L'INDUSTRIE ET LES MANUFACTURES
i;iinag€S, à l'imitation de coux de Venise. Il obtient une prime [w trois livres par aune d étoffe qu'il tisse et deux ans après la n)innmnauté est subrogée à son privilège^\ Afin de favoriser \, commerce de cette ville, on va jusqu'à enfreindre les règlements. Le sieur Verdun, tisseur, obtient la permission de fabrin,H>r deux mille pièces de taffetas d'Angleterre, u d'une largeur oonlraire aux règlements et qui devront être débitées hors du royaume ». Les inventeurs aident d'ailleurs Ile pouvoir royal dans soii œuvre de restauration. Un sieur Garon invente une machine pour lever les cordages de la plus grosse tire; une fille de quinze j,ns i)eut désormais accomplir cette tâche qui demandait aupara- Niinl trois tireuses des plus robustes. Raymond frères et Michel ft)nt encore mieux; leur appareil supprime les tireuses de corlios; aussi ileur accorde-t-on un privilège exclusif de fabrication pour quinze ans et le droit d'exiger soixante livres de ceux qui s'en serviront. Avec l'invention de Juvinet, a l'Hautel-Dieu esparo-nera i)lus de soixante à quatre-vingts licts que lesdites tirei^ses occupent actuellement, leurs maladies causées par^la rigueur de leur travail provenant de la pesanteur de la tire''. » En 1721, alors que Marseille périclite, Niort paraît reprendre une certaine vicTueur, (( les métiers battants semblent augmenter^' ». Ploos van Anistel, un Hollandais, établit à Auch une manufacture de (iiaps et autres étoffes façon de Hollande'". Même industrie est introduite en Lyonnais, à Neuville'\ Un u marchand retordeur (le lils » de Matines élè/e une manufacture à Péroux pour apprêler les lins qui serviront à faire les tissus du point et de la denlelUr- Martigues possédera ime usine où le sieur Silvy fabriquera (les eiunelots grâce à la générosité des États de Pi^ovence qui aecordent une prime de dix livres par pièce'\ L'hôpital de^Dijon erée un tissage de draps à l'instar des h(jpitaux de Lyon'" et le eonmierce de Beauvais, si faible en 1721, est assez satisfaisant en i7!)5". Mais où nous trouvons le plus de prospérité ou mieux le .moins de misère, c'est en Languedoc. Les États de cette pro-
•^ Archiv. nat., F^= 67 (7 niai« 17-^0); J. Godart, Uouvrier en Soie; mono- .jr^iphie du tisseur lyonnais. Ètade historique, économique et sociale, in-8, l.yon, 1899, p. 486.
^* J. Godard, op. cit., p. 486.
»' Archiv. nat., F*^ 120.
■-" Archiv. nat., F^' 58.
** Archiv. nat., F»* 72, (29 novembre 1725).
- Archiv. nat., ¥^' 712 (28 mars 1724).
" Archiv. des Bouches-du-Hhône G 1777, (i724).
^* Archiv. nat., G^ 1707.
" Archiv. nat., G' 1708.
Il ^]
33g HISTOIRE DE LA RÉGENCE
yince, extrêmement active, font d'important sacnfices pour maintenir les industries dont Colbert l'avait gratihee On compta a Nîmes «eize cents maîtres, fabricants de bas" 11 est vrai que quelques-uns d'entre eux chôment. Les manufactui^s de draps 3e laine sont assez prospères. La crise industrielle qui sevit dans toute la France ne fait sentir ses effets qu en 1716. La .fabrication des draps pour le Levant qui avait atteint en I7i5 dix mille trente-huit pièces tombe à cinq mille huit cent cinquante huit. Mais aussitôt elle ae relève" :
5.^8 pièce, fabriquées ..<..6 ballots exportés 38.700 Hv. de gratiHcation
<c II n'y a pas lieu de sëtonner si les manufactures de cette région prospèrent alors que dans toute la France u c'est une disgrâce générale à laquelle le temps seul pourra apporter quelque remède^' » Les États accordent jus(iu'à cent soixante mille livres de gratifications annuelles. Aussi en 17-^^0, les 17 et 19 noveie, deux manufactures de Saint-€himan .ont déclarée royales^' En décembre de la même année, même privilège e.t cco dé à la draperie de Cuxac^. A Montpellier, on fabrique des Ss et cotonnades blanches et rayées Baillargues travaU^^^^^^^ les manufacturas de la même ville. 11 y a encore a Montpellir des Tabriques de couvertures de laine, à Ganges et a Saint-Bu zille des manufactures de sempiternes-. On vend des cadi a Br.sac Saint-Jean de Buègos, Aniane, Saint-Mailin, Villefort, Sain - Gunhem-du-Désert;. A Gessenon, on installe un mouhn a fou- Ion perfectionné ".
