmerie. (( Pourquoi n'avez-vous pas acheté un régini<^nt quand vous l'avez quitté ». — Il n'y en avait point alors à vendre », répondit-il. — (( Bon, dit le Koi, on en a vendu plus de cent depuis »; et il ajoute en langage snissf' : Ly estre poltron; ce qui a bien étonné et le marquis et Imite la Cour, qui voit, selon la remarque de Marais, que le Roi, <|ni park si peu, ne parle que pour dire une chose très piquante ;» un homme de qualité. Louis XIV, pendant soixante-dix ans n'en a jamais tant dit à personne". »

Pendant que Louis XV alternait les leçons avec les jeux, Dubois (onnaissait d-e plus graves soucis. A peine était-il nommé preiiiier ministre (pi'un des hommes les plus attachés à sa fortune, Héniond, introducteur d^s ambassadeurs, lui faisait connaître un I rojet ourdi contre lui. Les principaux membres de la famille royale y étaient engagés : le duc de Bourbon, le comte de Toulouse et le duc de Chartres propre fils du Régent. La marquise (te Prie, maîtresse déclarée du duc de Bourbon s'essayait à prendre la direction d'une politique et d'un parti, la marquise du Deffand groupait les oppositions, la maréchak d'Estrées et la (!uchesse de Rohan mettaient leurs rancunes au serviœ de ceux (fn'elles ciovaient devoir iouer un rôle dans une nouvelle Fronde, lous ces gens eussent été très peu redoutables et même tout-à-fait négligeables s'ils n'avaient obtenu ou espéré le concours d'un collaborateur de Dubois, le secrétaire d'État Le Blanc. Celui-ci st trouvait fâcheusement associé à une très méchante affaire : \.i' premier commis de La Jonchère, trésorier général de l'Extraordinaire des Guerres, disparut et, après trois semaines, fut retiré de la Seine, proche de Marly, avec sa veste, mais sans culotte ni bas et percé de deux coups de poignard". L'opinion publique S4» passionna à l'occasion de ce crime mystérieux et accusa Le Ulanc (le cet assassinat, qui le délivrait d'un témoin de ses malversations dans la caisse de l'Extraordinaire". On désignait Pâris- Huverney comme le trop vigilant ennemi contre lequel Le Blanc .ivait voulu se prémunir et dont les manoeuvres avaient fait nom-

'• \f. de BaVeroy à Mme de Balîeroy, 5 jinviVr 1721, <1ans op. cit., t. II, '' M. Marîlis, op. cit., t. ÎT, p. h.']-\-?'!<, mars 1723. Voir plus haut, t. Il,

'" Barbier, op. cit., t. I, p. 512; .T. Buvat, op. cit., t. I, p. 377; avril " M. Marais, op. cit., t. II, p. 277; 21 avril 1722.

Intrigue nouée COQ Ire Dubois

Les

préparatifs du Sacre

mer une commission d'onqinMe. Aussi longtemps que Dubois avait eu besoin de l.e Blanc, cdui-ci n'avait eu rien à craiiidiv, mais le cardinal-premier ministre parlait maintenant de son dissein (( de rétablir l'oidre el la règle dans les affaires de linaiuMs .. avec le concours des frères Paris, et Le Blanc ne pouvait se faiiaucune illusion sur la disfriAce qui le menaçait.

Le Blanc s'avisa d'opposeï' au loul puissant minisire le lils du duc d'Orléans, persouïuïge d'une iusicriiiliance trop i)arfaite pour on attendre un concours utile. M. le Duc et le comte de Toulouse ne servaient (pi'à étoffer un peu ce fantocbe princier et derrièiv eux, Le Blanc, aidé du ccmde de Belle-lsle, organisait l'intiigue sous laquelle, croyaient-ils, succomberait Dubois. Tous ensemble devaient ré]>andre le bruit (pie les détournemenis imputés à \.v Blanc avaicMit été ordonnés |)ar de très hauts |)ers()nnages : — le Bégent et Dubois, — dont ils servai(Mit la politi(pi<'. Le'^Blanc pensait faire un coup de partie et grouper autour de lui toutes les principales cb.uges militaires de façon à se rendre redoutable au cardinal. Le surcroît d'occupations (pi'ap]H)rtaienl à ce dernier les préparatifs du sacre du Boi, sembla favoriser hs nouveaux frondeurs qui voulaient mettre Dubois dans l'inipuissance physique de s'ac(piitter des obligations de sa charge'". La police secrète de Dubois ne lui fit pas défaut en cette occasion, Béniond, le comte de Hoyin, Schaub, Mme de Tencin veillaient pour leur ami. La Tencin allait de Choisy à Chantilly et de là à Rambouillet, écoutant ce qu'on voulait bien lui dire, découvrant ce qu'on croyait lui cacher. Dubois eut encore d'autres alliés, \r duc et surtout la duchesse (hi Maine, toujours vigilante à rendiv à son neveu, M. le Duc, les coups cpi'idle en avait reçus'^ Avant de se mettn^ en route pour Beinis, Dubois avait partie gagnée el lo Réirent admettait que u toutes les parties du gouvernement, loutcrics ff>n(linns et fontes les gnircs devaient (Mre raltacli •'uniforniéinent <;uis auennr rxre'pli'»" " 'ï"^ <^''*''''^ '^'^ juv!in. i

ministrr^\ • * j p • •

Depuis si\ niMJs an in<.in> il était tpiestinn du sacre du Iu»i a

4« Archiv dr.s A(i. fJranq., Fninoo, Ménioirrs ri Di.ciinwnts, t. it»5:>., M- ,70 • Uémon^d à Dubois, i. soplonibiv 17^'^: <^- *»^' Sr.v.MiM^rrs, op. riL, t. 1 •

l^JL op. rU., t. IL p. 3.>r>, 350 ; /'>''^. t. I.5S, fol. ,1 : Hoyn. a

Dubois, 1" octobre 17^^. „ . -, , j ». \lnr,i>

^^ Archiv des Afi. fJnnu,., E.pa^^n.^ t. 3. S, fol. -, : /. duc de Mn...f

à Dubois, 10 juin 17:^^-; Daboiy an duc du M'iine, i5 ji.in i-tr^.

