‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 115 sur 193 · CHAPITRE LVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVII

Les dérivatifs de l'opiniun publique

Mist'iv et dés<»spoir. — Le scandak du duc de La Force. — Saisie. — Assi^Mialion. — Procès. — Mariaf^es et séparations. — Distraction offerte au p,'jl,lic. Ambassade de Meheniet-Effendi. — L'entrée à Paris. — L'audit nre rovale. — I^ comte de Belle-Isle. — La terre de Belle-Isle. — L'échanjfe. — Mécontentement. — La c^rrièiv dv Cartouche. — Son arrestation. — La question. — Les aveux. — Le supplice. — Exécution*? nombreuses.

AiiKJ se rapprochait le terme légal fixé à la Régence. Aux |ni;ip(Vs qui en avaient souillé le début, à la frénésie qui en avait m.uqué l'apogée, à la ruine morale et financière qui en consacicrniont le souvenir, succédait, par un dernier contraste, dans cr royaume épuisé et misérable\ le spectacle de ripailles pantagruéliques. Après le vent de folie qui emporte jusqu'aux sages on la fatale année 1720, tous ceux qui, ne jouissant pas de la familiarité du Régent qui leur ouvrirait la bourse du Roi, ne (inivont compter que sur eux-mêmes, se disent 'Comme l'avocat Minais : « Dieu nous donne une année plus heureuse que la (IcriHcrc!^ » ou comime son confrère Rarbier : « Je n'ai plus aujour- (l'iiui (le quoi donner des étrennes aux domestiques!^ ».

1.0s arrêts se succèdent et ne remédient à quoi que ce soit* et i" bruit se répand d'une réforme générale des troupes sous préloxip que le Roi n'est plus en état de payer et entretenir un si ?r;!Ufl nombre de soldats''; mais, peu de jours après, on apprend

' \(lbrr, Im misère en France en 1721. dans Bulletin de la Société nrchéo- U>(i'"in<> <ln Midi de In France^ 1906-1900. t. XVI, p. ^l^^^l'].

M Marais, op. cit., t. II, p. /|3 ; janvier 1751 ; voir la ^rravure de Bern. l^if" 'L intitulée : Monument consacré à In postérité en mémoire de la folie '" ' 'V/Z./c (le In vinqtième année du WIII^ siècle, dé<Tite dans Les correspf>h-1nnff de la marquise de ^Balleroy, t. Il, p. 9.56. !>;trhier. Journal, t. I, p. 98; janvix^r 17:^1. ^ M Mnrais, op. cit., t. II, p. ii3 ; Buvat, Journal, t. Il, p. 194'. ' M. Marais, op. cit., t. II, p. A6 ; 6 janvier 1721

Misère et désespoir

i' ti

HISTOIRE DE LA RÊGI'NCE

LES DRIUVATJFS DE L'OPINION PUliLKJUE

que le Régent a fort mal reçu le chancelier et le contrôleur gé néral avec leur plan de réformé, il leur a dit : « J'ai fait mos réflexions, cela sera bon pour l'été prochain. » Reste à savoir, dit le public, avec quoi on payera les troupes?* Chacun sait qu'on les payera par des exactions ou par des malversations et si on ne songe pas encore à reprocher au jeune Roi les coûteux plaisirs des ballets qu'on lui donne, on songe moins encore à épargner les princes du sang et les grands seigneurs qui exploitent et dilapident la fortune de la France'. En Angleterre, commence-t-on à dire, on est moins patient, « ces Anglais raisonnent et exécutent; pour nous, nous faisons des -chansons, et on l'exécute rien*. » Partout on crie misère, les marchands ne ven dent rien, on ne voit pas un écu et les théâtres sont remplis* et. si le Régent tomber malade, u on est obligé de prier pour sa conservation, car ce qui le suit ne le vaut pas (le duc de Chartres) et le public craint de tomber aux mains de M. le Duc, qui ne connaît point de lois et qui n'a jamais rien su, que la chasse" ». On s'alarme à tort, Rourbon continuera Orléans et achèvera la ruine de ceux que son cousin n'a pas réduit au désespoir. Le mot n'est que juste. « Le désespoir, écrit Marais, est dans toutes les bonnes familles; on n'a plus ni rentes, ni revenus; on est chargé de billets et d'actions qui ne rapportent rien. Tous les jours ce sont dos histoires nouvelles de gens morts désespérés ou réduits à la charité des paroisses" »; et le cardinal de Noailles dénonce sans détours (( la misère qui augmente tous les jours et se multiplie" ».

u. ..au«a.. Sur ces entrefaites, éclate le scandale du duc de la Force. Geluiduducde ^j |.gj^- p| l'associé du duc de Saint-Simon dans toutes ses exigences ducales n'avait pas cru déroger en se faisant accapareur. Depuis que la monnaie perdait chaque jour de sa valeur, depnis que le papier n'inspirait plus aucune confiance, certains entassaient des approvisionnements énormes de marchandises. Les coupables demeuraient insaisissables. Tel jour on confisquait

• M. Marais, op. cit., t. II, p. 48; lo janvier 1721. ' M. Marais, op. cit., t. II, p. /iO : W. Caumartin de Boissy a Mme de m-

leroy, 3 jnnvi^r 1722, dans op. cit., t. Il, p. 228; tq <^t 22 janv., 24T,

» M. Marais, op. cit., t. IL p. 56; 17 janvier 1721.

