LES DÉRIVATIFS DE L'OPINION PUBLIQUE
plus de six mois, on ne fait que pendre et rouer à Paris'*. Une fois, c'est un huissier qu'on pend à minuit'', et quelques jours plus tard la mode s'introduit (( de pendre les voleurs aux flaml)eaux : en voilà deux qui passent devant ma porte à dix heures du soir écrit Barbier; il y avoit à chacun deux douzaines de flam- L.eaux*" ». « On pend tous les jours à Paris des complices de Cartouche, et, ce qu'on n'avoit point encore vu jusqu'ici, ces complices pnMs d'être sup|)liciés, font [tasser toute la nuit aux rapporteurs pour découvrir d'autres complices et on n'en voit point la lin'' »; ainsi s'exprime Mathieu Marais, et Barbier, à la même
date juin 1723, — nous dit qu'u on continue l'instruction du
procès des complices de Cartouche, et il y a plus de cent cin- ([uante prisonniers à la Conciergerie... Tous les jours on exécute (juelqu'un de ces malheureux. Cela est d'une grande consé- (ptence". » Au mois de juillet le nombre augmente encore, il en vient de Lyon" et la corde et la roue happent sans arrêt serrurier, pâtissier, boucher, cocher, cabaretier, archer, exempt, sergents et soldats aux gardes, etc.". On ne parle à Paris que de rompus et de pendus" toutes les semaines huit ou neuf compHices de Cartouche sont exécutés". Le i>. septembre on fait une fournée de trente-trois, le 29 une fournée de trente-sept*', enfin un malheureux enfant de tiM^ize ans, le plus jeune frère de Cartouche, condamné aux galères à perpétuité, est pendu avec une corde sous les aisselles, malgré ses cris et ses supplications qu'on le fil mourir; après une demi-heure il s'évanouit, perd la parole, on le détache du gibet et il expire quelques instants après'*.
Maintenant la Régenee approche de son terme, et elle ne connaîtra plus ni fortes émotions ni graves scandales. Quelques iiuiiées l'ont blasée sur toutes choses et cette société spiritueille,
P. Narbonne, op. cit., p. 67 : « En dix-huit moiis (novembre 1721) il a été pondu plus de trois cents personnes de la bande de Cartouche ».
'« Buvat, op. cit., t. II, p. 3io; 29 novembre 1721.
*" -airbier, op. cit., t. II, p. 187; janvier 1722.
"^ M. Marai«, op. cit., t. II, p. 3oo ; juin 1722.
" Barbier, op. cit., t. II, p. 220-221, juin; M. Maniis, op. cit., t. II, p. 3o5, juin 1722.
" Buvat, op. cit., t. IT, p. 3i8, 327; déeembre 1721, janvier 1722; M. Maraits, op. cit., i. II, p. 3o5, juin 1722.
*• M. Marais, op. cit., t. II, p. 3i3, 3iJl; Buvat, op. cit., t. II, p. 3i8, 3:>7-33G, 367, 365, 4o2, /10A-/406, /|o8, 409, W-
" Barbier, op. cit., t. II, p. 223, juillet 1722.
" Buvat, op. cit., l. II, p. /jo5, juillet 1722. Buvat, op. cit., t. II, p. /|i5, f^-ptombre 1722. Buvat, op. cit., t. II, p. A09; Barbier, op. cit., t. I, p. 226, juillet 1722.
pétillante, se calme par leff.-l de la lassitude plutôt que par reff<t du remords ou du dégoût. La noblesse, les princes du sang continuent à braver la morale, mais ce ne sont plus les orgies d uiu duchesse de Berry, les fuirurs lubri<iucs d'une comtesse de Gacô, Jes folies crapuleuses de quelques autr^-s. Le jeune Roi grandit et ses vices ne sont i)as encon- connus, le Régent devient épais et se fatigue, le duc de Bourbon, le prince de Conti, le cgmte .1. Charolais" n'inspirent qu'un grand mépris. La Cour compte pour peu de chose, la capitale ruinée ne compte guère plus,, reste a savoir où en est la France.