*2 Archiv. des Mf. fJnnuj., F.a.uv, t. i..^3, fol. oi) : M^'moiiv lu à S. A. n

k a octobre i7!^:v, C. do S<Wplinnrcs, op. cit., t. IL p. 3oo, 3o5 1^ Sur.t-

Simon, Mémoires, éilit. Chmi^l, t. 858, t. \I\, p. 39C-400.

LE SACRE mi ROI

Beims. Annoncé d'abord pour le mois de septembre, cette date souleva rop])osition des Champenois qui députèrent pour la fj'ire r<Mnettre, à cause de la vendange et des vignes qui seraient maltraitées et |)erdues. La raison parut bonne et fut agréée, et U' sacre remis au 20 octobre. Aussitôt ehaeun se mit en quête des livres, des estampes et des cérémonies. Louis XV voulut voir tine gravure représentant la cavalcade de la Sainte-Ampoule, on ne put la retrouver; force fut de se rabattre sur une taille-douce (le l'année lôôf) retraçant la cérémonie tout entière. Tailleurs, brodeurs, tapissiers, carrossiers se mirent en campagne pour être prtMs au jour dit *\ et; les conflits s'élevèrent comme par enchan- IcuK'nts entre dignitaires vi entre offieiers'*\ quant aux bourgeois, (|ui paieraient à beaux deniers comptants les frais de la fête, ils s'en consolaient en lisant le cérémonial et les dissertations mises a leur portée/**'. Petit à petit les détails du voyage se précisent. Marais apprend d'un contrôleur- général de la maison du Roi (pi'on a passé marché pour la viande du festin royal à Reims à (>(K) livres, pour le laid 3oo liv., et il en coûtera pour faire piquer cette viande seule 3.'joo liv. parce qu'il n'y a dans Paris que quatre-vingts hommes qui sachent piquer et qu'on sera obligé de l(^s emmener et de les nourrir"*". Beaucoup de criminels feront le voyage de Beinis [)our y (Mr(* giaciés de tout ce qui n'est pas assassinat, rapt, viol ou duel". Barbier, non moins curieux que son confrère, va chez le joaillier du Roi admirer la couronne du sacre, sur laquelle sont montés le Sanci et le Régent^'; Barbier

" M. Marais, o/>. cit., t. II, p. 278-279; avril 1722.

** M. MaraÙ5, op. cit., t. II, p. 283; avril, mai 1722; E. Roiifari<\ Mémoire dr M. le duc de Saint-Simon, prc.<<enté à S. A. R. Mqr. le duc d'Orléans Vnniti',: du sacre, dans Bévue des questions historiques, 187/1. I. \VI, p. 538-

" \ï: \f.iial<. «./.. <•//.. i. 11. p. :»S7 ; mai i7*<'>; .T. P.iuiil. .hnirnaJ. t. II. I'. '|i«»: loii< di'\i\ li««'iit In »li<s<Mtali4»ii d*- rabl»/' <!«• Vcil.'l sur la >;mhIi' V(ii|M>iil4> : m rmtr<'. on \it paraîlio : l>< ('.aniu-*, Disscrl<iii«ni hisl»n iijiu^ tlu "^•irn-... in.12; 1,. Ph. Ilallci-, De unctione Hemensi, in /j. ria'^cli a»l lUionnm ; ^^'ni^. Traité historique et chronologique du .wcrc... in-12; R[eprnanlt], IHslitire des Sacres et couronnements... in-12, Reims; quant an prrand albnm publia par A. Daiiclicl, J.e sacre de Louis XV, il ne panit qu'après \c sacre, i' |H'fif nonilxiN", v[ son prix <'lcv« 1c rondil pou abordable au. public. H. de '.lnMnH'vicix»s, Im décoration du livre. Le livre du sacre de Louis XV, «lans ^tevue des arts décoratifs, iSSO, t. VI, p. 207.

*^ M. Mai-ais, op. cit., t. II, p. 3'i(); septembre 1722.

"^ M. Marais, op. cit., t. II, p. 35i ; septembre 1722; X à Mme de Ballercty, () oetobri' 1722, dans op. cit., t. II, p. -^92.

Barbier, Journal, t. I, p. 2^2 ; octobre 1722 ; on donnait alors au « Bé- ?<'nt » le sobriquet de « Millionnaire ».

L'atloueheraent des éci'ouelles

so fait montrer aussi la nof d'or qui sort an sacro ponr le dîner du Roi et dans laquelle est enfermé son couvert. Tout sera làbas d'une magnificence surprenante : le Roi offre à l'église métropolitaine un soleil d'or du poids de cent marcs'^ le duc d'Orléan. envoie soixante-deux mille bouteilles de vin pour abreuver K- Roi à Villers-Gottercts"; k duc de Bourbon acbète des sangliers pour offrir une cbasse aux toiles dont on n'a pas eu d'exemple*'; enfin le sacre fut fixé au 25 octobre et, dès le i6, le Roi quitta Versailles et vint coucber à Paris".

