‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 121 sur 193 · L'INDUSTRIE KT LES MANUFACTURES · texte numérisé non relu

L'INDUSTRIE KT LES MANUFACTURES

Saint-Nicolas"; 1720, exemption de droits de ville sur les vins, bières, bois de chauffage, accordée au sieur Déguillon pour la manufacture de tissus croises établie à Douai"; 1728, demande de privilège exclusif à Bartholomy et ses associés pour faire l'amidon avec des racines'". Bien plus, ees pétitionnaires veulent .nirager l'avenir et transmettre leur privilège à leurs enfants ou à knus héritiers"; très souvent ils obtenaient gain de cause parce ,pie les intérêts particuliers l'emportaient toujours sur le bien

l'iiblic.

Insatiables, les manufacturiers se liguent entre eux ahn d imposer le prix qu'il leur plaît fixer; le Roi lui-même n'échappe p;,s à leurs prétentions. En 1724, Louis XV veut acheter des iTines à Saint-Étienne, les armuriers lui font savoir qu'ils ne ptuvent lui en fournir. Deux marchands de Lyon, Perrin et. Foinat, avaient accaparé tous les fers (( de toutes les forges de l rance, de Lorraine et ceux qui venaient du Levant. Ils avaient ainsi fait hausser les prix considérablement ». Le Conseil du Commerce intervint en <( ordonnant que les traités que les ((iiincailliers de Lyon avaient faits n'auraient aucune valeur dans l'avenir" )>. En regard de ces ligues ou associations passi chères apparaissent des compagnies : en 17 16, Hermossel et lliVet. pour la moquette"; en 1722, Milhe et ses associés pour I. drap"; « Messent fils et C« » pour les tuirs ouvrés", et en colle même année le Conseil accorde à une seule compagnie le .Iroit d'exploiter toutes les mines du royaume, celles de fer

e\cei)iees

Contre l'État et contre les particuliers associés ou privilégiés, tous plus ou moins nantis d'un monopole ou tendant à le posséder le iietit fabricant est désarmé et impuissant, il végète et lùrhe de louvoyer entre les défenses, les interdictions, les amen- .I.K. Tout est réglementé Les papetiers n'ont pas liberté d ache- I. r leurs chiffons où bon leur semble, les chapeliers n ont pas lironce d'employer des poils de chèvres, les toiliers ne peuvent faire de futaines sans autorisation, les usiniers ne peuvent agran-

Accaparemenls

•'" Archiv.

nat., F^» 65.

nai., F'* 1750.

" Archiv. nat., ¥'^ i473.

■^ Archiv. nat., ¥'* bg (9 j"i'l<^t 1716), F im^ (1722); F" I457^ et 1/167' (1723-1724). '* Archiv. nat., G' 1706.

" Archiv. na«., F** 69 (1716)- '" Archiv. départem. de VHérault G 2124 (1722). ' Archiv. départem. du Calvados G 2871. •■" hanib<«.rt, liecueil des anciennes lois français<*s, t

^2 G8 (28 août 1721); F

XXI, p. 2o4.

ffjJ

Petits fabricanls

HISTOIBK DK LA RÉGENCE

I/IM)LSTU1K KT LES MANllFACTUKES

Ouvrloj'îî mercenaires

dir ni modifier leurs fourneaux, ainsi du reste. Par dessus les petits et leurs besoins, Anielot veille à ce que les règleninils soient observés, dussent les industries succomber. Machauil et lui tiennent les intendants en haleine. La confection de bas au métier'', les importations d'indiennes", les tissages de petites étoffes de laine du Velay et du Gévaudan", des draps de Sedan'*, des toiles de Bretagne" sont l'objet de dispositions minutieuses qui rappellent les règlements les plus sévères de Colbert. Ani(l.)t prend la peine de rappeler fréquemment aux inspecteurs (jue les fabricants (( doivent observer les arrêts promulgués tuiles manufactures" »; et il ne badine pas, il faut travailler, duton se ruiner; si des négociants essaient de passer à l'étraniïoi et d'y transporter leurs métiers, Amelot les punit sévèrement". Pour favoriser les |)rivilégiés on accable les petits fabricants vu élevant des tarifs qui rendent illusoire la concurrence étrangèro favorable à ces dcMuiers; ainsi on gène la vente, on fait oh^U\cle à l'échange. Le gouvernement Vwe le prix du verre", interdit le port de tef tissu, fixe les heures réservées à la vente des toiles. Le petit fabricant vit en contact quotidien avec l'ouvrier d(»nt il se distingue à peine, et avec qui il finit par se confondre. A mesure que l'industrie prend un essor plus large, vise des clients plus lointains et tend à les attirer et à les retenir par l'abaissement des prix, le petit fabricant indépendant se retire devant la production trop rapide, troj) considérable et trop peu rémunératrice, il disparaît en tant que fabricant, mais comme il lui faut travailler pour vivre il devient ouvrier mercenaire. Un lap- I)ort de 1723 indique à Rouen, pour la ville et les faubourg? mi total de trois mille quatre cent quatre-vingt-quinze métiers se décomposant ainsi : 1.643 pour les sianu)ises, ^^9À pour les I<hI(s hl et coton, 65o pour les toiles coton, 102 pour les mouchoirs iil et coton, 5i6 pour les mouchoirs coton, 60 pour les futain< <: douze hommes sont nécessaires alors pour mettre en train un métier pour les siamoises et huit pour les métiers à toiles. Cm donne un total de trente-trois mille six cent cinquante-six ouvriers