• X à Mme de Bnlleroy, t. II, p. 2'j5; 22 janvi<^r 1721. 1» M. Marais, op. cit., t. IL p. 57; 17 janvior 1721. " M. Marais, op. cit., t. II, p. 59 ; 21 janvier 1721. " Mandement du cardinal de Noailles, pour assister les pauvres de 7?<'nrKS.

2^ janvier 1721 ; voir aussi c^^liii de l'évr-que de Castres, M. Marais, op. riL, t. n, p. i46; mai 1721.

Le scaodale

Saisie

(|('ii\ péniches chargées d'eau-de-vie, tel autre jour cinq cents livres de vin d'Espagne, ou bien des tonnes de tabac. L'opinion accusait le duc de Guiche, le duc d'Antin, le maréchal d'Esfrées, le duc d'Orléans lui-même. Enfin les soupçons se fixèrent et les preuves accusèrent à ne s'en pouvoir dédire, le duc (le la Force".

Ke lundi 3 février, les syndics des marchands, à la requête des r|)iciers et en vertu d'une ordonnance du lieutenant de police, se liansportèrent au couvent des Grands-Augustins avec un commissaire aux archers, sur l'avis que plusieurs salles de ce couvent renfermaient un dépôt considérable de toutes sortes de marchandises entassées jusque dans la bibliothèque et dans le lieu (in se tenait la chambre royale : sucres, savons, suifs, cires, bou- •ries, chandelles, étains, plombs, cuivres, cuirs, charbons de lerre et cent cinquante pipes d'eau-de-vie, plus ou moins adroi- Iciiicnt dissimulées sous l'apparence de porcelaines et paravents (le la Chine. Il existait un entrepôt semblable au grand couvent (\vs Cordeliers et plusieurs dans différentes maisons du faubourg Saint-Antoine. La valeur des marchandises saisies s'élevait à une (loiizaino de millions; un homme se présenta, inconnu nommé Doiian, reçu marchand depuis un mois, qui n'ayant rien, logé i;ii troisième étage, sans meubles, se déclara propriétaire. Décrété do prise de corps, l'homme s'avoua prête-nom du duc de la Force, pair de France. L'aveu arrêtait les poursuites du lieutenant de police et le procureur du Roi requit le renvoi au Parlement. Les marchandises furent saisies et on ne tarda pas à savoir que le (iiir de la Force les faisait acheter par son intendant, son maître d'hôtel et ses valets de chambn , sous leur nom et sous le nom de (piehpics autres particuliers. Le tout avait été payé avec des bil- 1< ts de la banque.

1-0 duc de la Force était très décrié, mais il était duc et pair et Assignation l'affaire ne pouvait être étouffée. Le Parlement, charmé de tenir Mil de ses plus farouches adversaires du temps de Law, ne se lai«îserait pas arracher un si belle proie. Plusieurs ducs voulaient

^' Sur co personnage, voir M. do ï^sciire, Les PhiHppiques de la Granqe- ('J'iinrel, in-i2, Paris, i858, p. 76, sniv. : G. Fontbnmo-Berbinoan, Le duc '/• lo Force et les protestants de Berqerac, dans Bulletin 4c la Soc. de Vlii^t. ''" pmtestanfisme français, iQOi, ^® «'^rio, t. L. p. 78-102; Lo môme. Le '''"' de In Force et les protedants de Tonneins, dans même rovuo, p. 65^- ^•'•'V t>nns une lottro ihi oomto d'Arsronson à Mmo do Balleroy, 26 novembre •7'^'. on lit qii(« M. do la Foroo se laissa consoiller do demander « quelque *''•«' do beau, oonime les provinces d'État, le clerofé, les «îrosses fermes, ^^^■, où il lailleroit et rogneroit », op. cit., t. II, p. gS.

Procès

donner requête à ce que leur confrère fut privé, sa vie durant, de toute fonction de pairie, comme indigne. On ne s'entretenait dans Paris d'autre chose et le frère de l'inculpé voulait quitter le nom de la famille. Une estampe se passait de mains en mains, représentant un crochcteur courbé sous le |)oids de plusieurs bal lots débordant de cire, de café, etc., et on lisait au bas : « Admirez la Force ». Entre temps, le Parlement déclarait valable l;i saisie d'un amas de charbon de terre fait par un agioteur et le^ marchandises confisquées aux Grands-Augustins attribuées moitié à rHôtel-Dieu. moitié à l'Hôpital-Général; le i.S février, ton* les princes, ducs et pairs furent convoqués en la Grand'Chambro en l'affaire de monopole du duc de la Fora. 11 faut, disaient les ducs, qu'il soit libéré nu condamné, il y va de l'honneur du corps: les plus énervés réclamaient pour lui le pilori; Lauzun. son parent, s'avouait .< de même maison, mais non de même boutique » I.e 15, les princes du sang et les dues et i>airs s'étant trouvés de bon matin au Palais, il y eut une grande assemblée de toutes les Chambres qui dura quatre heures. I.e jirince de Conli. accompagné de soixante jiersonnes arriva dès sept heures et demie; le duc de Bourbon, le comte de nharolais sur les hnil heures Un grand nombre de pairs ecclésiastiques et les deux tiers des pairs laïques s'v trouvèrent à la même heure, le duc d.' Saint-Simon et sept aul'res pairs s'en dispensèrent sous prétexte de ne pas reconnaître la compétence du Parlement. Les Chambres étant assemblées, on fit sortir tous ceux qui n'y avaient pas séance et le huis-clos fut prononcé. M. Ferrand rai)porta les procédures et les saisies, avec l'interrogatoire de Dorian, l'affaire parut grave- le Premier Président recueillit les avis. T.e prince de Conli s'éleva avec force contre l'inculpé, le maréchal de Villars fit l'éloge de la maison de la Force et du duc dont il den-.anda l'interrogatono personnel avant de passer outre au jugement. Te due de N.KuHles refusa d'oniner. le duc d'Antin approuva la Force d'avoir fait friutifier ses billets de banque. Finalement, à la pluralité des voix, le duc de la Force fut assigné pour être oui et le menu fretin, intendant, tailleur, etc.. - décrété de prise de corps; par e même arrêt, plusieurs épiciers furent mis à 1 amende et, déclarés déchus de la maîtrise, condamnés en outre à avoir leurs boutiques fermées pour avoir contrevenu aux statuts de leur corn