Le premier ministre s'était complu à faire servir le sacre n l'apothéose de Guillaume Dubois; en conséquence, les moindres démarches avaient été discutées et réglées par lui. Quelques ducs ombrageux, et Saint-Simon à leur tête, s'abstinrent d'aller m Reims,'' on les laissa faire; les bâtards légitimés ne s'y montrèrent pas et boudèrent dans leurs maisons", on insista mais pour la forme seulement. Une question plus sérieuse occupa le conseil : Devait-on retrancher des cérémonies du sacre lattouchement des écrouelles? Plusieurs milliers de malades étaient rangés à genoux, sur deux lignes d'une immense étendue, et le Roi avait l'obligation de les toucher tous l'un après l'autre, tandis que, pour sa sûreté, leurs mains étaient tenues par le capitaine» des gardes et leurs têtes par le premier médecin. Quelques personnes craignirent pour la santé du jeune prince cette longue et fali-ante journée, pendant la(pi(^He la vue et l'odorat avaient beaucoup à souffrir. Leurs appréhensions ne furent pas prises en considération par la majorité du conseil qui estima que la multitude serait bien plus frappée de l'attribution surnaturelle du Roy que choquée de la constante inefficacité du remède. La cérémonie devait se faire quelques jours après le sacre à Corbeny .

^» X à Mme de Balleroy, 5 octobre 1722, dans op. cit., t. IT, p. A02. ^/^ GazeMe de France, p. 5^5, dit « conl vingl-rinq marcs ». CVtait un osU-nsnir

en vermeil. -i » tt ff^f

■■*» X à Mme de B(dleroy, lO octobro. 1729, dans op. cil., t. il, p. /iO i- •'» X à Mme de Balïeroy, 5 octobre 1722, dans op. cit., l. H, p. /192. " ,T. Buval, Journal, t. II, p. A18.

'•' Saint-Simon, Mémoires i858, t. XIX, p. hofi-ho-]. ^ . , „ ...

'^ Ed do Barthélémy, Xotice h-istorique sur le prieuré, de Sauit-Mnrcoul (U Corbeny, dépendant de Vahhnye d.e Saint-Bemy de Beims, da.ns Annale, W<^ la Société académique de Sain t-Quen tin, 187Ç, ,V s^Vie, t. XllL p. JO^-^Oo. T.mV'iM-^ \ofMr. sur Corhrnv, son pru'un' et le pèjerinnqe n Sainl-Mnrrou . in-S Soi«^^-ons, iSS3. C. Orf, Du loucher des écrouelles par les rois de Frnnrr dans Travaux de VAcndémie de Beiws, i8r,5, t. Xï.lll, p. 22/,-28S ; E M'i qui-MV, J/attouchement du roi de France quérissaii-il dey écrouelles. d:n.^ Études relig. hist. litt. 1S68, 4* sé^n^, t. I, p. 374-390.

LE SACRE DU ROI

devant la châsse de saint Marcoul et le jeune Roi se promettait un vif plaisir de ce pèlerinage. Dubois n'y voulait pas aller, il invoqua le précédent sacre de Louis XIV et fit apporter la châsse a Reims", mais afin de ne pas mécontenter son jeune maître il fut arrangé que le pont construit sur l'Aisne pour faciliter le vovage serait emporté par la rivière dans la nuit du 27, et que h. faute retomberait tout entière sur l'intendant de la province", (lui s'offrait lui-même en victime.

Tout étant prévu, le Roi quitta Versailles à deux heures après midi et arriva à Paris à cinq heures entouré des ducs de Chartres et de Rourbon, du eomte de Clermont, du prince de Conti et (tu duc de Gharost, son gouverneur; escorté par les Gendarmes, Chevaux-légers, Mousquetaires, Gardes du Corps et le vol du Cabinet qui suit le Roi dans ses voyages. Le 17 octobre, Louis XV quitta Paris accompagné de la même manière" et alla coucher ;, Di.mmartin, d'où, le 18, il gagna Villers-Cotterets et rei)artit le lendemain pour coucher à Soissons où il fut reçu solennellement, logé à l'éveché et régalé de harangues, discours et compliments. La journée du 9.0 lui en réservait d'autres, mais dans Taprès-midi on alla visiter les églises et le petit Roi, voyant .aiverte la porte étroite d'un clocher, s'y glissa, on l'y voulut ^uivre mais les sveltes purent seuls passer, u Gare les gras », criait i'enfant riant aux éclats". Ce fut l'éclaircie d'un instant; les sermons continuaient. « Sii^e, disait l'éveque Languet, les ministres de Dieu croient vous devoir autre chose que des respects vulgaires et des applaudissements flatteurs. Cette aimable jeunesse qui gagne les cœurs inquiète par ses charmes même ceux qui scavent combien il est facile d'en abuser. Ils n'envisafrent point sans quelque effroi ce moment trop flatteur qui s'approche où Voti-e Majesté jouira de ce droit funeste à tant de rois jeunes, de pouvoir tout sans contrainte". »

Le 21, le cortège entra à Fismes et le 22, sur les deux heures nprès-midi, le Roi arriva à quelque distance de Reims où se trou-

" X à Mme de Balleroy, 16 octobre, dans op. cit., t. IL p. hg^-

" P.-E. Lémontey, Histoire de la Bégence, t. Il, p. 7^-75.