®^ Bèglements généraux tlans lef: Tnanufacture-

octobre 1716).

«2 Ihid., t. I, p. i35 (7 août 1718).

«* Ibid., t. III, p. 36a, (17 août 1718).

"-^ Ibid, t. II, p. 557 (29 septembre 1718).

^^ Archiv. nat., F" i-isô (i/i avril 1720).

** Code du fabricant, t. I, p. 11.

*^ Archiv. nat., F^^ ii5.

" Archiv. nat., ¥''' 1A90 et F*= i49i-

t. IV, p. 29, 33 (aoùl.

,1, lisseiands dans celte rt-gion pour la fabrication des toiles; lu liibrication des draps n'exige pas moins de monde, et ces chiffres Miiiblent excessifs aux contemporains qui voudraient voir une ,,,ilie au moins de ces tisserands employés à l'agriculture dans Ile p'nilou ou dans le Bourbonnais". On voit en effet un arrêt du .,, juin 172.S qui ordonne, pour remédier à la disette de bras iililes à la culture des terres, l'interruption du travail dans les nnnufaclures de toiles et étoffes de fil et coton de Normandie, , Icxoeption de Rouen et Darnet;.!, à partir du i'^ juillet de ,lia<|ue année jusqu'au 1 5 septembre inclusivement"

liis(iu'en i7'^.o, les salaires furent modérés. Après le bysteme 1,,'prix de toutes choses fut considérablement relevé, parfois M.Miu'au triple, et les salaires suivirent celle progression. Le ;„„tr(Me général s'inquiète, le Conseil de commerce lui fait écho ,.; on décide de mettre les ouvriers à la raison afin qu'ils se con- Irnlent d'un salaire permettant de vendre les étoffes à un prix modéré La majoration des salaires a, dit-on, dépassé leurs nécessités et ils usent du surplus pour vivre plus commodément qu il „o convient à leur état. En conséquence, les intendants reçoivent iordre de fixer le maximum des salaires et des denrées. Cette .olulion despotique et impraticable recevra le démenti des faits |,arce que les salaires ne dépendent ni de l'entrepreneur, m de l'ouvrier, encore moins de l'État.

Colbert n'avait rien négligé pour attirer de bons ouvriers d Al-

jornacrne d'Italie ou d'Angleterre; non seulement il les protégeait

,1 L-s" favorisait, mais encore il veillait à leurs intérêts dans leurs

pnvs d'origine, n'hésitant pas à recourir à la voie diplomatique

pour sauvegarder les biens menacés ou saisis de ces dévoués ser-

,il..ms. Par contre, ce ministre ne tolérait pas l'émigration des

ouvriers français. Les successeurs de Colbert sont tout aussi intrai-

l;,l.les à l'égard des ouvriers émigrants qu'ils gratifient sans hesi-

lalion du titre de « dcscrl.'urs », et pour les mieux atteindre les

accuseiil d'espionnage ou de fuite pour ne pas tirer à la milice .

I es patrons s'ingénient de leur côté pour prévenir le départ des

bons ouvriers et la perspective des amendes qui les frapperont

H.ffit parfois à détourner ceux-ci de l'esprit d'aventure. Si un

rmllit surgit entre patrons et ouvriers et menace de s'envenimer,

n„ voit intervenir Amelot : « A l'égard des contestations qui

naissent entre les marchands et les ouvriers vous devez, ecrit-il

" Archiv. nat.. G' 1706.

"■' hiimboit, Itecneil des anciennes lois françoise,. I. XM, P- î»?-

■' Archiv. nat., F" 95.

Salaires ouvriers

Ouvriers déserteurs

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