""iVu" iours plus tard, on fit perquisition dans une maison appartenant au duc de la Force, me Saint-Dominique et on n> trouva point de marchandises. Le duc, averti, accourut, trouva les commissaires en chemin, leur réclama l'ordonnance en vertu

LES OfiRIVATIES OE L'OPIXTOX lUIlîLIQlJE

(\c laqiielle.on visitait sa maison, la saisit, la déchira et s'attira un 1 loccs-verbal Ho rébellion. Le duc avait promis de subir l'interi(>«ratoire sans se faire signifier l'assignation; quand le moment arriva, il se présenta devant les deux rapporteurs et refusa d'enlever son eha[)eau cl son épée, quoique accusé, de sorte qu'il fîillnt remettre l'interrogatoire. Ix» ])ublic en faisait des gorges cliinidcs, colportait chansons, épig.^ammes et anecdotes sur ce hoimeticr en fAclieuso posture. Conti, alors assez populaire, avait revu, (lisait-on, la visite du duc et pair accapareur, l'avait reconduit on le remerciant de son honnêteté et protestant qu'il avait ses provisions faites pour le carême. >

Le ?!i, tout le Parlement s'assembla de nouveau et le duc de I.i Force se présenta avec un gentilhomme et cinq laquais pour subir son interrogatoire dans la petite Tournelle. 11 avait revêtu un habit de cérémonie et préparé une belle harangue. La Cour ivfusa de l'entendre hors de l'interrogatoire. L'avocat général prit la parole, le duc l'interrompit, et le Premier Président l'avisa (le se taire : « On n'interrompt jamais les gens du Roi ». Un peu iiprès, le due interrompit d(^ nouveau l'avocat-général qui l'apostropha : « Monsieur, lui dit-il, il n'y a que le Premier Président qui puisse me faire répéter ce qu'il n'auroit pas entendu : laissez-moi parh-r »; et il poursuivit. Après ce discours et avant que d'aller aux opinions, le Premier Président dit au duc de la Force : .. On va opiner sur ce qui vous regarde, il faut que vous sortiez, vous ne pouvez pas y être présent ». Le duc demanda cavalièrement : « Pourquoi sortirai-je de ma place .^ » — (< Cela doit être /msi, répliqua le Premier Président, voulez-vous m'obliger d'ordonner aux huissiers de vous mettre dehors? » Sur quoi, le duc se leva très en colère, les larm(^s aux yeux, et voulant sortir par le Parquet, on l'arrêta : « Ce passage est réservé aux princes du ?nng » lui dit-on. — « Par où sortirai-je donc? » — « Sortez par la lanterne », lui jeta le Premier Président. îl tombait ainsi dnns la grande salle où deux mille âmes étaient assemblées pour \o voir défiler entre deux haies d'insulteurs qui criaient : i( Voilà 1^^ marchand de chandelles! »

Avnnt de sortir, l'accusé avaif protesté de nullité de tout ce qui errait fait contre lui, ce qui ne fut pas admis et après sa sortie, nn donna lecture du procès-verbal de rébellion et La Force fut .lérrété d'ajournement personnel presque tout d'une voix, ce qui emportait interdiction de toutes fonctions de pair et de memiTo du conseil de Régence. Enfin pour que rien ne manquât à sa hr)nte, la Cour avait décidé que l'inculpé subirait l'interrogatoire d(bout, nu-tête, sans chapeau et sans épée. Dans Paris on ne

Hariageiï et séparations

parlait d'autre chose; on accusait le duc d'\ntin, le duc de Saint- Simon le duc de Guiche. le maréchal d'Estrées de s'être livrés à un commerce semblable à celui qu'on imputait au duc de I.a Force et on ass.irait que les autres ducs et pairs avaient résolu de present(>r requête au Roi pour faire évoquer cette cause au Conseil et la soustraire au Parkment. Pour cette raison, les pairs ecclésiastiques s'assemblèrent chez le cardinal de MaïUy, archevêque de Reims, et les pairs laïqm s chez le duc de Luxembourg; il Y eut ainsi >me scission et deux bandes de pairs, l'une de neuf, l'autre de vin-t-deux membres et, le r>.-j février, le Régent accorda un arrêt devocation de l'affaire par-devant le Consed d'en-haut. Cette requête ftit signifiée à la Cour, aussitôt on envoya chez tous les princes et ducs qui la i.rirent avec une exti>hiie vivacité et on résolut de faire des remontrances au Roi. le Premier Président, « fort baissé .., accompagné des princes du sang, des ducs et pairs et des magistrats, .s'<>xprinia lonauement et Daguesseau lui répondit de façon confuse. On piétinait et bientôt on s'assembla, on se querella, les Mémoires manuscrits et imprimés, DécMroftons, Mnnitoires, Avis Manifestes se succèdent, se réfutent, se contredisent et ne se font lire que de qu.'lques basochions; l'opinion publique s'occupe d'autre chose et le Pariement, sans se hâter, rend, le 12 juillet seulement, rarrèt par lequel <■ sera tenu Henri-.Tacques Nompar de Caumont. due de la Force, de se comporter à l'avenir d'une manière irréprochable et telle qu'il convient à sa naissance et à sa dignité

de pair de France" ». ,

La noblesse de France semble prendre à cœur de s exposer au mépris et au dégoût. Les correspondances, les mémoires ne manquent pas de raconter un autre scandale survenu en même temps que celui du duc-épicier. Chacun narre l'historiett* a sa façon. « 11 V a trois jours, le prince Charles do Lorraine comte d'Armagnac, grand écuyer do France, vint chez le duc de Noa.lles et commença la harangue à peu près en ces termes : « Beau-père je ne sais où j'avais l'esprit quand j'ai épousé votre fille. Il faut