'•' Belalum de la cérémonie du sacre et couronnement du Boy, dans rrrrtle de France, 1722, n^ hi, p. 54i-5G4; n° Ag, P- 577-599; n« 52, p. G24- ' ><>: n* 5'i, p. 65i-7o8 (2'' édition).

•'•" M. Marai«, Journal et Mémoires, t. Il, p. 305; octobre 1722.

'' Discours fait au Boy lorsque Sa Majesté allant se faire sacrer a Rerms nt mn entrée' dans Féglise de Soissons, le 20 octobre 1722, dans Becueil de l^liisicurs pièces d*éloquence préaentéer à FlXcad/mie française, 1723, t. \\V, p. i45; Mercure de France, janvier 1723.

Voyage du Koi

Le Roi

arrive à

Heims

âoo

LE SACRE DU ROt

Décoration

(le la Cathédrale

vail un camp assez considérable'". Los troupes, rangées en bataille sur le passage du Roi, enlièrent avec lui dans la ville où on le lit passer sous trois arcs de triomphe que gardaient les bourgeois en armes. Reçu i)ar l'archevêque et par le (Chapitre s\ir le seuil de la cathédrahN Louis XV baisa le livre des évangiles et pénétra dans l'auguste basilique où un prie-Dieu sous un dais l'attendait dans le sanctuaire. Ensuite il monta à l'autel et y déposa l'ostensoir dont il faisait ])résent à l'Église métro[)oliiaine. La soirée cl h\ journée du lendemain se passèrent en visites oflicielles et en réceptions. Le 'jà, Louis W entendit la messe h Saint-Pierre ri les premières vêpres du sacre à la cathédrale. L'évéque d'Angers prêcha à l'issue d(»s vêpres sur ce texte : a Samuel prit une conu^ remplie d'huile et l'oignit"' »; ensuite le Uoi revint à rarchevêclié et se confessa au P. de Linières.

La. cathédrale avait-été tejidue juscpi'à la voûte des ])lus belles lapisj^eries de la Couronne : le maître-autel étaM paré de drap d "aigent galonné d'or et chargé des armes de Fiance <'t de Navarre rn brcHhMie. Le \W\ en avail fait présent la \rille, ainsi que des chapes et dalmatiques en toiles d'or et d'argent garnies de point d'Espîigrie. Le sol était couvert de tapis. Vis-à-vis de l'autel, un prie- Dieu, un fauteuil et \m dais placés sur une estrade étaient tendus de velours violet semé de lys d'or brodés. Les sièges et les stalles disparaissaient sous des tentures de velours semblable. Au milieu du Jubé, magnifiquement tendu, s'élevait sous im dais de velours violet le trône du Roi et son prie-Dieu, de chaque côté du trône les bancs des pairs ecclésiastiques et laïques, et, au bas du prie-Dieu, les sièges du grand chainlîellan et du premier gentilhomme de la chambre, toujours tendus de velours flemdelysé. Sur une plate-forme avancée entre les deux escaliers par lesquels on montait au trône, se voyait le siège du connétable, et pli!< avant deux sièges l'un à dn>ito pour le Carde des Sceaux, l'auhv •i irauclH- prmr le Ci.nd Maiire df la Maison du l;ni. \ l'c\rivMiil.'dmite du Jubé, s'élevait un autel sous un Jais *)ù on célébreniil une messe basse pendant la messe du choeur; à l'extrémité gauche prendraient place le duc de Charost, gouverneur du Roi et le prince Charles de Lorraine, grand écuyer de France. Entre l<piliers des deux côtés du chœur, par-dessus les stalles des chanoines, on avait bâti des galeries en amphithéâtre pour les personnes de distinction. Une tribune à droKe de l'autel était destinée a Madame, mère du Régent; une tribune à gauche était

" Barbier, Journal, t. I, p. 2'»3 ; ocloUrv 1722. «^ 1 Rois, XVI, i3.

léservée au nonce du Pajx^ et aux ambassadeurs. La musique i, («nlassait derrière l'autel et le chœur ainsi que* la nef avaient rt'vu lustres et girandoles à profusion.

Le dimanche 2'), vers six heures du matin, les chanoines, tous en chai)e, pénétrèrent dans la cathédrale et le grand-prieur, le trésorier et un moine de Saint-Denis apportèrent les insignes de |ji royauté. Pendant la récitation de Prime, l'archevêque-duc de lUùnis s'alla revêtir à la sacristie des habits pontificaux et revint .1 l'autel, précédé du chantre et du sous-chantre tenant leur bâton d'argent', des évêques de Sentis, Verdun, Nantes et Saint-Papoul ( n chape et en mitre; derrière eux, l'évéque d'Amiens, diacre, et lévêque de Soissons, spus-diacre, en mitre, enfin l'archevêque de JWims escorté de deux de ses chanoines à ce désignés par leurs confrères. U^s cardinaux, archevêques et évêques invités étaient iîrrivés peu au[)aravant et avaient été conduits à leurs places. Les cardinaux de Rohan, de Rissy, de Gesvres, Dubois et de Polignac, en rochet et chape cardinalice occupaient un banc un peu en arrière des pairs ecclésiastiques, mais poussé assez haut pour (pi'il n'y eût rien entre ce banc et l'autel et que M. de PoUgnac ne fut pas effacé par l'archevêque de Reims''. Les archevêques d« Toulouse, de Rordeaux, de Sens, d'Albi et rarchevêque nommé (le Tours, les évêques de Metz, d'Angers, de Chartres, de Uennes, de Rlois, de Troyes, de Sisteron, d'Avranches, du Puy et de Lecloure, en rochet et camail violet occupaient les stalles derrière le banc des pairs ecclésiastiques. Derrière eux se voyaient des aumôniers du Roi, des chanoines de Reims; devant eux avaient pris place des conseillers d'État, les maîtres des requêtes et des secrétaires du Roi, ceux-là en rochet et manteau noir, ceux-ci en robe de cérémonie.