^ « j^j^chiv. mit., G^ 1706, ^sepU^mbre 1723).
"""^ithà^'nal'F-'ir : Délibération du conseil du Commeix., 23 janvier
30 Dom Vaisselle, Histoire da iMngaedoc. edit. Privât, t XIII, p. b..
31 Espèce d'étoffe de laine croisée appelée aussi : perpetuane. « Archiv. départenu de VHérauli G. 2127.
33 Archiv. dépariem. de VHérauli G. 2127.
T/INDUSTIUE ET LES MANUFAGTUIŒS
. Tandis que les manusfactures de laine subsistent, on s'efforce ,1,. créer dans le haut Vivarais des filatures et des dévidages d( soies. Dans ce but Jean Mège installe des métiers à Privas'*, un sieur Chalaly fabrique des rubans'% et une importante pépinière de soixante mille pieds de mûrier est plantée près de Tour-
.. Il ne faudrait pas croire que les nouvelles créations de manufacl lires sont localisées dans le Languedoc et spécialisées dans la (jiaperie et la soierie. Cette même époque de crise industrielle nu\ va de 1715 à 1725 voit la création de plusieurs verreries dans 1;, foret de Lions", à Fresnes-sous-Condé'\ Un aiTet du l^ novemb,ri->i confirme l'établissement fait par Gaspard Thévenet dans la maison appelée le Vivier, près le château de Fallembray, mar^ (Hiisal de Goucy, d'une manufacture de carafons et bouteilles façon d'Angleterre. En 172/1, Desandieïs installe une seconde fal)ii(|ue de bouteilles de gros verre à Fiesnes^% tandis qu'un aa- 1 r,..(Mnent semblable était créé à Sainte-Menehould en 1722*'' et dans le faubourg de la Gonférence ou de Ghaillot, paroisse de
Passv, (^n 1725*'. » ^
los cristalleries de Saint-Gobain sont assez prospères; leurs (IJK cleurs d'ailleurs très actifs, veillent à ce que la manufacture nr |)erde aucun de ses privilèges. Un ancien directeur réussit à (U'Ionrner un habile ouvrier et ils s'associent à un maître verrier en Nivernais pour fonder une glacerie clandestine. La eoimpa- -ni(^ fait mettre l'ancien directeur et le maître verrier à la Bastille et l'ouvrier au Fort l'Évéque, le procès dure deux ans et iarret du 27 mars 1716 u répète qu'il est interdit aux ouvriers (le (piitter la manufacture et même de s'en éloigner d'une lieue, sans congé écrit, sous peine d'amende, d'emprisonnement, même do punition corporelle, et qu'il est défendu de les recevoir . »
Le grand développement industriel prêt à se produire sera rehudé d'un quart de siècle comme conséquence de la perturbation amenée par le Système de Law. Les capitaux se sont
" Archiv. nat., F^* 71*; F^* 72.
' Archiv. nai., F^" 74.
" 11. Monin, Essai sur Vintendance de Basville, p.. 364-
^' Archiv. mt., 7^* ii5 (i7i5).
" Archiv. nat.\ ¥'^ 1/16; F^^ 67 (1716). '' Archiv. nat, F^* 11^ (5 mai 1724).
"' \rchiv. nat., F" 69 (19 mars 1722). . . , , •
*' Archiv. rmt., F»« 72 (27 décembre 1725). G. Martin, La grande industrie i France sous le règne de Louis XV, in-8, Paris, 1900, p. i^i-^of • , « A. Cochin, La manufacture des Glaces de Saint-Gobain de i665 a i865, in-8, PaTis i865, p.' /ii, 46.