» B.-,rbi<^. Journal t. I, p. .00-.. = . "5, 1.6. "7. "0- .34-i37: B..v,-.t. Journal, t. 11. p. ,09-, n ; ..3.„6: m- .19. f ''''*' f^'^f' ^^ M. Marais. Journal et Mémoires, t. II. p. 67-60. 7/.-75. 77-79. W^^^' ,o.>io6 iio-ii?. i»o : Canmartin rie Bois.sy et autres a Mme df. BalUroy,

H p 68. ,60. .70. .7.. '.73. ^7S.^So. ,8,. ,8,; ,8X ,8V,8o. .00. '0^- So5 ..'o. 38. ^. 'entre' février ot inill-t .7... .'■ Flamn..vmon.. «..„k, ; tranres riu Parlement rie Paris, in-',, Paris. .888. t. '• .P' '\"-^^.;/- .^fin Lne. Journal du règne de U.uis XIV e, Louis XV, in-S. Vorsa.ne.s .866.

LES DIÎRTVATÎFS Df! L'OPINION PUBLIQUE

que la tête m'ait tourné; moi ivrogne, moi chasseur, que vou- |,)is-je faire d'une jeune femme ? Reprenez-la, beau-père, et N ivons en paix. Voilà huit cent billets de banque que vous m'avez donnés, il n'en manque pas une obole, gardez-les et votre lille avec, oublions le passé, vivons en bons amis. » — La jeune toinnie avait seize ans et ne vivait que depuis six mois sous le loit de son mari. — Le duc de Noailles demanda s'il était méconl( lit d'elle, qu'il sauroit bien ranger sa lille à son devoir. Le prince lui répondit qu'il en étoit bien content, mais que l'état de mariage avoit quelque chose de trop arrangé pour lui;... (pie par suite, lorsque sa santé ne lui permettroit plus de boire d de chasser, il la redemanderoit peut-être, mais que quant à ,.rés(^nt il ne pouvoit pas rester avec elle. Le duc lui demanda deux jours pour délibérer et prendre conseil dans sa famille. Le prince Charles lui dit qu'il avoit pris seul conseil, qu'il n'avoit cpià faire de même, qu'il connaissoit l'éloquence de la maréchale, les discours que le cardinal pouvoit lui tenir sur les devoirs du mariage, mais que tout cela étoit inutile, ayant pris son parti. » Le surlendemain, la jeune femme se retire au couvent i\v la Visitation Sainte-Marie, et sur cela chacun raisonne sans rien savoir. L'avocat-conseil du prince Charles, Mathieu Marais, sait toute l'affaire et explique que celte conduite n'a d'autre raison que les besoins d'argent. Le beau-père a imposé le paieiiK nt d'une partie de la dot, ?,oo.ooo francs, en billets de banque; k gendre en a été tout aussi piqué que l'on peut l'être, mais ([u'on le pouvoit forcer à le recevoir, il n'a rien dit et a mûri sa vengeance. Tout cela aboutit à un acte de séparation de corps ("I de biens qu'on signe comme on ferait d'un contrat de maliage, et, pour que rien ne manque, le cardinal de Noailles

signe, lui aussi*'.

L'exemple est contagieux; cette séparation, pour cause d'économie trouve des imitateurs. M. de Lautrec,. gendre du Premier Président, renvoie sa femme à l'hôtel de Mesme^'; M. d'Estaing juille la sienne après trente ans de mariage''. Le public s'étonne,

" ïîarbicr. Journal, t. I, p. ii-.i-ii3: Biivat, Journal t. II, p. 2i2-2i3,

r.o; M. Marais, op. cit., t. Il, p. 79-81, 8.V8G, 109, iio, i54, 202-204 ;

mmartin de Boissy à Mme de Balleroy, 19, 20 février, op. cit., i. Il, p- 276-

Mathieu Marais, Journal et Mfhnoircs, \. II, p. 86-87, 23 février 1721 : ' uvat. Journal, t. Il, p. 212; Madame, Correspondance, édit. G. Bninel, 1 II, p. 3o6.

" M. Marais, op. cit., t. II, p. 87: .1. Buvat, op. cit., t. Il, p. 222 : X à Sîme d£ Ballêroy, 21 mars 1721, daas op. cit., t. I, p. 295.

Distraction

offerte

au public

•VI

Ambassade

de Mehemet

fcffendi

mais sa faculté d'étonnement est mise à une si rude épreuve qu'il ne se scandalise guère, il plaisante et sourit ou bien il chantonne des refrains et répète des gaillardises qui ne sauraient être transcrites ici'". Habile à ne pas laisser les esprits s'échauffer le gouvernenwnt du Régent leur ménage des distractions variées et, afin de faire diversion à l'accaparement, imagine une

turquerie » éblouissante.