Les pairs ecclésiastiques, en chape et en mitre, occupèrent leur banc, du côté de l'épître, pendant que les maréchaux de France d'Estrées, Tessé, d'Huxelles, de Matignon, de Rezons, les ministres La Vrillière, Maurepas et I.e Rlanc et quelques seigneurs occupaient qelques places adroitement ménagées pour les satisfaire sans indisposer les (( Honneurs » et les pairs. Rientôt la tribune d'plomatique reçut le nonce et les ambassadeurs d'Espagne, de Sardaigne et de Malte pendant que Madame, la duchesse de Lorraine sa fille, l'infant de Portugal et les enfants de Lorraine envahissaient l'autre tribune.

Vers sept heures, les pairs laupies arrivèrent et prirent place sur le banc du côté de l'évangile. Ils étaient vêtus d'une tunique

" Saint-Simon, Mémoires, i858, l. XIX, p. 4o8.

Entrées des Pairs

Le réveil du Roi

âo2

de drap d'or tombanl jusqti'à nn-j;mibes, retenue par une ceinture tramée d'or, d'argent et de soie violette; par-dessus, le manteau ducal de drap violet, doublé et brodé d'hermine avec collet d'hermine. Tous portaient la couronne sur un bonnet dv satin violet. Les ducs d'Orléans, de Chartres et de Bourbon tenaient la place des ducs de Bourgogne, de Normandie et d'Aquitaine; les comtes de Charolais et de Clcrmont et le prince de Conti représentaient les comtes de Toulouse, de Flandre et de Champagne. Quand tous les pairs furent en place, ils s'approchèrent de l'arehevcque de Beinis et convinrent de députer lé vèque-diic de l.aon et l'évtV|ue-comte de Bi-auvais pour aller quérir le Roi. Une procession composée de tous les chanoines, 1;.. musique, le chantre et le sous-chantre se forma aussitôt et s'ébranla, suivie du marquis de Dreux, grand-maîtive des cérémonies et des evèques de Laon et de Beauvais. Elle gagna la grande salle de l'archevêché et le chantre frappa de son bâton d'ar-'ent la porte de la chambre du Boi. L'évèqiie de Laon demanda ".< Louis Quinze », et le prince de Turenne, grand chambellan répondit : « Le Boi dort! » Nouvelle demande et même réponse, troisième appel de l'évèquc demandant « Louis Qnuur q,ic Dieu nous a donné pour Roi ». Alors les portes s ouvre..! et les deux évêques s'approchent de l'enfant couché sur son ht de parade et vêtu d'une robe longue de drap d'argent en forme de soutane: sous celte robe une camisole de satin cramoisi, s..i la tête une toque de velours noir garnie d'une touffe de plum.blanches d'où sortait une aigrette noire de héron; au relroussis de la loque, sous le bouquet de plumes, une agrafe de diamants; des mules de drap d'argent. On présenta l'eau bémtc et, ap.es une prière, les d.-ux évêques soulevèrent Louis XV de son hl par les bras et la procession se dirigea vers l'église dans 1 ordre

suivant : „ , ,^ , a, i „

U Les gardes de la Prévôté de l'Hôtel et le Grand Prevot; les

procession chanoines- les Cent-Suisses de la Garde; les hautbois, tambours e1 trompettes de la Chambre. Six hérauts d'armes, vêtus de velours blanc, chausses troussées et rubanées, pourpomts el manteaux, cotte d'armes de velours violet timbrée de 1 ecu . •■ France, toque de velours blanc; le caducée à la main. 1^ grandmaître des cérémonies et le maître des cérémomes. Quatre chevahers de l'ordre en manteau chargés de porter les offrandes. Le maréchal de \ illars entre deux massiers. Le Boi soutenu par les deux évêques. Lé prince Charles, le duc de Villeroy, le duc d'Harcourt. Six gardes de la compagnie écossaise, vêtus de sa-

LE SACRE DU ROÎ

iin, la pcrluisane à la main, flanquaient la personne du Roi. Lo (Jardi* des Sceaux d'Annenonville, remplaçant le Ghanoelier, v^'lu d'une soutane de salin vuui.oisi sous un grand manteau d'écarlate avec l'épitoge retroussée el fourrée d'hermine; sur la lete, le mortier de drap d'or bordé d'hermine. Puis venaient |(. Grand Maître, le Grand Chambellan, le Premier Gentilhomme de la Chambre d'année, vêtus comme les pairs laïques; enfin les

Cardes du Corps.