en
Filatures
Verreries
Glaceries
Manque de capitaux
TOMB m
-J-Y*vi^
Privilège
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33g HISTOIBE DE LA RÉGENCE
cachés la uionnaie circule à |>cine et des mesures dune maladresse insigne rendent leurs détenteurs justement craintifs, l.oblication faite aux étrangers de payer leurs achats en nuniéraiie ei non en lettres de change tarit instantanément les commandes des acheteurs mal pourvus de réserve métallique. Le décri des billets de banqu.' n'est |)as moins funeste, en sorte que des établissements fondés depuis de longues années et réputes prospères se trouvent dans lembarras. Le directeur de la manufactuiv rovale de tapisseri<s de Heauvais « demande que les vingt-ileux actions de la compagnie des Indes acquises en billets de banqno par suite des ventes de tapisseries dont les payements ont ete faits avec ces billets, tiennent lieu de fonds effectifs dans la niainifacture" » Les États de Languedoc, en 1721, s'efforcent d aulvi les fabricants à triompher de cette crise. Ils enquêtent et se renseignent et aboutissent à cette conclusion qu elle tient a deux causes : l'une de l'interdiction de tout commerce avec la v-ille ,!,■ Marseille, l'autre de la rareté de l'argent". Les États du diocèse de Velav sont tellement frappés de ce manque de capitaux qinis décident, en 17^., un emprunt de cent mille livres pour être distribuées .. aux négociants de la ville et du diocèse qui donneron des cautions ou des nantissements suffisants et qui s obligeront
de rendre la même somme". » .ri
La situation industrielle de ces négociants se.-ait parfois alarmante s'il ne leur était loisible de recourir aux bienfaits a peine dé-uisés du gouvernement ou des grands seigneurs. Il est rare qu'une usine importante n'arrive pas à se parer du titre de manufactuiv royale ou à s'assurer d'un privilège. Le moyen d obtenn ces avantages est de s'adresscM- aux intendants, aux eveques aux princes du sang ou bien au contrôleur général en personne et d. ïXence, aux maîtresses de ces hiiu.s barons de •adn-'nistv - Uon. Mais à force d'être sollicités, ceux-c, s avisent pafo. prendre l'exploitation à leur compte. Le ,1 février '7>6, un a du conseil autorise M. le Duc à faire ouvrir et f'>"'"<*''. '*■;; "i^ dans les terres et deux lieues aux environs de la baronnie de Oha feaubriand, soi, que les terres où elles se trouvent appar -onne t aux propriétaires laïques ou ecclésiastiques, *>" Pay^^t.""^ ^^^ ticuliers à qui les terres se trouveront appartenir, deux «ou par pipe de mine en la manière accoutumée. » Le Régent n.
" Archlv. rmt., F" i556. i .,n"iinlo<-.
" Archlv. .Upartem. de l'Hérault. Prorôs.vorbnux des filMs du Un.n,
.nanée 1721; G. Mnrtin, op. cit., p. 3/i5-35i. •,..,:,.p^ ,l.s
" Archlv. départe,», de la Haule-loire. Dôliln^ralions des Comm.*~."o^
Étal?, année 1721.
L'INDUSTlilK Kï LKS MANUFACTUHES
ii.iiuinv pas €11 reste sur son cousin, mais il cède à une comn;,-nie, sous le nom d^ Jean Galobin, sieur du Joncquier, le ,|inil d'exploiter, pendant trente ans toutes le& mines, et ce pinilègeesl circonscrit au ressort du Parlement de Pau. L'exem- „|(. donné par les princes est suivi par la noblesse qui se jette ,'j;,iis le commerce avec ardeur sans aucune préoccupation de
(Inogei
(>t envahissement est sanctionné par l'octroi de lettres pa- Unlos concédant île titre de manufacturiers royaux ou privilé- .rirs (pii équivaut parfois à la reconnaissance d'un monopole de Fabrication. Sous la l\égence, on vit se multiplier les manufaclu.rs royakV, nonobstant les réclamations. En 1719, le Conseil (lu Commerce fait prévenir les industriels que, désormais, toutes 1rs (l.inandes de privilèges royaux seront rejetées'" et, peu de semaines après cet avertissement, la fabrique de cire et de bourrics d'Antony est gratifiée du titre prétendument réservé. On sVxplique qu'il fût recherché en lisant la teneur des avantages (l-ril confère. Parfois la noblesse pour le manufacturier et pour M>s descendants, ou bien des lettres de naturalité française s'il (Si étranger. Souvent le Roi paye sur ses deniers les appointements du directeur ou bien lui accorde une pension annuelle; >i ia manufacture a besoin de secours, le Roi recommande à .(S trésoriers ou aux États provinciaux de lui consentir des |.ivu sans înténM. Le terrain sur lequel s'élève la manufacture, les inachinc^s (jui s'y trouvent sont en partie ou en totalité a.Miiiis au frais du Roi. Les directeurs échappent maintes fois à 1: jinidiction ordinaire des manufactures et ne dépendent que (iuVi.ntrôleur général ou du Conseil de Commerce. Les ouvriers ne sont pas moins bien traités; ils sont déchargés de toutes lailhs, subsides, logements de gens de guerre, tutelle, curatelle, < \. iiipts de service militaire, nommés maîtres dans les commuiiaiil.'s après de longues années passées à la manufacture; en rovanche, comme on l'a vu pour Saint-Gobain, ils ne peuvent quitter la fabrique ni s'en éloigner trop.