L'ambassade de Mehemet-Effendi n'avait pas été souhaitée, on l'avait même traversée le plus possible, afin d'épargner au trésor une dépense ruineuse et dont on n'attendait rien d'utile. Ibrahim-Pacha, devenu grand-vizir voulut voir s'accomplir une démarche qui flattait autant sa vanité qu'elle servait ses intérêts Le prétt'xtc de la contagion de Provence ne fut même pas admis pour justifier un délai, il fallut héberger, voituier, amuser nourrir et abi^euver l'envoyé turc suivi de soixanle-sei/.e i.crsonne* Le problème était ardu à résoudre et certains intendants n'y réussireni (lu'en .udonnant des rafles de volailles

et bouteilles de vin.

Mehemet-Effcndi était sexagénaire, portant beau, et homine à bonnes fortunes. Instruit, poli et savant, il avait négocie \r traité de Passarovxilz" et atteignait cet âge critique où volontiers on délaisse le travail pour une existence d'apparat. Les circonstances ne ,K-rmettant pas de lui épargner 1 enm.i dune quarantaine et la localité où il prit terre ne possédant pas de lazaret on l'enferma avec sa suite dans une église décorée de peintures et de statues qui ne pouvaient inspirer à ces niahometans qu'une profonde horreur. " On ne saurait, disait-il, être plus surpris »que je le fus de me voir en cet endroit: je m abandonnai à toutes sortes de pensées et de réflexions. Mais comme i! aurait été difficile de revenir sur ses pas, je ne trouv-^ai pas d. meilleur i>arti que celui de baiser le bas de la robe de la Pa-

ticnce

Au sortir do ce lazaret, TanibassadiMir s embarqua a

- M. Caarmrtin de Boissy à Mme de Balle.roy. 19 f^^vrier, op cit.. t. H; n 27A-275- 5 mars, ibid., t. II, p. ^8^V, 10 mars, ibuL, t. II, p. ^O^ • LX, io;.n«7, t. I, p. .KVn5: M. Marais, op. rU ,. II, P- J^^^V; OMO; 108; 1.5; :^i5; 260; Rloisjourdain, Mélanges, t. II, p. 10; Madamo, Cor respotidniire, ôdit. G. Rninct, t. 11, p. ^^t, i^iT-

i» M Minais, Jonrnnl et Mémoires, t. Il, p. io:< ; S mars 1721.

^'> En r7.i I^enoir donna la Uelniion h la suito d'un. ^ouve1U' desrnplnm <• Constanfmople: en 17-'.^ 1« «radu.rK.n par Do Finnn.s: H .Hl.-c. I- ^-' ;- BeMion de VamUassade de Mehemel-EffemU à la Cour de hrnnce ni.. érrife par Ini-méme et traduite du ture, in-i.. Pans, 1757 (tradu< hon tn mntil4: ^« -li'ion on ,758: G. Raxi. d. Flas..n, f/..s.o,r. rKn-/^/^;;; .année de la diplomatie française. in-S, Pans, t. IV, p. ^22-^31 , \e iexU

Les Dl^JUVATllS I)K l/OPIMON PI B1J()UE

3lt

li<3ziers sur k canal du Languedoc, traversa lovilouse et gagna jiordeaux d'où il devait se rendre par Poitiers à Paris''. Le chevalier de Canilly devait l'aller recevoir à Orléans et la maison du IVoi l'attendre à Etami)es, mais on se contenta de les envoyer à Vincennes et à Saint-Denis". Le 8 mars l'ambassadeur arriva par Charenton dans le faubourg Saint-Antoine, escorté par cin(iuante maîtres de la cavalerie, l'épée à la main, et la maréchaussée; le régiment du Roi montait la garde à sa porte et tout se préparait, à la grande joie des Parisiens, pour une entrée magnilique''. Buvat n'a pas eu de repos qu'il n'ait dénombré 1j.. suite de Mehemet'' et Marais, moins badaud mais plus gaillard, recueille avec soin une gaudriole".

Le 16, tout Paris est sur pied''; le Roi s'était rendu incognito dans la Place-Koyale, chez le marquis de Boufllers, sur le passage du cortège; le duc d'Orléans était à une autre balcon. Ce fut le défilé ordinaire des cavaliers, des musiques, des fantassins entremêlés de seigneurs, pages, palefreniers et autres gens de livrée. Un turc portait une lampe, un autre un turban vert, puis venaient douze chevaux tenus en main et disparaissant sous leurs housses brodées, quatorze jeunes garçons portant chacun une lanoe avec un flot de rubans et quatorze adultes à cheval portant un fusil sur l'épaule. L'équipage du maréchal d'Estrées était magnifique, de sa personne il escortait l'ambassadeur et il ne lui manquait qu'une chose c'était de savoir se tenir à che-

lurc lithographie a été publié en 1820, en i84i et en i876. Voyage d'un ministre ottoman. Helution de Mehemet-Efjendi, annotée avec des documents inédite (édition do) J. SeeJicr, in-8, iMontpellier, 1874 ; P.-E. Lémontey, op. cit., t. II, p. 452-455; D'Aubigny, Un ambassadeur turc à Paris sous la lîégence, dans Hevue d'histoire diplomatique, 1889; Gh. Schefor, Mémoire historique sur Vambatsade de France à Constantinople par le ministre d,e lioiumc publié avec ses négociations à la Porte ottoniane, in-8, Paris, 1894", p. XLHi-XLiv. A. Gasté, Retour à Constantim>ple de Vambassadear turc, Mehemet-Efjendi. Journal de bord du chev. de Canilly de Brest à Constantinople ei de Constantinople à Brest, juillet 1721, mai 1722, dans Mémoires de V Académie nationale des sciencet, arts et belles-lettres de Caen, 1902, t. LVI, p. 49-

** X à Mme de Balleroy, 10 février 1721, dans op. cit., t. II, p. 266; Buvat,

Journal, t. I, p. 212.