A mesure que le Roi avançait dans la cathédrale, son cortège se dispersait; à l'entrée du choeur, les deux évêques le menèrent an pied de l'autel où, après une prière, il fut conduit au fauteuil sous le dais au milieu du chœur, pendant que chacun prenait la place (pii lui était assignée. On présenta l'eau bénite et on chanta le Veni Creator après lequel les chanoines récitèrent Tierce v{ (piand ce fut terminé la sainte ampoule arriva à la porte de l'église avec son somptueux cortège de seigneurs à cheval gardant k> dais d'argent brodé sous lequel chevauchait le prieur de Saintilemy, dom Gaudart, enveloppé dans sa chape de drap d'or. L'ar- ( hevécpie de Reims alla recevoir l'ampoule vénérable sur le s<Miil, jura de la restituer et vint l'apporter sur le grand autel où le prieur et le trésorier de Saint-Remy prirent place afin de

ne [)as la perdre de vue.

Alors l'archevêque alla derrière l'autel revêtir les vêtements sacerdotaux et revint précédé de six chanoines diacres vêtus de (lalmatiques et six chanoines sous-diacres vêtus de tuniques. Après les révérences ordinaires à l'autel et au Roi, l'archevêque îjssisté des évêques de Laon et de- Reauvais reçut du Roi, assis dans son fauteuil, et couvert, promesse de protection pour toutes les églises. Ensuite les deux évêques soulevèrent le Roi dans son fauteuil et demandèrent le consentement de l'assemblée et (lu peuple. Alors le Roi, tenant ses mains sur le livre des évangiles fit les serments du royaume, de l'ordre du Saint-Esprit, de l'ordre de Saint-Louis et de l'observation de l'édit contre les

duels.

Les deux évêques conduisirent le Roi au pied de l'autel, on lui ôta sa robe longue et sa toque, il demeura vêtu seulement de sa camisole de satin. L'assistance émue, attendrie, n'avait d'attention que pour ce radieux adolescent dans son vêtement candide de néophyte ou de roi candidat; son visage d'une beauté achevée, la grâce de tous ses mouvements le faisait ressembler à lAniour, tandis que le souvenir des i>érils auxquels son enfance avait échappé lai&sait croire que la Providence avait ses desseins

Arrivée de la saillie ampoule

Les

serments

HISTOIRK l)i: 1^^ Hr:GKNCE

Les

onctions

l'intronisation

sur lui el, à crlle vue comme à cel v^nm-, les y( ux eu deveuaieiil

humides de tondresse".

On apporta le fauteuil entre le prie-Dieu vi l'autel, le Cran.l Chambellan chaussa au Roi des bottines de velours violet Heur delysé et le duc d'Orléans y attacha les éperons d'or et les retira sur-le-champ. L'archevêque bénit l'épée de Charlemagnle déposée sur Tautel, la ceignit au l\oy et l'enleva à l'instant, puis la tira du fourreau, pria, la remit nue au Roi (pii la tint, la baisa et l'offrit à Dieu sur l'autel. L'archevêque la rendit à Louis W qui la reçut à genoux et la confia à Villars qui la tint la poini levée p<^ndant le sacre, le couronnement ci le festin royal.

L'archevêque et dom Gaudart ayant ouvert la sainte ampoule il mélangea une parcelle avec du saint-chréme sur la |)atè!î • d'or du caliœ de Saint-Remi, et après le chant des litiinies, (pi-îo Roi entendit étendu sur un carreau au ])ied de l'autel, à col '• de rarchevéque étendu de même, le Roi et rarchevéque se relevèrent à ces mots : Vt ohsequiam... Les prières achevées, l'aichevéque s'assit et le Roi agenouillé devant lui ne portant que sa camisole de satin ouverte à la place des onctions reçut celles-ri sur le sommet de la tête, sur la poitrine, entre les deux épaule>. sur l'épaule droite, sur la gauche, à la jointure du bras droit. à celle du bras gauche. Ces sept onctions appliquées, l'archevêque, aidé des deux évêques de Laon et de Renuvais, refiMMia les petits cordons d'or et de soie des. ouvertures de la chemi<<' el de la camisole. Alors le Roi reçut debout la Tunique, la Dalmatique et le Manteau royal de velours violet fleurdelysé d'or, fourré et bordé d'hermines. Agenouillé de nouveau, il reçut l'onction dans la paume de la main droite et dans la paume de la main gauche. Après avoir mis l'anneau et les gants bonis, Louis XV reçut dans la main droite le sceptre et dans la gauche

la main de Justice. ^

Le Garde des Sceaux, remplaçant le Chancelier monta a 1 autel du côté de l'évangile, le visage tourné vers la nef et interpella les pairs laïques et ecclésiastiques représentant les douze pairs; ceux-ci s'approchèrent du Roi et portèrent la main a a couronne de Charlemagne que l'archevêque posait sur a leto de Louis XV. Cela fait, l'archevêque conduisit le Roi par le bras droit jusqu'au tronc élevé sur le Jubé, tout ^'ébranlant i>our l<"

•3 M. Marais, op. cit.. t. II, p. 364 : « en habit de novice il ix.^end>l.it à l'Aniour »; Journal et Mémoires du marquis ir.irgenson, v<U\. h. .1. i- Bathery, i86o, t. II, p. 87 : « il ressemblait à l'Amour à son sacr. .^- Reims ».