Il conséquence du privilège c'était le monopole. Quelques fliivf tours de manufactures royales se montraient insatiables. Ku 1715, ils saisissaient le conseil d'une demande .<( dans le but <!«' défendre à tous autres qu'à eux de tisser des draps fins pour I«^ Lovant »; le directeur de Pennautier demandait et obtenait
" G. Martin, op. cit., p. 21 5, note 7. " Archiv. nat., F*^ 67.
Monopole
Archiv. nai., F'^ 65.
.. l'autorisation de se servir lui seul «clusivernent des tisseran.ls dudit lieu ... Outre les draps du Levant don le Ijang.u,!,,,. sfnoJ d'accaparer l'industrie pour la réserver a quelque ,,,.nufacturiers favoris, d'autres fabrications font également oh,,., Tun monopole Lyon a celui des soies et profite de cette ç„con^tale pour é.Iblir des droits sur diverses sortes de scos, oïïatton d'autant plus profitable que les lettres patentes .1..
dff ÏÏs rois défendaient aux manufacturiers de recevo.r .l.s
soies qu n'eussent pas traversé Lyon auparavant. En ,7^0 '.
înnnrra ce monopole parce qu'on s'aperçut qu .1 empêcha rTutirdela soieri'e française contre ^^;^;^.;f^:;;î:,Z
fut décidé qu'on laisserait la concurrence s etablii a lintunin ntrcTfdi^erses régions produisant la soie, les droas^^
ports de province à p.^v.nce ™^ -' ^^s étra^n^ro,
r^or/^Avrait aue Vingt sols par quiiu^i vi-t.
percevrait que g i ^^^.^^ ^^^ ^^ j^„,„,,
entrant en Franc. . Ce «egime inhibition et défenso à
'7- » ^»« ^-\l r;:-^: ;n,t aucun" soie dans le royau,ne r d: re?:oTmetr -^"qu'elles aient été transportées dans T 11 de TvT et V avoir acquitté les droits; même d'en fa.r,. • "uc^n t Jt^débuli entrepôt depuis les ^^ ^ ;^;:^^^ !nies étrancrères entreront dans le royaume jusqu a leui amvee dan la vi"re de Lvon, à peine de confiscation des so,es. des rh. r«x:^harettes. nrulets bateaux^ et ^^^^ ^J^,
Tr^i si L' deniers sur L soies ^^ff^-^X^J^^!::^ texte à ces nouveaux impôts était .- d acqint^r Pj» »- ,^^ contractées par le Roi pour le service de l-^tat, mcme
'TcôtTT;;ivilè.es généraux prennent place les privil^vpartic^ters el les fabricants se plaignent ^e ces monopo^ accordés sans discernement et sans scrupule; vo'C.. pa' ^^«"^P ; l.. 20 mai 1717, requête du sieur Duvernet par laquelle U a ma^l un p'rivi'.ège'exclnsif pour ^^^ ^^^^^JZ::^:J: Languedoc et de Dauphiné une -«"»^«'=''^!^/^. J^^^tccôrdant de toiles de colon"; le ," mars ,719. ProJ^t ^ a"f ..^^ °' .es. au sieur Jean Rognon le privilège d'-Pl-\- P^.''"" 'f'^^bm^g la manufacture de faïence établie par lu, a Monlercau. faub. > g
*• G. Martin, op. cit., p. A?- «0 G. Martin, op. cit., p. aB. '» Archiv. nat., F*' iH.