" X à Mme de Balleroy, 10 février 1721, dans op. cit., t. II, p. 266; Buvat, op. cit., t. II, p. 217; Barbier, Joariml, t. I. p. 116.

" Barbier, Journal, t. I, p. 118-119.

" Buvat, Journal, t. II, p. 218.

" M. Miirais, op. cit., t. II,. p. 102; M. de Cawmartin à Mme de Balleroy, 23 mars 1721, dan« op. cit., t. II, p. 297.

" M. Marais, op. cit., t. II, p. io5 ; Barbier, Journal, t. I, p. 120.

L'entrée à Paris

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HISTOIRE DE LA BÉGiENCË

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val. Il en changea quatre fois dans la route, et toujours éperonnant ses diverses montures passait incessanunent, malgré l'assistance du j>ommeau, de l-encolure à la croupe. Un de ses coursiers rua si fort qu'il «stropia huit ou neuf curieux et tua roide une femme dans la rue de la Verrerie". L'audience Le 21, audience du Koi. Tout le cortège entra par le Pontroyaie Tournant dans le jardin des Tuileries avec l'accompagnement obligé de chevau-légers, grenadiers, dragons, mousquetaires, etc. La population tout entière lempUssaient les rues, garnissait les fenêtres, toujours ravie d'un spectacle militaire. Les gendarmes se trouvaient en ordre de bataille devant le pont; puis les gardes du corps; puis les mousquetaires et le régiment du Roi près de la porte Saint-Honoré. Los gardes françaises et Suisses formaient la haie le long des Tuileries. Dans la grande galerie attendaient les princesses du sang et les dames de la Cour, au nombre de près de trois cents; et, au fond de la galerie, se voyait le trône du Roi sur une estrade de huit degrés et séparé du reste de la galerie par une balustrade dorée. Le haut du dais était en gros relief de broderie d'or en bosse, ornée de cartouches de soie à personnages naturels, au petit point. Le trône était de bois doré, sculpté à jour, dominé par deux génies tenant une couronne. Le dossier tendu de drap d'or offrait un soleil dont les rayons, faits de pierreries et de perles, éblouissaient.

L'ambassadeur étant arrivé au haut de l'escalier de l'appartement du Roi, le duc de Noailles, capitaine des gardes, l'alla recevoir et le conduisit jusqu'à la porte du grand cabinet. Le Roi étant averti que l'ambassadeur approchait, monta sur son trône, vêtu d'un habit de velonrs couleur-de feu, enrichi d'agréments en forme de boutonnières, avec les plus beaux diamants de la couronne, autour desquels régnait une broderie d'or qui . rehaussait l'éclat des diamants. Cet habit était chargé de pierreries pour la valeur de plus de vingt-cinq millions et pesait trentecinq à quarante livi-es. Le Roi avait à son chapeau une agrafe de gros diamants avec le Sancl, et, sur l'épaule, le Régent dans un nœud de perles et de diamants.

L'audience ne se distingua par quoi que ce soit des banalités consacrées par le protocole : inclinations, compliments, messages et présents. Ensuite ce furent les visites d'apparat, les

»' Af. Cautnurim de Boissy à Mme de Balleroy, 19 mars" («t 23 mars), dans

op. cit., .t. Il, p. 294 (et 297); Buvat, Journal, t. II, p. 220-221, 223-23o.

237, 239, 240-241, 245, 248, 25o, 252, 255, 259, 260, 265, 269, 273; Barbier.

Journal, l. I, p. 121; M. Mamis, op. cit., t. II, p. io4, 108; Saint-Simon,

Mémoires, i858, édit. Chérud, t. XVIII, p. i35, suiv., 169-172.

Les DÉRIVATIFS DE L'OPINION PUBLIQUE

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|)romenades dans Paris. Parmi les présents, le jeune Roi lit beaucoup d'estime d'un arc avec un carquois garni de soixante llèches, il prit le Turc en amitié. Mehemet raconte ainsi une de leurs entrevues : « Aussitôt qu'il m'aperçut avec son gouverneur, il se tourna de 110! i<' côté et je l'abordai. Divers discours d'amitié fui-ent le sujet de notre entretien. 11 était charmé d'examiner nos habits, nos poignards les uns après les autres. Le maréchal me demanda : Que dites-vous de la beauté du Roi? — Que Dieu soit loué! répondis- je et qu'il le préserve du malé- [[ç^,\ — 11 n'a que onze ans et quatre mois, ajouta-t-il, sa taille n est-elle pas proportionnée.^ Remarquez surtout ce que sont s<^s propres cheveux. — En disant cela il fit tourner le Roi et je considérai ses cheveux d'hyacinthe en le caressant; ils étaient conic des lils d'or bien égalisés et lui venaient jusqu'à la ceinture. Sa démarche, reprit encore le gouverneur, est aussi fort b<^lle. 11 dit en même temps au Roi : Marchez de cette manière que l'on vous voie. Le Roi, avec la marche majestueuse de la perdrix, alla jusqu'au milieu de la salle, après quoi il revint. Marchez avec plus de vitesse, ajouta le gouverneur, pour faire voir votre légèreté à courir. Aussitôt le Roi se mit à courir. Ije maréchal me demanda après cela si je le trouvais aimable. Je lui répondis par cette exclamation : « Que le Dieu tout puissant <|ui a créé une si belle créature la bénisse! » De part ni d'autre on ne retira aucun résultat de cette ambassade qu'un déploiement de luxe, un surcroît de gêne et de malaise et beaucoup de paroles creqses. Le Turc en attendait autre chose, il ne put niome aborder le but secret de sa mission qui tendait à créer une ligue destinée à contenir les ambitions allemandes. Ses insinuatioiïs furent éludées avec peu de ménagement.