LE SAt:HK DU \\0\

suivre et y prendre place. Quand Tordre fut rétabli, l'archevê- (jue fit asseoir le Roi, et le tenant toujours par le bras, récita les prières de l'intronisation, quitta sa mitre, s'inclina et baisa son jeune maître en disant : Vivat Rex in aeternum. Tous les pairs ecclésiastiques et laïques firent de même avec les mêmes cérémonies et regagnèrent leurs places. Alors les hérauts d'armes niontèrent au Jubé; on ouvrit les portes de l'église et le peuple s'y engouffra, mêlant ses cris au roulement des tambours et au nasillement des hautbois. Parmi œ vacarme, des paniers s'ouvraient lâchant des oiseaux, des pigeons tournoyant affolés et, au dehors, gardes suisses et gardes françaises, rangés sur le parvis et dans les ruelles voisines, tiraient des salves de mousqueterie. Une rumeur immense planait sur la basilique, l'emplissait tout entière, et |3ar-dessus toutes les clameurs perçait le cri de : « Vive le Koi! »

On distribuait les médailles d'or et d'argent, les cloches sonnaient à toute volée, les cœurs débordaient de joie, de confiance et d'espoir, les voix vibraient à l'unisson de la musique du Roi ((ui entonnait le Te Deum. Quand il fut fini, la messe commença, le jeune Roi communia et fut r<«eonduit au palais archiépiscopal et s'y déshabilla. Ses gants et sa chemise fuiM?nt jetés au feu à cause des onctions qu'ils avaient touchés et tout se prél>ara pour le festin royal.

Cinq tables avaient été dressées; celle du Roi placée devant la cheminée sur une estrade élevée de quatre marches et sous un dais de velours violet fleurdelysé d'or. Les tables des pairs laï- <iues et ecclésiastiques, des ambassadeurs et des grands officiers ^ .'étendaient à droite et à gauche de la salle*\ Le duc de Brissac, (îrand Pannetier de France fit mettre le couvert du Roi et se rendit au Gobelet d'où il apporta le Cadenas, escorté du Grand I. chanson, porteur de la soucoupe, des verres et des carafes, et du Grand Ecuyer Tranchant armé de la cuiller, de la fourchette «t du couteau du Roi. Alors le Grand Maître des cérémonies vint avertir que la viande était prête et le Roi donna ordre de ^^ervir. Un moment après on apporta le premier service. Hautbois, 1 mmpettes et Flûtes de la Chambre jouaient en tête, suivaient les Itérants d'armes, le Grand Maître et le Maître des cérémonies, les douze maîtres d^hôtel du Roy marchant deux à deux et te- Hiuit leurs bâtons, le premier maître d'hôtel, le Grand Maître tenant son bâton, le Grand Pannetier portant la viande du Roi ^'t les gentilshommes servants portant les plats. Le Grand Ecuyer

'' Saint-Simon, Mémoires-, i858, t. XIX, p. 4i4-4i5.

TOMK m

La messe

Le fesiin royal

If

les jours suivants

Tranchant rangea les plats sur la table, les découvrit, les essaya les recouvrit et le prince de Kolian avec tout le cortège partit avertir le iioi quil était ^vyi. Tout sébranla et les maréchaux, les pairs, les évêques, lo Roi. enfin, arrivèrent dans la salle chi festin La couronne de Charlemagne, le sceptre, la main de iu.tice furent déposés sur la table du Roi; Villars, toujours I e|,e<. i'aulo à la main, lit face au monarque, les autres prirent leurs places et l'archevêque récita le BenedicUe. Après le repas il recita les Grâces. , . , o • . d

Le 26 le Roi alla entendre la messe à 1 abbaye de Saint-Hei.i>, dont il vénéra les reliques; le 27, après la messe chez les Jesu,tes et le diner, le Roi se rendit à l'heure de vêpres dans leg 1,^ métropolitaine et fut reçu grand maître de 1 Ordre du Sa.nt-h prit. Louis XV ayant quitté son manteau de novice reçut .le l'archevêque le cordon bleu et le grand collier, ensuite .1 s,gn. ^ serment de l'Ordre et la profession de foi Aussitôt après on lui amena le duc d.- Chartres et le comte de Charolais et .1 leur donna le cordon et le collier. Le .8, visite au «amp sous Rei.us et "evu.- des troupes, avec les acclamations et libéralités d usag.

on de telles occasions. ^ . ^, i

1^ 00 le Roi se rendit devant la châsse de Saint-Marcoul, entendit une messe basse, communia, déjeûna et toucha plus de deux mille scrofuleux rangés en bel ordre dans les allées de I ..bbave de Saint-Rémy. A chacun il disait : « Dieu te guc-r.ssc fe^Roi te touche", l L'après-midi, le cardinal de Rohan Gran . Aumônier, alla aux prison, de la V-He jibér^r. au nœn du 1 • plus de six cents coupables. Ce fut le dernier ^"Pf ;,'", "^ l" Dubois, qui en avait été l'ordonnateur essaya de .•^..'^ePf^^^'^ comme un événement d'une '-gmfioence .nome W S mnn oui n'v parut pas, avance que « le desordre fut inexpn nawVs. tous deux exagèrent : il s'y trouva peu de -onde p. auon s'é ait figuré le contraire, « et cette idée avoit emp h bien des gens d'y aller, ce qui fait qu'il y avoit bonne place ...

p. 228; Lôrnontcy, op. cit., t. II, p. 74, noie i, u ^ , ^ j, .,. ',7.

nar ratloiM'li<^niont du Boi , d Argmson, jour, , rînfi^iidant nh»-

lister. ^ « ' . 1 o,- • Du hors n .Mnu/«'-

" ArcI,. des .1//. Êtrang., Espagne, t^ 3... '^'^.^Tren.U'- -^ «rier, .6 octobre .722; /bùi., Romo, l. 64^, fol. 3^3, Oubors a

octobre 1722..