Parmi tant d'événements particuliers qui passionnaient l'opinion publique au cours de ces années : système, ruine, peste, incendie, il en est un qui surexcita les esprits à l'égal des plus grands événements de la politique". « Nouvelle des plus extraordinaires, au moins qui a paru telle ici à tous, écrit-on de Paris :

avant-hier au soir

î>2 avril 1720

- on signa l'abandon de Belle-Isle à M. Law et à la Banque" ». Pêtit-fils du surintendant Fouquet, le comte de Belle-lsle s était estimé heureux de se conduire en brave et intelligent officier pendant le règne du feu

*' D'Echérac, La jeunesse du marécJial de Belle-Isle (1684-1726), in 8, l'nris, 1908, p. 95.

"' Le chev. de Balleroy à sa mère, 2/1 avril 1720, dans Les correspondants (le ki Marquise de Balleroy, m-8, Paris, i883, t. II, p. i56-i57.

Le comte

de Belle-lsle

pr

LES DÉRIVATIFS DE L'OPlNÎON PUBLIQUE

La terre de Beile-lale

Hoi La disparition de Louis XIV cl la réaction qui suivit «frraunl au politiciue cl au courlisau une carrière nouvelle à parcouri,. Le champ était libre et Iklle-lsle s'élail précaulioune d anulios capables de l'y pousser hardiment. « Ses anùtiés, écrit ^aiul- Siinon, lui ouvrirent une inlinité de portes. 11 ne négligea m l,;s cochèrcs, ni les carrées, ni les rondes" »; dans le nombre, il m1,lisa même des portes assez basses, comme le montre son .utm.ilc avec Berthelot de Pléneuf qu'on a vu fuir à Turin en 171.. |.u,n mettre sa ,>ersoune en sûreté^, d'où il obtenait, au mois d octobre ,7,c,, la permission de revenir pour se livrer a de muveaux tripotages". Pendant ces années d absence, Mme de Pleneur n'avait cessé de recevoir « la jeunesse la plus brillante de a Cour- », on soupait chez elle tous les soirs et Belle- se avec Le Blanc partageait ses bonnes grâces. En mars i-^iK »y '^' ';';;;f promu maréchal de camp", l'anné-e suivante il acheté le gouverm-mei.l d'iluningue", et son extrême circonsp.ction le tuut H l'écart de toutes les grandes intrigues de cette epo.p.e. I s ap" • puie alors sur le cardinal de Rohan et sur le u.ims re Le Blanc surtout il s'attache à Dubois qUi peut l'aider a eondn.re a bonne fin l'échange du marquisat de Belle-lsle.

L'île ouïe marquisat de Belle-lsle était, par sa dimension, s. population et son importance stratégi.pie un lief que le i.o,n..n S avait tout intérêt à posséder". Lile éta t la plus ., cons.d rie qui fût sous l'obéissance de Sa Majesté - l-;^;^';:^ >; '> auatorze lieues de circuit et comptant cinq mille habilanl>. tlW couS lès côtes méridionales de Bretagne^ et pouvait être fac.ement dSndue. Henri IV. Louis XIl. et Louis ^'V «va- - 0 de recouvrer la propriété de Bdle-lsle ^'^'^^^ ^^-'^ ^J^, «ue en 17 18, son possesseur fit revivre I ulee d un ech.m,. Tt î>in de «. découvrir des partisans au Conseil de regen. . ^1 sans brusquer l'affaire alin de ^^^^^^f!^; ^'^^',^:.

Isle était assuré, grâce à l'appm de Dubois ^'< " '^ « "^' ^^[^

cours de Lavv; d'Argenson était de ses amis, Saint-Simon 1 obli.

».. Saint.Sin.on, Mén,..lr,'., édit. ChônK-l, .S63.,865 t. M. 1»^ 67^ 3. J. Buvat, Journal ,le h liégcnce, in 8, Pans .865, I. L P-

'"3f;r£t,op. cU.,t. I.P. ii5.,i64;ocl. nov.,710.

3- Dan,..an, Journal. .. XVII, p. .6.; » "l^'V''*^:^ i^„^,,„. ,„„„,„,, 34 Bibl. nat. ins. fianv. nouv. acq. 91»-, fol. 277. •'«"8' I. XVIII, p. 23; 28 mai-s 1719-

" P. <l'Kclw''.r.ic, op. cit., p. 96- . , CnnvW il"

3. Arch. nat., E 2.000 : Exposé des molJs de 1 arn-t.- du Con^.l

27 septembre 1718.

" Saint-Simon, Mémoires, t. XI, p. 69-70.

lait volontiers, Fagon aussi, le duc de Bourbon et le comte de Toulouse l'avaient pris en grande amitié; par contre le prince (le Conti lui était hostile, Villcroy, Villars, Huxelles, le duc de Noaillcs, Canillac et plusieurs autres ne l'étaient pas moins. Cette opposition intimida le duc d'Orléans qui, la première fois que 1 il [faire vint au Conseil, « dit qu'il fallait remettre la décision à une autre fois ». Six semaines plus tard, un soir, en fin de >t ance, alors que tous les membres étaient levés et prêts à s éloigner, le duc de Bourbon proposa au Régent de finir l'échange de lîelle-Isle : <( Les commissaires sont d'avis, dit-il, presque tout le monde en a été d'avis iei. « Le comte de Toulouse et Saint-Simon, avertis d'avance, approuvèrent, les opposants surpris comprenai(^nt à peine de quoi il s'agissait. La Vrillièrc consigna l'acceptation sur le registre du ConseiP*.

Belle-lsle avait gain de cause, il fit choix des terres que le Roi lui donnerait en. compensation et Dangeau notait la rumeur parvenue jusqu'à lui : « Il y a déjà quelque temps que M. le duc d'Onléans songe à faire acheter au Roi la terre de Belle-lsle... Il ne s'agit pas présentement de donner de l'argent à M. de Bellelsle, mais on fait un changement de quelques domaines, parmi les(juels est celui de Gisors. On n'est pas encore convenu de tout; la terre de Belle-lsle vaut plus de quarante-mille livres de rente''. » Le 27 septembre 1718, un arrêt du Conseil décidait qu'il serait bientôt procédé à l'échange. Le même jour, des comiiiissaires furent désignés par lettres patentes pour passer l'acte VI. question qui fut signé le 2 octobre suivant. Belle-lsle rece- >ait en « incompensé » et contre échange : en Normandie, le comté de Gisors, les Andelys, Vernon et la terre de Longueville; ilîuis le Maine, près de Saint-Calais, la seigneurie de Montoire; en Languedoc, Auvillar, aux environs de Moissac, Beaucaire sur 1(; hhône, la pesade d'Albi, soit treize mille hvres de revenus et les droits des landes de Carcassonne. Cet échange donnait à Bellelsle de véritables états et déchaînait contre lui la haine et l'envie universelles'". La Chambre des Comptes fut chargée de l'évaluation des biens échangés et y employa cent trente-neuf vaca-

Dangncau, Journal, t. XVI, p. 386; 21 septembre 1719; voir Gazette de ^ iiégencc, p. 826; 3 avril 1719.

Arch. nat., E 1990 : Minutes du Conseil. " Ch. Bouchet, Contrat d'échange entre le Bol et M. le comte de Belle- /^/.- (2 octobre 1718), dans Bulletin de la Société archéologique, scientifique '•' f'ttrraire du Vendômois, 187 1, t. X, p. 128.

L'échange

lions réparties sur l'espace de neuf années''. Elle examina l.. titres de propriété, désigna des délégués choisis parmi les ofhciers du Roi siégeant dans les pays à visiter. La pnsee des tm. > normandes fut promptement menée, à Belle-lsle et dans le M,.l, ce fut plus long, cependant tout .< allait à merveille .. sau pour Beaucaire qui soulevait une vive opposition, et que Bello-IsU. échangea contre des terres situées dans le Languedoc . Cependant la Chambre des Comptes s'ingéniait à faire des oppositions, à accumuler les délais, mais Belle-lsle tenait tête a ce mauvais vouloir grâce à la bienveillance du Conseil d État et, le 7 août ,720 un arrêt du Conseil et des lettres patentes terminèrent le conflit en déboutant la Chambre des Comptes et ses prétentions . Ce n'était qu'un arrêt de plus. Belle-lsle se heurta a tous !es engagistes propriétaires d'une parcelle quelconqu.- de ses nouveaux domaines, habiles à le promener parmi tous les dédales .le 1« procédure. .< U n'y a pas de jour s'écriait-il avec impatienco. au'un engagiste ne me forme une nouvelle difficulté » Les engagLes normands se devaient à eux-mêmes d'être les plus âpre, et les plus retors, favorisés qu'ils étaient par la Chambre des Con.p 0* les languedociens n'étaient guère plus accommodants. Pendan qu'il se débattait, le Roi faisait acte de propriétaire du mar.iuis, de Belle-lsle en inféodant l'île à la Compagnie des Indes pou. une somme de cinquante mille livres" Les difficultés comn.eiicaTent à s'aplanir, l'échange de Belle-lsle était sur le pou, deire le mi^S il ne restait plus qu'à rédiger le procés-verba lors.,.. m"t de Dubois, celle du duc d'Orléans, '/-f -.';;•' ;>;'''•';; ; Ronrbon et de la plus vindicative ennemie de Belle-Ule, M.u S^dt la parole à la Chambre des Comptes, obstinée à soutenir énorme préjudice causé à la couronne par l'échange de Bel 0sï Le jeune Louis XV, à qui toutes ces contesta ions eta • fort indifférentes, devait passer pour y l-^- "u inlei. ed n on lui fit dire, et Mathieu Marais a recueilli ce bru t q" •> "« l^.l vait souffrir qu'on donnât Gisors. l'apanage d un i.ls de France , rulTre néanmoins les treize ans du Roi furent-ils un rnstnnt ïXZlZi par la gravité du Premier P-dent Nicola^^^^^^^^^^^^^ tanî sur l'impossibilité où il se trouvait de « consentir a 1 échange

" Archiv nM., P .5oa : Travaux <ic la commission séance par séance avec • "°îr.rMr^.,^P™ro,. 06, «uiv.; ar^t au Con.U, =0 n.i, signa.u«

du contrat, ^7 m": Jo"i^°<=« <!<« **"'^' ' '""^ '''»■

" Archiv. not., E 2019.

- Archiv. nat., E .017 : arrêt du Conseil du 17 mars 7^0

« M. Maxais. Journal et Mémoires, t. II, p. 4i7; i? février n^Z.

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