«^ Saint-Simon, Mémoires, i858, t. XIX, p. 407. " Barbier, JournaU t. I, p. 243; octobre 1722.

LE SACBK bu BOi

dans la cathédrale il y eut entre quatre à cinq cents places resl^'cs vides*'. Bien des personnages tinrent table ouverte sans avoir la satisfaction de les voir remplies'"; le premier ministre étala un tiain magnifique : trois chaises, trois carrosses à six chevaux avec cocher, postillon et quatre laquais chacun, mulets, chevaux de selle, chevaux de main harnachés, caparaçonnés de velours cramoisi, maître d'hôtel, officiers, pourvoyeurs, valets de chanibixî, suisses, courriers, etc'\

Le 3o octobre, le Koi quitta Reims et coucha à Fismes, passa la fête de la Toussaint à Soissons, où l'évêque prêcha devant lui c\ (( ne fit rien qui vaille. Toute la Cour trouva le sermon bas t;l ridicule'" . » Le jour des Morts, Louis XV arriva à Villers-Gotl( rets, chez le duc d'Orléans qui s'ingénia à le distraire et à l'amuser : danseurs de corde, coureurs de bague, comédie italienne, illumination, fête villageoise occupèrent cette soirée. Le lendemain chaise au sanglier le matin, chasse au cerf l'après-midi et, dès cinq heures, ouverture d'une foire dans la cour intérieure du château. Des boutiques avaient été adossées aux quatre faces et par-dessus courait une galerie remplie d'orangers et dont la balustrade était garnie d'une infinité de bougies. Une boutique était remplie de toutes sortes de porcelaines du Japon, (le la Chine et des Indes en loterie; en face, un théâtre pour les comédiens italiens; sur les autres côtés de la cour, un jeu de marionnettes et un saltimbanque, un pharaon et un biribi, deux buffets où on distribuait café, chocolat, glaces et limonades, puis encore un joueur de gobelets, des marchands de bijoux, de rubans, de masques, d'habits de bal, de liqueurs chaudes, de dragées, de pâtisseries et tous ces marchands étaient des acteur^' et (les actrices de l'Opéra. Chaque boutique était ornée de glaces, éclairée par des girandoles et des lustres Dès que le Roi parut dans la cour chaque boutique s'employa à l'attirer par tous les efforts possibles.

Le Roi regarda un moment les comédiens italiens, s'attarda aux marionnettes, joua le biribi et le pharaon, admira et écouta 1< saltimbanque qui lui offrit une tablette magique renfermant lous les secrets, qui n'étaient que différents bijoux d'or que le .^altinîbanque distribua aux princes du sang et aux courtisans. ApTos un regard donné au Tableau changeant et au joueur de

M. Marais, Journal et Mémoires, i. H, p. 365; octobre 1722. «barbier, Journal, t. I, p. 2^^^2^!^, octobre 1722. i>iibois. Relation du sacre de Louis XV, dans V. de Seilhac, op. cit., ' }l p. 256.

*' M. Marais, op. cit., t. II, p. 3o5.

La fête de

Villers-

Cotterets

hyi*

HtSTOÎRE DE LA RÉGENCE

, r» • • ♦ tîvor 1» loterie aui se termina par un di- Gobelets, le Ro; vmt J' j"^^ .' .,1,^,,. Ensuite on sou,.a d vertissenient n.ele ^»^ '<•' ''^'' ^' 'l .\^ présentaient, l..ul ce

on distribua » a p.ofus.on, ■''=^^'^ ;'";,,„ J^ ,, ^dation .l. la qu'ils pouvaient des.rer ... ,^1^1'' J^^.^ ,.^„. voici ce qu .,n ,„,,,e", et -- -XveTst^"o:n\t;:a..ante-huit 1..:. : consomma a \illeis-i.oittieis c „„,oioYa pour i4.o;<(, liv.

,00.809 livres de lard ou -'".«^""f •^^^"^^^^.^^''va'ier les n.-ls ... 6 sols de marée et pcu..on d .mu douce p ^^^ ^^^^ ^^^^^ ^

,„,bellir le se,v.ce ^•;^;,,^.f Vannes; .00.006 liv. de ,,„in: comprendre 600 l.v. de ^«^u"^ " ^ Champagne; -.on

80.000 bouteilles f;-„t.unS' bouteilles de vin de UUin, muids de vm pour le ^^o"""""'.:" .,. „„,„t<.,re- 3.ooo bouleil-

les de vins de liqueuis, eau „nir,ers de sucie; •

queurs. 11 s'est consomme «^^ ^^ ,f -^Z^,;, ,,„, , eon,,,.,-

:;^l"Ï\hr; lo ciU s :roranges douces 800 greua... .■, dre le the, oo.oou ^ ..^^hre' i5 ooo liv. prsml

.50.000 poires et P^^^^f /^^^ ^d^

de to"'-J°!^*^^t Tc"'r milli" pesant de bougies, l.a ,,...-■ été distribuées a la foiie, 1 miuitis 1 ^. ^^^

"" .^" s::s,t. itt: ™;- >^?-- .-- •''--

servi a dres^ei R mni '^^^ . J verres ou caiafo»,

vietles ont été aussi employées* . »

,. ^n^- voir aussi Mercure de Frainr. no- " Gazette de France, 1722, p. 7o3 , voir

vembre 1722. vfr>rrure (/«^ France pour Vhisioire </.• /<> '''•

74 H. Duscveî, De rutihte du Mercure

cardie, in-8, Amien.s iSSq, p. 6-7-

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